{"id":7049,"date":"2020-02-17T19:07:44","date_gmt":"2020-02-17T18:07:44","guid":{"rendered":"http:\/\/sinedjib.com\/?p=7049"},"modified":"2024-01-09T22:24:56","modified_gmt":"2024-01-09T21:24:56","slug":"marcuse-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/02\/17\/marcuse-3\/","title":{"rendered":"Herbert Marcuse : De l&rsquo;ontologie \u00e0 la technologie. Les tendances de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Texte d&rsquo;Herbert Marcuse paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\" (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/inclassables\/arguments\/arguments-n18.pdf\" target=\"_blank\">Arguments<\/a><\/em>, n\u00b0 18, 2e trimestre 1960, p. 54-59<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"410\" height=\"618\" data-attachment-id=\"7050\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/02\/17\/marcuse-3\/arguments-2e-trimestre-1960\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-2e-trimestre-1960.png?fit=410%2C618&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"410,618\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Arguments-2e-trimestre-1960\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-2e-trimestre-1960.png?fit=199%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-2e-trimestre-1960.png?fit=410%2C618&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-2e-trimestre-1960.png?resize=410%2C618\" alt=\"\" class=\"wp-image-7050\" style=\"width:355px;height:535px\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-2e-trimestre-1960.png?w=410&amp;ssl=1 410w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Arguments-2e-trimestre-1960.png?resize=199%2C300&amp;ssl=1 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 410px) 100vw, 410px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-small-font-size\">Les pages suivantes contiennent des id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es lors d&rsquo;un cours fait en 1958-59 \u00e0 l&rsquo;<em>Ecole Pratique des Hautes Etudes<\/em> ; elles font partie d&rsquo;un livre, \u00e0 para\u00eetre, consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de certaines tendances de base de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle la plus \u00e9volu\u00e9e, aux Etats-Unis en particulier (1). Ces tendances paraissent engendrer un mode de pens\u00e9e et de comportement qui r\u00e9prime ou rejette toutes les valeurs, les aspirations et les id\u00e9es non conformes \u00e0 la rationalit\u00e9 dominante. C&rsquo;est par cons\u00e9quent une dimension enti\u00e8re de la r\u00e9alit\u00e9 humaine qui se trouve supprim\u00e9e : la dimension qui permet aux individus et aux classes de d\u00e9velopper une th\u00e9orie et une pratique du d\u00e9passement et d&rsquo;envisager la \u00ab n\u00e9gation d\u00e9termin\u00e9e \u00bb de leur soci\u00e9t\u00e9. La critique radicale, l&rsquo;opposition efficace (intellectuelles aussi bien que politiques) se trouvent d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9es au status-quo ; l&rsquo;existence humaine semble devenir \u00ab uni-dimensionnelle \u00bb. Une telle int\u00e9gration ne s&rsquo;explique nullement par l&rsquo;\u00e9mergence de la <em>mass culture<\/em>, de l&rsquo;<em>Organization man<\/em>, des <em>Hidden Persuaders<\/em>, etc. ; ces notions appartiennent \u00e0 une interpr\u00e9tation purement id\u00e9ologique qui n\u00e9glige l&rsquo;analyse des processus fondamentaux : les processus qui minent la base sur laquelle l&rsquo;opposition radicale pourrait se d\u00e9velopper. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Cette atrophie de la base m\u00eame du d\u00e9passement historique, cette neutralisation des forces n\u00e9gatrices, qui apparaissent comme l&rsquo;ach\u00e8vement supr\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle, sont-elles enracin\u00e9es dans la structure m\u00eame de la civilisation technicienne, ou sont-elles seulement l&rsquo;\u0153uvre de ses institutions r\u00e9pressives ? La technicit\u00e9 a-t-elle si profond\u00e9ment transform\u00e9 le capitalisme et le socialisme que les notions marxistes aussi bien que les notions anti-marxistes du d\u00e9veloppement se trouvent invalid\u00e9es ? L&rsquo;atrophie du processus de d\u00e9passement annonce-t-elle la possibilit\u00e9 d&rsquo;une absorption des forces n\u00e9gatrices, la ma\u00eetrise des contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 celles-ci par la domination technologique du monde, par un niveau de vie toujours plus \u00e9lev\u00e9, par une administration universelle de la soci\u00e9t\u00e9 ? Annonce-t-elle plut\u00f4t la phase au cours de laquelle le changement quantitatif va devenir changement qualitatif ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Telles sont les questions qui ont guid\u00e9 notre analyse : celle-ci a pour point de d\u00e9part la transformation politico-\u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9 technicienne et examine, sur cette base, les diff\u00e9rentes formes de l&rsquo;atrophie du processus de d\u00e9passement dans le comportement normal, dans le langage, dans la culture traditionnelle et dans la philosophie n\u00e9o-positiviste et analytique. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Lorsque la nouvelle m\u00e9thode scientifique d\u00e9truisit l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un univers ordonn\u00e9 par rapport \u00e0 un but, \u00e0 une structure finaliste, elle invalida aussi un syst\u00e8me social hi\u00e9rarchis\u00e9 o\u00f9 les occupations et les aspirations de l&rsquo;individu \u00e9taient pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9es par des causes finales. La nouvelle science dans sa neutralit\u00e9, fit abstraction d&rsquo;une organisation de la vie qui privait de libert\u00e9 l&rsquo;immense majorit\u00e9 des hommes. Dans son effort pour \u00e9tablir la structure physico-math\u00e9matique de l&rsquo;univers, elle fit \u00e9galement abstraction de l&rsquo;individu concret, du \u00ab\u00a0corps sensible\u00a0\u00bb. Une telle abstraction fut d&rsquo;ailleurs pleinement valid\u00e9e par son r\u00e9sultat : un syst\u00e8me logique de propositions guidant l&rsquo;utilisation et la transformation m\u00e9thodiques de la nature et tendant \u00e0 faire de celle-ci un univers contr\u00f4l\u00e9 par la puissance de l&rsquo;homme. <\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tant r\u00e9duite (ou r\u00e9ductible) \u00e0 des structures physico-math\u00e9matiques la \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb ne se rapporte qu&rsquo;\u00e0 ce qui peut \u00eatre mesur\u00e9 et calcul\u00e9, et \u00e0 des propositions exprimant ces conditions. Cette r\u00e9alit\u00e9 se donne selon ses propres lois (m\u00eame si ces lois sont seulement des lois \u00ab statistiques \u00bb). L&rsquo;homme peut les comprendre, agir sur elles et \u00eatre concern\u00e9 par elles, les utiliser, sans qu&rsquo;elles soient en rien les lois de sa propre existence individuelle ou sociale ; elles ne le gouvernent que dans la mesure o\u00f9 il est lui-m\u00eame pure mati\u00e8re physico-biologique. L&rsquo;Homme, sous ses autres aspects, est <em>\u00e9limin\u00e9 <\/em>de la nature, ou plut\u00f4t, la r\u00e9alit\u00e9 que vise et reconna\u00eet la m\u00e9thode scientifique est une r\u00e9alit\u00e9 ind\u00e9pendante de la facticit\u00e9 individuelle et sociale. <\/p>\n\n\n\n<p>Il se peut que l&rsquo;on soit justifi\u00e9 de parler des \u00ab\u00a0fondements m\u00e9taphysiques\u00a0\u00bb de la science moderne. C&rsquo;est ainsi que r\u00e9cemment, A. Koyr\u00e9 a fortement mis l&rsquo;accent sur les aspects ontologiques et non-empiriques de la science galil\u00e9enne. La tradition pythagoricienne, platonicienne et aristot\u00e9licienne demeure, au moins jusqu&rsquo;\u00e0 Newton, assez puissante pour doter la m\u00e9thode scientifique d&rsquo;une \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb. On peut dire que la notion m\u00eame de lois physiques universelles et susceptibles d&rsquo;\u00eatre unifi\u00e9es, conserve \u00e0 ses d\u00e9buts l&rsquo;id\u00e9e, par ailleurs proscrite, de finalit\u00e9 ; celle-ci cependant devient une finalit\u00e9 de plus en plus vide, une finalit\u00e9 de l&rsquo;ordre de la calculabilit\u00e9 et de la pr\u00e9visibilit\u00e9 pures et simples, qui n&rsquo;a ni <em>t\u00e9los <\/em>en elle-m\u00eame, ni structure tendant vers un <em>t\u00e9los<\/em>. C&rsquo;est cette calculabilit\u00e9, cette pr\u00e9visibilit\u00e9, par rapport \u00e0 leurs propres mouvements et selon leurs propres termes, relatives \u00e0 l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;il calcule et pr\u00e9voit le mouvement du m\u00e9canisme, qui constituent l&rsquo; \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb (bien que peut-\u00eatre ordre statistique seulement). La densit\u00e9 et l&rsquo;opacit\u00e9 des \u00ab objets \u00bb, de l&rsquo;objectivit\u00e9, semblent s&rsquo;\u00e9vaporer. Il n&rsquo;y a plus de nature ou de r\u00e9alit\u00e9 humaine comme <em>cosmos <\/em>substantiel. Dans la m\u00e9thode scientifique \u00e9volu\u00e9e, la pens\u00e9e est comme purifi\u00e9e des objets qui s&rsquo;opposent \u00e0 elle : ceux-ci ne demeurent que comme \u00ab\u00a0interm\u00e9diaires commodes\u00a0\u00bb, comme \u00ab\u00a0mod\u00e8les\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0invariables\u00a0\u00bb, comme \u00ab\u00a0postulats culturels d\u00e9suets\u00a0\u00bb (2). Ou, pour citer encore une fois une formule op\u00e9ratoire : la mati\u00e8re de la physique n&rsquo;est plus la mesure des \u00ab qualit\u00e9s objectives du monde ext\u00e9rieur et mat\u00e9riel, celles-ci ne sont que les r\u00e9sultats obtenus par l&rsquo;accomplissement de telles op\u00e9rations \u00bb (3). La totalit\u00e9 des objets de la pens\u00e9e et de la pratique est maintenant con\u00e7ue, \u00ab\u00a0projet\u00e9e\u00a0\u00bb comme <em>organisation <\/em>: au-del\u00e0 de toute certitude sensible, sa v\u00e9rit\u00e9 est affaire de convention, d&rsquo;efficacit\u00e9, de \u00ab coh\u00e9rence interne \u00bb ; et l&rsquo;exp\u00e9rience de base n&rsquo;est plus l&rsquo;exp\u00e9rience concr\u00e8te, la pratique sociale dans son ensemble, mais la pratique administrative, organis\u00e9e par la technologie. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9volution refl\u00e8te la transformation du monde naturel en monde technique. C&rsquo;est plus qu&rsquo;un jeu de mots si je dis : <em>la technologie a remplac\u00e9 l&rsquo;ontologie<\/em>. Le nouveau mode de pens\u00e9e annule la tradition ontologique. Hegel a r\u00e9sum\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e qui est au centre de cette tradition : Le Logos, la Raison est le d\u00e9nominateur commun du sujet et de l&rsquo;objet, en tant que synth\u00e8se de contraires ; cette synth\u00e8se se r\u00e9alise dans la lutte th\u00e9orique et pratique ; dans la transformation du monde donn\u00e9 en un monde libre et rationnel : c&rsquo;est l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;<em>Histoire<\/em>. Avec cette id\u00e9e, l&rsquo;ontologie id\u00e9aliste englobait la <em>tension <\/em>entre sujet et objet, l&rsquo;opposition de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre ; la r\u00e9alit\u00e9 de la raison \u00e9tait l&rsquo;\u00e9volution de cette tension dans les diff\u00e9rents modes d&rsquo;\u00eatre. Ainsi le syst\u00e8me le plus r\u00e9solument moniste maintenait l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une substance qui se d\u00e9ploie en sujet et objet, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 double, dualiste, antagonique. La transformation de la r\u00e9alit\u00e9 naturelle, en r\u00e9alit\u00e9 technique, mine la base m\u00eame de ce dualisme. Il est vrai que la philosophie scientifique moderne part de la notion cart\u00e9sienne des deux substances : <em>res cogitans et res extensa<\/em>. Toutefois, comme la \u00ab\u00a0mati\u00e8re\u00a0\u00bb dont est faite cette derni\u00e8re est de plus en plus comprise en formules math\u00e9matiques (dont l&rsquo;application, \u00e0 son tour, \u00ab refait \u00bb cette mati\u00e8re), la <em>res extensa<\/em> perd son caract\u00e8re de substance. Elle devient structure math\u00e9matique en soi, tandis que l&rsquo;Ego, la <em>res cogitans<\/em>, devient de plus en plus le sujet de l&rsquo;observation et du calcul quantifiant. Un nouveau monisme appara\u00eet, mais qui est cette fois un monisme sans substance. La tension entre le sujet et l&rsquo;objet, le caract\u00e8re dualiste et antagonique de la r\u00e9alit\u00e9 tendent \u00e0 dispara\u00eetre et avec eux la \u00ab\u00a0bi-dimensionalit\u00e9\u00a0\u00bb de l&rsquo;existence humaine, la capacit\u00e9 d&rsquo;envisager un autre mode d&rsquo;existence dans la r\u00e9alit\u00e9, de d\u00e9passer la facticit\u00e9 vers ses possibilit\u00e9s r\u00e9elles. La facult\u00e9 de vivre selon deux dimensions \u00e9tait l&rsquo;un des caract\u00e8res constitutifs de l&rsquo;homme dans la civilisation pr\u00e9-technologique. Ce d\u00e9passement de la facticit\u00e9 vers un changement <em>qualitatif <\/em>de la r\u00e9alit\u00e9 <em>dans <\/em>la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rent de la transcendance religieuse qui d\u00e9passe la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame, bien diff\u00e9rent aussi de la transcendance scientifique, qui ne d\u00e9passe la facticit\u00e9 que vers sa transformation <em>quantitative<\/em>. Dans le monde technologique, la capacit\u00e9 de comprendre et de vivre cette transcendance historique est gravement atrophi\u00e9e ; l&rsquo;homme ne peut plus exister selon deux dimensions ; il devient un \u00eatre unidimensionnel. Il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;une seule dimension de r\u00e9alit\u00e9 qui est, au sens strict du mot, r\u00e9alit\u00e9 sans substance ou plut\u00f4t, dont la substance est dans la forme technique, qui devient son contenu, son essence. Toute signification, toute proposition, est valid\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du contexte du comportement des hommes et des choses &#8211; contexte uni-dimensionnel d&rsquo;op\u00e9rations effectives, th\u00e9oriques ou pratiques. <\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait croire, \u00e0 premi\u00e8re vue, que la \u00ab\u00a0d\u00e9naturation\u00a0\u00bb de la r\u00e9alit\u00e9 est masqu\u00e9e par la terrible force avec laquelle le monde technique r\u00e9siste \u00e0 la volont\u00e9 et \u00e0 la pens\u00e9e de l&rsquo;individu ; que le pur et simple poids de la mati\u00e8re sur laquelle l&rsquo;homme doit agir et qui agit sur l&rsquo;homme n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi accablant. Mais ce poids, c&rsquo;est celui de l&rsquo;homme m\u00eame. C&rsquo;est par la pratique de l&rsquo;homme m\u00eame que le monde technique s&rsquo;est fig\u00e9 en une \u00ab\u00a0seconde nature\u00a0\u00bb, <em>schlechte Unmittelbarkeit<\/em> (mauvaise imm\u00e9diatet\u00e9), plus hostile peut-\u00eatre et plus destructrice que la <em>premi\u00e8re <\/em>nature, la nature pr\u00e9technique. La r\u00e9alit\u00e9 technique n&rsquo;a pas d&rsquo;autre substance que le sujet. Mais le sujet qui ferait de la r\u00e9alit\u00e9 technique le monde de sa libert\u00e9 et de sa raison n&rsquo;existe qu&rsquo;en puissance, \u00ab\u00a0en soi\u00a0\u00bb mais non \u00ab\u00a0pour soi\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, la r\u00e9alit\u00e9 technique est priv\u00e9e de son logos, ou plut\u00f4t son logos appara\u00eet comme vide de r\u00e9alit\u00e9, comme une forme logique sans substance. Le positivisme contemporain, la s\u00e9mantique, la logique symbolique, l&rsquo;analyse linguistique, d\u00e9finissent et \u00e9purent l&rsquo;univers du discours, \u00e0 l&rsquo;usage des techniciens, des sp\u00e9cialistes et des experts. qui calculent, ajustent, apparient, sans avoir jamais \u00e0 se demander <em>pour qui<\/em>, ni <em>pour quoi<\/em> ; ils s&rsquo;occupent de faire marcher les choses, non de donner un but \u00e0 ce mouvement ; ni la science, ni la technique n&rsquo;ont de valeurs en elles-m\u00eames : elles sont \u00ab\u00a0neutres\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toutes les valeurs et de tous les buts que l&rsquo;on peut, du dehors, leur attribuer. Cette neutralit\u00e9 cependant est positive : la r\u00e9alit\u00e9 est valeur, <em>\u00e9valu\u00e9e <\/em>pr\u00e9cis\u00e9ment en tant qu&rsquo;elle est con\u00e7ue comme forme pure (ou comme pure mati\u00e8re : en ce contexte les deux termes, par ailleurs oppos\u00e9s, convergent) qui se pr\u00eate \u00e0 toutes les fins. L&rsquo;\u00eatre assume le caract\u00e8re ontologique de l&rsquo;<em>instrumentalit\u00e9<\/em> : par sa structure m\u00eame il est susceptible de tous les usages et de toutes les modifications. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces notions sont-elles inh\u00e9rentes \u00e0 la science m\u00eame ? Ne correspondent-elles pas trop ais\u00e9ment aux conditions d&rsquo;exp\u00e9rience de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle la m\u00e9thode scientifique s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e ? Faire la d\u00e9monstration du lien qui existe entre la science math\u00e9matique et op\u00e9ratoire d&rsquo;une part et le capitalisme ascendant d&rsquo;autre part, n&rsquo;\u00e9puise nullement la question. Celle-ci m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre de nouveau examin\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Le lien existant entre la science et la soci\u00e9t\u00e9 est bien connu. Alors que la science se lib\u00e9rait elle-m\u00eame, lib\u00e9rait la nature de toutes les forces \u00ab\u00a0externes\u00a0\u00bb et constituait l&rsquo;objectivit\u00e9 comme moyen en soi, moyen pur et universel, une lib\u00e9ration analogue se produisait dans les relations sociales : l&rsquo;homme se trouvait lib\u00e9r\u00e9 de toute d\u00e9pendance individuelle et \u00ab externe \u00bb ; il entrait dans le processus social en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment abstrait et universel, quantifiable, de la puissance de travail. Au cours de ce processus, l&rsquo;aspect concret des facult\u00e9s et des besoins individuels (les qualit\u00e9s secondaires !) est r\u00e9duit \u00e0 un commun d\u00e9nominateur, quantifiable, base objective de l&rsquo;\u00e9change, de l&rsquo;argent, moyens et milieux universels. <\/p>\n\n\n\n<p>Le parall\u00e9lisme entre le d\u00e9veloppement social et le d\u00e9veloppement scientifique r\u00e9v\u00e8le leur principe commun : l&rsquo;efficacit\u00e9. La m\u00e9thode scientifique y voit la plus s\u00fbre garantie de sa justesse. Mais il n&rsquo;y a pas, il ne saurait y avoir d&rsquo;efficacit\u00e9 <em>per se<\/em> ! Dans le processus social, la fin (de l&rsquo;efficacit\u00e9) c&rsquo;est la production des biens de consommation, visant \u00e0 satisfaire, et la valeur d&rsquo;\u00e9change est le moyen universellement quantifiable int\u00e9grant dans ce processus les sujets et les objets. Il semble cependant que la science ne devait rien devoir \u00e0 de telles fins ; c&rsquo;est l\u00e0 une grande illusion : de par sa conception m\u00eame, la science moderne tendait vers une fin. Elle a d&rsquo;abord fait abstraction des fins qui apparaissaient incompatibles, non pas avec la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb mais avec la r\u00e9alit\u00e9 industrielle ascendante, et elle en est venue aux moyens eux-m\u00eames : \u00e0 la technicit\u00e9. Elle a construit un univers d&rsquo;instrumentalit\u00e9s intellectuelles et physiques, un syst\u00e8me v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0hypoth\u00e9tique\u00a0\u00bb. Mais un syst\u00e8me d&rsquo;instrumentalit\u00e9s d\u00e9pend, comme tel, d&rsquo;un <em>autre <\/em>syst\u00e8me : d&rsquo;un univers de <em>fins<\/em>. Ce qui appara\u00eet comme ext\u00e9rieur, comme \u00e9tranger \u00e0 la terminologie de la science, s&rsquo;av\u00e8re faire partie de sa structure m\u00eame de sa m\u00e9thode et de ses concepts : de son objectivit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc rejeter la notion de neutralit\u00e9 de la technique, selon laquelle la technique est au del\u00e0 du bien et du mal, est l&rsquo;objectivit\u00e9 m\u00eame, susceptible d&rsquo;\u00eatre utilis\u00e9e socialement sous toutes ses formes. Certes, une machine, un instrument technique, peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme neutres, comme pure mati\u00e8re. Mais la machine, l&rsquo;instrument, n&rsquo;existent jamais en dehors d&rsquo;un ensemble, d&rsquo;une totalit\u00e9 technologique ; ils n&rsquo;existent que comme \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;une \u00ab\u00a0technicit\u00e9\u00a0\u00bb ; et la technicit\u00e9 est un \u00ab\u00a0\u00e9tat du monde\u00a0\u00bb, un mode d&rsquo;existence de l&rsquo;homme et de la nature. <em>Heidegger <\/em>a soulign\u00e9 que le \u00ab\u00a0projet\u00a0\u00bb du monde comme instrumentalit\u00e9 pr\u00e9c\u00e8de (et doit pr\u00e9c\u00e9der) la technique en tant qu&rsquo;ensemble d&rsquo;instruments. Il faut que l&rsquo;homme con\u00e7oive la r\u00e9alit\u00e9 comme technicit\u00e9 avant de pouvoir agir sur elle comme technicien. Cependant, cette connaissance \u00ab\u00a0transcendantale\u00a0\u00bb a une base mat\u00e9rielle, elle se trouve dans les besoins et dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 les satisfaire et \u00e0 les d\u00e9velopper. Je veux insister sur le fait que l&rsquo;abolition de l&rsquo;angoisse, la pacification de la vie et la jouissance font partie, essentiellement, des besoins vitaux eux-m\u00eames. D\u00e8s son origine, le projet technicien contient les exigences de ces besoins : ces exigences sont dans la notion de l&rsquo;harmonie des mondes, des lois physiques, du Dieu math\u00e9maticien (id\u00e9e extr\u00eame de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 universelle \u00e0 travers toute in\u00e9galit\u00e9 !) ; elles sont dans la notion m\u00eame de science moderne, qui demande le libre jeu des facult\u00e9s intellectuelles face aux pouvoirs r\u00e9pressifs. Si l&rsquo;on tient compte de ce caract\u00e8re existentiel de la technicit\u00e9, on peut parler d&rsquo;une <em>cause finale technologique<\/em> et du refoulement de cette cause finale par le d\u00e9veloppement social de la technique. <\/p>\n\n\n\n<p>La question est donc pos\u00e9e de savoir si la neutralit\u00e9 par rapport \u00e0 toutes valeurs est vraiment une notion scientifique, c&rsquo;est-\u00e0-dire une exigence inh\u00e9rente \u00e0 la structure m\u00eame de la science moderne. Or, mon avis est que la neutralit\u00e9 de la technique (qui n&rsquo;est qu&rsquo;une manifestation de la neutralit\u00e9 de la science) est un concept politique, et que la soci\u00e9t\u00e9 industrielle a nettement d\u00e9velopp\u00e9 la technique dans un sens contraire \u00e0 celui qui est r\u00e9ellement le sien. La technicit\u00e9, en effet en tant que projet historique, a un sens interne, le sens qui lui est propre : elle ne projette l&rsquo;instrumentalit\u00e9 que comme moyen de d\u00e9barrasser l&rsquo;homme du labeur et de l&rsquo;angoisse, de rendre pacifique la lutte pour l&rsquo;existence. C&rsquo;est l\u00e0 la cause finale de la transformation m\u00e9thodique du monde impliqu\u00e9e dans la technicit\u00e9. Or, la technique, en se d\u00e9veloppant actuellement comme instrumentalit\u00e9 \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb, a fait abstraction de cette cause finale : celle-ci a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre le but du d\u00e9veloppement technologique. En cons\u00e9quence, l&rsquo;instrumentalit\u00e9 pure, sans finalit\u00e9, est devenue un moyen universel de <em>domination<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Certes, la technicit\u00e9 exige la domination : ma\u00eetrise de la nature en tant que force hostile, violente, destructrice ; ma\u00eetrise de l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;il est une partie de cette nature ; exploitation des ressources naturelles pour la satisfaction des besoins. La soci\u00e9t\u00e9 industrielle exerce, et \u00e0 juste titre, cette domination technologique ; mais dans la mesure ou la soci\u00e9t\u00e9 a fait abstraction de la cause finale de la technologie, la technique elle-m\u00eame a perp\u00e9tu\u00e9 la mis\u00e8re, la violence et la destruction. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;interd\u00e9pendance des forces productives et destructives, qui caract\u00e9rise la technicit\u00e9 en tant que domination, tend \u00e0 supprimer toute diff\u00e9rence entre un emploi \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb et un emploi \u00ab\u00a0anormal\u00a0\u00bb de la technologie. La diff\u00e9rence entre les exp\u00e9riences \u00ab\u00a0techniques\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0scientifiques\u00a0\u00bb des nazis et l&#8217;emploi d\u00e9fensif et d\u00e9mocratique de ces exp\u00e9riences est pr\u00e9caire. Un projectile reste un projectile, qu&rsquo;il d\u00e9truise Londres ou Moscou et M. von Braun reste M. von Braun, qu&rsquo;il travaille pour la Maison Brune ou pour la Maison Blanche. L&rsquo;absence de finalit\u00e9 dans la technique se manifeste \u00e9galement dans la politique o\u00f9 elle est aussi suspecte et aussi contestable. <\/p>\n\n\n\n<p>Si la transformation de la r\u00e9alit\u00e9 en un monde technicien n&rsquo;a pas aboli la domination de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme, c&rsquo;est parce que la technicit\u00e9, en se d\u00e9veloppant comme elle l&rsquo;a fait, a continu\u00e9 de faire de la vie un moyen de vivre et cela est bien plus profond et bien plus ancien que la technique elle-m\u00eame. Jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours le progr\u00e8s technique demeure le progr\u00e8s d&rsquo;un travail ali\u00e9n\u00e9, d&rsquo;une productivit\u00e9 r\u00e9pressive. La technicit\u00e9 est devenue la m\u00e9thode la plus efficace, la plus fructueuse pour soumettre l&rsquo;homme \u00e0 son instrument de travail. <\/p>\n\n\n\n<p>A travers la technicit\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 nouveau la r\u00e9pression primitive de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme qu&rsquo;assure la soci\u00e9t\u00e9 : la jouissance est sacrifi\u00e9e au \u00ab\u00a0principe de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Cette r\u00e9pression, il faut l&rsquo;exercer d&rsquo;une mani\u00e8re d&rsquo;autant plus efficace et plus intensive qu&rsquo;elle est plus que jamais menac\u00e9e par le progr\u00e8s technique lui-m\u00eame. Il semble en effet que les r\u00e9alisations de la civilisation industrielle rendent de moins en moins n\u00e9cessaire la r\u00e9pression et celle-ci, confront\u00e9e \u00e0 la possibilit\u00e9 r\u00e9elle de l&rsquo;abolition du labeur, para\u00eet de plus en plus irrationnelle. Je voudrais insister ici sur l&rsquo;immense port\u00e9e politique de l&rsquo;\u0153uvre de Freud, comme analyse de la dialectique fatale du progr\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;assujettissement de l&rsquo;homme au travail est le processus m\u00eame de la civilisation. Dans ce processus, l&rsquo;organisme humain cesse d&rsquo;\u00eatre un instrument de satisfaction pour devenir un instrument de travail et de renoncement : la satisfaction est remise, la jouissance sacrifi\u00e9e. Les instincts primaires de l&rsquo;homme ne tendent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;assouvissement imm\u00e9diat et au repos, \u00e0 la tranquillit\u00e9 dans cet assouvissement ; ils s&rsquo;opposent ainsi \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 du travail, du labeur, conditions indispensables de la satisfaction dans un monde o\u00f9 r\u00e8gnent l&rsquo;insuffisance des biens et la disette. La soci\u00e9t\u00e9 doit donc d\u00e9tourner de leur but imm\u00e9diat les impulsions et les soumettre au \u00ab principe de r\u00e9alit\u00e9 \u00bb qui est le principe m\u00eame de la r\u00e9pression. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme devient alors un instrument de travail, il est productif. Mais cette productivit\u00e9 s&rsquo;accompagne toujours de souffrance et de destruction qui sont les marques de la violence faite \u00e0 l&rsquo;homme dans sa constitution biologique. Le progr\u00e8s de la civilisation repose sur cette modification essentielle de la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb de l&rsquo;homme. D\u00e9sormais, les individus font de la r\u00e9pression leur projet et leur entreprise propres (sur-moi, sentiment de culpabilit\u00e9, etc.). Leurs instincts eux-m\u00eames deviennent r\u00e9pressifs : ils sont la base biologique et mentale qui soutient et perp\u00e9tue la r\u00e9pression politique et sociale ; et dans la mesure o\u00f9 la r\u00e9organisation sociale des instincts r\u00e9prime la spontan\u00e9it\u00e9, l&rsquo;\u00e9rotisme, elle rend plus puissants les instincts de destruction et de mort. Transform\u00e9s \u00e0 leur tour en agressivit\u00e9 plus ou moins contr\u00f4l\u00e9e et utile, ces instincts deviennent une force inh\u00e9rente au progr\u00e8s de la civilisation. Ainsi, le processus de la civilisation est un double processus dialectique qui intervient aussi bien dans le domaine de l&rsquo;\u00e9conomie politique que dans les domaines biologiques et mentaux, l&rsquo;un soutenant et fortifiant l&rsquo;autre. Tout progr\u00e8s, tout accroissement de la productivit\u00e9 s&rsquo;accompagne d&rsquo;une r\u00e9pression progressive et d&rsquo;une destruction productive. La division sociale du travail engendre cette dialectique fatale par laquelle, pour ainsi dire, tout progr\u00e8s de la raison entra\u00eene sa propre irrationalit\u00e9, tout gain de libert\u00e9 une nouvelle forme de servitude, et toute production une restriction \u00e9galement efficace. Or, cette dialectique devient explosive dans la civilisation industrielle \u00e9volu\u00e9e. Dans la mesure o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 ma\u00eetrise la nature et accro\u00eet les ressources mat\u00e9rielles et intellectuelles dont l&rsquo;homme peut disposer, la double r\u00e9pression devient moins n\u00e9cessaire comme condition m\u00eame du progr\u00e8s. Les r\u00e9alisations de la technique et la productivit\u00e9 du travail pourraient r\u00e9duire consid\u00e9rablement la marge qui existe entre les besoins et leur satisfaction. Un monde v\u00e9ritablement pacifi\u00e9 pourrait na\u00eetre, o\u00f9 la vie ne serait plus seulement le moyen de vivre, mais vie en soi et pour soi. La r\u00e9pression continue toutefois et doit continuer, car sans elle il n&rsquo;y aurait plus de travail ali\u00e9n\u00e9 et, sans travail ali\u00e9n\u00e9, il n&rsquo;y aurait plus accroissement de la productivit\u00e9 r\u00e9pressive qui est devenue la force motrice de la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Il me reste, enfin, \u00e0 sugg\u00e9rer quelques conclusions dont je ne me cache pas le caract\u00e8re sp\u00e9culatif. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai admis que les tendances r\u00e9pressives, dans la soci\u00e9t\u00e9 industrielle \u00e9volu\u00e9e, r\u00e9sultent du d\u00e9veloppement de la technicit\u00e9 comme projet politique, projet de domination. Cette domination, impliqu\u00e9e par la technicit\u00e9, est double : <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ma\u00eetrise de la Nature : exploitation rationnelle des ressources naturelles, etc. ; <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ma\u00eetrise de l&rsquo;Homme : exploitation rationnelle du travail productif. <\/p>\n\n\n\n<p>Selon sa logique interne, le projet technique devrait s&rsquo;accomplir en s&rsquo;annulant : la n\u00e9cessit\u00e9 de la domination devrait dispara\u00eetre. La victoire sur l&rsquo;insuffisance des biens et la mis\u00e8re devrait permettre \u00ab d&rsquo;abolir le labeur \u00bb, de mettre la productivit\u00e9 au service de la consommation et d&rsquo;abandonner la lutte pour l&rsquo;existence au profit du contenu de cette existence. Des forces consid\u00e9rables se dressent contre un tel avenir de la technicit\u00e9 : \u00e0 travers tout progr\u00e8s et toute am\u00e9lioration des conditions de vie, se perp\u00e9tuent la domination et la destruction. Bien plus : c&rsquo;est la domination et la destruction qui se font les conditions du progr\u00e8s. J&rsquo;ai soulign\u00e9 que l&rsquo;organisation sociale des instincts joue un r\u00f4le fondamental dans ce processus : ce que l&rsquo;homme perp\u00e9tue, c&rsquo;est sa propre domination. Toute r\u00e9pression sociale repose sur une r\u00e9pression \u00ab biologique \u00bb. Par cons\u00e9quent, toute lib\u00e9ration pr\u00e9suppose une r\u00e9volution, un bouleversement de l&rsquo;ordre des instincts et des besoins : un nouveau principe de r\u00e9alit\u00e9. Ce total transfert des valeurs affecterait l&rsquo;\u00eatre de la nature aussi bien que celui de l&rsquo;homme. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Homme et la Nature demeurent toujours les deux termes d&rsquo;une relation dialectique, facteurs d&rsquo;une totalit\u00e9 dialectique. L&rsquo;organisation sociale influence la nature aussi bien que l&rsquo;homme. Il n&rsquo;y a pas de lib\u00e9ration, pas de pacification possible de l&rsquo;existence humaine, sans lib\u00e9ration et pacification de la nature. Il y a une ma\u00eetrise de l&rsquo;homme qui est r\u00e9pressive et une ma\u00eetrise de l&rsquo;homme qui est lib\u00e9ratrice. Il y a une ma\u00eetrise de la nature qui est d\u00e9livrance de la nature par rapport \u00e0 sa propre mis\u00e8re, qui supprime la violence et la destruction naturelles. La civilisation a r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une telle ma\u00eetrise de la nature dans ses jardins, ses parcs et ses \u00ab\u00a0r\u00e9serves prot\u00e9g\u00e9es\u00a0\u00bb ; en dehors de ces portions limit\u00e9es de la terre elle a trait\u00e9 la nature comme elle a trait\u00e9 l&rsquo;homme : comme un instrument de la productivit\u00e9 r\u00e9pressive. \u00ab Cette agression conqu\u00e9rante poss\u00e8de le caract\u00e8re d&rsquo;un viol de la nature \u00bb (4). Cette phrase est trop souvent prise comme une simple mani\u00e8re de parler, une image ancienne du romantisme et de l&rsquo;utopie ; en v\u00e9rit\u00e9, elle exprime la relation essentielle qui existe entre la destruction de l&rsquo;homme et la destruction de la nature. L&rsquo;homme demeure ma\u00eetre et esclave, sujet et objet de la domination, bien que l&rsquo;exercice de la domination soit transf\u00e9r\u00e9 aux machines et dirig\u00e9 contre la nature. \u00ab\u00a0La machine est seulement un moyen ; la fin est la conqu\u00eate de la nature, la domestication des forces naturelles au moyen d&rsquo;un premier asservissement : la machine est une esclave qui sert \u00e0 faire d&rsquo;autres esclaves. Une pareille inspiration peut se rencontrer avec une requ\u00eate de libert\u00e9 pour l&rsquo;homme. Mais il est difficile de se lib\u00e9rer en transf\u00e9rant l&rsquo;esclavage sur d&rsquo;autres \u00eatres, hommes, animaux ou machines ; r\u00e9gner sur un peuple de machines asservissant le monde entier, c&rsquo;est encore r\u00e9gner, et tout r\u00e8gne suppose l&rsquo;acceptation des sch\u00e8mes d&rsquo;asservissement\u00a0\u00bb (5).  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Herbert MARCUSE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Cf. aussi, <em>Hegels Ontologie und die Grundlegung einer Theorie des Geschichtlichkeit<\/em>, Francfort, 1932 ; <em>Reason and Revolution<\/em>, Londres, 1941 ; <em>Eros and Civilisation. A Philosophical lnquiry into Freud<\/em>, Boston, 1955 ; <em>Soviet-Marxism<\/em>, New-York, 1958.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) V. QUINE, <em>From a logical point of view<\/em>, Cambridge, 1953, p. 44.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3) H. DINGLER, <em>Nature<\/em>, vol. 168, 1951. p. 630.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(4) Gilbert SIMONDON, <em>Du mode d&rsquo;existence des objets techniques<\/em> ; Paris, \u00e9ditions Aubier, 1958, p. 127.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(5) <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d&rsquo;Herbert Marcuse paru dans Arguments, n\u00b0 18, 2e trimestre 1960, p. 54-59 Les pages suivantes contiennent des id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es lors d&rsquo;un cours fait en 1958-59 \u00e0 l&rsquo;Ecole Pratique des Hautes Etudes ; elles font partie d&rsquo;un livre, \u00e0 para\u00eetre, consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de certaines tendances de base de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle la plus \u00e9volu\u00e9e, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[40,1702,1885,3519,3512,3518,2788,3517,2834,3520,3516,1480],"class_list":["post-7049","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-40","tag-alienation","tag-arguments","tag-cours","tag-herbert-marcuse","tag-homme","tag-industrie","tag-nature","tag-philosophie","tag-science","tag-technique","tag-technologie"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-1PH","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":7019,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/02\/15\/marcuse-2\/","url_meta":{"origin":7049,"position":0},"title":"H\u00e9l\u00e8ne G\u00e9rard : Herbert Marcuse, Eros et civilisation","author":"SiNedjib","date":"15\/02\/2020","format":false,"excerpt":"Article d'H\u00e9l\u00e8ne G\u00e9rard paru dans Socialisme ou Barbarie, n\u00b0 36, avril-juin 1964, p. 79-83 Par la critique \u00e0 laquelle elle soumettait les valeurs bourgeoises, l'\u0153uvre de Freud fit, \u00e0 son apparition, l'effet d'une bombe. 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