{"id":6763,"date":"2020-02-13T13:46:07","date_gmt":"2020-02-13T12:46:07","guid":{"rendered":"http:\/\/sinedjib.com\/?p=6763"},"modified":"2024-01-09T22:26:00","modified_gmt":"2024-01-09T21:26:00","slug":"marcuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/02\/13\/marcuse\/","title":{"rendered":"Herbert Marcuse : L&rsquo;amour et la mort (Eros et Thanatos)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Texte d&rsquo;Herbert Marcuse paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\" (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/inclassables\/arguments\/arguments-n21.pdf\" target=\"_blank\">Arguments<\/a><\/em>, n\u00b0 21, 1er trimestre 1961, p. 59-64<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"390\" height=\"616\" data-attachment-id=\"7002\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/02\/13\/marcuse\/arguments-1er-trimestre-1961\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-1er-trimestre-1961.png?fit=390%2C616&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"390,616\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Arguments-1er-trimestre-1961\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-1er-trimestre-1961.png?fit=190%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-1er-trimestre-1961.png?fit=390%2C616&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-1er-trimestre-1961.png?resize=390%2C616\" alt=\"\" class=\"wp-image-7002\" style=\"width:359px;height:567px\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-1er-trimestre-1961.png?w=390&amp;ssl=1 390w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-1er-trimestre-1961.png?resize=190%2C300&amp;ssl=1 190w\" sizes=\"auto, (max-width: 390px) 100vw, 390px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">A condition de n&rsquo;\u00eatre pas r\u00e9prim\u00e9e, la sexualit\u00e9 tend \u00e0 se transformer en Eros, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 se sublimer en relations permanentes et \u00e9largies (comprenant des relations de travail) o\u00f9 se trouve intensifi\u00e9e et amplifi\u00e9e la satisfaction des instincts. L&rsquo;Eros aspire \u00e0 se perp\u00e9tuer en un ordre durable. Cette aspiration rencontre dans le domaine de la n\u00e9cessit\u00e9 une premi\u00e8re r\u00e9sistance. Certes, la mis\u00e8re et la pauvret\u00e9 qui dominent dans le monde pourraient \u00eatre ma\u00eetris\u00e9es au point que rien ne s&rsquo;opposerait plus \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une totale libert\u00e9 ; mais cette ma\u00eetrise semble devoir toujours \u00eatre remise \u00e0 plus tard, cr\u00e9er \u00e9ternellement des contraintes nouvelles. Tout le progr\u00e8s technique, la rationalisation de l&rsquo;homme et du travail, n&rsquo;ont pas aboli le travail contraignant, ali\u00e9n\u00e9, m\u00e9canique, que l&rsquo;on fait sans plaisir et sans y trouver une r\u00e9alisation de soi (1). <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>D&rsquo;autre part, l&rsquo;ali\u00e9nation, dans son progr\u00e8s, a elle-m\u00eame pour cons\u00e9quence l&rsquo;augmentation du potentiel de la libert\u00e9 ; plus le travail devient pour l&rsquo;individu quelque chose d&rsquo;ext\u00e9rieur et moins il l&rsquo;enferme dans le domaine de la n\u00e9cessit\u00e9. Quand la domination cesse d&rsquo;imposer ses exigences, la diminution quantitative du temps et de l&rsquo;\u00e9nergie consacr\u00e9s au travail m\u00e8ne \u00e0 un changement qualitatif dans l&rsquo;existence humaine : c&rsquo;est le loisir et non plus le temps de travail qui d\u00e9termine son contenu. Le domaine grandissant de la libert\u00e9 devient r\u00e9ellement celui du jeu, du libre jeu des facult\u00e9s individuelles. Ces possibilit\u00e9s, ainsi lib\u00e9r\u00e9es, produiront de nouvelles formes de r\u00e9alisation et de d\u00e9couverte du monde qui, de leur c\u00f4t\u00e9, transformeront le domaine de la n\u00e9cessit\u00e9 et de la lutte pour l&rsquo;existence. La relation ainsi transform\u00e9e entre les deux domaines de la r\u00e9alit\u00e9 humaine, change le rapport entre le d\u00e9sirable et le raisonnable, entre l&rsquo;instinct et la raison. Avec la transformation de la sexualit\u00e9 en Eros, les instincts de vie s&rsquo;ordonnent, tandis que la raison devient sensible dans la mesure o\u00f9 elle est conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 et o\u00f9 elle organise celle-ci dans le sens d&rsquo;un enrichissement et d&rsquo;une stimulation des instincts de vie. Les racines d&rsquo;une nouvelle exp\u00e9rience esth\u00e9tique de la vie apparaissent, non seulement sous la forme d&rsquo;une culture artistique, mais aussi dans la lutte pour la vie. Cette lutte rev\u00eat une rationalit\u00e9 nouvelle. La raison, dans ce qu&rsquo;elle a de r\u00e9pressif et qui caract\u00e9rise le r\u00e8gne du principe d&rsquo;effort, ne fait pas, <em>en tant que telle<\/em>, partie du domaine de la n\u00e9cessit\u00e9. Sous le r\u00e8gne du principe d&rsquo;effort, la satisfaction de l&rsquo;instinct sexuel est, clans une tr\u00e8s grande mesure, une victoire sur la raison et m\u00eame sur la conscience : un bref oubli (l\u00e9gitime ou secret) de la mis\u00e8re publique et priv\u00e9e ; une rupture de la routine raisonnable, du devoir et de la dignit\u00e9 conformes au statut de chacun. Un bonheur qui n&rsquo;est soumis ni \u00e0 la r\u00e9pression ni au contr\u00f4le, est presque, par d\u00e9finition, d\u00e9raisonnable. Au contraire, la satisfaction des instincts, quand elle est atteinte par-del\u00e0 le principe d&rsquo;effort, exige d&rsquo;autant plus de ma\u00eetrise consciente, libre et rationnelle, qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus la \u00ab parente pauvre \u00bb d&rsquo;une rationalit\u00e9 impos\u00e9e du dehors. Plus les instincts se d\u00e9velopperont librement et plus leur \u00ab nature conservatrice \u00bb s&rsquo;\u00e9panouira. L&rsquo;aspiration \u00e0 une satisfaction <em>durable <\/em>ne vise pas seulement \u00e0 un \u00e9largissement des relations libidinales r\u00e9glement\u00e9es (\u00ab communaut\u00e9 \u00bb), mais aussi, \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur, \u00e0 la dur\u00e9e de ces relations. Le principe du plaisir atteint la conscience ; l&rsquo;Eros d\u00e9finit la raison dans le sens qui lui est propre. Est raisonnable, d\u00e9sormais, ce que soutient l&rsquo;ordre de la satisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la mesure o\u00f9 la lutte pour l&rsquo;existence commence \u00e0 servir \u00e0 un libre d\u00e9veloppement et \u00e0 l&rsquo;assouvissement des besoins individuels, la raison r\u00e9pressive c\u00e8de la place \u00e0 une nouvelle <em>rationalit\u00e9 de la satisfaction<\/em> dans laquelle co\u00efncident raison et bonheur. Cette rationalit\u00e9 produit sa division du travail, sa hi\u00e9rarchie et ses valeurs propres. L&rsquo;h\u00e9ritage historique du principe d&rsquo;effort, c&rsquo;est l&rsquo;administration non pas de l&rsquo;homme mais des choses : cependant la civilisation, dans sa maturit\u00e9, d\u00e9pend, en ce qui concerne son fonctionnement, d&rsquo;une multitude d&rsquo;institutions coordonn\u00e9es. De leur c\u00f4t\u00e9, ces institutions doivent poss\u00e9der une autorit\u00e9 reconnue et reconnaissable. Des rapports hi\u00e9rarchiques ne sont pas non-libres <em>en soi<\/em> ; la civilisation et la culture reposent, pour une grande part, sur une autorit\u00e9 fond\u00e9e par la science, le savoir-faire et la n\u00e9cessit\u00e9, et dont le but est la pr\u00e9servation de la vie. C&rsquo;est de cette autorit\u00e9 que disposent le technicien, l&rsquo;agent de police r\u00e9glant la circulation et le pilote, dans l&rsquo;exercice de leurs fonctions. A ce propos, il convient de se rappeler la distinction \u00e0 faire entre r\u00e9pression n\u00e9cessaire et r\u00e9pression suppl\u00e9mentaire. Lorsqu&rsquo;un enfant veut traverser la rue n&rsquo;importe quand et n&rsquo;importe o\u00f9, la r\u00e9pression \u00e0 laquelle il se heurte n&rsquo;est pas la r\u00e9pression d&rsquo;une possibilit\u00e9 humaine. Elle en est peut-\u00eatre m\u00eame le contraire. Le besoin de se d\u00e9tendre dans le cadre des distractions offertes par l&rsquo;industrie culturelle est lui-m\u00eame r\u00e9pressif, et le r\u00e9primer est un pas sur le chemin de la libert\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 la r\u00e9pression est devenue efficace au point de prendre aux yeux de l&rsquo;opprim\u00e9 la forme, illusoire, de la libert\u00e9, l&rsquo;abolition d&rsquo;une telle libert\u00e9 appara\u00eet volontiers comme un acte despotique. Ici r\u00e9appara\u00eet le vieux conflit : la libert\u00e9 humaine n&rsquo;est pas \u00b5ne affaire priv\u00e9e, mais elle ne repr\u00e9sente absolument rien si elle n&rsquo;est pas <em>aussi <\/em>une affaire priv\u00e9e. Si la vie priv\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait plus coup\u00e9e de la vie publique, et en opposition avec elle, alors l&rsquo;accord entre libert\u00e9s individuelle et collective pourrait peut-\u00eatre se faire par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;une \u00ab volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00bb. Cet accord pourrait se concr\u00e9tiser dans des institutions visant \u00e0 satisfaire les besoins individuels. Renoncer aux exigences de l&rsquo;instinct et en retarder la satisfaction en ob\u00e9issant \u00e0 la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ne serait plus p\u00e9nible et inhumain ; la rationalit\u00e9 de cette attitude cesserait d&rsquo;\u00eatre autoritaire. N\u00e9anmoins, une question demeure : comment la civilisation peut-elle produire librement la libert\u00e9, alors que la non-libert\u00e9 est devenue partie int\u00e9grante et centrale de l&rsquo;appareil psychique ? <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>De Platon jusqu&rsquo;\u00e0 Rousseau, la seule r\u00e9ponse valable r\u00e9side dans l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une dictature \u00e9ducative qui serait exerc\u00e9e par ceux en qui l&rsquo;on pourrait avoir confiance quant \u00e0 leur connaissance du vrai bien (2). Depuis, cette r\u00e9ponse est tomb\u00e9e dans l&rsquo;oubli : la connaissance des moyens d&rsquo;assurer \u00e0 tous une existence humaine n&rsquo;est plus l&rsquo;apanage d&rsquo;une \u00e9lite. Les faits ne sont que trop \u00e9vidents et la conscience individuelle les saisirait sans difficult\u00e9 si elle n&rsquo;en \u00e9tait m\u00e9thodiquement emp\u00each\u00e9e et d\u00e9tourn\u00e9e. L&rsquo;individu est \u00e0 lui seul capable de distinguer entre autorit\u00e9 rationnelle et autorit\u00e9 irrationnelle, entre r\u00e9pression n\u00e9cessaire et r\u00e9pression suppl\u00e9mentaire et il peut lui-m\u00eame v\u00e9rifier le bien-fond\u00e9 de cette distinction. Le fait qu&rsquo;il ne le sait pas encore aujourd&rsquo;hui ne signifie pas qu&rsquo;il ne pourrait pas l&rsquo;apprendre s&rsquo;il en avait l&rsquo;occasion. Alors, l&rsquo;enseignement des tentatives et des erreurs faites deviendrait un enseignement raisonnable de la libert\u00e9. Ce qui n&rsquo;existe nulle part est souvent suspect de n&rsquo;\u00eatre pas r\u00e9alisable ; cela n&rsquo;est pas vrai en ce qui concerne les conditions d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 libre : celles-ci sont affaire de raison. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;argument le plus fort contre l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une civilisation libre r\u00e9side moins dans le conflit entre l&rsquo;instinct et la raison que dans le conflit inh\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;instinct lui-m\u00eame. Au cas m\u00eame o\u00f9 les formes destructives des perversions polymorphes et de la non-inhibition de l&rsquo;instinct iraient de pair avec la r\u00e9pression suppl\u00e9mentaire et, apr\u00e8s l&rsquo;abolition de celle ci, deviendraient susceptibles de r\u00e9glementation, les instincts, en tant que tels, garderaient leur dynamique propre, au del\u00e0 du bien et du mal ; aucune civilisation ne peut renoncer \u00e0 faire cette distinction. Le seul fait que l&rsquo;instinct sexuel, dans le choix de son objet, n&rsquo;ob\u00e9isse pas aux seules exigences de la reproduction, cr\u00e9e une source de conflits in\u00e9vitables entre les individus, et c&rsquo;est un argument qui p\u00e8se lourd contre la possibilit\u00e9 d&rsquo;une auto-sublimation. Mais peut-\u00eatre existe-t-il dans l&rsquo;instinct m\u00eame une barri\u00e8re qui \u00ab freine \u00bb sa force motrice ? Peut-\u00eatre y a-t-il une auto-limitation \u00ab\u00a0utile\u00a0\u00bb de l&rsquo;Eros, de sorte que sa vraie satisfaction exige retard, d\u00e9tour et inhibition ? Dans ce cas, il existerait des obstacles et des restrictions impos\u00e9s non pas de l&rsquo;ext\u00e9rieur, par un principe de r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9pressif, mais, poss\u00e9dant une valeur libidinale intrins\u00e8que, fix\u00e9s et accept\u00e9s par l&rsquo;instinct lui-m\u00eame. Freud montre, en effet, qu&rsquo;une telle possibilit\u00e9 existe : la libert\u00e9 sexuelle originellement illimit\u00e9e conduirait \u00e0 une satisfaction insuffisante : \u00ab\u00a0Il est facile de constater que la valeur psychique du besoin d&rsquo;amour diminue aussit\u00f4t que la satisfaction lui est rendue commode. Il faut un obstacle pour que surgisse la libido\u00a0\u00bb (3). Il y a plus : Freud parle \u00ab de la possibilit\u00e9 surprenante&#8230; que quelque chose, dans la nature de l&rsquo;instinct sexuel, ne soit pas favorable \u00e0 une enti\u00e8re satisfaction \u00bb (4). L&rsquo;id\u00e9e est \u00e9quivoque et il est facile de lui trouver toutes sortes de justifications id\u00e9ologiques : les cons\u00e9quences n\u00e9fastes d&rsquo;une satisfaction trop ais\u00e9ment accessible sont probablement l&rsquo;un des plus forts soutiens d&rsquo;une morale r\u00e9pressive. Cependant, dans le contexte de la th\u00e9orie freudienne, il s&rsquo;ensuit que les \u00ab\u00a0obstacles naturels\u00a0\u00bb, d\u00e8s lors qu&rsquo;ils sont s\u00e9par\u00e9s des tabous archa\u00efques et des emp\u00eachements ext\u00e9rieurs, signifient tout autre chose que le refus du plaisir. Le plaisir poss\u00e8de un \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;auto-d\u00e9termination, symbole de la victoire humaine sur l&rsquo;aveugle n\u00e9cessit\u00e9. \u00ab La nature, au fond, ne connait pas le plaisir ; elle ne va pas au del\u00e0 de la satisfaction du besoin. Tout plaisir est social, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de tendances affectives sublim\u00e9es ou non sublim\u00e9es. Le plaisir prend sa source dans l&rsquo;ali\u00e9nation (5). \u00bb Ce qui distingue le plaisir de la simple satisfaction des besoins, c&rsquo;est la r\u00e9pugnance de l&rsquo;instinct \u00e0 s&rsquo;\u00e9puiser en satisfaction imm\u00e9diate, c&rsquo;est sa facult\u00e9 d&rsquo;\u00e9riger des barri\u00e8res et de les utiliser pour rendre plus intense la satisfaction. Bien que cette auto-limitation des instincts ait fait le jeu de la domination, elle peut faire aussi le jeu oppos\u00e9 ; elle peut \u00e9rotiser des relations non libidinales, transformer une tension et un d\u00e9lassement biologiques en bonheur libre. Les barri\u00e8res dress\u00e9es contre la satisfaction absolue pourraient, si elles ne servaient plus \u00e0 contraindre les hommes \u00e0 des efforts ali\u00e9n\u00e9s, devenir des \u00e9l\u00e9ments de la libert\u00e9 humaine ; elles pr\u00e9serveraient cette autre ali\u00e9nation d&rsquo;o\u00f9 jaillit le plaisir, l&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;homme non par rapport \u00e0 lui-m\u00eame, mais par rapport \u00e0 la simple nature ; elles  pr\u00e9serveraient la libre r\u00e9alisation de soi. Les hommes vivraient alors comme de v\u00e9ritables \u00eatres individuels, chacun construisant sa propre vie ; ils seraient confront\u00e9s \u00e0 des besoins et \u00e0 des formes de satisfaction, diff\u00e9rant selon leur propre choix et leur propre refus. L&rsquo;exaltation du principe du plaisir engendrerait douleurs, frustrations et conflits individuels, dans l&rsquo;aspiration \u00e0 la satisfaction. Mais ces conflits eux-m\u00eames poss\u00e9deraient une valeur libidinale : ils seraient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s par la rationalit\u00e9 de la satisfaction, rationalit\u00e9 sensible a ses propres lois morales. Non seulement la conception freudienne d&rsquo;une barri\u00e8re dress\u00e9e par les instincts contre une satisfaction absolue, mais aussi les interpr\u00e9tations psychanalytiques du sur-moi, renvoient \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une morale libidinale. On a pu constater que le sur-moi, en tant que repr\u00e9sentant psychique de la morale, n&rsquo;est pas uniquement le repr\u00e9sentant du principe de r\u00e9alit\u00e9, en particulier du p\u00e8re qui interdit et punit. Dans quelques cas, le sur-moi semble \u00eatre li\u00e9 secr\u00e8tement avec le \u00e7a, et il semble repr\u00e9senter les exigences du \u00e7a contre le moi et le monde ext\u00e9rieur. Aussi Charles Odier est-il d&rsquo;avis qu&rsquo;une partie du sur-moi est, en derni\u00e8re analyse, le repr\u00e9sentant d&rsquo;une phase primitive \u00ab\u00a0pendant laquelle la morale ne s&rsquo;est pas encore lib\u00e9r\u00e9e du principe du plaisir \u00bb (6). Il parle d&rsquo;une \u00ab\u00a0pseudo-morale\u00a0\u00bb pr\u00e9-g\u00e9nitale, pr\u00e9-historique, pr\u00e9-\u0153dipienne, qui pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;acceptation du principe de r\u00e9alit\u00e9 et il nomme \u00ab\u00a0sur-\u00e7a\u00a0\u00bb le repr\u00e9sentant psychique de cette pseudo-morale. Il est un ph\u00e9nom\u00e8ne psychique qui permet de penser que cette morale pr\u00e9g\u00e9nitale correspond \u00e0 une identification avec la m\u00e8re : c&rsquo;est le d\u00e9sir de castration qui pr\u00e9c\u00e8de la castration redout\u00e9e comme menace. Il pourrait s&rsquo;agir d&rsquo;une survivance d&rsquo;une tendance r\u00e9gressive, d&rsquo;un souvenir enracin\u00e9 dans le droit matriarcal primitif et, en m\u00eame temps, d&rsquo;un moyen symbolique de r\u00e9agir contre la perte des privil\u00e8ges, alors importants de la femme. Selon Odier, cette morale pr\u00e9-g\u00e9nitale et pr\u00e9-historique du \u00ab\u00a0sur-\u00e7a\u00a0\u00bb est incompatible avec le principe de r\u00e9alit\u00e9 et est, par cons\u00e9quent, un facteur n\u00e9vrotique. <\/p>\n\n\n\n<p>Un pas de plus dans cette interpr\u00e9tation, et les traces \u00e9tranges d&rsquo;un \u00ab\u00a0sur-\u00e7a\u00a0\u00bb se r\u00e9v\u00e8lent en tant que traces d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente, perdue, ou d&rsquo;un rapport disparu entre le moi et la r\u00e9alit\u00e9. La conception pr\u00e9dominante de la r\u00e9alit\u00e9 chez Freud, qui trouve son expression dans le principe de la r\u00e9alit\u00e9, est li\u00e9e au p\u00e8re. La r\u00e9alit\u00e9 se trouve en face du \u00e7a et du moi comme une force ext\u00e9rieure hostile et le p\u00e8re est, par cons\u00e9quent, un personnage essentiellement hostile, dont le pouvoir est symbolis\u00e9 par la menace de castration, qui s&rsquo;oppose \u00e0 la satisfaction des d\u00e9sirs libidinaux visant la m\u00e8re. Le moi en croissance atteint la maturit\u00e9 en se soumettant. \u00e0 ces forces hostiles : la soumission \u00e0 la menace de castration repr\u00e9sente la phase d\u00e9cisive dans la construction du moi, dans la mesure o\u00f9 elle est fond\u00e9e sur le principe de r\u00e9alit\u00e9 (7). Cependant, cette r\u00e9alit\u00e9 qui s&rsquo;oppose au moi comme une puissance ext\u00e9rieure hostile, n&rsquo;est ni l&rsquo;unique ni l&rsquo;originelle r\u00e9alit\u00e9. Le d\u00e9veloppement du moi \u00ab\u00a0nous \u00e9loigne d&rsquo;un narcissisme primaire\u00a0\u00bb ; \u00e0 ce stade pr\u00e9coce, la r\u00e9alit\u00e9 \u00ab\u00a0n&rsquo;est pas au dehors, mais elle est contenue dans le pr\u00e9-moi du narcissisme primaire\u00a0\u00bb. Elle n&rsquo;est pas hostile et \u00e9trang\u00e8re au moi, \u00ab elle lui est au contraire intimement li\u00e9e et, \u00e0 l&rsquo;origine, elle n&rsquo;en est m\u00eame pas distincte \u00bb (8). Cette r\u00e9alit\u00e9 est v\u00e9cue pour la premi\u00e8re (et la derni\u00e8re ?) fois dans la relation libidinale qui lie l&rsquo;enfant, \u00e0 la m\u00e8re, dans une relation qui se situe d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du pr\u00e9-moi et qui n&rsquo;en est s\u00e9par\u00e9e que plus tard. Avec cette dissolution de l&rsquo;unit\u00e9 primitive surgit une force qui tend \u00e0 la restituer et il se d\u00e9veloppe \u00ab\u00a0un courant libidinal entre le nourrisson et la m\u00e8re\u00a0\u00bb (9). A ce stade primitif du rapport entre le pr\u00e9-moi et la r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;Eros narcissique et l&rsquo;Eros visant la m\u00e8re semblent \u00eatre identiques. L&rsquo;exp\u00e9rience primaire de la r\u00e9alit\u00e9 est celle d&rsquo;une unit\u00e9 libidinale. La phase narcissique de la pr\u00e9g\u00e9nitalit\u00e9 individuelle rappelle la phase maternelle de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Toutes les deux repr\u00e9sentent une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle le moi r\u00e9agit par une attitude non pas de d\u00e9fense et de soumission mais d&rsquo;identification int\u00e9grale. Cependant, \u00e0 la lumi\u00e8re du principe de r\u00e9alit\u00e9 paternel, la \u00ab conception maternelle \u00bb de la r\u00e9alit\u00e9 se transforme imm\u00e9diatement en quelque chose de n\u00e9gatif, de terrifiant. L&rsquo;impulsion qui vise \u00e0 reconstituer l&rsquo;unit\u00e9 narcissique-maternelle perdue est interpr\u00e9t\u00e9e comme une \u00ab menace \u00bb, comme la menace \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00eatre englouti dans le sein puissant de la m\u00e8re\u00a0\u00bb (10). Le p\u00e8re hostile est r\u00e9habilit\u00e9 et appara\u00eet comme le sauveur qui, par la punition du d\u00e9sir incestueux, pr\u00e9serve le moi de la destruction. La question que nous posons n&rsquo;est pas de savoir si, sous la domination d&rsquo;un moi et dans une civilisation parvenus il maturit\u00e9, l&rsquo;attitude narcissique-maternelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la r\u00e9alit\u00e9 ne pourrait pas \u00ab\u00a0resurgir\u00a0\u00bb sous une forme moins primitive, moins d\u00e9vorante. La n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9primer cette attitude une fois pour toutes passe pour \u00e9vidente. Le principe de r\u00e9alit\u00e9 patriarcal tient l&rsquo;interpr\u00e9tation psychanalytique sous son influence. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au-del\u00e0 de ce principe que les arch\u00e9types \u00ab\u00a0maternels\u00a0\u00bb du sur-moi peuvent appara\u00eetre comme des promesses et non comme des traces mn\u00e9siques, comme les images d&rsquo;un avenir libre et non comme celles d&rsquo;un pass\u00e9 sombre. Cependant, m\u00eame au cas o\u00f9 l&rsquo;on pourrait trouver dans la structure des instincts les traces d&rsquo;une morale libidinale maternelle et o\u00f9 une rationalit\u00e9 sensible rendrait possible, dans la libert\u00e9, une r\u00e9glementation de l&rsquo;Eros, il semble qu&rsquo;un obstacle intime doive \u00e0 jamais rendre irr\u00e9alisables tous les projets d&rsquo;un d\u00e9veloppement non-r\u00e9pressif le concernant ; cet obstacle, c&rsquo;est le lien qui unit l&rsquo;Eros \u00e0 l&rsquo;instinct de mort. Le seul fait de la mort abolit, une fois pour toutes la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une existence non r\u00e9pressive. La mort, c&rsquo;est la n\u00e9gativit\u00e9 d\u00e9finitive du temps, et \u00ab tout plaisir d\u00e9sire l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 \u00bb. Etre hors du temps, tel est l&rsquo;id\u00e9al du plaisir. Le temps n&rsquo;a pas d&#8217;emprise sur le \u00e7a, qui est le domaine originel du principe du plaisir. Le moi cependant, par qui seulement te plaisir peut devenir r\u00e9alit\u00e9, est enti\u00e8rement soumis au temps. La seule pr\u00e9vision de l&rsquo;in\u00e9vitable fin, pr\u00e9sente \u00e0 chaque instant, semble devoir introduire un \u00e9l\u00e9ment r\u00e9pressif dans toutes les relations libidinales et rendre douloureux le plaisir lui-m\u00eame. Cette contradiction, qui existe d\u00e8s l&rsquo;origine dans la structure des instincts humains, devient la source in\u00e9puisable de toutes les autres contradictions et de leur efficacit\u00e9 sociale. L&rsquo;homme apprend \u00ab qu&rsquo;en fin de compte, rien ne peut durer \u00bb, que tout plaisir est fugitif, que pour toutes choses finies l&rsquo;heure de la naissance est d\u00e9j\u00e0 celle de la mort et qu&rsquo;il ne peut en \u00eatre autrement. Il se r\u00e9signe avant m\u00eame que la soci\u00e9t\u00e9 ne le contraigne \u00e0 se r\u00e9signer m\u00e9thodiquement. Le cours du temps est l&rsquo;alli\u00e9 le plus naturel d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;efforce de maintenir le droit, l&rsquo;ordre, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et toutes les autres institutions qui font de la libert\u00e9 une utopie \u00e9ternelle ; le cours du temps aide les hommes \u00e0 oublier ce qui \u00e9tait et ce qui pourrait \u00eatre : il les rend oublieux d&rsquo;un pass\u00e9 et d&rsquo;un avenir meilleurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette facult\u00e9 d&rsquo;oublier, elle-m\u00eame r\u00e9sultat d&rsquo;une longue et terrible exp\u00e9rience, est indispensable \u00e0 l&rsquo;hygi\u00e8ne psychique et physique sans laquelle la vie dans la civilisation serait insupportable ; mais elle favorise aussi la soumission et le renoncement. Oublier signifie aussi pardonner tout ce qu&rsquo;on ne pardonnerait pas si la justice et la libert\u00e9 r\u00e9gnaient. Un tel oubli renouvelle toujours les conditions qui l&rsquo;ont rendu possible et qui, de leur c\u00f4t\u00e9, renouvellent l&rsquo;injustice et la servitude ; oublier les souffrances pass\u00e9es signifie renoncer \u00e0 vaincre les causes de ces souffrances. Les blessures que gu\u00e9rit le cours du temps sont empoisonn\u00e9es. Lutter contre cette soumission au temps en redonnant au souvenir comme moyen de lib\u00e9ration sa place l\u00e9gitime, appara\u00eet comme une des t\u00e2ches les plus nobles de la pens\u00e9e. Dans ce r\u00f4le, le souvenir, qui appara\u00eet comme l&rsquo;aboutissement de la <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;Esprit<\/em> de Hegel, appara\u00eet aussi dans la th\u00e9orie de Freud. La facult\u00e9 de se souvenir est, comme la facult\u00e9 d&rsquo;oublier, un produit de la civilisation, peut-\u00eatre sa plus ancienne et sa plus fondamentale acquisition psychologique. Nietzsche voyait dans l&rsquo;exercice de la m\u00e9moire, la m\u00e9moire des obligations, des contrats et des devoirs en particulier, le d\u00e9but de la morale civilis\u00e9e (11). Cela met en lumi\u00e8re l&rsquo;insuffisance de l&rsquo;exercice de la m\u00e9moire dans notre civilisation : la m\u00e9moire a servi avant tout \u00e0 rappeler des devoirs, non des joies ; elle a \u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la mauvaise conscience, au sentiment de culpabilit\u00e9 et au p\u00e9ch\u00e9. Ce que la m\u00e9moire retient, c&rsquo;est la mis\u00e8re, le malheur, la menace de punition, et non le bonheur et la promesse de libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Sans l&rsquo;affranchissement des contenus refoul\u00e9s de la m\u00e9moire et de la force lib\u00e9ratrice du souvenir, une sublimation non-r\u00e9pressive est inconcevable. De la l\u00e9gende d&rsquo;Orph\u00e9e aux romans de Proust, le bonheur et la libert\u00e9 ont toujours \u00e9t\u00e9 li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e du <em>temps retrouv\u00e9<\/em>. Le souvenir restitue un temps perdu qui \u00e9tait celui de l&rsquo;accomplissement et de la satisfaction. L&rsquo;Eros p\u00e9n\u00e9trant la conscience est anim\u00e9 par le souvenir ; aid\u00e9 par lui, il se dresse contre l&rsquo;ordre du renoncement et tente de vaincre le temps dans un monde domin\u00e9 par le temps. Cependant, et dans la mesure o\u00f9 le temps maintient sa domination sur l&rsquo;Eros, le bonheur est essentiellement l&rsquo;affaire du pass\u00e9. Seuls les paradis perdus sont de vrais paradis : cette phrase terrible condamne et sauve \u00e0 la fois le temps perdu. Les paradis perdus ne sont pas les seuls vrais parce que la joie pass\u00e9e appara\u00eet, r\u00e9trospectivement, plus belle qu&rsquo;elle ne l&rsquo;\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9, mais parce que seul le souvenir cr\u00e9e une joie non menac\u00e9e de disparition et par cela m\u00eame lui procure une dur\u00e9e sans lui impossible. Le temps perd son pouvoir quand la m\u00e9moire ram\u00e8ne le pass\u00e9. Et pourtant, cette victoire sur le temps est artificielle et inauthentique ; la m\u00e9moire n&rsquo;est pas une arme v\u00e9ritable si elle n&rsquo;est pas transpos\u00e9e en action historique. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;alors que la lutte contre le temps devient un moment d\u00e9cisif dans la lutte contre la domination. L&rsquo;alliance entre le temps et l&rsquo;ordre de la r\u00e9pression motive les actions qui ont pour but d&rsquo;arr\u00eater le cours du temps et c&rsquo;est encore cette alliance qui fait du temps l&rsquo;ennemi mortel de l&rsquo;Eros. La menace du temps, l&rsquo;\u00e9vanouissement du moment plein, la peur de la fin, peuvent eux-m\u00eames devenir \u00e9rotog\u00e8nes, devenir des obstacles qui font \u00ab\u00a0monter la mar\u00e9e de la libido\u00a0\u00bb. Cependant, le d\u00e9sir de Faust, qui ob\u00e9it au principe du plaisir, n&rsquo;appelle pas le bel instant, mais l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Par son aspiration \u00e0 la dur\u00e9e \u00e9ternelle, l&rsquo;Eros passe outre au tabou d\u00e9cisif selon lequel le plaisir libidinal n&rsquo;est admis que comme \u00e9tat \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et contr\u00f4l\u00e9, et non comme source permanente de l&rsquo;existence humaine. En un mot, si l&rsquo;alliance entre le temps et l&rsquo;ordre \u00e9tabli \u00e9tait rompue, le malheur priv\u00e9 \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb ne soutiendrait plus le malheur organis\u00e9 qui forme la soci\u00e9t\u00e9. Faire de l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;homme une utopie ne trouverait plus d&rsquo;\u00e9cho en l&rsquo;homme et l&rsquo;aspiration \u00e0 la lib\u00e9ration acquerrait cette force effrayante qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais eue en r\u00e9alit\u00e9. Toute raison saine se trouve du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;ordre et de la loi, dans la conviction in\u00e9branlable que l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 du plaisir est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;au-del\u00e0 et s&rsquo;efforce de subordonner la lutte contre la mort et la souffrance aux exigences perp\u00e9tuelles de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et internationale.  <\/p>\n\n\n\n<p>Selon ce crit\u00e8re, aspirer \u00e0 la conservation du temps dans le temps, \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat du temps et au triomphe sur la mort, appara\u00eet d\u00e9raisonnable, et dans l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;instinct de mort que nous avons admise, totalement utopique. Mais n&rsquo;est-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment cette hypoth\u00e8se qui rend, d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, plus raisonnable une telle aspiration ? L&rsquo;instinct de mort op\u00e8re selon le principe du Nirvana : il aspire \u00e0 un \u00e9tat de \u00ab satisfaction permanente \u00bb, \u00e9tat sans manque o\u00f9 il n&rsquo;y a plus de tension. Cette aspiration de l&rsquo;instinct implique en m\u00eame temps la diminution progressive des tendances <em>destructrices<\/em>. Si le but de l&rsquo;instinct de mort n&rsquo;est plus la fin de la vie mais la fin de la souffrance, l&rsquo;absence de tension, d\u00e8s lors le conflit entre la vie et la mort est, paradoxalement, d&rsquo;autant plus faible que la vie s&rsquo;approche davantage de l&rsquo;\u00e9tat de satisfaction. En m\u00eame temps, l&rsquo;Eros, lib\u00e9r\u00e9 de la r\u00e9pression suppl\u00e9mentaire, acquiert une force nouvelle et peut ainsi s&rsquo;offrir comme but \u00e0 l&rsquo;instinct de mort. Sur le plan des instincts la valeur de la mort change : quand les instincts peuvent rechercher et atteindre la satisfaction dans un ordre exempt de r\u00e9pression, la contrainte \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition perd beaucoup de sa motivation biologique. Quand la souffrance et le manque diminuent, le principe du Nirvana peut se r\u00e9concilier avec le principe de r\u00e9alit\u00e9. Si la vie ainsi instaur\u00e9e se r\u00e9v\u00e9lait agr\u00e9able et d\u00e9sirable, elle s&rsquo;opposerait avec succ\u00e8s \u00e0 l&rsquo;attirance inconsciente qui d\u00e9tourne les instincts vers un \u00ab\u00a0\u00e9tat ant\u00e9rieur\u00a0\u00bb. La \u00ab nature conservatrice \u00bb des instincts atteindrait \u00e0 la tranquillit\u00e9 dans un pr\u00e9sent plein. La mort, n&rsquo;\u00e9tant plus un but, resterait un fait, peut-\u00eatre m\u00eame l&rsquo;ultime n\u00e9cessit\u00e9, mais une n\u00e9cessit\u00e9 contre laquelle l&rsquo;\u00e9nergie lib\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;humanit\u00e9 protesterait, contre laquelle elle m\u00e8nerait son combat le plus acharn\u00e9. Au cours de ce combat, raison et instinct peuvent s&rsquo;allier. Dans des conditions d&rsquo;existence v\u00e9ritablement humaines, la diff\u00e9rence entre la mort qui survient, pour cause de maladie, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix, trente, cinquante ou soixante-dix ans, et la fin \u00ab naturelle \u00bb d&rsquo;une vie bien remplie, pourrait \u00eatre une diff\u00e9rence essentielle qui vaudrait qu&rsquo;on lutte avec toute l&rsquo;\u00e9nergie des instincts. Ce ne sont pas ceux qui meurent qui sont les grands accusateurs de notre civilisation, mais ceux qui meurent avant de le vouloir, dans les tourments et les souffrances. Ceux-ci restent les t\u00e9moins de la dette irr\u00e9parable de l&rsquo;humanit\u00e9. La contingence de leur mort fait na\u00eetre la conscience douloureuse que les choses auraient pu \u00eatre autrement. Il faut toutes les institutions et toutes les \u0153uvres d&rsquo;un ordre r\u00e9pressif pour que se taise la mauvaise conscience n\u00e9e de cette injustice. Une fois de plus se manifeste la liaison \u00e9troite entre l&rsquo;instinct de mort et le sentiment de culpabilit\u00e9. Le consentement tacite et \u00ab m\u00e9dical \u00bb \u00e0 la mort et \u00e0 la maladie est peut-\u00eatre l&rsquo;expression la plus r\u00e9pandue de l&rsquo;instinct de mort, mieux : de son utilit\u00e9 sociale. Dans une civilisation r\u00e9pressive la mort elle-m\u00eame devient instrument de r\u00e9pression. Que l&rsquo;on craigne la mort comme une menace permanente, qu&rsquo;on la glorifie comme le sacrifice supr\u00eame ou qu&rsquo;on l&rsquo;accepte comme un fait, une \u00e9ducation dont le but est le consentement \u00e0 la mort introduit dans la vie, sans cesse et d\u00e8s l&rsquo;origine, un \u00e9l\u00e9ment de soumission et d&rsquo;abandon. Cette \u00e9ducation \u00e9touffe tous les efforts, condamn\u00e9s comme utopiques Les pouvoirs dominants ont une affinit\u00e9 profonde avec la mort, qui est le symbole de la non-libert\u00e9, de la d\u00e9faite. Aujourd&rsquo;hui, la th\u00e9ologie et la philosophie se font concurrence pour glorifier la mort en tant que cat\u00e9gorie existentielle ; en transformant un fait biologique en entit\u00e9 ontologique elles donnent leur b\u00e9n\u00e9diction transcendante aux torts de l&rsquo;humanit\u00e9, qu&rsquo;elles contribuent \u00e0 cacher ; elles trahissent l&rsquo;espoir en un autre avenir. Une philosophie qui, au contraire, ne pr\u00eate pas la main \u00e0 la r\u00e9pression, r\u00e9agit au fait de la mort par le \u00ab grand refus \u00bb, celui d&rsquo;Orph\u00e9e, du lib\u00e9rateur. La mort peut devenir symbole de libert\u00e9. Que la mort soit in\u00e9vitable ne r\u00e9fute pas la possibilit\u00e9 d&rsquo;une lib\u00e9ration finale. De m\u00eame que les autres n\u00e9cessit\u00e9s, elle peut prendre des formes raisonnables, exemptes de douleurs. Les hommes peuvent mourir sans peur quand il savent que ce qu&rsquo;ils aiment est prot\u00e9g\u00e9 de la mis\u00e8re et de l&rsquo;oubli. Apr\u00e8s un vie accomplie, ils peuvent assumer leur mort, \u00e0 l&rsquo;heure de leur choix. Cependant, cet av\u00e8nement final de la libert\u00e9 ne peut plus d\u00e9livrer ceux qui sont morts dans le d\u00e9chirement. Leur souvenir et celui des torts accumul\u00e9s par l&rsquo;humanit\u00e9 envers ses victimes assombrissent les perspectives d&rsquo;une civilisation lib\u00e9r\u00e9e de la r\u00e9pression.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Herbert MARCUSE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">(Traduit de l&rsquo;allemand par Hans CARLE.)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Ce texte constitue le dernier chapitre du livre de H. MARCUSE, paru en anglais sous le titre <em>Eros and Civilisation<\/em> (Boston. 1955), et en allemand sous le titre <em>Eros und Kultur<\/em> (Stuttgart, 1957). Cf. \u00e9galement H. MARCUSE, <em>De l&rsquo;ontologie \u00e0 la technologie ; les tendances de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle<\/em> (<em>Arguments<\/em>, n\u00b0 18, 1960).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Cf. les deux articles sur <em>Les sophistes et Platon<\/em> (P. ELTHEN) et <em>Rousseau et les encyclop\u00e9distes<\/em> (G. LAPASSADE) dans <em>Arguments<\/em>, N\u00b0 20. 1960. (N. du tr.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3) <em>Uber die allgemeinste Erniedrigung des Liebeslebens, \u0152uvres compl<\/em>., VIII. p. 88.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(4) <em>Ibid<\/em>., p. 89.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(5) Max HORKHEIMER et Theodor ADORNO, <em>Dialektik der Aufkl\u00e4rung<\/em>, Amsterdam, 1947. p. 127.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(6) <em>Vom Uber-Ich<\/em>, Zeitschrift f\u00fcr Psychoanalyse, XII (1926), p. 280-281.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(7) Hans W. LOEWALD, <em>Ego and Reality<\/em>, International Journal of Psychoanalysis, XXX, 1951, part. I, p. 12. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(8) <em>Ibid<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(9) <em>Ibid<\/em>., p. 11.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(10) <em>Ibid<\/em>., p. 15.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(11) <em>G\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/em>, II\u00b0 partie, 1-3.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d&rsquo;Herbert Marcuse paru dans Arguments, n\u00b0 21, 1er trimestre 1961, p. 59-64 A condition de n&rsquo;\u00eatre pas r\u00e9prim\u00e9e, la sexualit\u00e9 tend \u00e0 se transformer en Eros, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 se sublimer en relations permanentes et \u00e9largies (comprenant des relations de travail) o\u00f9 se trouve intensifi\u00e9e et amplifi\u00e9e la satisfaction des instincts. L&rsquo;Eros aspire \u00e0 se [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[41,1702,1885,3512,1288,2952,1005,1067],"class_list":["post-6763","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-41","tag-alienation","tag-arguments","tag-herbert-marcuse","tag-liberte","tag-mort","tag-repression","tag-sexualite"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/s9lTYU-marcuse","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":7019,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/02\/15\/marcuse-2\/","url_meta":{"origin":6763,"position":0},"title":"H\u00e9l\u00e8ne G\u00e9rard : Herbert Marcuse, Eros et civilisation","author":"SiNedjib","date":"15\/02\/2020","format":false,"excerpt":"Article d'H\u00e9l\u00e8ne G\u00e9rard paru dans Socialisme ou Barbarie, n\u00b0 36, avril-juin 1964, p. 79-83 Par la critique \u00e0 laquelle elle soumettait les valeurs bourgeoises, l'\u0153uvre de Freud fit, \u00e0 son apparition, l'effet d'une bombe. 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