{"id":6168,"date":"2019-07-31T12:43:02","date_gmt":"2019-07-31T10:43:02","guid":{"rendered":"http:\/\/sinedjib.com\/?p=6168"},"modified":"2021-09-10T11:20:33","modified_gmt":"2021-09-10T09:20:33","slug":"decolorise-it-arretons-de-tout-voir-en-couleur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2019\/07\/31\/decolorise-it-arretons-de-tout-voir-en-couleur\/","title":{"rendered":"Decolorise it ! Arr\u00eatons de tout voir en couleur"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Juliane Karakayal\u0131, Vassilis S. Tsianos, Serhat Karakayal\u0131 et Aida Ibrahim paru dans <\/strong><em><strong><a href=\"https:\/\/timult.poivron.org\/09\/timult-09-201603.pdf\">Timult<\/a><\/strong><\/em><strong>, n\u00b0 9, mars 2016, p. 22-27<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"6169\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2019\/07\/31\/decolorise-it-arretons-de-tout-voir-en-couleur\/timult-2016\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Timult-2016.png?fit=390%2C559&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"390,559\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Timult-2016\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Timult-2016.png?fit=390%2C559&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Timult-2016.png?resize=310%2C444\" alt=\"\" class=\"wp-image-6169\" width=\"310\" height=\"444\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Timult-2016.png?w=390&amp;ssl=1 390w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Timult-2016.png?resize=209%2C300&amp;ssl=1 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 310px) 100vw, 310px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en Allemagne, l&rsquo;accueil r\u00e9serv\u00e9 aux approches critiques de la blanchit\u00e9 (<em>Critical Whiteness<\/em>) tend \u00e0 saboter les luttes antiracistes. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Les <em>Critical Whiteness<\/em> sont devenues  [en Allemagne] une r\u00e9f\u00e9rence importante pour des militant\u00b7es et des universitaires antiracistes et queers. Nombre d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, d&rsquo;ateliers et de s\u00e9minaires organis\u00e9s mettent en avant cette mani\u00e8re de penser. Pourtant, l&rsquo;utilisation de ces th\u00e9ories [dans le contexte allemand] sabote carr\u00e9ment les luttes antiracistes. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le manque de clart\u00e9 des politiques des identit\u00e9s, elles-m\u00eames impr\u00e9gn\u00e9es de racisme, prennent la forme, presque risible, d&rsquo;un grand \u00ab concours des identit\u00e9s \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes critiques de la blanchit\u00e9 (<em>Whiteness Studies<\/em>) se sont d\u00e9velopp\u00e9es aux \u00c9tats-Unis dans le sillage des mouvements pour les droits civiques et de la production de savoirs sur le racisme. Le livre <em>Playing In The Dark<\/em>, \u00e9crit en 1992 par Toni Morrisson, est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;\u0153uvre fondatrice de cette approche. Morrisson a montr\u00e9 que les id\u00e9es de libert\u00e9 ou de virilit\u00e9, largement pr\u00e9sentes dans la litt\u00e9rature d&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest et d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, sont construites sur la non-libert\u00e9 des esclaves noir\u00b7es. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette analyse a constitu\u00e9 un vrai changement de perspective. Ce n&rsquo;est plus sur les personnes stigmatis\u00e9es par le racisme que se focalise l&rsquo;attention, mais sur celles qui en tirent des privil\u00e8ges. Des th\u00e9oricien\u00b7nes et activistes noir\u00b7es (<em>People of Color, PoC<\/em>)   ont ainsi critiqu\u00e9 la pratique alors dominante de prendre celles et ceux qui sont discrimin\u00e9\u00b7es par le racisme comme objets de recherche et \u00e9tendards politiques. Le concept de blanchit\u00e9 invite au contraire \u00e0 \u00e9tudier les structures et les m\u00e9canismes par lesquels des blanc\u00b7hes profitent du racisme. Cela permet de penser le racisme comme quelque chose dont tout le monde est partie prenante. Mais l&rsquo;argument suivant est que cette implication de \u00ab tout le monde \u00bb passe par les structures, c&rsquo;est-\u00e0-dire les institutions, les espaces et les discours, forc\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9es de racisme. Les exhortations \u00e0 abolir les privil\u00e8ges blancs se focalisent alors sur ces structures. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Les critiques de la blanchit\u00e9 tournent en rond <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les discussions actuelles (par exemple, celles concernant le campement <em>No Border<\/em> \u00e0 Cologne [2012]) sont probablement le r\u00e9sultat de cette double logique de l&rsquo;antiracisme bas\u00e9 sur les th\u00e9ories de la blanchit\u00e9. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9largissement qui fait de tous les blancs et de toutes les blanches des personnes privil\u00e9gi\u00e9es. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;attention se d\u00e9place des individu\u00b7es vers les institutions. Selon cette approche, les institutions et les discours \u00ab blancs \u00bb sont tellement puissants qu&rsquo;ils ne laissent aucune marge de man\u0153uvre aux personnes qu&rsquo;ils construisent comme \u00ab blanches \u00bb. Peu importe leur comportement : elles \u00ab profitent \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de d\u00e9velopper une th\u00e9orie du racisme visant l&rsquo;abolition id\u00e9ologique et pratique de cat\u00e9gories telles que la \u00ab race \u00bb, le concept de blanchit\u00e9 tourne d\u00e8s lors en rond. Lorsque ce d\u00e9bat a d\u00e9but\u00e9 en Allemagne il y a quelques ann\u00e9es, la discussion a tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par des probl\u00e8mes \u00e9pineux li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;assignation d&rsquo;identit\u00e9s. Les personnes dont les parents avaient migr\u00e9 depuis des pays ayant, par la suite, adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Union Europ\u00e9enne, sont-elles des personnes racis\u00e9es (<em>PoC<\/em>) ? Ou le sont-elles seulement si ces parents \u00e9taient, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, venus en Allemagne en tant que main-d&rsquo;\u0153uvre immigr\u00e9e (<em>Gastarbeiter_innen<\/em>) [1] ? \u00c0 partir de quel niveau de revenu ou degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudes des personnes racis\u00e9es (<em>PoC<\/em>) deviennent-elles blanches ? Peut-on parler de personnes racis\u00e9es (<em>PoC<\/em>)  pour des Russes en Allemagne ou font-illes partie de la culture blanche dominante ? La d\u00e9signation \u00ab racis\u00e9 \u00bb (<em>of Color<\/em>)* fonctionne-t-elle donc par rapport \u00e0 toutes les exclusions racistes ou d\u00e9signe-t-elle seulement, en fin de compte, certaines pigmentations de peau ? Cette derni\u00e8re affirmation semble s&rsquo;imposer dans le d\u00e9bat actuel et nous pousse \u00e0 formuler la question suivante : la ligne de d\u00e9marcation entre \u00ab racis\u00e9 \u00bb (of Color) et \u00ab blanc \u00bb ne revient-elle pas, au final, \u00e0 r\u00e9-affirmer les classifications racistes? <\/p>\n\n\n\n<p>Autour de ces questionnements se cristallise l\u2019un des probl\u00e8mes  centraux de la blanchit\u00e9 : quand on parle de racisme, il faut toujours rendre visibles les diff\u00e9rences et les hi\u00e9rarchies racistes, pourtant les s\u00e9parations entre \u00ab blanc \u00bb et \u00ab racis\u00e9 \u00bb (<em>of Color<\/em>) deviennent rapidement des \u00e9tiquettes, qui finissent par constituer des cat\u00e9gories stables. Mais, quand on en vient \u00e0 demander des comptes sur l&rsquo;origine des parents, il devient impossible de ne pas r\u00e9aliser que le concept de blanchit\u00e9 n&rsquo;a plus rien de critique. Cela invisibilise le racisme en tant que rapport social soumis \u00e0 des conjonctures, \u00e0 des luttes, etc. Le th\u00e9oricien postcolonial Paul Gilroy a montr\u00e9, dans un ouvrage publi\u00e9 en 2004, comment le partage des populations selon des hi\u00e9rarchies racistes doit \u00eatre continuellement impos\u00e9 par la violence, parce que le racisme n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9vidence naturelle dans les groupes humains qu&rsquo;il vise. En effet, m\u00eame la justification biologiste de la \u00ab supr\u00e9matie blanche \u00bb ne repr\u00e9sente qu&rsquo;une ligne de partage pour rationaliser la gestion raciste des populations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Le racisme est un produit de l&rsquo;esclavage et non l&rsquo;inverse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ses travaux de 2002 sur le rapport entre l&rsquo;\u00c9tat et le racisme, David Theo Goldberg argumente que, d\u00e8s le 19e  si\u00e8cle, une posture, au moins, vient contester l&rsquo;argument biologiste de l&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9. C&rsquo;est celle de l&rsquo;historisme qui envisage les populations autochtones minoris\u00e9es comme \u00ab historiquement immatures \u00bb et donc \u00e0 \u00e9duquer. Bien que des intellectuels noirs marxistes tels que W.E.B. Du Bois, Eric Williams et C.L.R. James aient point\u00e9 depuis la fin des ann\u00e9es 1930 que l&rsquo;esclavage et les plantations participaient pleinement \u00e0 l&rsquo;exploitation capitaliste moderne (et, en tant que telles, constituaient des lieux de lutte), ce n&rsquo;est qu&rsquo;au tournant des ann\u00e9es 2000, avec les travaux de Theodore W. Allen et de Robert J. Steinfeld sur l&rsquo;esclavage et la main-d&rsquo;\u0153uvre involontaire, que ces id\u00e9es importantes ont trouv\u00e9 une place dans les th\u00e9ories critiques du racisme. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Un d\u00e9fil\u00e9 des minorit\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Allen et Steinfeld soutiennent pour leur part que \u00ab l&rsquo;invention de la race blanche \u00bb d\u00e9coule de l&rsquo;imposition par la violence d&rsquo;une s\u00e9gr\u00e9gation raciste des travailleurs et travailleuses. Ils en arrivent \u00e0 une d\u00e9couverte \u00ab sans couleur \u00bb et d\u00e9cisive pour l&rsquo;histoire du racisme : l&rsquo;esclavage n&rsquo;est pas le produit du racisme (d&rsquo;une id\u00e9ologie non questionn\u00e9e de la supr\u00e9matie blanche), c&rsquo;est le racisme qui est une cons\u00e9quence de l&rsquo;esclavage. La tentative des approches critiques de la blanchit\u00e9 de mettre en valeur les exp\u00e9riences du racisme en distribuant gaiement des \u00e9tiquettes, revient finalement \u00e0 renforcer les s\u00e9parations racistes (et leurs histoires) et \u00e0 en faire un point de r\u00e9f\u00e9rence central de la subjectivit\u00e9 politique. <\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat actuel autour des th\u00e9ories de la blanchit\u00e9 montre que toutes ces \u00e9tiquettes ne nous font en rien avancer, ni dans l&rsquo;analyse, ni dans les luttes contre le racisme. Au contraire, elles d\u00e9tournent l&rsquo;attention de ce que devrait \u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;une analyse sociale et d&rsquo;un mouvement politique \u00e9mancipateurs (<em>links<\/em>), c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e9masquer et lutter contre les rapports sociaux, les institutions et les m\u00e9canismes qui stabilisent le racisme et permettent \u00e0 certains individus d&rsquo;en profiter. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&rsquo;antiracisme, il est indispensable que les cat\u00e9gorisations et les assignations dont tout le monde est l&rsquo;objet \u2013 m\u00eame si cela se fait \u00e0 des degr\u00e9s et avec des cons\u00e9quences diverses \u2013 puissent \u00eatre refus\u00e9es par les personnes qui les subissent. Un antiracisme qui donne la parole uniquement aux \u00ab victimes \u00bb du racisme, r\u00e9duit le potentiel \u00e9mancipateur de cette lutte \u00e0 un simple espace de repr\u00e9sentation, voire \u00e0 une sorte de d\u00e9fil\u00e9 des minorit\u00e9s <em>mainstream<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans les milieux qui th\u00e9orisent la blanchit\u00e9, cet appauvrissement des perspectives conduit \u00e0 des d\u00e9bats anim\u00e9s pour trancher si des \u00ab blanc\u00b7hes \u00bb peuvent \u00eatre antiracistes alors m\u00eame qu&rsquo;illes profitent du racisme. Est-ce que l&rsquo;engagement des hommes peut \u00eatre f\u00e9ministe alors qu&rsquo;ils profitent du rapport entre les sexes ? Est-ce que des h\u00e9t\u00e9r@s peuvent s&rsquo;engager pour les droits des minorit\u00e9s sexuelles alors qu&rsquo;illes profitent de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexisme ? <\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise en question semble assez incompatible avec une analyse critique de la soci\u00e9t\u00e9 qui devrait envisager la possibilit\u00e9 de transformations, de dynamiques et d&rsquo;antagonismes. Et, ce faisant, le d\u00e9bat est men\u00e9 de mani\u00e8re compl\u00e8tement apolitique : quand les th\u00e9ories critiques de la blanchit\u00e9 sont mises sur le tapis, on peut \u00eatre s\u00fbr\u00b7es que les questions de domination, de privil\u00e8ges, d&rsquo;exclusions et de possibles strat\u00e9gies politiques de lutte sont bannies, au profit quasi-exclusif de la moralisation et de la d\u00e9nonciation. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne sont pas les points de vue et les strat\u00e9gies politiques qui sont au centre des discussions, mais les personnes qui les \u00e9noncent. De l\u00e0 provient aussi la pratique \u2013 tr\u00e8s \u00e0 la mode \u2013 de se \u00ab positionner \u00bb. Cette pratique s&rsquo;appuie sur le concept d&rsquo;autod\u00e9termination associ\u00e9 \u00e0 celui du pouvoir de d\u00e9finition (<em>Definitionsmacht<\/em>) mal compris ou \u00ab traduit \u00bb na\u00efvement : dans des d\u00e9bats universitaires ou militants, ind\u00e9pendamment du th\u00e8me pr\u00e9vu, les personnes qui prennent la parole doivent faire \u00e9tat d&rsquo;un positionnement personnel, long \u00e0 mourir, avec moult d\u00e9tails concernant leur passeport, leur couleur de peau, leur orientation sexuelle, leur condition physique, le niveau d&rsquo;\u00e9ducation de leur famille ainsi que leurs revenus. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce positionnement de soi dans une grille complexe des rapports de pouvoir a souvent pour but de l\u00e9gitimer d&rsquo;avance ce qu&rsquo;on va exprimer et\/ou de rendre compte des limites de sa propre perspective : moi en tant qu&rsquo;homme, allemand, h\u00e9t\u00e9rosexuel, de la bourgeoisie intellectuelle, ne peux pas parler ici des exp\u00e9riences de <em>queers <\/em>racis\u00e9\u00b7es (<em>of Color<\/em>). Ce rituel de positionnement de soi illustre bien, dans la r\u00e9ception des \u00e9tudes critiques de la blanchit\u00e9, la confusion fatale qui se joue entre subjectivit\u00e9 et politique. <\/p>\n\n\n\n<p>Sans subjectivit\u00e9 il n&rsquo;y a pas de politique. Les exp\u00e9riences subjectives et les positionnements politiques ne  sont pourtant pas la m\u00eame chose. Une exp\u00e9rience donn\u00e9e ne conduit pas forc\u00e9ment \u00e0 un seul positionnement politique, de m\u00eame qu&rsquo;une m\u00eame posture politique n&rsquo;est pas le r\u00e9sultat d&rsquo;un seul type d&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue. Toutes les personnes stigmatis\u00e9es par le racisme ne sont pas antiracistes et toutes les femmes ne sont pas f\u00e9ministes. Pour prendre un exemple devenu historique, il est tout \u00e0 fait l\u00e9gitime de participer \u00e0 des campagnes contre les drogueries Schlecker sans jamais avoir travaill\u00e9 chez Schlecker \u2013 et ce n&rsquo;est pas non plus paternaliste de le faire. Un positionnement politique n&rsquo;est pas la cons\u00e9quence logique d&rsquo;une exp\u00e9rience personnelle sp\u00e9cifique, mais se d\u00e9veloppe \u00e0 travers une r\u00e9flexion critique sur les rapports sociaux. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Positionnement politique et exp\u00e9rience subjective <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, ma subjectivit\u00e9 n&rsquo;est pas juste le r\u00e9sultat de la \u00ab position \u00bb que j&rsquo;occupe, soi-disant en raison de ma couleur de peau ou de mon sexe\/ genre, dans la grille des rapports de pouvoir. Se repr\u00e9senter une soci\u00e9t\u00e9 comme un \u00e9chiquier sur lequel on peut enfermer les personnes dans des cases selon leur sexe\/genre, leurs exp\u00e9riences du racisme, etc. est d\u00e9j\u00e0 une erreur. Une soci\u00e9t\u00e9 est dynamique et se transforme entre autre \u00e0 travers des luttes sociales \u2013 pensons seulement aux acquis des mouvements des femmes, des gays, des lesbiennes dans les trente derni\u00e8res ann\u00e9es, ou encore \u00e0 l&rsquo;abolition du r\u00e9gime raciste de l&rsquo;apartheid en Afrique du Sud. <\/p>\n\n\n\n<p>Affirmer que notre positionnement politique est d\u00e9finitivement d\u00e9termin\u00e9 par la \u00ab position \u00bb qu&rsquo;on   occupe dans la soci\u00e9t\u00e9 revient \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 fig\u00e9e qui, en fin de compte, exclut toute possibilit\u00e9 de changement politique. Confondre les exp\u00e9riences subjectives et le positionnement politique a pour cons\u00e9quence, qu&rsquo;\u00e0 la fin, chacun\u00b7e en est r\u00e9duit\u00b7e \u00e0 ne parler que pour ille-m\u00eame \u2013 en tant qu&rsquo;individu\u00b7e ou en tant que repr\u00e9sentant\u00b7e d&rsquo;une des \u00ab cat\u00e9gories majeures \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>En poussant ce raisonnement jusqu&rsquo;au bout, on parvient \u00e0 cette conclusion qu&rsquo;exprimait une personne sur une mailing-liste \u00e0 ce sujet : elle en avait assez de devoir faire la diff\u00e9rence entre les m\u00e9chant\u00b7es \u00ab blanc\u00b7hes \u00bb (NPD[3], NSU[2]) et les gentil\u00b7les \u00ab blanc\u00b7hes \u00bb (antifascistes, antiracistes) \u2013 au final, illes \u00e9taient tou\u00b7tes blanc\u00b7hes et donc racistes. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette confusion entre exp\u00e9rience subjective et positionnement politique se r\u00e9percute aussi dans les questions de repr\u00e9sentation, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui parle ou qui est autoris\u00e9\u00b7e \u00e0 parler de racisme. Par exemple, pendant longtemps, les exp\u00e9riences d&rsquo;exclusions racistes de militant\u00b7es immigr\u00e9\u00b7es n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 reconnues par les milieux militants (<em>die Linke<\/em>) en Allemagne. Il suffit de rappeler comment, dans la gr\u00e8ve aux usines Ford en 1973, le syndicat <em>IG Metall<\/em> a fait preuve d&rsquo;une ignorance crasse, en discr\u00e9ditant la lutte men\u00e9e par des travailleuses et travailleurs immigr\u00e9\u00b7es contre leurs conditions de travail particuli\u00e8rement mis\u00e9rables. On peut aussi mentionner, dans les ann\u00e9es 1970 en Allemagne, les discours culturalisants suppos\u00e9s f\u00e9ministes sur les soi-disant \u00ab d\u00e9ficits d&rsquo;\u00e9mancipation \u00bb des travailleurs et travailleuses immigr\u00e9\u00b7es d&rsquo;Europe du sud. Comme dans l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, ce n&rsquo;est pas la question du racisme qui retient l&rsquo;attention, mais seulement celle d&rsquo;une pr\u00e9sum\u00e9e diff\u00e9rence culturelle. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;analyse du racisme, en tant que rapport social pr\u00e9sent dans tous les domaines de la soci\u00e9t\u00e9, s&rsquo;est impos\u00e9e dans les milieux militants (<em>die Linke<\/em>) en Allemagne seulement ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Cette analyse s&rsquo;accompagne de la d\u00e9construction d&rsquo;une vision des migrant\u00b7es comme victimes. Mais de nombreux exemples montrent encore que ce point de vue est loin d&rsquo;\u00eatre partag\u00e9 par tous les groupes militants (<em>links<\/em>) : des d\u00e9clarations arrogantes de militant\u00b7es refusant tout travail sur le racisme sous pr\u00e9texte que ce serait une exigence trop insupportable ; des d\u00e9bats publics sur le sujet organis\u00e9s sans qu&rsquo;aucun\u00b7e intervenant\u00b7e ayant une quelconque exp\u00e9rience  personnelle n\u00e9gative du racisme ne soit pr\u00e9sent\u00b7e ; ou encore, le peu de participation de groupes militants (links) aux activit\u00e9s autour du travail de m\u00e9moire et contre les politiques qui ont rendu possibles les meurtres du NSU. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience quotidienne des exclusions racistes au sein de l&rsquo;\u00e9cole, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des bo\u00eetes de nuit, sur le march\u00e9 du travail, face \u00e0 l&rsquo;administration ou pendant une recherche de logement, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et la nonreconnaissance ou la non-prise en compte fr\u00e9quentes par des camarades n&rsquo;ayant pas v\u00e9cu ces exp\u00e9riences, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, rendent m\u00e9fiant\u00b7es. Ce que proposent les \u00e9tudes critiques de la blanchit\u00e9 appara\u00eet alors comme une recette facile pour \u00e9chapper aux agressions racistes, au moins dans son propre environnement politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>L&rsquo;engagement antiraciste : des motivations diff\u00e9rentes <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des r\u00e9seaux militants (<em>eine Linke<\/em>) qui se veulent antiracistes doivent se confronter \u00e0 ce rapport social in\u00e9galitaire. Ceci implique que des militant\u00b7es n&rsquo;\u00e9tant pas elleux-m\u00eames cibles de racisme acceptent de se voir reprocher de ne pas suffisamment penser les questions de racisme ou de renforcer des positions racistes. Ce texte se veut donc aussi un plaidoyer pour une politique avec et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des contradictions et tensions existantes. Un plaidoyer contre le calcul simpliste selon lequel toute personne qui a manqu\u00e9 une fois de r\u00e9flexion critique ou de sensibilit\u00e9 par rapport au racisme, voire qui profite \u00ab objectivement \u00bb du racisme, ferait pour cette raison partie du camp \u00ab adverse \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Le racisme n&rsquo;est pas une histoire d&rsquo;individu\u00b7es ou de groupes, il traverse les individu\u00b7es et les groupes (les institutions, les discours, etc.). C&rsquo;est pourquoi il est aberrant de chercher \u00e0 d\u00e9partager minutieusement le racisme entre deux grands groupes sociaux, l&rsquo;un   qui regrouperait les agresseur\u00b7es et l&rsquo;autre les victimes. <\/p>\n\n\n\n<p>Les discussions provoqu\u00e9es par les critiques de la blanchit\u00e9 ne sont pas productives, car toute personne prenant la parole et ne se positionnant pas en tant que personne racis\u00e9e (<em>PoC<\/em>) est suspect\u00e9e, soit de vouloir dissimuler son propre racisme, soit de chercher de mani\u00e8re paternaliste \u00e0 minimiser le point de vue des personnes cibl\u00e9es par le racisme. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une injonction contradictoire (<em>double bind<\/em>) classique, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un discours dans lequel deux messages contradictoires sont \u00e9nonc\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous refusons ce type d&rsquo;attitude. On peut avoir des raisons tr\u00e8s diff\u00e9rentes de lutter contre le racisme. Par exemple, parce qu&rsquo;on ne veut pas que d&rsquo;autres \u2013 des ami\u00b7es, des coll\u00e8gues, des camarades \u2013 soient assassin\u00e9\u00b7es, exclu\u00b7es de certains postes de travail ou expuls\u00e9\u00b7es. Ou alors parce qu&rsquo;on ne veut pas \u00eatre assimil\u00e9\u00b7e de force \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une   identit\u00e9 nationale. Ou encore parce que c&rsquo;est une dimension incontournable des politiques \u00e9mancipatrices de ne pas accepter les rapports de pouvoir tels qu&rsquo;ils existent dans la soci\u00e9t\u00e9 mais de les questionner et de les combattre. <\/p>\n\n\n\n<p>Il existe d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 une histoire de luttes contre le racisme port\u00e9es par des personnes tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Le Parti des <em>Black Panthers<\/em>, l\u2019un des plus importants mouvements de lutte noirs aux \u00c9tats-Unis, acceptait tout \u00e0 fait la participation de personnes n&rsquo;\u00e9tant pas personnellement   stigmatis\u00e9es par le racisme, \u00e0 condition qu&rsquo;elles portent la lutte contre le racisme et le capitalisme. En Allemagne, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le r\u00e9seau <em>kanak attak<\/em> [4] se d\u00e9finissait comme un rassemblement de personnes dont le passeport ou l&rsquo;origine n&rsquo;avaient d\u00e9finitivement aucune importance : ce qui comptait, c&rsquo;\u00e9tait leur posture vis-\u00e0-vis du racisme. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Les postures moralisantes paralysent le d\u00e9bat <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sans un antiracisme social et solidaire, sans l&rsquo;engagement de nombreuses personnes qui aujourd&rsquo;hui sont d\u00e9nonc\u00e9es comme \u00ab blanc\u00b7hes \u00bb, beaucoup de r\u00e9seaux, institutions, revues et campagnes politiques n&rsquo;existeraient pas. Mais avant tout, \u00e0 qui s&rsquo;adresse le discours antiraciste ? Seulement aux personnes opprim\u00e9es par le racisme ? Et si oui, avec quel but ? Le s\u00e9paratisme ? <\/p>\n\n\n\n<p>Pour faire court, il nous semble que cette mani\u00e8re de mener le d\u00e9bat est apolitique, moralisante et hautement destructrice. Elle paralyse autant les discussions th\u00e9oriques que les luttes contre le racisme. Nous voulons plut\u00f4t d\u00e9velopper des questionnements qui ne classent pas les personnes selon leurs origines ou leurs couleurs de peau \u2013 \u00e0 la mani\u00e8re du racisme \u2013 mais qui cherchent, au contraire, comment les luttes antiracistes peuvent am\u00e9liorer nos vies \u00e0 tou\u00b7tes. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous refusons une politique des identit\u00e9s qui r\u00e9serve \u00e0 chacun\u00b7e le r\u00f4le limit\u00e9 de sp\u00e9cialiste d&rsquo;ellem\u00eame ou de lui-m\u00eame. Nos r\u00e9alit\u00e9s plus ou moins communes de vie post-nationale ne peuvent pas se contenter d&rsquo;espaces aussi r\u00e9duits. Le concept de \u00ab convivialit\u00e9 \u00bb de Paul Gilroy nous semble beaucoup plus prometteur : une perspective qui reconna\u00eet la r\u00e9alit\u00e9 des <em>\u00ab exp\u00e9riences ordinaires de contact, de coop\u00e9ration et de conflit qui transgressent les limites soi-disant infranchissables entre race, culture, identit\u00e9 et ethnicit\u00e9 \u00bb<\/em>[5]. <\/p>\n\n\n\n<p>Affirmer que des blanc\u00b7hes agissent de mani\u00e8re paternaliste quand illes s&rsquo;engagent dans l&rsquo;antiracisme, c&rsquo;est faire comme si nos cercles d&rsquo;ami\u00b7es, nos collocations, nos voisinages, nos environnements de travail, nos collectifs politiques \u00e9taient ethniquement s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9s. C&rsquo;est balayer toute id\u00e9e du <em>politique <\/em>qui consiste \u00e0 ne pas \u00eatre assign\u00e9\u00b7e justement \u00e0 \u00ab ce qu&rsquo;on est \u00bb ou encore \u00e0 \u00ab o\u00f9 on est situ\u00e9\u00b7e \u00bb. C&rsquo;est enfin faire preuve d&rsquo;une ignorance sans limite face aux histoires mille fois nou\u00e9es et compliqu\u00e9es de beaucoup d&rsquo;entre nous, qui \u00e9chappent \u00e0 cette opposition malfaisante entre \u00ab blanc\u00b7he \u00bb et \u00ab racis\u00e9\u00b7e \u00bb (<em>of Color<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Juliane Karakayal\u0131, Vassilis S. Tsianos, Serhat Karakayal\u0131 et Aida Ibrahim<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Paru \u00e0 l&rsquo;origine dans <em><a href=\"https:\/\/www.akweb.de\/ak_s\/ak575\/23.htm\">analyse &amp; kritik<\/a><\/em>, 575, 21 sept 2012 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[1] <em>Gastarbeiter\/Gastarbeiterin<\/em> : litt\u00e9ralement \u00ab travailleur\u00b7euse invit\u00e9\u00b7e \u00bb, (<em>guest workers<\/em>). Terme con\u00e7u pour le d\u00e9marquer de celui de <em>Fremdarbeiter<\/em>, \u00ab travailleur \u00e9tranger \u00bb, utilis\u00e9 par les Nazis pour d\u00e9signer les personnes \u00e9trang\u00e8res soumises au travail forc\u00e9. Ce nouveau terme qualifiait les ouvriers et ouvri\u00e8res que l&rsquo;\u00c9tat ouest-allemand (fond\u00e9 en 1949) recrutait principalement en Europe du Sud et en Turquie, dans le cadre d&rsquo;accords bilat\u00e9raux \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950. En Allemagne de l&rsquo;Est existaient des programmes de recrutements similaires \u00e0 ceux des pays communistes comme le Vietnam, la Cor\u00e9e du Nord ou Cuba, les ouvriers et ouvri\u00e8res en question \u00e9taient alors appel\u00e9\u00b7es Vertragsarbeiter, \u00ab travailleurs contractuels \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[2] <em>Nationaldemokratische Partei Deutschlands<\/em> : parti politique d\u2019extr\u00eame droite allemand. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[3] <em>Nationalsozialistischer Untergrund<\/em> abr\u00e9g\u00e9 en NSU, est un groupe nazi allemand clandestin. Ce groupe a, entre autres, tu\u00e9 de mani\u00e8re cibl\u00e9e, entre 2000 et 2006, dix personnes, dont neuf racis\u00e9es. Il a commis plusieurs attentats \u00e0 la bombe, dont une charg\u00e9e de clous dans une rue anim\u00e9e d&rsquo;un quartier populaire \u00e0 dominance immigr\u00e9e \u00e0 Cologne (<em>Keupstrasse<\/em>) qui a fait de nombreu\u00b7seuse bless\u00e9\u00b7es. Trois membres de ce groupe ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s, deux se sont suicid\u00e9s pour \u00e9chapper \u00e0 la police et une est actuellement en proc\u00e8s. Toute l&rsquo;histoire n&rsquo;est pas encore \u00e9lucid\u00e9e mais conna\u00eet un  certain retentissement en Allemagne parce qu&rsquo;un groupe nazi a pu s&rsquo;organiser et agir de la sorte aussi longtemps, parce que le groupe a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de soutien \u00e0 diff\u00e9rents niveaux des services secrets int\u00e9rieurs allemands (<em>Verfassungsschutz<\/em>) et parce que, malgr\u00e9 la connaissance de certaines informations, la police allemande a persist\u00e9 longtemps \u00e0 dire qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de r\u00e8glements de comptes mafieux. Les proches des victimes ont compris les enjeux racistes et le caract\u00e8re organis\u00e9 de ces meurtres et se sont organis\u00e9\u00b7es, d\u00e8s le d\u00e9part, mais personne ne les a prise\u00b7s au s\u00e9rieux et soutenu\u00b7es, y compris la plupart des groupes politiques antiracistes et antifascistes allemands. Pour plus d&rsquo;informations, en allemand, en anglais et en turc : www.nsu-watch.info <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[4] Pour des pr\u00e9cisions sur l&#8217;emploi du terme \u00ab kanak \u00bb, voir la note [8] page 36. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[5] Paul Gilroy, <em>After Empire, Melancholia or Convivial Culture? Multiculture or Postcolonial Melancholia<\/em>, Routledge, 2004, p. VIII : <em>\u00ab the ordinary experiences of contact, cooperation, and conflict across the supposedly impermeable boundaries of race, culture, identity, and ethnicity \u00bb<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Juliane Karakayal\u0131, Vassilis S. Tsianos, Serhat Karakayal\u0131 et Aida Ibrahim paru dans Timult, n\u00b0 9, mars 2016, p. 22-27 Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en Allemagne, l&rsquo;accueil r\u00e9serv\u00e9 aux approches critiques de la blanchit\u00e9 (Critical Whiteness) tend \u00e0 saboter les luttes antiracistes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[1810,62,3349,120,3351,3185,3352,1432,1482,3346,3348,3350,3347],"class_list":["post-6168","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-1810","tag-62","tag-aida-ibrahim","tag-allemagne","tag-analyse-kritik","tag-antiracisme","tag-blanchite","tag-critique","tag-identite-culturelle","tag-juliane-karakayali","tag-serhat-karakayali","tag-timult","tag-vassilis-s-tsianos"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-1Bu","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":2473,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2016\/12\/30\/la-fabrique-du-musulman-prevente\/","url_meta":{"origin":6168,"position":0},"title":"La Fabrique du Musulman : pr\u00e9vente","author":"Nedjib Sidi Moussa","date":"30\/12\/2016","format":false,"excerpt":"Mon premier livre intitul\u00e9 La Fabrique du Musulman. 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