{"id":6687,"date":"2020-01-01T14:54:05","date_gmt":"2020-01-01T13:54:05","guid":{"rendered":"http:\/\/sinedjib.com\/?p=6687"},"modified":"2024-01-09T21:59:52","modified_gmt":"2024-01-09T20:59:52","slug":"adorno","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/01\/01\/adorno\/","title":{"rendered":"Kostas Axelos : Adorno et l&rsquo;\u00e9cole de Francfort"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Kostas Axelos suivi de \u00ab\u00a0Fragments\u00a0\u00bb parus dans <em><a href=\"http:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/inclassables\/arguments\/arguments-n14.pdf\">Arguments<\/a><\/em>, n\u00b0 14, 2e trimestre 1959, p. 20-25<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"438\" height=\"624\" data-attachment-id=\"6688\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/01\/01\/adorno\/arguments-2t-1959\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Arguments-2T-1959.png?fit=438%2C624&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"438,624\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Arguments-2T-1959\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Arguments-2T-1959.png?fit=211%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Arguments-2T-1959.png?fit=438%2C624&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Arguments-2T-1959.png?resize=438%2C624\" alt=\"\" class=\"wp-image-6688\" style=\"width:351px;height:500px\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Arguments-2T-1959.png?w=438&amp;ssl=1 438w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Arguments-2T-1959.png?resize=211%2C300&amp;ssl=1 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 438px) 100vw, 438px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>En ces temps o\u00f9 \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb <em>pens\u00e9e <\/em>se fait rare, ses sous-produits inondant le march\u00e9 mondial de la production et de la consommation des biens culturels, il faut savoir reconna\u00eetre et saluer un penseur lorsqu&rsquo;on le rencontre. Theodor Wiesengrund Adorno n&rsquo;est pas un grand penseur, un fondateur ; il a n\u00e9anmoins le m\u00e9rite d&rsquo;<em>essayer<\/em> de penser, aujourd&rsquo;hui m\u00eame, o\u00f9 l&rsquo;effort de <em>penser <\/em>se trouve \u00e9cras\u00e9 par l&rsquo;anodine, accablante et multicolore \u00e9rudition acad\u00e9mique et par les segmentations technicistes, quand il n&rsquo;est pas pris, ailleurs, dans l&rsquo;engrenage des rotatives du journalisme \u00e9nerv\u00e9 et superficiel ou quand il ne succombe pas sous la vague de platitude et de vulgarisation qui d\u00e9ferle de tous c\u00f4t\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Le grand public ne connait gu\u00e8re ce type de pens\u00e9e qui ne secoue pas le monde et ne parvient pas \u00e0 se vendre. Il n&rsquo;a que faire d&rsquo;elle. Peut-\u00eatre connait-on la collaboration d &lsquo;Adorno aux travaux pr\u00e9paratoires de <em>Doktor Faustus<\/em>, qui lui valut d&rsquo;\u00eatre \u00e9voqu\u00e9 par Thomas Mann en quelques pages du journal du roman : <em>Die Enstehung des Doktor Faustus. Roman eines Romans<\/em>. En France, particuli\u00e8rement, Adorno reste pratiquement inconnu (1). <\/p>\n\n\n\n<p>Adorno se situe dans la post\u00e9rit\u00e9 de Hegel et dans l&rsquo;actualit\u00e9 n\u00e9o-marxiste. Hegel et Marx dominent la pens\u00e9e qui leur succ\u00e8de, m\u00eame quand elle s&rsquo;efforce de les contredire, et parvient \u00e0 se frayer de nouvelles perc\u00e9es, \u00e0 jeter des bases nouvelles. Kierkegaard, (Schopenhauer), Nietzsche, Husserl et Heidegger, pour ne pas parler de Bergson et de Sartre, ne r\u00e9ussissent pas \u00e0 briser le cercle de la totalit\u00e9 qui les contient &#8211; cercle dialectique, magique, infernal et vicieux. Heidegger a le m\u00e9rite de le reconna\u00eetre. \u00ab Les mouvements qui s&rsquo;opposent \u00e0 cette m\u00e9taphysique, \u00e9crit-il, <em>lui <\/em>appartiennent Depuis la mort de Hegel (1831), tout n&rsquo;est que contre-mouvement, non pas seulement en Allemagne, mais en Europe \u00bb (2). Pourtant, le besoin d&rsquo;une pens\u00e9e neuve, pour laquelle Nietzsche et Heidegger offrirent leur contribution, se fait durement sentir (chez qui ?). Cette pens\u00e9e neuve serait d&rsquo;hier, d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et de demain, sans \u00eatre historiciste, actuelle ou futuriste ; elle serait \u00e9labor\u00e9e pour se d\u00e9ployer dans le jeu du monde, avant de se banaliser, et non pas pour \u00eatre consomm\u00e9e sur place, esclave du succ\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n<p>Entre 1920 et 1933, la constellation semblait favorable \u00e0 l&rsquo;approfondissement du travail de la pens\u00e9e. L&rsquo;ensemble des \u00e9crits de Nietzsche qu&rsquo;on a appel\u00e9 <em>Volont\u00e9 de puissance<\/em> soul\u00e8ve des discussions. Kierkegaard est traduit. On \u00e9dite les in\u00e9dits du jeune Marx. Freud et Husserl publient leurs \u0153uvres capitales. Des tentatives se font jour, Wilhelm Reich, par exemple, pour relier marxisme et psychanalyse (3). Luk\u00e0cs et Korsch publient la m\u00eame ann\u00e9e les contributions les plus importantes au marxisme philosophique. Spengler lance le <em>D\u00e9clin de l&rsquo;Occident<\/em>. En 1927, para\u00eet <em>L&rsquo;\u00eatre et le temps<\/em>, de Heidegger. Sans parler de ce qui est accompli dans les m\u00eames ann\u00e9es par la po\u00e9sie et le roman, la peinture et les sciences physico-math\u00e9matiques. Puis, se d\u00e9cha\u00eenaient stalinisme et nazisme dans toute leur violence, tandis que dans le monde dit libre sciences et ratiocinations petites-bourgeoises s&rsquo;enfon\u00e7aient \u00e0 c\u0153ur joie dans une m\u00e9diocrit\u00e9 qui se voulait d\u00e9mocratique, allant de pair avec la gratuit\u00e9 litt\u00e9raire. Sans doute, les penseurs qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la tyrannie et l&rsquo;installation dans la grisaille de l&rsquo;insignifiance, m\u00eame les plus exigeants, ne sont pas parvenus \u00e0 voir en profondeur quelle esp\u00e8ce de dialogue relie l&#8217;empirique et le m\u00e9taphysique, autrement dit, ils rest\u00e8rent en panne sur la voie du d\u00e9passement du dualisme, de l&rsquo;id\u00e9alisme, de la m\u00e9taphysique. Ils ne cessaient de sacrifier \u00e0 la puissance au nom de laquelle s&rsquo;op\u00e9rerait le d\u00e9passement, n\u00e9gligeant trop la puissance adverse et compl\u00e9mentaire ; car ce n&rsquo;est pas au nom de la praxis (marxisme) ou du logos (ph\u00e9nom\u00e9nologie), de la volont\u00e9 de puissance (Nietzsche) ou de l&rsquo;existence (Kierkegaard et existentialisme), de l&rsquo;\u00eatre sacr\u00e9 (Heidegger) ou de l&rsquo;exp\u00e9rience concr\u00e8te (positivismes de tout acabit) que la crise du monde moderne se laisse conjurer. L&rsquo;effroyable mis\u00e8re de la vie quotidienne et concr\u00e8te &#8211; mis\u00e8re dans la pauvret\u00e9 et dans le confort -, le philistinisme dans lequel nous baignons ne se laissent pas si ais\u00e9ment d\u00e9passer : ni en pens\u00e9e, ni en action. <\/p>\n\n\n\n<p>Adorno prend la parole apr\u00e8s le silence du Luk\u00e0cs d&rsquo;<em>Histoire et conscience de classe<\/em> (1923) (4) et apr\u00e8s le silence qui couvre la tentative de Karl Korsch ax\u00e9e sur le probl\u00e8me <em>Marxisme et Philosophie<\/em> (1923). Max Horkheimer (5), le professeur d&rsquo;Adorno, Adorno, Walter Benjamin (6), Herbert Marcuse (7), Erich Fromm (8) constituent l'\u00a0\u00bbEcole de Francfort\u00a0\u00bb, group\u00e9e autour de l&rsquo;<em>Institut de Recherches Sociales<\/em> et de sa publication <em>Archiv f\u00fcr die Geschichte des Sozialismus und der Arbeiterbewegung<\/em> (o\u00f9 Korsch avait publi\u00e9 son \u00e9tude et Luk\u00e0cs deux essais sur Moses Hess et sur Lassalle). En 1932 Max Horkheimer prend la direction de l&rsquo;<em>Institut<\/em> et de la <em>Zeitschrift f\u00fcr Soziaforschung<\/em> qui rempla\u00e7a l&rsquo;Archiv. L&rsquo;Ecole de Francfort se consolidait. &#8211; La victoire du nazisme obligea l&rsquo;\u00e9quipe \u00e0 se r\u00e9fugier \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. <\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 un certain moment, les travaux de l&rsquo;\u00e9quipe paraissaient toujours dans sa revue, publi\u00e9e en France, chez Alcan ; elle fit aussi para\u00eetre un volume d&rsquo;\u00e9tudes : <em>Autorit\u00e9 et Famille<\/em>. Pendant la seconde guerre, le groupe s&rsquo;installa aux Etats-Unis, poursuivant son activit\u00e9, et Adorno collabora \u00e0 l&rsquo;ouvrage collectif : <em>La personnalit\u00e9 autoritaire<\/em> (9). Walter Benjamin s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 la mort en 1940. <\/p>\n\n\n\n<p>Horkheimer et Adorno retourn\u00e8rent apr\u00e8s la guerre \u00e0 Francfort et reconstitu\u00e8rent l&rsquo;<em>Institut de Recherches sociales<\/em>. Marcuse et Fromm (qui avait, entre temps, pris des distances par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe) rest\u00e8rent aux Etats-Unis. L&rsquo;Institut de Francfort essaie d&rsquo;associer aussi \u00e9troitement que possible les recherches th\u00e9oriques et les enqu\u00eates empiriques, \u00e9vitant le sectarisme politique et le dogmatisme, soucieux de ne pas succomber au positivisme. \u00c9vite-t-il, pour autant, le sociologisme ? Il est vraiment regrettable qu&rsquo;il ne parvienne pas \u00e0 entrer en dialogue avec l&rsquo;autre centre de recherches, philosophiques cette fois, l'\u00a0\u00bbEcole de Fribourg\u00a0\u00bb (qui va de Husserl \u00e0 Heidegger et \u00e0 Eugen Fink (10), ni avec ce qui se fait en Allemagne orientale (autour d&rsquo;Ernst Bloch). Il faut d\u00e9plorer aussi que la France, de la droite, du centre et de la gauche, se clo\u00eetre dans son refus de toutes ces recherches, ignorance et fermeture dues \u00e0 diverses raisons. L&rsquo;Universit\u00e9 et les cercles de tous diam\u00e8tres, les revues et les journaux ont ici d&rsquo;autres chats \u00e0 fouetter (lesquels?). Tout doit \u00eatre bien estomp\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9 du Rhin et s&rsquo;ordonner comme un jardin \u00e0 la fran\u00e7aise. Malheur \u00e0 qui marche sur les pelouses. <\/p>\n\n\n\n<p>Adorno se meut dans le monde de la totalit\u00e9 bris\u00e9e. \u00ab\u00a0Le tout est le non-vrai\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0contredisant\u00a0\u00bb Hegel. Il est adversaire de la totalit\u00e9, peut-\u00eatre parce qu&rsquo;il l&rsquo;identifie avec le totalitarisme. \u00c9migr\u00e9 de l&rsquo;ext\u00e9rieur et de l&rsquo;int\u00e9rieur, il ne cesse de d\u00e9noncer les r\u00e9gimes totalitaires. Seule pourtant la totalit\u00e9 ouverte et multidimensionnelle, la totalit\u00e9 de la non-totalit\u00e9, est et reste le tombeau de tout totalitarisme politique et technocratique. Perdant de vue la  \u00ab\u00a0totalit\u00e9\u00a0\u00bb, toute lutte anti-totalitaire se perd dans l&rsquo;id\u00e9ologie ou dans l&rsquo;activisme vide et plat. Car, quoique bris\u00e9e et disloqu\u00e9e, invisible et hautement probl\u00e9matique, la totalit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre en devenir du monde, ne constitue-t-elle, m\u00eame d&rsquo;une mani\u00e8re non-constitutive, le supr\u00eame horizon ? Et ce qu&rsquo;on appelle trop vite erreur, n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;autre visage de la m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 ? L&rsquo;effort d&rsquo;Adorno vise, certes, la prise de conscience des mutilations. Cet effort, il ne se d\u00e9ploie maintenant ni pour sauver la masse de l&rsquo;humanit\u00e9 ali\u00e9n\u00e9e (Marx), ni pour rem\u00e9dier \u00e0 l&rsquo;angoisse de l&rsquo;individu isol\u00e9 (Kierkegaard) ; il ne fait pas appel \u00e0 la conscience non-r\u00e9ifi\u00e9e d&rsquo;une classe (Luk\u00e0cs); \u00e0 qui s&rsquo;adresse-t-il ? Nietzsche l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 dit : \u00ab\u00a0\u00e0 tous et \u00e0 personne\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la br\u00e8che, \u00e9prouvant \u00e0 sa mani\u00e8re la vision nietzsch\u00e9enne du <em>nihilisme<\/em>, Adorno maintient la lutte : contre les formes et les forces de la <em>r\u00e9ification <\/em>et contre les idoles et les puissances de l&rsquo;<em>id\u00e9ologie<\/em>. Il est cependant difficile de saisir ces deux excroissances \u00e0 leur vraie racine (unitaire), qui se cache. Adorno joint \u00e0 la pr\u00e9occupation qui concerne l&rsquo;<em>histoire mondiale<\/em>, l&rsquo;\u00e9lucidation des probl\u00e8mes de la <em>vie quotidienne<\/em>. En ce sens, il d\u00e9passe les vulgaires ou savantes sociologies de la culture (mot pompeux, jamais suffisamment fond\u00e9 et employ\u00e9 par tous ceux qui se trouvent pris dans l&rsquo;engrenage des affaires culturelles). Mais parlent-ils au moins de la vie, lui, ses amis et les autres, avec le maximum de sinc\u00e9rit\u00e9 ? Toutes les r\u00e9flexions critiques et toutes les th\u00e9ories analytiques &#8211; ennemies de la sp\u00e9culation qu&rsquo;elles nomment abstraite &#8211; portent-elles jamais jusqu&rsquo;au langage ces aspects du \u00ab\u00a0concret\u00a0\u00bb sur lesquels tout le monde se tait ? On parle beaucoup de la sexualit\u00e9 et de l&rsquo;amour, du couple et de la famille. En voilant cependant les vrais conflits. Dit-on jamais, par exemple, sans faire trop de litt\u00e9rature ou d&rsquo;analyses scientifiques, au niveau de la vie personnelle et quotidienne, ce qui se passe en lui et autour de lui, quand un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb couche avec la femme d&rsquo;un ami ou l&rsquo;autre avec sa femme ? Dit-on jamais, ce qu&rsquo;on se dit &#8211; et surtout : ce qu&rsquo;on ne dit pas, et pourquoi ? <\/p>\n\n\n\n<p>Adorno, sans atteindre cette radicalit\u00e9, essaie de ne pas s\u00e9parer le social du psychologique, le lyrique et le musical du banal et du prosa\u00efque. Sans doute n&rsquo;\u00e9chappe-t-il pas \u00e0 ce qui p\u00e8se sur tout \u00ab\u00a0\u00e9pigone\u00a0\u00bb ; il \u00e9tudie et il critique Hegel  et Husserl, il diss\u00e8que les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux, il s&rsquo;attache et il s&rsquo;attaque aux dissonances de la musique et du monde, il \u00e9crit des <em>Minima moralia<\/em>. Mieux vaut semble-t-il avoir une pens\u00e9e \u00e9pigonale que de ne pas avoir de pens\u00e9e du tout. Hegel avait pourtant dit, avec plus de profondeur que d&rsquo;humour, qu&rsquo;une chaussette trou\u00e9e vaux mieux qu&rsquo;une chaussette raccommod\u00e9e, parce qu&rsquo;elle ne cesse de comporter sa plaie et son ouverture. <\/p>\n\n\n\n<p>Pens\u00e9e et langage sont indissolublement li\u00e9s. A chaque style de pens\u00e9e correspond un langage. Rien d&rsquo;\u00e9tonnant de trouver chez Adorno styliste un langage caract\u00e9ristique : fragment\u00e9, bris\u00e9, subtil plus qu&rsquo;\u00e9l\u00e9gant, revenant au m\u00eame point, le quittant, rejoignant un autre, sans faire halte, sans parvenir \u00e0 un r\u00e9sultat final. Plus que de l&rsquo;essai, son \u00e9criture rel\u00e8ve de l&rsquo;aphorisme. Mais d\u00e9j\u00e0 Pascal, Novalis, Nietzsche &#8211; pour laisser H\u00e9raclite reposer en paix &#8211; savaient parler ce langage et avaient dit des choses graves et grandes dans leur qu\u00eate de la totalit\u00e9 fragment\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>La tristesse d&rsquo;Adorno, dans cette vie du monde \u00e9branl\u00e9e, sa sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;<em>\u00e9tranget\u00e9<\/em>, &#8211; sensibilit\u00e9 particuli\u00e8rement aigu\u00eb chez tous ceux qui ne s&rsquo;identifient pas avec une classe, une race, une nation, une confession, une organisation, une id\u00e9ologie, &#8211; le poussent vers l&rsquo;attente d&rsquo;un bonheur futur. Demain commencera \u00e0 r\u00e9aliser l&rsquo;utopie. Ne pouvons-nous donc pas nous passer des lendemains qui chantent ? Tout ce qui est, est dans le temps, appara\u00eet dans l&rsquo;horizon du monde et dispara\u00eet dans le devenir. La nostalgie d&rsquo;un paradis perdu et l&rsquo;utopie eschatologique sont-elles imp\u00e9rissables ? <\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait pourtant la t\u00e2che d&rsquo;une pens\u00e9e ouverte \u00e0 l&rsquo;avenir, et allant toujours de l&rsquo;avant, de parler du devenir, sans rires et sans pleurs, attentive au monde global de l&rsquo;\u00eatre, le global ne se r\u00e9duisant pas \u00e0 ce qui se passe empiriquement, dans la succession des instants, sur notre petit globe. Et cette pens\u00e9e ne pourrait \u00eatre \u00ab\u00a0mondiale\u00a0\u00bb ou plan\u00e9taire que si elle osait mettre en question \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb v\u00e9rit\u00e9 du monde, scrutant le rythme de son errance fondamentale, qui embrasse toutes les erreurs particuli\u00e8res. Une telle pens\u00e9e, m\u00eame au temps des fus\u00e9es interplan\u00e9taires et dans ce monde de bruit et de fureur, avancerait \u00ab\u00a0\u00e0 pas de colombe\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Kostas AXELOS.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Adorno fait sa th\u00e8se de doctorat sur Husserl, \u00e0 Francfort, en 1924. En 1933, il publie <em>Kierkegaard ;<\/em> <em>Konstruktion der Aesthetischen<\/em>. Ouvrages philosophiques et sociologiques r\u00e9cents : <em>Minima Moralia<\/em> (1951). <em>Prismen ; Kulturkritik und Gesellschaft<\/em> (1955). <em>Zur Metakritik der Erkenntnistheorie, Studien \u00fcber Husserl und die ph\u0153nomenologischen Antinomien<\/em> (1956). <em>Aspekte der Hegelschen Philosophie<\/em> (1957). Ouvrages musicologiques : <em>Philosophie der neuen Musik<\/em> (1949). <em>Versuch \u00fcber Wagner<\/em> (1952). <em>Dissonanzen ; Musik in der verwalteten Weit<\/em> (1956).  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) <em>Essais et Conf\u00e9rences<\/em>, Gallimard, 1958, p. 87 (je modifie la traduction de Pr\u00e9au). Cf. aussi Heidegger, <em>Le principe d&rsquo;identit\u00e9<\/em> (<em>Arguments<\/em>, n\u00b0 7, 1958).  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3)  <em>La crise sexuelle ; critique de la r\u00e9forme sexuelle bourgeoise<\/em>. Suivi de <em>Mat\u00e9rialisme dialectique et psychanalyse<\/em>. Ed. sociales internationales, Paris, 1934. <em>La fonction de l&rsquo;orgasme<\/em>. L&rsquo;Arche, Paris, 1952. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(4)  Cf. les trois chapitres traduits dans <em>Arguments <\/em>: <em>Qu&rsquo;est-ce que le marxisme orthodoxe ?<\/em> (N\u00b0 3, 1957) ; <em>Rosa Luxembourg marxiste<\/em> (N\u00b0 5, 1957) ; <em>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de la r\u00e9ification<\/em> (N\u00b0 11, 1958).  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(5) Horkheimer a publi\u00e9 en collaboration avec Adorno <em>Dialektik der Aufkl\u00e4rung<\/em> (Amsterdam, 1947).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(6)  Un recueil de textes de W. Benjamin tir\u00e9 de ses <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, r\u00e9cemment \u00e9dit\u00e9es par Adorno en deux volumes, doit para\u00eetre prochainement chez Julliard. Ce recueil, traduit par Maurice de Gandillac, comprendra des essais sur <em>La critique de l&rsquo;id\u00e9e de violence, G\u0153the, Baudelaire, La t\u00e2che du traducteur, L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art au temps de sa reproductibilit\u00e9 technique<\/em>, etc.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(7)  <em>Hegels Ontologie und die Grundlegung einer Theorie der Geschichtlichkeit<\/em>. Francfort, 1932. <em>Reason and Revolution<\/em>. Londres, 1941. <em>Eros and Civilisation. A Philosophical Inquiry into Freud<\/em>. Boston, 1955. <em>Soviet Marxism<\/em>. New-York, 1958. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(8) <em>The Fear of Freedom<\/em>. New-York. 1941.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(9) <em>Autoritarian Personality<\/em>, 5 volumes. New-York, 1950.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(10)  Fink vient de publier deux livres d&rsquo;orientation ph\u00e9nom\u00e9nologique et ontologique : <em>Raum, Zeit, Bewegung<\/em> et <em>Sein, Wahrheit, Welt<\/em>. Il pr\u00e9pare un ouvrage sur Marx. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong><em>FRAGMENTS<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>PETITES DOULEURS, GRANDS PO\u00c8MES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> La culture contemporaine, culture de masses, est historiquement n\u00e9cessaire : ce qui la rend telle, ce n&rsquo;est pas tant la pression que des entreprises gigantesques exercent sur toute l&rsquo;existence humaine, c&rsquo;est plut\u00f4t une esth\u00e9tique devenue subjective et, par cons\u00e9quent, tout \u00e0 fait contraire, en apparence, \u00e0 cette standardisation des consciences, aujourd&rsquo;hui pr\u00e9dominante. Il est vrai que les artistes ont appris \u00e0 renoncer au plaisir pu\u00e9ril d&rsquo;imiter la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;ils p\u00e9n\u00e9traient plus profond\u00e9ment dans leur monde int\u00e9rieur. Et en r\u00e9fl\u00e9chissant sur l&rsquo;\u00e2me, ils se sont exerc\u00e9s aussi \u00e0 mieux se poss\u00e9der eux-m\u00eames. Le progr\u00e8s de leur technique, tout en leur permettant une libert\u00e9 et une ind\u00e9pendance plus grandes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, a conduit \u00e0 une sorte de chosification et de technisation de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 en tant que telle. Mieux un artiste s&rsquo;exprime, et moins il doit \u00ab \u00eatre \u00bb ce qu&rsquo;il exprime. Ce qui est \u00e0 exprimer et la substance m\u00eame de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 se transforment d&rsquo;autant en de simples fonctions du processus de production. Nietzsche l&rsquo;a bien senti, lorsqu&rsquo;il a accus\u00e9 Wagner, ce ma\u00eetre de l&rsquo;expression, d&rsquo;hypocrisie, sans se rendre compte qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 de psychologie, mais d&rsquo;une tendance historique. Par sa transformation en mat\u00e9riel de manipulation, tout ce qu&rsquo;une \u00e9motion, dans sa spontan\u00e9it\u00e9, comporte d&rsquo;exprimable, acquiert de la stabilit\u00e9 et devient un objet que l&rsquo;on peut exposer et vendre. La subjectivation de la po\u00e9sie lyrique de Heine ne contredit pas simplement son caract\u00e8re commercial ; la nature d&rsquo;une chose vendable consiste elle-m\u00eame en une subjectivit\u00e9 dirig\u00e9e par la subjectivit\u00e9. L&rsquo;utilisation de la \u00ab\u00a0gamme\u00a0\u00bb avec une parfaite virtuosit\u00e9, d\u00e9finit l&rsquo;artiste depuis le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, et c&rsquo;est en vertu de son propre mouvement et non par trahison qu&rsquo;elle alimente journalisme, spectacle et calcul. La loi du devenir de l&rsquo;art, qui s&rsquo;identifie \u00e0 l&#8217;empire du sujet sur lui-m\u00eame et donc \u00e0 sa chosification, signifie d\u00e9clin de l&rsquo;art. Le cin\u00e9ma passe en revue, de fa\u00e7on administrative, tous les sujets et toutes les \u00e9motions pour leur trouver un client, ext\u00e9riorit\u00e9 seconde ; son hostilit\u00e9 contre l&rsquo;art surgit au c\u0153ur m\u00eame de l&rsquo;art, de la domination croissante exerc\u00e9e sur la nature int\u00e9rieure. Le cabotinage des artistes modernes, dont on parle tant, leur exhibitionnisme, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que le mouvement par lequel ils se transportent eux-m\u00eames comme marchandises sur le march\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>AVANT UNE CHOSE, MON ENFANT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;immoralit\u00e9 du mensonge ne r\u00e9side pas dans le fait qu&rsquo;il offense la sacro-sainte v\u00e9rit\u00e9. Lorsqu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 recrute ses membres par la contrainte et les oblige \u00e0 jouer cartes sur table, pour pouvoir les attraper d&rsquo;autant plus s\u00fbrement, elle est la derni\u00e8re qui ait le droit de se r\u00e9clamer de la v\u00e9rit\u00e9. Il n&rsquo;appartient pas \u00e0 la contre-v\u00e9rit\u00e9 universelle d&rsquo;insister sur une v\u00e9rit\u00e9 particuli\u00e8re, qu&rsquo;elle change d&rsquo;ailleurs en son contraire. N\u00e9anmoins, le mensonge reste charg\u00e9 d&rsquo;une souillure dont l&rsquo;antique fouet nous a fait prendre conscience, et qui en m\u00eame temps nous renseigne, dans une certaine mesure, sur les ge\u00f4liers. Le menteur a honte de mentir : \u00e0 l&rsquo;occasion de chaque mensonge, il doit faire l&rsquo;exp\u00e9rience de ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;indigne dans l&rsquo;organisation d&rsquo;un monde qui l&rsquo;oblige \u00e0 mentir pour vivre, tout en lui tenant des discours sur le th\u00e8me de \u00ab <em>\u00fcb immer Treu und Redlichkeit<\/em> \u00bb (1). La honte ressentie enl\u00e8ve toute force aux mensonges des gens organis\u00e9s de fa\u00e7on plus subtile. Ils mentent mal, et c&rsquo;est \u00e0 vrai dire par l\u00e0 que leur mensonge devient immoral \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;autrui. Mentir \u00e0 autrui, c&rsquo;est le juger b\u00eate, c&rsquo;est lui exprimer son m\u00e9pris. Pour les gens rou\u00e9s qui mentent de nos jours, le mensonge a perdu depuis longtemps sa fonction honn\u00eate : il ne trompe plus sur la r\u00e9alit\u00e9. Personne n&rsquo;a plus confiance en personne, tout le monde est au courant. On ment uniquement pour faire comprendre \u00e0 autrui qu&rsquo;on ne s&rsquo;int\u00e9resse pas \u00e0 lui, qu&rsquo;on peut parfaitement se passer de lui. En mentant, vous donnez \u00e0 entendre \u00e0 votre interlocuteur que vous vous moquez tout \u00e0 fait de son opinion sur vous-m\u00eame. Autrefois le mensonge \u00e9tait un moyen de communication lib\u00e9ral ; le voici devenu une des techniques de l&rsquo;insolence. On s&rsquo;en sert pour r\u00e9pandre autour de soi un froid, \u00e0 l&rsquo;abri duquel on peut prosp\u00e9rer.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"> (Extraits de <em>Minima Moralia<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>SUR LA GEN\u00c8SE DE LA B\u00caTISE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;antenne de l&rsquo;escargot, \u00ab munie de son visage tactile \u00bb, c&rsquo;est le symbole de l&rsquo;intelligence, s&rsquo;il faut en croire M\u00e9phisto, avec son antenne, l&rsquo;escargot sent   aussi les odeurs. Devant un obstacle l&rsquo;animal la retire aussit\u00f4t. Elle se r\u00e9tracte dans le corps, gardien et protecteur. R\u00e9unie au tout, elle ne risque plus que timidement \u00e0 redevenir autonome. Le danger est-il alors toujours pr\u00e9sent ? Elle dispara\u00eet \u00e0 nouveau et il s&rsquo;\u00e9coule un laps de temps plus consid\u00e9rable avant une nouvelle tentative. Le sens de l&rsquo;escargot d\u00e9pend des muscles et les muscles se ramollissent lorsque leur mouvement est entrav\u00e9. La blessure physique paralyse le corps ; la peur, elle, paralyse l&rsquo;esprit. <\/p>\n\n\n\n<p>Les animaux plus d\u00e9velopp\u00e9s existent gr\u00e2ce \u00e0 une plus grande libert\u00e9 ; leur existence atteste qu&rsquo;un beau jour des antennes, qu&rsquo;on ne retire plus, se sont dirig\u00e9es dans des directions nouvelles. Chaque esp\u00e8ce comm\u00e9more un nombre incalculable d&rsquo;autres qui \u00e9chou\u00e8rent d\u00e8s leur premi\u00e8re tentative de vivre : elles succomb\u00e8rent \u00e0 la peur lorsqu&rsquo;\u00e0 peine une antenne eut perc\u00e9 dans le sens de leur gen\u00e8se. Ainsi des possibilit\u00e9s furent \u00e9touff\u00e9es par la r\u00e9sistance imm\u00e9diate de la nature environnante ; continuant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur cette m\u00eame opposition, la peur fit d\u00e9p\u00e9rir les organes. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans tout regard d&rsquo;animal luisant de curiosit\u00e9 pointe une forme vivante nouvelle qui pourrait surgir de l&rsquo;esp\u00e8ce d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e, \u00e0 laquelle appartient l&rsquo;individu. Ce n&rsquo;est pas seulement le moulage qui le retient sous la protection de l&rsquo;\u00eatre ancien : la force que ce regard rencontre c&rsquo;est celle, vieille de millions d&rsquo;ann\u00e9es, qui depuis toujours fixe l&rsquo;\u00eatre \u00e0 son stade et, par une r\u00e9sistance toujours renouvel\u00e9e, l&#8217;emp\u00eache de franchir les premiers pas. Un tel regard qui h\u00e9site s&rsquo;\u00e9teint toujours facilement. Sans doute est-il soutenu par la bonne volont\u00e9 ; une esp\u00e9rance, fragile, l&rsquo;anime, mais l&rsquo;\u00e9nergie et la constance lui font d\u00e9faut. Pour la direction dont il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement chass\u00e9, l&rsquo;animal devient timide et b\u00eate. <\/p>\n\n\n\n<p>La b\u00eatise est un stigmate. Elle peut se rapporter \u00e0 une facult\u00e9 parmi d&rsquo;autres ou bien \u00e0 toutes les facult\u00e9s pratiques ou th\u00e9oriques. Toute b\u00eatise partielle chez un homme d\u00e9signe un endroit o\u00f9, au moment de l&rsquo;\u00e9veil, le jeu des muscles a \u00e9t\u00e9 frein\u00e9, au lieu d&rsquo;\u00eatre encourag\u00e9. Ce freinage embraye la vaine r\u00e9p\u00e9tition de tentatives maladroites et inorganis\u00e9es. Les questions interminables que pose l&rsquo;enfant sont d\u00e9j\u00e0 le signe d&rsquo;une douleur secr\u00e8te, d&rsquo;une premi\u00e8re question \u00e0 laquelle il ne trouva pas r\u00e9ponse et qu&rsquo;il ne sait pas poser en termes convenables. En partie, la r\u00e9p\u00e9tition \u00e9quivaut \u00e0 une volont\u00e9 ludique comme celle du chien sautant sans arr\u00eat contre la porte qu&rsquo;il ne sait point encore ouvrir pour finalement y renoncer si le loquet est plac\u00e9 trop haut ; en partie, elle ob\u00e9it \u00e0 une impulsion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, pareille \u00e0 celle du lion allant et venant dans sa cage, ou encore \u00e0 celle du n\u00e9vros\u00e9 qui r\u00e9p\u00e8te la r\u00e9action de d\u00e9fense ayant \u00e9chou\u00e9 une fois. Si les r\u00e9p\u00e9titions chez l&rsquo;enfant sont paralys\u00e9es ou si le freinage a \u00e9t\u00e9 trop brutal, l&rsquo;attention peut se diriger dans un autre sens. On dit que l&rsquo;enfant est plus riche en exp\u00e9rience, mais \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 l&rsquo;envie a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e, il reste une cicatrice imperceptible, un petit durcissement et ici la surface est d\u00e9sormais inerte. De pareilles cicatrices produisent des d\u00e9formations. Elles peuvent engendrer des caract\u00e8res durs et travailleurs, elles peuvent rendre b\u00eate &#8211; dans le sens de l&rsquo;anomalie, de la c\u00e9cit\u00e9 et de l&rsquo;impuissance lorsque simplement elles stagnent ; dans le sens de la m\u00e9chancet\u00e9, de l&rsquo;ent\u00eatement et du fanatisme lorsqu&rsquo;elles produisent le cancer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. La violence subie rend la bonne volont\u00e9, mauvaise. Et ce n&rsquo;est pas seulement en interdisant une question que l&rsquo;on peut imprimer de pareilles cicatrices, mais encore en prohibant l&rsquo;imitation, en interdisant les larmes ou des jeux trop audacieux. Les esp\u00e8ces de la s\u00e9rie animale, les \u00e9chelons intellectuels de l&rsquo;humanit\u00e9, les endroits rat\u00e9s chez un m\u00eame individu, tout cela indique des stations o\u00f9 l&rsquo;esp\u00e9rance s&rsquo;est fig\u00e9e, et qui, dans leur p\u00e9trification, atteste que tout \u00eatre vivant est soumis \u00e0 la m\u00eame loi.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>PHILOSOPHIE ET DIVISION DU TRAVAIL<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> Il est facile de saisir le r\u00f4le de la science dans la division sociale du travail. Sa t\u00e2che consiste \u00e0 stocker des faits et des rapports fonctionnels entre les faits en quantit\u00e9 aussi grande que possible. Il est n\u00e9cessaire que l&rsquo;on puisse percevoir d&rsquo;un seul coup d&rsquo;\u0153il leur ordre dans l&rsquo;entrep\u00f4t, pour permettre \u00e0 chaque industrie de trouver rapidement la marchandise dont. elle a besoin, dans l&rsquo;assortiment d\u00e9sir\u00e9. Pour une grande part, la collecte se fait d\u00e9j\u00e0 en vue de commandes d\u00e9termin\u00e9es de l&rsquo;industrie. <\/p>\n\n\n\n<p>Et les \u0153uvres historiques doivent, elles aussi, fournir du mat\u00e9riel qui sera \u00e9ventuellement utilis\u00e9 non pas directement dans l&rsquo;industrie mais, de fa\u00e7on m\u00e9diate, dans l&rsquo;administration. Machiavel d\u00e9j\u00e0 composait des \u00e9crits \u00e0 l&rsquo;usage des princes et des r\u00e9publiques, et, de la m\u00eame fa\u00e7on, on travaille aujourd&rsquo;hui pour des comit\u00e9s \u00e9conomiques et politiques. La forme historique est devenue certes g\u00eanante, dans un pareil emploi. Il vaut mieux organiser tout de suite le mat\u00e9riel historique selon l&rsquo;exigence d&rsquo;une t\u00e2che administrative pr\u00e9cise : manipulation des prix marchands ou r\u00e9glage des sentiments de la masse. A c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;administration et des consortiums industriels partis et syndicats passent aussi leurs commandes. <\/p>\n\n\n\n<p>La philosophie officielle est utile \u00e0 une science qui fonctionne de cette fa\u00e7on. Comme une sorte de taylorisme de l&rsquo;esprit, elle doit l&rsquo;aider \u00e0 am\u00e9liorer ses m\u00e9thodes de production, \u00e0 rationaliser le stockage des connaissances, \u00e0 emp\u00eacher le gaspillage des \u00e9nergies intellectuelles. Dans la division du travail, on lui assigne une fonction pr\u00e9cise tout comme \u00e0 la chimie et \u00e0 la bact\u00e9riologie. En raison de leur caract\u00e8re profond\u00e9ment r\u00e9actionnaire, sont encore tout juste tol\u00e9r\u00e9s quelques soldes philosophiques qui ressuscitent le culte divin du moyen \u00e2ge et la vision des essences \u00e9ternelles. En plus, continuent \u00e0 se reproduire quelques historiens de la philosophie qui d\u00e9clament infatigablement du Platon et du Descartes tout en ajoutant que ces auteurs sont d\u00e9sormais d\u00e9mod\u00e9s. Un v\u00e9t\u00e9ran du sensualisme ou quelque personnaliste patent\u00e9 se joignent \u00e0 eux, ci et l\u00e0. Ils extirpent du champ de la science la dialectique, ivraie qui sans cela pourrait profiter. <\/p>\n\n\n\n<p>Par opposition \u00e0 ses administrateurs la philosophie exige, entre autres que la pens\u00e9e ne capitule pas devant la division du travail dominante, celle-ci ne doit pas lui imposer ses t\u00e2ches. <\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 donn\u00e9e exerce sa contrainte sur les hommes non seulement par sa puissance physique ou en vertu d&rsquo;int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels, mais encore par un pouvoir de suggestion qui l&#8217;emporte ! La philosophie n est pas synth\u00e8se, science de base ou science qui coiffe toutes les autres, mais effort pour r\u00e9sister \u00e0 la suggestion, volont\u00e9 ferme de libert\u00e9 intellectuelle, de libert\u00e9 r\u00e9elle. <\/p>\n\n\n\n<p>La division du travail, telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est produite dans la servitude n&rsquo;est pas pour autant ignor\u00e9e. La philosophie d\u00e9nonce seulement chez elle son mensonge consistant \u00e0 se dire in\u00e9vitable. En ne se laissant pas hypnotiser par la force dominante, la philosophie poursuit celle-ci dans tous les recoins de la machinerie sociale. Il ne faut pas a priori attaquer cette machinerie, ou lui imposer une direction nouvelle ; il faut s&rsquo;attacher \u00e0 la comprendre apr\u00e8s l&rsquo;avoir d\u00e9barrass\u00e9e de la fascination qu&rsquo;elle exerce. Si les fonctionnaires que l&rsquo;industrie d\u00e9l\u00e8gue dans ses d\u00e9partements intellectuels, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans les universit\u00e9s, les \u00e9glises et les journaux, si ces gens demandent \u00e0 la philosophie de produire les documents officiels o\u00f9 figurent les principes qui justifient ses investigations, la philosophie tombe dans un embarras mortel. Elle ne reconna\u00eet pas de normes ou d&rsquo;objectifs abstraits qui, par diff\u00e9rence avec ceux qui ont cours, seraient utilisables. Sa libert\u00e9 par rapport \u00e0 la suggestion de la r\u00e9alit\u00e9 donn\u00e9e r\u00e9side justement dans le fait qu&rsquo;elle prend en consid\u00e9ration les id\u00e9aux bourgeois sans leur t\u00e9moigner de r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame si c&rsquo;est d&rsquo;une fa\u00e7on d\u00e9form\u00e9e, ou de ceux qu&rsquo;on reconna\u00eet toujours, en d\u00e9pit de toutes les manipulations, comme sens objectif des institutions techniques et culturelles. Que la division du travail soit utile aux hommes, que le progr\u00e8s m\u00e8ne \u00e0 la libert\u00e9, la philosophie le croit. C&rsquo;est la raison pour laquelle elle entre facilement en conflit avec la division du travail et le progr\u00e8s. Elle pr\u00eate langue \u00e0 la contradiction entre la foi et la r\u00e9alit\u00e9 en s&rsquo;en tenant \u00e9troitement \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s par le temps. Pour elle, le massacre organis\u00e9 \u00e0 une \u00e9chelle gigantesque n&rsquo;a pas, comme pour la litt\u00e9rature journalistique, une valeur plus grande que la liquidation de quelques pensionnaires d&rsquo;asile. Elle ne pr\u00e9f\u00e8re pas les intrigues d&rsquo;un homme d&rsquo;Etat qui se laisse entra\u00eener dans le mouvement fasciste \u00e0 un lynchage modeste, les tourbillons publicitaires de l&rsquo;industrie cin\u00e9matographique \u00e0 une discr\u00e8te annonce fun\u00e9raire. Le penchant au grandiose est loin d&rsquo;elle. De cette fa\u00e7on, elle est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 donn\u00e9e et en m\u00eame temps elle la comprend profond\u00e9ment. Sa voix appartient \u00e0 l&rsquo;objet mais malgr\u00e9 celui-ci ; elle est la voix de la contradiction qui, sans elle, ne se ferait pas entendre, mais triompherait d&rsquo;une fa\u00e7on muette.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(Extraits de <em>Dialektik der Aufkl\u00e4rung<\/em>.) <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(Fragments traduits de l&rsquo;allemand par H. HlLDENBRAND et A. LINDENBERG.)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) \u00ab Sois toujours honn\u00eate et fid\u00e8le. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Kostas Axelos suivi de \u00ab\u00a0Fragments\u00a0\u00bb parus dans Arguments, n\u00b0 14, 2e trimestre 1959, p. 20-25 En ces temps o\u00f9 \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb pens\u00e9e se fait rare, ses sous-produits inondant le march\u00e9 mondial de la production et de la consommation des biens culturels, il faut savoir reconna\u00eetre et saluer un penseur lorsqu&rsquo;on le rencontre. 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