{"id":8678,"date":"2020-06-02T11:03:15","date_gmt":"2020-06-02T09:03:15","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=8678"},"modified":"2025-12-21T10:49:44","modified_gmt":"2025-12-21T09:49:44","slug":"pretoria-liverpool","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/","title":{"rendered":"de Pr\u00e9toria \u00e0 Liverpool"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/gauchecommuniste\/gauchescommunistes-ap1952\/labanquise\/labanquise-n04.pdf\" target=\"_blank\">La Banquise<\/a><\/em>, n\u00b0 4, \u00e9t\u00e9 1986, p. 44-55<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"389\" height=\"553\" data-attachment-id=\"8698\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/la-banquise-4\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/La-Banquise-4.png?fit=389%2C553&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"389,553\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La-Banquise-4\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/La-Banquise-4.png?fit=211%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/La-Banquise-4.png?fit=389%2C553&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/La-Banquise-4.png?resize=389%2C553&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8698\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/La-Banquise-4.png?w=389&amp;ssl=1 389w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/La-Banquise-4.png?resize=211%2C300&amp;ssl=1 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 389px) 100vw, 389px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Pretoria<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Du point de vue du communisme, il importe de voir o\u00f9 et comment certaines communaut\u00e9s peuvent se d\u00e9faire sous l&rsquo;effet du travail moderne et de la lutte des classes, tout en donnant naissance \u00e0 une activit\u00e9 et des relations sociales subversives. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>En 1922, une gr\u00e8ve des mineurs europ\u00e9ens du Rand se transforme en insurrection. Le premier ministre Smuts fait \u00e9craser la r\u00e9bellion dans le sang : 230 morts.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Que peut en dire la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire ? Tel qu&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ici, RIEN.<\/p>\n\n\n\n<p>En l&rsquo;occurrence, la gr\u00e8ve avait pour origine une baisse des salaires et l&rsquo;ouverture concomitante aux Noirs de certains emplois jusque-l\u00e0 r\u00e9serv\u00e9s aux Blancs. Depuis 1911, en effet, la loi <em>(colour bar)<\/em> r\u00e9servait les emplois qualifi\u00e9s et semi-qualifi\u00e9s aux Blancs. La r\u00e9volte ouvri\u00e8re contre l&rsquo;atteinte \u00e0 leurs privil\u00e8ges prit en 1922 une forme extr\u00eame, insurrectionnelle, mais ni cette m\u00e9thode typiquement \u00ab prol\u00e9tarienne \u00bb, ni la violence bourgeoise et \u00e9tatique contre les ouvriers ne suffisent \u00e0 donner un caract\u00e8re communiste \u00e0 l&rsquo;insurrection. Ce soul\u00e8vement ouvrier blanc n&rsquo;\u00e9tait nullement r\u00e9volutionnaire. Il tendait \u00e0 renforcer le capital car il <em>refusait <\/em>la baisse du niveau de vie en <em>acceptant <\/em>et perp\u00e9tuant la division profonde entre prol\u00e9taires noirs et blancs, cl\u00e9 de la domination bourgeoise en Afrique du Sud. Le mot d&rsquo;ordre ouvrier sud-africain du d\u00e9but du si\u00e8cle n&rsquo;\u00e9tait-il pas : \u00ab Ouvriers blancs de tous les pays, unissez-vous ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cet exemple extr\u00eame rappelle qu&rsquo;aucune forme de lutte, aucune m\u00e9thode de combat, aucune r\u00e9pression, ne sont synonymes d&rsquo;action communiste par elles seules. Ce qui signifie aussi que notre but n&rsquo;est pas la destruction de la paix sociale : le capital s&rsquo;y emploie assez de toutes ses contradictions ! Les situations explosives qui se multiplient un peu partout ne sont pas superposables au mouvement communiste. L&rsquo;objectif r\u00e9volutionnaire n&rsquo;est pas de pousser \u00e0 la roue les mouvements sociaux pour les radicaliser, mais de d\u00e9gager (th\u00e9orie) et appuyer (pratique) ce qui en eux tend vers la r\u00e9volution. Pour qu&rsquo;une r\u00e9sistance au capital soit porteuse d&rsquo;autre chose que le capital, il faut, au moins, qu&rsquo;elle commence \u00e0 poser les bases de cette autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 1922, les Noirs sud-africains sont massivement entr\u00e9s dans le salariat et le syndicat. Selon un dirigeant de l&rsquo;ANC, il y aurait maintenant plus de Noirs que de Blancs syndiqu\u00e9s. Les syndicats noirs n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 reconnus qu&rsquo;en 1979, sous la pression&rsquo; conjugu\u00e9e de la lutte des Noirs, des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res et de la bourgeoisie industrielle. La m\u00eame ann\u00e9e, le syndicat des mineurs blancs, le plus conservateur de tous, a quitt\u00e9 la Confederation of Labour (uniquement blanche) qui avait approuv\u00e9 du bout des l\u00e8vres un rapport officiel pr\u00e9conisant la fin des emplois r\u00e9serv\u00e9s et la reconnaissance des syndicats noirs. Dans les ann\u00e9es 70, le besoin de force de travail qualifi\u00e9e (notamment dans les chemins de fer) avait fait reculer le privil\u00e8ge d&#8217;emploi blanc, malgr\u00e9 les luttes d&rsquo;arri\u00e8re-garde des organisations ouvri\u00e8res blanches.<\/p>\n\n\n\n<p>Le capital sud-africain s&rsquo;est donn\u00e9 un immense r\u00e9servoir de main-d&rsquo;\u0153uvre par un d\u00e9racinement gigantesque qui ne se compare qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;industrialisation de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle en Europe, avec paup\u00e9risation et arrachement aux conditions de vie ant\u00e9rieures. Les logements provisoires install\u00e9s pr\u00e8s des grandes villes abritent plus de monde que les <em>townships<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrefois, le capital sud-africain puisait ses travailleurs dans un vaste espace pr\u00e9-capitaliste et les y renvoyait quelques ann\u00e9es plus tard, \u00e9vitant la formation d&rsquo;une exp\u00e9rience prol\u00e9tarienne. Les Noirs y trouvaient leur compte puisqu&rsquo;ils \u00e9chappaient au salariat en passant le plus clair de leur vie dans un monde encore rural. La condition prol\u00e9tarienne \u00e9tait <em>provisoire<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 20 ou 30 ans, l&rsquo;Etat ne s&rsquo;est plus born\u00e9 \u00e0 dominer l&rsquo;Afrique australe, il a cr\u00e9\u00e9 partout des arm\u00e9es industrielles de r\u00e9serve. Au lieu de pouvoir sortir du salariat, le Noir en est victime tout le temps et surtout quand il n&rsquo;arrive pas \u00e0 se salarier. Le salariat \u00e9tait encore en partie un \u00ab choix \u00bb pour une minorit\u00e9 : d\u00e9sormais l&rsquo;immense majorit\u00e9 se retrouve ch\u00f4meuse. La condition prol\u00e9tarienne est devenue <em>permanente<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Afrique du Sud est d\u00e9sormais confront\u00e9e \u00e0 un prol\u00e9tariat trop bien r\u00e9ussi dont l&rsquo;existence impossible se retourne contre elle. Quand l&rsquo;arm\u00e9e de r\u00e9serve est si grande qu&rsquo;elle englobe presque tout, la soci\u00e9t\u00e9 est bloqu\u00e9e. L&rsquo;Angleterre des ann\u00e9es 1830-1850 connut ce dilemme et le r\u00e9solut par une industrialisation qui mit au travail et int\u00e9gra les prol\u00e9taires, gr\u00e2ce \u00e0 sa supr\u00e9matie mondiale. L&rsquo;Afrique du Sud n&rsquo;a pas les moyens d&rsquo;une telle strat\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n<p>A court terme, le capitalisme sud-africain peut encore user et abuser de<br>sa chair \u00e0 travail comme les industriels anglais n&rsquo;auraient pu le faire \u00e0 une aussi large \u00e9chelle. Les licenciements massifs et instantan\u00e9s sont monnaie courante. Pour briser le syndicat r\u00e9clamant une hausse des salaires, d\u00e9but 1985, un groupe minier licencie 13 000 mineurs noirs sur 40 000. Une autre soci\u00e9t\u00e9 en renvoie 2 000. Les patrons tentent dans le m\u00eame temps de renvoyer les salari\u00e9s licenci\u00e9s dans leurs bantoustans. Un an plus tard, dans un bantoustan, 20 000 mineurs sont licenci\u00e9s. Une soci\u00e9t\u00e9 produisant 35% du platine occidental et mena\u00e7ant de renvoyer 10 000 ouvriers noirs affirme qu&rsquo;il suffit de 2 semaines pour former un mineur, et qu&rsquo;elle n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 puiser dans le vivier des 400 000 ch\u00f4meurs de la r\u00e9gion, dont la moiti\u00e9 ont une formation de mineurs. M\u00eame les semi-qualifi\u00e9s sont concern\u00e9s : apr\u00e8s une gr\u00e8ve de 4 jours en 1984, l&rsquo;h\u00f4pital central de Soweto d\u00e9bauche plus d&rsquo;un millier d&rsquo;infirmi\u00e8res et d&#8217;employ\u00e9s pay\u00e9s \u00e0 la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le capital ne peut gagner \u00e0 lui, mais il peut manipuler une classe ouvri\u00e8re noire infiniment plus volatile que dans les autres pays industriels. Il s\u00e9pare prol\u00e9taires blancs et noirs, mais ne renonce pas \u00e0 diviser aussi les Noirs. L\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne l&rsquo;apartheid, dans les zones dites blanches, les conditions de vie faites aux Noirs sont bien meilleures que dans les homelands, et la possibilit\u00e9 de trouver un emploi beaucoup plus grande. Soweto est organis\u00e9 en sections ethniques (Zoulous, Sothos \u2026 ) avec r\u00e8glements tribaux diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>Que l&rsquo;apartheid soit inadapt\u00e9 \u00e0 un capital dynamique, tout le monde le sait. Sous sa forme institutionnelle, ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas une survivance du pass\u00e9, mais un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9cent, syst\u00e9matis\u00e9 avec la venue au pouvoir de la fraction afrikaner de la bourgeoisie (1948).<\/p>\n\n\n\n<p>Les Noirs sont trait\u00e9s en \u00e9trangers dans leur pays, et m\u00eame en \u00e9trangers tout court. Selon les chiffres officiels, parmi les salari\u00e9s noirs sud-africains, il y en a 1 500 000 de nationalit\u00e9 sud-africaine, et 1 200 000 \u00e9trangers, dont pr\u00e8s de 1 000 000 venus des bantoustans suppos\u00e9s ind\u00e9pendants. (Pour une population totale, sur l&rsquo;Afrique du sud g\u00e9ographique, de 31 000 000 : 26 000 000 dans l&rsquo;Etat sud-africain (dont 17 000 000 de Noirs] et 5 000 000 dans les bantoustans.) On cr\u00e9e des \u00e9trangers dans la population du pays m\u00eame. Un ouvrage consacr\u00e9 aux paysans noirs chass\u00e9s de terres o\u00f9 l&rsquo;on va faire un bantoustan s&rsquo;appelle justement <em>The Surplus People<\/em> (les gens en trop).<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail forc\u00e9 est concevable dans une \u00e9conomie en construction, o\u00f9 il faut d\u00e9placer, concentrer, contraindre, comme le fit la Russie stalinienne. Dans un capital o\u00f9 les machines exigent une qualification et une capacit\u00e9 d&rsquo;initiative, le recours fr\u00e9quent \u00e0 la force s&rsquo;av\u00e8re non rentable. Il se rapproche trop de l&rsquo;esclavage qui a prouv\u00e9 son inefficacit\u00e9 \u00e9conomique dans un univers capitaliste. Le salariat noir sud-africain m\u00e9lange travail forc\u00e9, esclavage, colonialisme, et aussi vrai salariat. D&rsquo;o\u00f9 la tendance persistante d&rsquo;une partie du big business international et sud-africain \u00e0 des r\u00e9formes mais en ouvrant la porte \u00e0 des r\u00e9formes sans toucher au s\u00e9paratisme politique, l&rsquo;Etat acc\u00e9l\u00e8re le mouvement de r\u00e9volte.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut \u00e0 peine parler de \u00ab classe \u00bb effective en Afrique du Sud puisque le passage d&rsquo;une classe \u00e0 une autre est fig\u00e9. L&rsquo;isolement entre les prol\u00e9taires noirs et le reste de la soci\u00e9t\u00e9. est plus proche d&rsquo;un syst\u00e8me de castes n\u00e9faste au capitalisme. On sait que l&rsquo;imp\u00e9rialisme anglais a renforc\u00e9 la division en castes aux Indes, mais l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;Afrique australe actuelle a d&rsquo;autres exigences que celle de l&rsquo;Inde au XIXe si\u00e8cle. La loi sur l&rsquo;enregistrement de la population d\u00e9finit pourtant les groupes raciaux en gelant des groupes socio-professionnels : une bourgeoisie blanche, une classe moyenne blanche, un prol\u00e9tariat blanc privil\u00e9gi\u00e9, une classe commer\u00e7ante indienne, un groupe d&#8217;employ\u00e9s et de petits qualifi\u00e9s m\u00e9tis, et un prol\u00e9tariat noir discrimin\u00e9 assorti d&rsquo;une faible petite bourgeoisie noire. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;apartheid n&rsquo;est pas essentiel au capital, il n&rsquo;est n\u00e9cessaire qu&rsquo;\u00e0 une structure de classe qui freine les m\u00e9canismes capitalistes, et qui interdit \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie de b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;\u00e9nergie humaine disponible chez les Noirs. Mise \u00e0 part la division entretenue entre ethnies noires, la soci\u00e9t\u00e9 finit par ne plus reposer que sur la force brute. On est devant une forme extr\u00eame de coupure entre Etat et soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;Etat n&rsquo;est pas la soci\u00e9t\u00e9, il l&rsquo;organise seulement, mais il tend \u00e0 se mettre \u00e0 sa place, \u00e0 l&rsquo;absorber pour la g\u00e9rer, il y p\u00e9n\u00e8tre partout, sinon la soci\u00e9t\u00e9 volerait en \u00e9clats. C&rsquo;est un cas pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;absurde d&rsquo;une structure administrative, fiscale, polici\u00e8re, pos\u00e9e au-dessus de la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Etat r\u00e9duit les repr\u00e9sentants de la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 noire\u00a0\u00bb \u00e0 des courroies de transmission : ses collaborateurs sont des fantoches. Les agressions et la terreur contre les Noirs collaborateurs sont la vraie preuve de la faillite du r\u00e9gime et de l&rsquo;Etat. Quand la violence spontan\u00e9e exerce sur eux une vengeance ou une menace, l&rsquo;Etat ne r\u00e9agit qu&rsquo;en r\u00e9primant : il peut tuer, non gouverner, d\u00e9truire, non contr\u00f4ler. Un certain nombre de municipalit\u00e9s, de districts, de quartiers, sont appel\u00e9s \u00ab zones libres \u00bb par leurs habitants. Arm\u00e9e et police peuvent y entrer et faire la loi, mais un policier noir seul ne pourrait y patrouiller. L&rsquo;Etat en vient \u00e0 ne plus pouvoir vivre que par la guerre contre l&rsquo;immense majorit\u00e9 de la population. Ce n&rsquo;est plus la police (pourtant sur\u00e9quip\u00e9e), c&rsquo;est l&rsquo;arm\u00e9e qu&rsquo;il faut envoyer en cas de r\u00e9bellion massive. <\/p>\n\n\n\n<p>La logique du ghetto est \u00e0 son comble. On isole par des Etats-croupions comme celui que peut-\u00eatre l&rsquo;Allemagne nazie aurait laiss\u00e9 pour les survivants juifs, ou russes, ou les autres \u00ab sous \u00bb-ethnies. Les bantoustans, cens\u00e9s offrir un refuge et un enfermement aux Noirs, ont \u00e9chou\u00e9 : ce ne sont que des viviers \u00e0 main-d&rsquo; \u0153uvre dirig\u00e9s par les politiciens discr\u00e9dit\u00e9s. Car le capital, malheureusement pour lui, a encore besoin des hommes, ici des Noirs, il doit donc les mettre dans ses villes, entassant des masses dangereuses pr\u00e8s des lieux vitaux de la production et du pouvoir. Pour \u00e9viter l&rsquo;encerclement par une majorit\u00e9, on a voulu un pays sans majorit\u00e9, en dissolvant le peuple, par une addition de minorit\u00e9s o\u00f9 la minorit\u00e9 blanche est dominante. Le r\u00eave monstrueux se casse sur la r\u00e9alit\u00e9 : il faut quand m\u00eame int\u00e9grer les hommes, les faire venir et les faire travailler. On ne peut pas s\u00e9parer leur travail de leur existence physique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que tente \u00e0 chaque fois le capital : court-circuiter la pr\u00e9sence humaine des prol\u00e9taires et ses contradictions sociales par le d\u00e9tour d&rsquo;une technique qui les domestiquerait toujours mieux, il le r\u00e9alise ici, non pas par une pouss\u00e9e technologique, mais par une hypertrophie de la politique. Le capital sud-africain ne vise pas \u00e0 \u00e9vacuer le probl\u00e8me social par un nouveau syst\u00e8me productif enfin \u00ab parfait \u00bb, mais par l&rsquo;organisation de l&rsquo;espace et la redistribution des masses humaines sur un territoire quadrill\u00e9. L&rsquo;utopie technologique est remplac\u00e9e par l&rsquo;utopie g\u00e9opolitique. L&rsquo;apartheid r\u00e9duit le social au spatial.<\/p>\n\n\n\n<p>On a ainsi cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces des Etats dont la pseudo-ind\u00e9pendance singe celle d&rsquo;innombrables Etats vassaux du tiers monde. Le Bophutatswana, situ\u00e9 non loin de Pretoria, instaur\u00e9 en 1977 pour la tribu tswana a en fait 80% de ses 2 millions d&rsquo;habitants qui ne sont pas tswana, et cette majorit\u00e9 est victime \u00e0 son tour d&rsquo;une discrimination de la part des autorit\u00e9s. L&rsquo;Afrique du Sud s&rsquo;est offert le luxe d&rsquo;une caricature du \u00ab droit des nations \u00e0 disposer d&rsquo;elles-m\u00eames \u00bb. Ces sous-Etats, comme les autres, segmentent les prol\u00e9taires, excluent m\u00eame les prol\u00e9taires devenus des \u00e9trangers, alimentant une rivalit\u00e9 qui va jusqu&rsquo;au massacre. Dans ce bantoustan, le gigantesque bidonville de 750 000 habitants de Winterveld fournit Pretoria et sa r\u00e9gion en travailleurs, mais on y trouve moins de 10 % de Tswanas, bien qu&rsquo;officiellement tout le monde soit tswana et doive apprendre le tswana \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Isra\u00ebl, l&rsquo;Afrique du Sud repose sur une exclusion contraire \u00e0 la circulation marchande, bien que le capital puisse mettre en veilleuse son exigence de libre circulation des marchandises et des \u00eatres, et vivre marginalement du travail forc\u00e9 ou monopolis\u00e9 par un groupe, par exemple par des prol\u00e9taires juifs aux d\u00e9pens des prol\u00e9taires arabes de Palestine. Le mouvement sioniste, d\u00e8s le d\u00e9but du si\u00e8cle, exprimait la diversit\u00e9 et m\u00eame la lutte de classe au sein du \u00ab peuple juif \u00bb : les bourgeois pr\u00e9f\u00e9rant le \u00ab travail arabe \u00bb moins cher, les organisations comme les Ouvriers de Sion faisant campagne pour le \u00ab travail h\u00e9breu \u00bb. L&rsquo;Histadrouth fut bien l&rsquo;organisation du travail h\u00e9breu exclusivement, mais n&#8217;emp\u00eacha pas le capital isra\u00e9lien d&#8217;employer parall\u00e8lement une main-d&rsquo;\u0153uvre juive \u00ab orientale \u00bb sans qualification et \u00e0 qui \u00e9chappe le contr\u00f4le sur l&rsquo;Histadrouth. De m\u00eame en Afrique du Sud o\u00f9 l&rsquo;apartheid \u00ab [ &#8230; ] constitue un compromis entre les colons boers partisans du \u00a0\u00bbtravail blanc\u00a0\u00bb et les capitalistes anglais partisans du \u00a0\u00bbtravail noir\u00a0\u00bb : int\u00e9gration \u00e9conomique, mais s\u00e9paration sociale. \u00bb (E. Hal\u00e9vi, <em>Question juive<\/em>, Ed. de Minuit, 1981, p. 229.) <\/p>\n\n\n\n<p>Le compromis fonctionne encore en Isra\u00ebl, mais plus en Afrique du Sud. Un capital moderne, poussant le plus loin vers un fonctionnement capitaliste du capitalisme, n&rsquo;a plus besoin de racisme <em>organis\u00e9<\/em>, la division entretenue et reproduite entre salari\u00e9s par les m\u00e9canismes marchands y suffisent amplement. Mais le capital fonctionne rarement dans un cadre authentiquement capitaliste, m\u00eame si les zones les plus \u00ab pures \u00bb sont aussi les plus dynamiques et centrent aussi autour d&rsquo;elles l&rsquo;\u00e9conomie mondiale. Dans ces zones dites de pointe, le capitalisme tend justement \u00e0 reposer sur sa pointe et va vers la soci\u00e9t\u00e9 du non travail : l\u00e0 se trouve la contradiction la plus universalisante. Il n&rsquo;y aura jamais de capitalisme pur, mais il existe des soci\u00e9t\u00e9s ayant atteint le maximum (r\u00e9alisable aujourd&rsquo;hui) de p\u00e9n\u00e9tration salariale et marchande dans la soci\u00e9t\u00e9. En Afrique du Sud, au contraire, il s&rsquo;agit encore de se d\u00e9barrasser d&rsquo;entraves au capital. <\/p>\n\n\n\n<p>Les prol\u00e9taires noirs sud-africains luttent contre le capital \u00e0 travers la lutte contre l&rsquo;apartheid qui est forc\u00e9ment l&rsquo;ennemi omnipr\u00e9sent et l&rsquo;horizon de leur vie et de leur combat. Peuvent-ils lutter pour autre chose qu&rsquo;un \u00ab travail libre \u00bb comparable \u00e0 celui que r\u00e9clame l&rsquo;industrie manufacturi\u00e8re contre la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et mini\u00e8re qui, elle, profite de l&rsquo;apartheid ? Certes, le prol\u00e9tariat sud-africain est riche de la vari\u00e9t\u00e9 de ses composantes. Autour des tr\u00e8s nombreuses gr\u00e8ves du prol\u00e9tariat d&rsquo;usine, avec ou sans syndicat, il y a aussi les \u00e9meutes des villes et des townships, les innombrables gr\u00e8ves d&rsquo; \u00e9coliers, la solidarit\u00e9 de voisinage contre la r\u00e9pression et contre les collaborateurs. On a affaire \u00e0 des mouvements urbains \u00ab modernes \u00bb, parfois insurrectionnels. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais quelle est la perspective historique en Afrique australe en <em>l&rsquo;absence <\/em>d&rsquo;une effervescence r\u00e9volutionnaire ailleurs ? La pouss\u00e9e sociale dans ce pays reste d\u00e9mocratique, nationale, populaire, elle se nourrit de l&rsquo;\u00e9nergie prol\u00e9tarienne et la canalise. Les secteurs les plus avanc\u00e9s du prol\u00e9tariat vont au-del\u00e0 des divisions tribales (en particulier de l&rsquo;exploitation permanente par l&rsquo;Etat des Zoulous \u00e0 qui on accorde quelques avantages) et d\u00e9passent l&rsquo;ethnie pour arriver \u00e0 la nation noire. Les plus radicaux con\u00e7oivent d\u00e9j\u00e0 une action commune avec les prol\u00e9taires blancs (convergence d\u00e9j\u00e0 pratiquement accomplie dans quelques cas), mais pour r\u00e9aliser une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique pluriraciale.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9volution ne peut plus se faire graduellement ni pacifiquement. Il n&rsquo;est plus temps pour le monolithe blanc de s&rsquo;adapter : il doit se maintenir par la terreur, ou c\u00e9der la place \u00e0 une autre soci\u00e9t\u00e9. M\u00eame en Rhod\u00e9sie, o\u00f9 des int\u00e9r\u00eats moindres \u00e9taient en jeu (soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 dominante agricole, s\u00e9gr\u00e9gation bien moins institutionnelle, r\u00f4le strat\u00e9gique du pays beaucoup plus faible), la grande et la moyenne bourgeoisie blanche ont d\u00fb partir.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"304\" height=\"92\" data-attachment-id=\"8679\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/01-5\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/01.png?fit=304%2C92&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"304,92\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"01\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/01.png?fit=300%2C91&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/01.png?fit=304%2C92&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/01.png?resize=304%2C92&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8679\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/01.png?w=304&amp;ssl=1 304w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/01.png?resize=300%2C91&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 304px) 100vw, 304px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Toutes les conditions sont r\u00e9unies pour masquer la r\u00e9alit\u00e9 de classe sud-africaine, entre Blancs et Noirs assimil\u00e9s \u00e0 deux groupes antagoniques, comme entre Noirs unis par une \u00ab conscience noire \u00bb, l&rsquo;appartenance \u00e0 un peuple commun. On a dit que Soweto, qui se souleva en 1976, bougeait beaucoup moins depuis : une classe moyenne aurait \u00e9merg\u00e9, profitant de la prosp\u00e9rit\u00e9 de Johannesburg voisin, et esp\u00e9rant les miettes du syst\u00e8me raciste. Mais il n&rsquo;y a pas de place pour aucun \u00ab capitalisme noir \u00bb. Au contraire, la force \u00e9norme de la r\u00e9pression et des formes de contestations invent\u00e9es par les prol\u00e9taires p\u00e8se de tout son poids pour souder une communaut\u00e9 autour du d\u00e9nominateur commun de \u00ab l&rsquo;unit\u00e9 noire \u00bb, et refouler les antagonismes de classe entre des ouvriers noirs et des petits bourgeois qui souffrent tout autant, \u00e0 leur mani\u00e8re. Il n&rsquo;y aura pas de lutte de classe inter-Noirs <em>tant que la s\u00e9paration raciale restera la cl\u00e9 de la politique de ce pays.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les townships o\u00f9 s&rsquo;entassent les sans-travail, on voit l&rsquo;explosion d&rsquo;un syst\u00e8me qui ne tient que s&rsquo;il avance : s&rsquo;il donne un minimum de travail et d&rsquo;argent aux Noirs. Ce n&rsquo;est pas un simple mouvement de lib\u00e9ration nationale ou anticolonialiste, mais une revendication cr\u00e9\u00e9e par le capital, qui a d\u00e9racin\u00e9 des \u00eatres sans leur donner pour autant une existence capitaliste. Il ne leur accorde qu&rsquo;une inexistence authentiquement capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame \u00e9lan, le mouvement prol\u00e9tarien est d\u00e9cha\u00een\u00e9 et r\u00e9sorb\u00e9 en tant que mouvement communiste. L&rsquo;Afrique du Sud est en \u00e9quilibre instable : elle ne peut subsister (dans l&rsquo;\u00e9conomie comme dans la r\u00e9pression) que si elle se pr\u00e9cipite en avant. La configuration de classe ne permet pas de souffler. Il faut donner un travail introuvable \u00e0 ces millions d&rsquo;hommes et de femmes \u00ab en trop \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Afrique du Sud exacerbe les contradictions capitalistes l\u00e0 o\u00f9 les conditions de la r\u00e9volution communiste font d\u00e9faut. Les ingr\u00e9dients d&rsquo;une guerre civile capitaliste sont r\u00e9unis et le cocktail pourrait exploser. Les jeunes r\u00e9unis et r\u00e9volt\u00e9s par un syst\u00e8me scolaire qu&rsquo;ils boycottent largement vont vers les <em>tsotsis<\/em>, voyous des rues, pour se faire un peu d&rsquo;argent. Cette immense force latente, flottante et disponible, urbanis\u00e9e en partie, jointe aux masses ayant d\u00e9j\u00e0 fait l&rsquo;exp\u00e9rience du salariat, pourrait constituer une force de man\u0153uvre pour un grand mouvement nationaliste qui aboutirait \u00e0 une guerre, plus civile que de lib\u00e9ration, \u00e0 forte id\u00e9ologie sociale, mais demeurant populaire et nationale. Comme en Angola, on verrait des bandes d&rsquo;adolescents recrut\u00e9s et arm\u00e9s pour se battre contre des factions rivales, en \u00e9change d&rsquo;une activit\u00e9, d&rsquo;un minimum d&rsquo;argent, et peut-\u00eatre d&rsquo;un uniforme.<\/p>\n\n\n\n<p>Les tampons amortissant d&rsquo;habitude les chocs en d\u00e9mocratie sont ici absents. Les prol\u00e9taires noirs s&rsquo;en prennent imm\u00e9diatement \u00e0 des conseillers municipaux dont la corruption saute aux yeux, et \u00e0 des policiers dont le r\u00f4le r\u00e9pressif est \u00e9vident. Les institutions n&rsquo;ont pas l&rsquo;excuse (et la r\u00e9alit\u00e9 partielle) d&rsquo;une fonction autre que le contr\u00f4le. Mais la r\u00e9volte spontan\u00e9e, si elle est plus facile, n&rsquo;est pas une critique de la politique : puisque les Noirs en sont exclus, ils entrent dans la politique par effraction.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;auto-organisation des <em>prol\u00e9taires<\/em> noirs les constitue du m\u00eame coup en <em>peuple<\/em>. Un peu comme en Pologne, une dictature d&rsquo;Etat et un syst\u00e8me politique \u00e9tranger \u00e0 la population suscitent une organisation de la population : la soci\u00e9t\u00e9 civile se dresse face \u00e0 l&rsquo;Etat, fait s\u00e9cession (zones \u00ab lib\u00e9r\u00e9es \u00bb). Partout les liens communautaires, la solidarit\u00e9 ouvri\u00e8re, la camaraderie \u00e9coli\u00e8re, les rapports de voisinage, engendrent mille formes d&rsquo;organisation, et l&rsquo;ANC et l&rsquo;UDF ne sont que les chapeaux, l&rsquo;enveloppe d&rsquo;une myriade de comit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce prol\u00e9tariat tr\u00e8s actif a devant lui un avenir bouch\u00e9. Il se bat contre ce qui est <em>l&rsquo;essence de la prol\u00e9tarisation : sa r\u00e9duction \u00e0 une force de travail<\/em>, et dans des formes encore plus nues que dans les pays industrialis\u00e9s de longue date. Mais ce combat se place dans la polarisation apartheid-anti-apartheid. Alors qu&rsquo;on pouvait th\u00e9oriquement, en Rhod\u00e9sie ou en Alg\u00e9rie, r\u00e9soudre le probl\u00e8me agraire, on ne peut supprimer l&rsquo;apartheid qu&rsquo;en ruinant la puissance \u00e9conomique, politique et militaire de l&rsquo;Afrique du Sud. Le capital s&rsquo;est trop bien adapt\u00e9 \u00e0 une force de travail mall\u00e9able et corv\u00e9able. Mais brimant la libert\u00e9 marchande en la personne de la marchandise humaine, il est un capitalisme r\u00e9actionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette s\u00e9gr\u00e9gation fit la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays apr\u00e8s son institutionnalisation en 1948. Li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme anglo-am\u00e9ricain, Pretoria a pu se donner (en pleine guerre froide) une place dans le capital occidental, \u00e9changeant sa politique raciste contre un r\u00f4le (\u00e9conomique et militaire) strat\u00e9gique essentiel. Mais cette position \u00e9volue. L&rsquo;Afrique du Sud d\u00e9pend plus aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;Occident que l&rsquo;Occident d&rsquo;elle. La d\u00e9pendance de pays comme les Etats-Unis ou la France par rapport aux mati\u00e8res premi\u00e8res sud-africaines n&rsquo;est pas absolue. C&rsquo;est l&rsquo;Afrique du Sud qui vit du march\u00e9 mondial, les \u00e9changes ext\u00e9rieurs constituant la moiti\u00e9 de la valeur de sa production en 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, Isra\u00ebl, jouant lui aussi de la rivalit\u00e9 am\u00e9ricano-russe et m\u00eame anglo-am\u00e9ricaine en 1948, s&rsquo;est alli\u00e9 aux E-U. Mais alors que le sionisme, au temps d&rsquo;Herzl, s&rsquo;inscrivait dans la colonisation europ\u00e9enne du monde, l&rsquo;existence de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra\u00ebl est anachronique par rapport aux formes les plus modernes d&rsquo;imp\u00e9rialisme. Le capital ne se soucie plus de peuple ni de territoire, mais de lignes d&rsquo;\u00e9changes et de centres de profit, et les hommes et les sols l&rsquo;int\u00e9ressent en fonction de leur valorisation possible. Isra\u00ebl reste une arme des E-U au Moyen-Orient, mais ils pourraient en changer, et en ce cas&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Afrique du Sud a cr\u00e9\u00e9 un prol\u00e9tariat original mais proche de la d\u00e9possession radicale dont parlent les textes communistes du milieu du si\u00e8cle dernier. Elle a b\u00e2ti un concentr\u00e9 du monde, o\u00f9 coexistent d\u00e9mocratie parlementaire et dictature polici\u00e8re, soci\u00e9t\u00e9 de consommation et tiers monde surexploit\u00e9. Ce r\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;histoire capitaliste peut donner l&rsquo;illusion d&rsquo;une issue r\u00e9volutionnaire possible, si l&rsquo;on oublie son contexte social.<\/p>\n\n\n\n<p>La virulence prol\u00e9tarienne qui y existe, m\u00eame encadr\u00e9e aujourd&rsquo;hui, prouve qu&rsquo;une action communiste aura lieu plus tard, dans un \u00ab Etat noir \u00bb ou dans une soci\u00e9t\u00e9 de compromis bo\u00eeteux. Pour le moment, plus la violence se donne libre cours entre l&rsquo;ANC ou l&rsquo;UDF et l&rsquo;Etat, plus la polarisation s&rsquo;accentue entre les deux camps capitalistes. Il n&rsquo;y a pas les m\u00eames forces sociales derri\u00e8re l&rsquo;apartheid et derri\u00e8re l&rsquo;anti-apartheid, mais le capital est pr\u00e9sent des deux c\u00f4t\u00e9s. Il parvient aujourd&rsquo;hui \u00e0 faire de la lutte prol\u00e9tarienne un instrument de r\u00e9novation sociale. L&rsquo;exacerbation de la lutte arm\u00e9e, si elle opposait racisme et antiracisme serait le meilleur moyen d&rsquo;enterrer durablement le mouvement prol\u00e9tarien, en l&rsquo;enr\u00f4lant dans une guerre nationale, sinon patriotique, du moins en faveur d&rsquo;un pays, d&rsquo;une nation, d&rsquo;un Etat noir. La \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb communiste n&rsquo;a pas pour le moment de point d&rsquo;application, elle est au-del\u00e0. Au milieu de la lutte entr\u00e9 tendances capitalistes, le mouvement communiste surgit et se forme, \u00e0 condition de quitter ce terrain controvers\u00e9, et s&rsquo;installer sur le sien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab moteur \u00bb est incontestablement la lutte des Noirs contre leur r\u00e9duction \u00e0 une marchandise-travail. Mais la situation sociale force la lutte \u00e0 passer par une action contre le syst\u00e8me <em>politique<\/em>, et non contre le salariat. Bien entendu, aucune r\u00e9volution communiste n&rsquo;aura jamais pour objectif d\u00e9clar\u00e9 et conscient, au d\u00e9but, \u00ab l&rsquo;abolition du salariat \u00bb : elle commencera par se dresser contre ses effets avant de s&rsquo;en prendre \u00e0 sa nature profonde.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un cas comme l&rsquo;Afrique du Sud, au contraire, les virtualit\u00e9s communistes ne peuvent se d\u00e9velopper. La dynamique sociale des prol\u00e9taires est une chose, <em>la dynamique historique de la soci\u00e9t\u00e9 sud-africaine<\/em> n&rsquo;en existe pas moins, et p\u00e8se lourdement.<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle pression, renforc\u00e9e par la domination mondiale du capital, emp\u00eache la dynamique prol\u00e9tarienne de se prolonger en action communiste. Les luttes contre l&rsquo;immigration forc\u00e9e, les contr\u00f4les policiers, les d\u00e9portations et tout ce qui isole les prol\u00e9taires noirs, deviennent des luttes pour la d\u00e9mocratie : on se bat comme au XIXe si\u00e8cle, quand les prol\u00e9taires luttaient contre l&rsquo;exclusion de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, non pour d\u00e9truire cette soci\u00e9t\u00e9, mais pour d\u00e9truire avant tout cette exclusion. Le mouvement prol\u00e9tarien a ici pour horizon la d\u00e9mocratie. Qu&rsquo;elle soit impossible aujourd&rsquo;hui (et sans doute d\u00e9finitivement) ne change pas le sens de la lutte qui se la donne pour but : la lutte pourra devenir violente, elle ne changera pas de nature. La force de r\u00e9sistance des prol\u00e9taires noirs, leur capacit\u00e9 offensive, montre qu&rsquo;un mouvement communiste se manifestera un jour sous ses vraies couleurs en Afrique australe. Toute tentation de nier l&rsquo;importance de ces \u00e9v\u00e9nements sous pr\u00e9texte qu&rsquo;ils ne sont pas communistes, serait de l&rsquo;europ\u00e9ocentrisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais leur mouvement reste donc tr\u00e8s d\u00e9pendant des m\u00e9tropoles capitalistes. Sa limite est \u00e0 <em>l&rsquo;ext\u00e9rieur <\/em>de lui-m\u00eame : un \u00e9lan communiste mondial lui permettrait de d\u00e9passer la lutte politique d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Nottingham<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion de la derni\u00e8re gr\u00e8ve des mineurs (1984-1985) soit r\u00e9apparue l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;affaiblissement de la Grande-Bretagne par la puissance du travail organis\u00e9, ce n&rsquo;est pas la lutte d&rsquo;une classe, mais la lutte des classes qui affaiblit l&rsquo;imp\u00e9rialisme britannique apr\u00e8s avoir fait sa prosp\u00e9rit\u00e9 (le d\u00e9clin industriel d\u00e9coulant entre autres d&rsquo;un faible taux d&rsquo;investissement d\u00fb au r\u00f4le mondial de la City, les capitaux anglais pr\u00e9f\u00e9rant s&rsquo;investir ailleurs).<\/p>\n\n\n\n<p>Si les syndicats anglais organisent environ la moiti\u00e9 des salari\u00e9s (pr\u00e8s de<br>10 millions en 1985), c&rsquo;est aussi en raison de la fa\u00e7on dont ce pays s&rsquo;est industrialis\u00e9. Le capital a d\u00fb passer tr\u00e8s t\u00f4t, d\u00e8s 1880, un compromis avec ses ouvriers, ce qui ne fut pas le cas aux E-U, qui purent jouer sur la division et r\u00e9primer, au moins jusqu&rsquo;en 1930. L&rsquo;immigration \u00e9tait faible en Angleterre, malgr\u00e9 les Irlandais, et elle l&rsquo;est rest\u00e9e. Il fallait transiger, et l&rsquo;absorption d\u00e9mocratique du mouvement social a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e par l&rsquo;acceptation de l&rsquo;intervention du travail dans les affaires du capital. Il en d\u00e9coule la place prise par les syndicats et les \u00ab pratiques restrictives \u00bb sans cesse d\u00e9nonc\u00e9es par le patronat. Mais il n&rsquo;y a pas <em>un <\/em>facteur qui entra\u00eenerait les autres : il y a une relation de classe globale, une configuration de forces.<\/p>\n\n\n\n<p>1939-1945 a co\u00efncid\u00e9 avec un essor syndical en Angleterre et aux E-U. En Am\u00e9rique, les syndicats ont obtenu un droit de regard sur l&#8217;embauche, et propos\u00e9 des strat\u00e9gies industrielles parfois retenues, en \u00e9change de l&rsquo;absence de gr\u00e8ve. En Angleterre, sont apparus les <em>shop-stewards<\/em> : ils sont environ 100 000 aujourd&rsquo;hui, une partie d&rsquo;entre eux votent conservateurs. Ils sont r\u00e9formistes quand la base est r\u00e9formiste, r\u00e9volutionnaires quand elle est r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;OST ne s&rsquo;est pas vraiment impos\u00e9e en Angleterre. Les syndicats ont frein\u00e9 le travail de nuit ou par \u00e9quipes, sont intervenus dans la gestion, ont impos\u00e9 des compensations au travail post\u00e9. Comme il y eut peu d&rsquo;immigr\u00e9s dans l&rsquo;industrie sur qui exp\u00e9rimenter l&rsquo;OST, son introduction co\u00fbtait trop cher pour \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Le travail a gard\u00e9 <em>sa force d\u00e9fensive<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travaillisme (pratiqu\u00e9 m\u00eame par les conservateurs quand ils ont le pouvoir, malgr\u00e9 leurs efforts pour renverser la vapeur) a abouti \u00e0 maintenir inchang\u00e9e la part des salaires dans les revenus totaux. Contrairement \u00e0 la ligne suivie en France apr\u00e8s 1944 (notamment gr\u00e2ce au PCF), le travaillisme est parvenu \u00e0 instaurer un Welfare State <em>sans <\/em>bataille de la production, donnant ainsi la priorit\u00e9 \u00e0 la protection sociale sur l&rsquo;investissement productif.<\/p>\n\n\n\n<p>Confront\u00e9s \u00e0 la baisse de rentabilit\u00e9 de l&rsquo;extraction du charbon, les deux pays ont donc r\u00e9agi de mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente. Dans les deux, la production et les effectifs ont \u00e9norm\u00e9ment diminu\u00e9. La France produisait 60 millions de t. de charbon en 1958 : 22,3 millions en 1978 ; elle avait 358 000 mineurs en 1945 : 69 000 en 1978. Mais la France a pu reconvertir relativement en douceur et \u00e9viter de grandes r\u00e9actions collectives aux fermetures de puits.<\/p>\n\n\n\n<p>Production et consommation de charbon en Europe ont \u00e9volu\u00e9 en sens contraire, car le charbon a moins augment\u00e9 de prix que le p\u00e9trole, mais il n&rsquo;est pas bon march\u00e9 que si on l&rsquo;importe, surtout des E-U, d&rsquo;Afrique du Sud, de Pologne, d&rsquo;Australie. La CEE en consomme de plus en plus tout en produisant de moins en moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nombre de mineurs britanniques est pass\u00e9 de 600 000 (1960) \u00e0 250 000 (1974), puis \u00e0 180 000 (1984). Or, d\u00e9but 1984, le National Coal Board annonce une r\u00e9duction de 20 000 en un an. A terme on pr\u00e9voit que 60 000 mineurs seront reconvertis en ch\u00f4meurs. Le pr\u00e9sident du NCB est connu comme un patron de combat. En 1980, \u00e0 la t\u00eate de British Steel, il avait supprim\u00e9 52 000 sid\u00e9rurgistes sur 130 000 en moins d&rsquo;un an, contre quelques augmentations de salaire. La gr\u00e8ve proprement dite est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de 5 mois de refus des heures suppl\u00e9mentaires en Ecosse et dans le Yorkshire, sans vote. Gr\u00e8ve d\u00e9clench\u00e9e par la base au moment o\u00f9 les stocks atteignent un niveau record.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, les r\u00e9gions mini\u00e8res les plus riches, par opposition \u00e0 l&rsquo;Ecosse et au<br>Yorkshire, ne suivent pas ou de loin la longue gr\u00e8ve. Le syndicat (NUM) ne consulte jamais tous ses adh\u00e9rents. On vote par r\u00e9gion : le Nottinghamshire se prononce aux 3\/4 contre la gr\u00e8ve, imit\u00e9 par une minorit\u00e9 importante au nord-ouest de l&rsquo;Angleterre. Les puits o\u00f9 le NCB a investi le plus et qui sont les plus rentables restent \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la gr\u00e8ve. Huit bassins sur quatorze ont vot\u00e9 contre la gr\u00e8ve, mais ils ne repr\u00e9sentaient qu&rsquo;un tiers du nombre des mineurs. Au d\u00e9part, et pour certains puits jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, tout le monde reconna\u00eet une forte participation aux piquets, et une collectivit\u00e9 ouvri\u00e8re locale rassembl\u00e9e derri\u00e8re les gr\u00e9vistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas contradictoire. Dans une action purement d\u00e9fensive, la solidarit\u00e9 joue g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 fond, surtout dans un milieu aussi uni que les mines, mais, justement parce qu&rsquo;elle est d\u00e9fense d&rsquo;un travail, elle se cantonne \u00e0 son probl\u00e8me. Cela n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 les gr\u00e9vistes de se d\u00e9placer, malgr\u00e9 les barrages de police, d&rsquo;un puits ou d&rsquo;une r\u00e9gion \u00e0 l&rsquo;autre. Ce faisant, ils restaient dans le cadre de la collectivit\u00e9 mini\u00e8re, \u00e9clat\u00e9e et agissant sur tout le territoire, mais impuissante \u00e0 secouer l&rsquo;inertie des non-gr\u00e9vistes, puisque cette communaut\u00e9 posait son probl\u00e8me, non le leur : un probl\u00e8me particulier quoique collectif, non un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral. On doit se demander s&rsquo;il peut y avoir <em>solidarit\u00e9 dans un mouvement d\u00e9fensif<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de la grande gr\u00e8ve des mineurs de 1926, il y avait d\u00e9j\u00e0 eu rupture dans le milieu minier, et des opposants au syndicat avaient lanc\u00e9 un syndicat rival, actif quelque temps dans la plupart des bassins. Mais en 1984, on a rupture de la solidarit\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;origine du conflit, comme l&rsquo;attestent les affrontements inter-mineurs, qui laisseront des traces profondes. Il y a aussi tr\u00e8s peu de solidarit\u00e9 de la part des cheminots et des dockers pourtant directement impliqu\u00e9s dans le transport de stocks de charbon disponibles, du charbon import\u00e9 ou du charbon extrait par les jaunes. Pire encore, les sid\u00e9rurgistes, que le NUM avait appuy\u00e9s en 1980 quand on r\u00e9duisait leur nombre de plus d&rsquo;un tiers, n&rsquo;aident pas les mineurs en 1984. Ce ne sont pas seulement les directions \u00ab tra\u00eetres \u00bb qui sont en cause : les ouvriers de l&rsquo;acier constatent que la gr\u00e8ve des mines affaiblit l&rsquo;industrie sid\u00e9rurgique, donc leur travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est m\u00eame arriv\u00e9 que le syndicat soit plus extr\u00e9miste que la base. Le NUM (qui a le monopole de l&#8217;embauche et peut donc th\u00e9oriquement exclure du <em>travail <\/em>ceux qui s&rsquo;opposent \u00e0 lui) avait propos\u00e9 trois fois de faire gr\u00e8ve contre les fermetures de puits. Les sections locales avaient refus\u00e9 : en 1984, apr\u00e8s les d\u00e9brayages dans le Yorkshire, l&rsquo;appareil syndical n&rsquo;organise pas de consultation g\u00e9n\u00e9rale, craignant un refus.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de l&rsquo;archa\u00efsme de cette gr\u00e8ve, avec ses sc\u00e8nes \u00e0 la Zola, c&rsquo;\u00e9tait avant tout un conflit o\u00f9 jouaient des acteurs modernes du capitalisme. Ce qui est frapp\u00e9 de mort, c&rsquo;est \u00e0 la fois une industrie \u00e9nerg\u00e9tique d\u00e9pass\u00e9e et la collectivit\u00e9 salariale agr\u00e9g\u00e9e autour d&rsquo;elle et contre elle. Obnubil\u00e9 par les traits sp\u00e9cifiquement anglais du conflit, on en oublie la dimension internationale : la mondialisation accrue de la production condamne \u00e0 la fois une branche insuffisamment productive et l&rsquo;organisation sociale tiss\u00e9e sur elle. Internationale, la gr\u00e8ve l&rsquo;est \u00e0 double titre : du c\u00f4t\u00e9 du capital comme du travail. La restructuration du NCB est l&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9mergence de soci\u00e9t\u00e9s mondiales multi-\u00e9nergies : les multinationales du p\u00e9trole et des mines s&rsquo;int\u00e9ressent de plus en plus au charbon, explorant de nouveaux pays (Indon\u00e9sie, Colombie) d&rsquo;o\u00f9 elles pourraient exporter vers les pays industriels, y compris ceux qui avaient fait autrefois leur fortune sur l&rsquo;alliance du charbon et de l&rsquo;acier. La dimension internationale est \u00e9galement dans le camp syndical. Le NUM a transf\u00e9r\u00e9 au d\u00e9but de la gr\u00e8ve des millions de livres \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, que l&rsquo;Etat essaya de faire geler. Les pays de l&rsquo;Est ont apport\u00e9 un soutien verbal et financier (500 000 \u00a3 des syndicats russes), mais la Pologne a doubl\u00e9 ses exportations de charbon vers la Grande-Bretagne. Le r\u00e9seau international du capital s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;organisation d&rsquo;une communaut\u00e9 arc-bout\u00e9e sur son seul travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Les succ\u00e8s ouvriers ant\u00e9rieurs, les avantages arrach\u00e9s ou maintenus par la force contre le NCB, n&rsquo;ont pas tenu devant la capacit\u00e9 organisatrice du capital, qui a mobilis\u00e9 un travail plus productif (Nottinghamshire) contre un travail devenu anti-\u00e9conomique. Une victoire uniquement d\u00e9fensive ne peut \u00eatre que de courte dur\u00e9e : elle aggrave la crise du capital et reporte l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 il faudra trancher.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"288\" height=\"100\" data-attachment-id=\"8680\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/02-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/02.png?fit=288%2C100&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"288,100\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"02\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/02.png?fit=288%2C100&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/02.png?fit=288%2C100&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/02.png?resize=288%2C100&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8680\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>La concurrence inter-ouvriers n&rsquo;est pas surmont\u00e9e mais perp\u00e9tu\u00e9e par une action limit\u00e9e au terrain revendicatif. Les grandes gr\u00e8ves du d\u00e9but des ann\u00e9es 70, culminant dans les journ\u00e9es o\u00f9 l&rsquo;on avait fr\u00f4l\u00e9 l&rsquo;\u00e9meute, en 1972, s&rsquo;\u00e9taient termin\u00e9es sur un compromis o\u00f9 les salari\u00e9s avaient fait plus que sauver la mise : ils avaient obtenu des concessions. (C. Brendel, <em>Lutte de classe autonome en Grande-Bretagne 1945-1977<\/em>, Echanges et Mouvements, Paris, 1977.) La bourgeoisie et l&rsquo;Etat ont tent\u00e9 de contr\u00f4ler l\u00e9galement la contestation ouvri\u00e8re par des projets lanc\u00e9s par les travaillistes et repris par les conservateurs. <em>L&rsquo;Industrial Relations Act<\/em> visait \u00e0 interdire les gr\u00e8ves sauvages, \u00e0 rendre l&rsquo;arbitrage obligatoire, \u00e0 infliger des amendes aux syndicats incapables de tenir leur base. Mais il est presque rest\u00e9 lettre morte parce qu&rsquo;il est peu applicable. En d\u00e9mocratie, il est dans la fonction du syndicat d&rsquo;\u00eatre un tampon repr\u00e9sentant la base. Exiger qu&rsquo;il la contr\u00f4le sans cesse, le rendre p\u00e9cuniairement responsable des d\u00e9bordements qui sont la r\u00e8gle et non l&rsquo;exception de la vie syndicale et des conflits du travail, ne serait possible que si l&rsquo;on allait vers un Etat muselant les syndicats, mais alors ce serait une autre fa\u00e7on de g\u00e9rer les rapports de travail. Et la dictature du capital sur le travail salari\u00e9 n&rsquo;est pas la solution la plus productive.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette loi n&rsquo;a pas rempli le r\u00f4le que l&rsquo;Etat attendait d&rsquo;elle : discipliner la classe ouvri\u00e8re, forcer les syndicats \u00e0 jouer les garde-chiourme, \u00e9riger en monopole leur organisation des ouvriers, alors que le capitalisme suppose aussi la concurrence, l&rsquo;oligopole, la circulation, les conflits. La Haute Cour le reconnut en juin 1972 lors des poursuites contre le syndicat des cheminots : les chefs syndicalistes ne pouvaient \u00eatre tenus responsables des exc\u00e8s de leurs shop-stewards. Reste bien s\u00fbr \u00e0 l&rsquo;Etat la latitude de poursuivre individuellement des agitateurs, \u00e0 l&rsquo;aide du vaste arsenal juridique existant, comme il l&rsquo;a toujours fait, et il ne s&rsquo;en est pas priv\u00e9, op\u00e9rant \u00e0 grande \u00e9chelle dans la gr\u00e8ve des mineurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La lutte prol\u00e9tarienne a fini par \u00eatre endigu\u00e9e, c&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse dire, par la situation de fait impos\u00e9e aux ouvriers par la crise. Quand on risque de perdre son emploi, et qu&rsquo;aucune autre perspective que l&#8217;emploi et sa d\u00e9fense n&rsquo;appara\u00eet, on est forc\u00e9 de composer. La concurrence entre ouvriers les brise mieux alors que l&rsquo;affrontement entre eux et le patronat. On l&rsquo;a vu en Angleterre au moins dans plusieurs secteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;automobile, les ouvriers eux-m\u00eames ont fini par isoler les plus combatifs. Dans une usine o\u00f9 un \u00ab meneur \u00bb devait \u00eatre licenci\u00e9, quelqu&rsquo;un proposa en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de le d\u00e9fendre. On ne va pas le laisser tuer, dit l&rsquo;ouvrier, comme ils ont crucifi\u00e9 J\u00e9sus \u2026 \u00ab Passez-moi le marteau ! \u00bb, lan\u00e7a un autre m\u00e9tallo, retournant aussit\u00f4t l&rsquo;assembl\u00e9e contre celui qui allait \u00eatre mis \u00e0 la porte. Ce comportement est celui de prol\u00e9taires capables de mener les luttes les plus dures tant que le capital tournait, mais d\u00e9sorient\u00e9s d\u00e8s que le fondement de leur existence et de leur contestation &#8211; le travail &#8211; \u00e9tait \u00e9branl\u00e9. C&rsquo;est que leur action ant\u00e9rieure restait dans les bornes d&rsquo;une lutte autour du travail, non contre cette forme de vie qu&rsquo;est le salariat. Et aucune \u00ab transcroissance \u00bb ne pouvait magiquement s&rsquo;op\u00e9rer d\u00e8s lors qu&rsquo;on vivait et agissait depuis des lustres sans remettre en cause ce fondement. Dans les mines, de m\u00eame, les favoris\u00e9s ont laiss\u00e9 les autres se battre jusqu&rsquo;au bout pour presque rien. Mais on pourrait citer d&rsquo;autres cas. Les typographes aussi \u00e9taient tout puissants tant qu&rsquo;on ne pouvait se passer d&rsquo;eux !<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que Thatcher a r\u00e9ussi ce que Heath avait rat\u00e9 en 1972 : mais elle n&rsquo;a pas cass\u00e9 la gr\u00e8ve, elle l&rsquo;a us\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la solidarit\u00e9 d\u00e9faillante des prol\u00e9taires. Telle est l&rsquo;exp\u00e9rience que l&rsquo;ultra-gauche a tant de mal \u00e0 comprendre. Les ouvriers peuvent se d\u00e9placer, s&rsquo;unir, joindre leurs forces \u00e0 celles d&rsquo;autres cat\u00e9gories ouvri\u00e8res, s&rsquo;appuyer sur la communaut\u00e9 ouvri\u00e8re m\u00eame d\u00e9clinante, ils seront toujours battus, \u00e0 long ou \u00e0 court terme. Par l&rsquo;inflation (baisse du salaire r\u00e9el), par le ch\u00f4mage, par la d\u00e9faite cuisante. Luttant en tant qu&rsquo;ouvriers et sur cette seule base, ils se r\u00e9duisent eux-m\u00eames \u00e0 ce \u00e0 quoi le capital les r\u00e9duit : du travail. En ce cas, m\u00eame insurg\u00e9s, ils ne rassemblent pas <em>leur <\/em>force sociale, et seulement <em>celle que le capital leur donne<\/em>, et qu&rsquo;ils ne peuvent retourner contre lui que pour arracher des r\u00e9formes, quand elles sont possibles. Les ouvriers ne peuvent mobiliser leur force sociale profonde, c&rsquo;est-\u00e0-dire leur universalit\u00e9, leur capacit\u00e9 \u00e0 produire et bouleverser les richesses du monde, qu&rsquo;en cessant d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;abord des ouvriers revendicatifs, en utilisant leur condition ouvri\u00e8re mais pour la faire \u00e9clater.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame dans la gr\u00e8ve des mineurs, on a pu en voir un exemple. Elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 <em>que <\/em>la lutte de 130 000 ch\u00f4meurs organis\u00e9s, d&rsquo;un seul bloc, pendant un an, pour la d\u00e9fense de leur communaut\u00e9 fond\u00e9e sur les puits. Sur cette lanc\u00e9e d\u00e9fensive, certains ont \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 noyer \u00ab leurs puits \u00bb, rendant ainsi irr\u00e9versible la destruction de la communaut\u00e9 qu&rsquo;ils voulaient d\u00e9fendre. Soit cet acte \u00e9tait suicidaire, soit il les conduisait \u00e0 passer \u00e0 autre chose. Ils n&rsquo;\u00e9taient <em>plus des mineurs<\/em>, mais des prol\u00e9taires.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"287\" height=\"113\" data-attachment-id=\"8681\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/attachment\/03\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/03.png?fit=287%2C113&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"287,113\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"03\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/03.png?fit=287%2C113&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/03.png?fit=287%2C113&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/03.png?resize=287%2C113&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8681\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>On peut comparer l&rsquo;\u00e9chec anglais de 1984-1985 au succ\u00e8s relatif de la gr\u00e8ve des mineurs am\u00e9ricains de d\u00e9cembre 1977-mars 1978 (<em>A l&rsquo;Ouest rien de nouveau ? USA 1977-1978<\/em>, Echanges et Mouvement, Paris, 1978). Alors que le nombre de mineurs et la production ont diminu\u00e9 en Grande-Bretagne, aux USA ils ont augment\u00e9 depuis 1975, compensant l&rsquo;\u00e9norme baisse des ann\u00e9es 1950-1960. Cela a permis \u00e0 la communaut\u00e9 ouvri\u00e8re de se r\u00e9affirmer, et \u00e0 la gr\u00e8ve de 1977-1978 de se terminer par un compromis satisfaisant pour les mineurs. La gr\u00e8ve a eu lieu dans les mines les plus anciennes, dans les Appalaches, non dans l&rsquo;Ouest o\u00f9 les <em>strip mines<\/em> avec 10 % des effectifs, produisaient en 1977 la moiti\u00e9 du charbon am\u00e9ricain. La vieille communaut\u00e9, y compris villageoise, a r\u00e9agi quand on s&rsquo;en est pris \u00e0 son syst\u00e8me d&rsquo;assurance-maladie. Elle avait d\u00e9clin\u00e9 elle aussi, et s&rsquo;est remanifest\u00e9e, car la renaissance du charbon, dans une r\u00e9gion isol\u00e9e, rurale, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de liens religieux, lui a permis de revivre, sans entamer ses traditions ancr\u00e9es dans une vie de groupe locale remplie de ferveur chr\u00e9tienne et du sentiment d&rsquo;un \u00ab nous \u00bb. Ph\u00e9nom\u00e8ne original donc, ce deuxi\u00e8me \u00e2ge de la communaut\u00e9 ouvri\u00e8re, ce rajeunissement contraire \u00e0 ce qui se passe ailleurs, mais seulement parce que le capitalisme en donne les bases.<\/p>\n\n\n\n<p>La collectivit\u00e9 ouvri\u00e8re est la manifestation, au sein du capital, d&rsquo;un droit ouvrier, de l&rsquo;existence ouvri\u00e8re, de la vie d&rsquo;une force de travail qui, si elle est trait\u00e9e en force de travail, entend au moins l&rsquo;\u00eatre correctement : le minimum est que salaire et conditions de travail soient n\u00e9goci\u00e9s et ren\u00e9gociables, et que le prol\u00e9taire, collectivement, garde un droit de regard reconnu sur sa condition. Pour cela, la gr\u00e8ve am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 communautaire : une communaut\u00e9 \u00e0 la quelle le capitalisme fait une place. En Angleterre, elle \u00e9tait \u00e9conomiquement d\u00e9pass\u00e9e. Mais la r\u00e9organisation d&rsquo;ensemble de l&rsquo;industrie charbonni\u00e8re am\u00e9ricaine ; et la crise ouvri\u00e8re et syndicale qui en d\u00e9coule, demeurent. Le syndicat organisait le travail sur 70 % de la production en 1974 : et sur 50% en 1977 \u2026 Supposons que dans dix ou quinze ans les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res ferment les mines traditionnelles : la communaut\u00e9 ouvri\u00e8re, si elle se limitait \u00e0 une auto-d\u00e9fense, serait tout aussi divis\u00e9e et bris\u00e9e qu&rsquo;elle le fut en Angleterre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les prol\u00e9taires anglais, en se battant seulement avec la force que leur donne le capital, se condamnaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec d\u00e8s lors que le capital leur retirait cette force. <em>Leur limite, contrairement aux Noirs sud-africains, \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur<\/em> d&rsquo;eux-m\u00eames. Pour qu&rsquo;une communaut\u00e9 pose autre chose que son probl\u00e8me, il faut qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9e, qu&rsquo;elle ait eu l&rsquo;occasion de se tourner vers autre chose qu&rsquo;elle-m\u00eame, mais avant de devoir se d\u00e9fendre. Sinon sa riposte la crispe sur sa propre condition et ne fait jouer que des m\u00e9canismes <em>d&rsquo;autoprotection<\/em>. La communaut\u00e9 se d\u00e9fend alors avec ce qu&rsquo;elle a et gr\u00e2ce \u00e0 ce qu&rsquo;elle est, non en mettant en \u0153uvre ce qu&rsquo;elle a de <em>commun <\/em>avec les autres prol\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Paris<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les structures et valeurs anciennes sont secou\u00e9es par le capital, et d&rsquo;autres relations, plus directement capitalistes, n&rsquo;arrivent pas \u00e0 s&rsquo;installer sans partage. Le couple craque quand on pr\u00e9tend lui faire contenir et r\u00e9sumer l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re. Les communaut\u00e9s traditionnelles s&rsquo;effritent alors que les communaut\u00e9s consommatoires ne s&rsquo;imposent pas \u00e0 tous ni partout. Il en r\u00e9sulte un besoin d&rsquo;ordre, de retour en arri\u00e8re, de repli sur soi et sur des collectivit\u00e9s mill\u00e9naires (famille, sang, race). Parce que le capital sape le travail, la famille et la patrie <em>dans leur r\u00e9alit\u00e9<\/em> (et de l\u00e0, mais secondairement, <em>dans la t\u00eate<\/em> des gens), sans y substituer pleinement la communaut\u00e9 capitaliste neuve, on se retourne vers travail-famille-patrie, ou plut\u00f4t vers les formes actuelles, plus larges : ordre, autorit\u00e9, sph\u00e8re priv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9surgence r\u00e9actionnaire prouve que le capital n&rsquo;arrive pas (ou mal) \u00e0 devenir un mode et un mod\u00e8le de vie pour l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. Les diplodocus du style Le Pen attestent au moins que la Californie ou la Su\u00e8de ne seront jamais \u00e9tendues \u00e0 la plan\u00e8te enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le renouveau x\u00e9nophobe est un produit de la crise de la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab fran\u00e7aise \u00bb devenue trop vite et trop tard, multiethnique, multilinguistique, dans une situation o\u00f9 elle ne parvient pas \u00e0 int\u00e9grer toutes ces pluralit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise \u00e9conomique aggrave le probl\u00e8me mais ne le cr\u00e9e pas. Il faut relativiser la cause \u00e9conomique (ch\u00f4mage) du racisme. Des millions de prol\u00e9taires perdent leur emploi sans s&rsquo;en prendre aux \u00e9trangers. On pourrait dire plus justement que l&rsquo;ouvrier \u00e0 tendance raciste, apr\u00e8s avoir perdu son travail, n&rsquo;a plus rien d&rsquo;autre \u00e0 faire que de se laisser aller sur cette pente. Le ch\u00f4mage n&rsquo;engendre pas le racisme, il lui donne libre cours, lui permet de s&rsquo;exprimer, mais le racisme est une attitude bien plus fondamentale, qui a \u00e0 voir avec une fa\u00e7on de vivre, de se situer, d&rsquo;inclure et d&rsquo;exclure.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre les E-U et la France, on voit la diff\u00e9rence entre un capital moderne o\u00f9 la nation est capitalistiquement unie sans pr\u00e9tendre \u00e0 une unit\u00e9 ethnique, et un pays plus faible socialement, o\u00f9 il faut un mythe et une fa\u00e7ade pour unifier la soci\u00e9t\u00e9. Dans le premier cas, les tendances centrifuges sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es ou livr\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames, l&rsquo;identit\u00e9 am\u00e9ricaine n&rsquo;\u00e9tant pas remise en cause par la prolif\u00e9ration de micro-identit\u00e9s. Dans le second cas, la soci\u00e9t\u00e9 se joue la com\u00e9die d&rsquo;une identit\u00e9 fran\u00e7aise monoethnique, et en cas de crise c\u00e8de \u00e0 la tendance de couper tout ce qui d\u00e9borde du moule suppos\u00e9 de l&rsquo;identit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Etat ne s&rsquo;est pas constitu\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on en France et aux E-U ou en Angleterre. A maintes reprises, l&rsquo;Etat fran\u00e7ais a d\u00fb forcer les choses, imposer l&rsquo;unit\u00e9 contre les prol\u00e9taires mais aussi contre les classes poss\u00e9dantes divis\u00e9es, ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le cas en Am\u00e9rique. Dans la Guerre de S\u00e9cession, appel\u00e9e plus justement l\u00e0-bas la Guerre civile, le conflit fut d\u00e9clench\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;initiative de la fraction la plus moderne de la classe dominante, et sa violence prouverait plut\u00f4t la capacit\u00e9 am\u00e9ricaine \u00e0 \u00e9liminer par la force toute entrave int\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;expansion capitaliste. Lincoln avouait sans d\u00e9tour que son but \u00e9tait la sauvegarde de l&rsquo;unit\u00e9 du pays : s&rsquo;il faut \u00e9manciper les esclaves pour la pr\u00e9server, disait-il, je les \u00e9manciperai ; mais s&rsquo;il faut conserver l&rsquo;esclavage, ou le conserver en partie, je le ferai avec la m\u00eame volont\u00e9. En France, au contraire, l&rsquo;intervention despotique r\u00e9guli\u00e8re de l&rsquo;Etat dans la vie civile s&rsquo;est aussi dirig\u00e9e contre la modernit\u00e9 capitaliste, ou l&rsquo;a promue de mani\u00e8re contradictoire (Vichy).<\/p>\n\n\n\n<p>La \u00ab pr\u00e9f\u00e9rence nationale \u00bb n&rsquo;a de sens capitaliste que contre les autres Etats-nations, et non \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un pays. Un discours fameux de Le Pen a exalt\u00e9 le \u00ab proche \u00bb par rapport au \u00ab lointain \u00bb : il est naturel, disait le chef du Front national, de pr\u00e9f\u00e9rer ses filles \u00e0 ses cousines, ses cousines \u00e0 ses voisines \u2026 et ainsi de suite jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger le plus \u00e9loign\u00e9. Cette r\u00e9action peut \u00eatre n\u00e9cessaire<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em><strong>le Creuset<\/strong><\/em><br>Avant 1914, 60 % des ouvriers de l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine \u00e9taient n\u00e9s hors des E-U. Detroit vit se succ\u00e9der des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;immigr\u00e9s : Irlandais vers 1850, Allemands vers 1880-1900, Polonais ensuite. Mais les patrons tenaient \u00e0 des ouvriers am\u00e9ricanis\u00e9s. Ford instaura des cours d&rsquo;anglais obligatoire. Une c\u00e9r\u00e9monie marquait la remise des dipl\u00f4mes. Sa mise en sc\u00e8ne symbolisait la naissance d&rsquo;un homme nouveau : les dipl\u00f4m\u00e9s entraient dans une immense marmite (<em>melting pot<\/em>) avec leurs costumes nationaux, et en ressortaient avec de beaux v\u00eatements et un drapeau am\u00e9ricain. Pas question de s\u00e9cher : toute la ville for\u00e7a les patrons r\u00e9calcitrants \u00e0 organiser des cours du soir, et obligea les ouvriers \u00e0 les suivre. (O. Zung, <em>Naissance de l&rsquo;Am\u00e9rique industrielle. Detroit 1880-1920<\/em>, Aubier, 1983.)<br>Cette <em>am\u00e9ricanisation <\/em>visait une int\u00e9gration dont on sait qu&rsquo;elle fut r\u00e9ussie. On peut la comparer \u00e0 la politique de la bourgeoisie fran\u00e7aise. Elle parvint \u00e0 \u00ab nationaliser \u00bb la classe ouvri\u00e8re en assimilant relativement les Espagnols, les Italiens, les Polonais, en Lorraine par exemple (mines), mais aussi dans le Midi. Le Front populaire, la R\u00e9sistance, le PCF et la CGT jou\u00e8rent un r\u00f4le int\u00e9grateur capital dans ce processus. Par contre, dans les ann\u00e9es 50 et 60, Alg\u00e9riens et Marocains \u00e9taient trait\u00e9s en simples porteurs de force de travail qui avaient, en plus, la particularit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre des hommes. On prenait soin de disposer c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur la cha\u00eene un Malien, un Fran\u00e7ais, un Yougoslave \u2026 , pour qu&rsquo;ils ne puissent pas communiquer. On ne cherchait pas, comme Ford, \u00e0 leur donner <em>une appartenance nationale<\/em> par le truchement d&rsquo;une appartenance au travail. On les maintenait dans une exclusion.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>au capital pour diviser les prol\u00e9taires entre eux et les regrouper autour d&rsquo;une identit\u00e9 garantie par l&rsquo;Etat. Mais elle est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la d\u00e9mocratie \u00e9conomique qui constitue le fondement du capital (<em>cf<\/em>. le passage sur ce th\u00e8me dans \u00ab pour un monde sans innocents \u00bb). Le capitalisme est autant national que non national (international). C&rsquo;est un signe de faiblesse que d&rsquo;envisager une l\u00e9gislation discriminante contre les immigr\u00e9s, au lieu que leur condition sous-privil\u00e9gi\u00e9e soit l&rsquo;effet \u00ab naturel \u00bb de la circulation des marchandises et des \u00eatres, sous la surveillance de l&rsquo;Etat, bien entendu.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;essor du racisme et le d\u00e9bat autour de la question des \u00ab \u00e9trangers \u00bb, \u00ab des races \u00bb \u2026 caract\u00e9risent toujours des p\u00e9riodes de faible \u00e9nergie prol\u00e9tarienne. Quand un mouvement social unifie les prol\u00e9taires, le probl\u00e8me ne se pose m\u00eame pas et on n&rsquo;en parle pas. Dans une p\u00e9riode o\u00f9 la perspective r\u00e9volutionnaire avait disparu, l&rsquo;antis\u00e9mitisme nazi a gagn\u00e9 les esprits. Il s&rsquo;est impos\u00e9 moins gr\u00e2ce au ch\u00f4mage que par le d\u00e9sarroi, la perte de sens, la solitude dans laquelle une expansion tr\u00e8s moderne et brutalement interrompue plongea les Allemands. L&rsquo;Allemagne n&rsquo;avait connu que des traumatismes depuis 1914, et la crise a jou\u00e9 sur eux : guerre, d\u00e9faite, secousse et \u00e9chec r\u00e9volutionnaires, guerre civile dans les anciens territoires de l&rsquo;Est, essor capitaliste et r\u00e9volution des m\u0153urs correspondante, passage de tous les partis ouvriers \u00e0 la contre-r\u00e9volution (le SPD en 1918, le KPD avec le stalinisme), blocage de la croissance \u00e9conomique, reprise de th\u00e8mes nationalistes par le PC, confusion des valeurs pi\u00e9tin\u00e9es par toutes les forces politiques. Le secret du triomphe nazi est l\u00e0, dans la globalit\u00e9 de la lutte de classe en Allemagne, et non dans une cause \u00ab \u00e9conomique \u00bb. C&rsquo;est cette transition rat\u00e9e vers un capitalisme universel qui explique que le prol\u00e9taire puisse en venir \u00e0 admettre que \u00ab les Juifs \u00bb sont responsables de sa propre perte d&#8217;emploi. Le racisme propose un ersatz d&rsquo;appartenance, singe les th\u00e8mes politiques de gauche en proposant d&rsquo;autres \u00ab ennemis \u00bb tout \u00e0 coup plus cr\u00e9dibles. Il est encore dans la recherche de \u00ab responsables \u00bb facilement identifiables : au lieu des 200 familles des bourgeois en haut-de-forme ou des trusts apatrides, on d\u00e9signe les Juifs, les \u00e9trangers \u2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"289\" height=\"120\" data-attachment-id=\"8682\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/attachment\/04\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/04.png?fit=289%2C120&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"289,120\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"04\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/04.png?fit=289%2C120&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/04.png?fit=289%2C120&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/04.png?resize=289%2C120&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8682\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>En France, aucune fraction influente de la bourgeoisie n&rsquo;avait mis\u00e9 sur le racisme comme arme anti-ouvri\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e en 1968 et les ann\u00e9es suivantes. C&rsquo;est que la lutte ouvri\u00e8re int\u00e9grant \u00e0 elle toutes les cat\u00e9gories de prol\u00e9taires, on parlait comme d&rsquo;une \u00e9volution normale de la participation croissante de jeunes, de femmes, d&rsquo;Alg\u00e9riens \u2026 aux gr\u00e8ves qui se d\u00e9roulaient alors.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des moments d\u00e9cisifs de cette p\u00e9riode est la gr\u00e8ve des OS de Renault (avril 1973) qui \u00ab r\u00e9v\u00e9la \u00bb les OS aussi bien au PC qu&rsquo;aux gauchistes (m\u00eame aux ouvri\u00e9ristes comme LO) qui les n\u00e9gligeaient jusque-l\u00e0, leur pr\u00e9f\u00e9rant les qualifi\u00e9s plus \u00e9duqu\u00e9s, plus \u00e9duquables, et donc plus organisables. La qu\u00eate de \u00ab l&rsquo;ouvrier conscient \u00bb aboutit immanquablement \u00e0 valoriser les couches les plus favoris\u00e9es. On dut admettre alors la capacit\u00e9 d&rsquo;action d&rsquo;une cat\u00e9gorie que l&rsquo;automatisation avait augment\u00e9e en multipliant les t\u00e2ches subalternes r\u00e9p\u00e9titives.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;origine, les OS des grandes presses du d\u00e9partement 12 se lancent, minoritaires, et bloquent Renault \u00e0 350. Ils revendiquent un reclassement de cat\u00e9gorie. La gr\u00e8ve s&rsquo;\u00e9tend alors qu&rsquo;un mouvement similaire a lieu chez Peugeot. Finalement, les ouvriers obtiennent qu&rsquo;il n&rsquo;y ait que 3 cat\u00e9gories d&rsquo;OS au lieu de 5, ce qui remonte l&rsquo;indice des cat\u00e9gories les plus basses. La plupart des conflits de l&rsquo;\u00e9poque dans tous les pays industriels (une vague de gr\u00e8ves tr\u00e8s violentes secoue le Japon le m\u00eame mois), se concluent sur de tels compromis. Deux traits s&rsquo;en d\u00e9gagent.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;une part les immigr\u00e9s tendent \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 l&rsquo;action prol\u00e9tarienne dans chaque pays, malgr\u00e9 les nombreuses r\u00e9sistances, survivances chauvines, exploitations des divisions par les patrons.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autre part, malgr\u00e9 une large critique du travail lui-m\u00eame, la tendance g\u00e9n\u00e9rale demeure une remise en cause des <em>conditions <\/em>du travail, non de son existence comme <em>fondement <\/em>de notre soci\u00e9t\u00e9. Le mouvement communiste est pr\u00e9sent comme force agissante minoritaire, il apporte souvent l&rsquo;\u00e9lan initial de l&rsquo;action, mais s&rsquo;\u00e9puise ensuite et laisse le champ libre \u00e0 la n\u00e9gociation. Ces conflits accomplissent donc une pouss\u00e9e unificatrice du prol\u00e9tariat, mais, au lendemain de la lutte, les prol\u00e9taires ne sont plus r\u00e9unis que <em>par le capital<\/em>, non <em>par leur mouvement<\/em> collectif. La communaut\u00e9 entre prol\u00e9taires de diff\u00e9rentes nationalit\u00e9s, ethnies, sexes\u2026 est pr\u00e9caire.<\/p>\n\n\n\n<p>En RFA, par exemple, des gr\u00e8ves sauvages \u00e9clatent dans la m\u00e9tallurgie en 1973 pour une prime de vie ch\u00e8re (l&rsquo;augmentation de salaire accord\u00e9e ne rattrapant pas l&rsquo;inflation). Le patronat c\u00e8de assez vite devant des gr\u00e8ves dures, apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de diviser Allemands et immigr\u00e9s et avoir amplement fait appel \u00e0 la police. Les \u00e9trangers jouent un r\u00f4le important et parfois dirigeant dans ces gr\u00e8ves o\u00f9 se r\u00e9alise une solidarit\u00e9 souvent r\u00e9elle. A Cologne, chez Ford, le comit\u00e9 de gr\u00e8ve compos\u00e9 surtout de Turcs anime une occupation violente et s&rsquo;oppose au Comit\u00e9 d&rsquo;usine syndical. Mais les liens ne sont pas assez forts entre Allemands et Turcs, et la direction en profite finalement pour r\u00e9occuper l&rsquo;usine de force. La tendance \u00e0 l&rsquo;unification prol\u00e9tarienne est bien l\u00e0, mais elle \u00e9choue autant par la d\u00e9faite directe (le capital maintient la division dans les gr\u00e8ves) que par la victoire apparente : concessions patronales et augmentations de salaire peu ou pas hi\u00e9rarchis\u00e9es, laissant intact\u2026 le capital. Et c&rsquo;est le simple d\u00e9veloppement capitaliste, avec ou sans crise, qui d\u00e9sunit les prol\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les augmentations uniformes, alors fr\u00e9quentes, signifient une communaut\u00e9 imm\u00e9diate r\u00e9elle entre prol\u00e9taires partageant le m\u00eame lieu de travail. Leur surgissement t\u00e9moigne toujours d&rsquo;une aspiration des salari\u00e9s \u00e0 \u00eatre autre chose que les travailleurs dociles et concurrents que la direction voudrait qu&rsquo;ils soient. En l&rsquo;exigeant, les prol\u00e9taires \u00e9chappent au moins en partie \u00e0 leur embrigadement, ils ne se laissent plus r\u00e9duire \u00e0 des porteurs rivaux et isol\u00e9s d&rsquo;une marchandise-travail. Mais l&rsquo;obtention de telles hausses de salaire, si l&rsquo;on en reste l\u00e0, met fin \u00e0 la solidarit\u00e9 spontan\u00e9e et organis\u00e9e : au mieux elle ouvre la voie \u00e0 de nouvelles luttes pour de nouvelles augmentations uniformes. A terme c&rsquo;est la constitution des salari\u00e9s de l&rsquo;entreprise (ou de la branche) en bloc revendiquant une <em>unit\u00e9 entre eux seuls<\/em>. Les prol\u00e9taires se sont \u00e9puis\u00e9s dans cette course o\u00f9 le capital avait toujours une longueur d&rsquo;avance. La solidarit\u00e9 s&rsquo;est referm\u00e9e sur elle-m\u00eame pour devenir une solidarit\u00e9 d&rsquo;entreprise (d\u00e9fense de l&#8217;emploi dans\u00ab son usine \u00bb) ou de m\u00e9tier (d\u00e9fense d&rsquo;une ville ou d&rsquo;une r\u00e9gion qui cherche \u00e0 vivre).<\/p>\n\n\n\n<p>Un signe de reflux du mouvement, dans les ann\u00e9es 70 en France, est le sort des luttes des immigr\u00e9s contre leur condition, en particulier de la mobilisation de 1973 contre la circulaire Marcellin-Fontanet liant carte de s\u00e9jour et contrat de travail. Au lieu que cette r\u00e9action soit prise en charge par l&rsquo;ensemble des prol\u00e9taires qui, au m\u00eame moment, se battent plus ou moins unis contre le capital, elle devient l&rsquo;affaire presque exclusive des \u00ab immigr\u00e9s \u00bb d\u00e8s lors promus au rang de cat\u00e9gorie \u00e0 part, d&rsquo;o\u00f9 les gr\u00e8ves les avaient un peu sortis. Au lieu de lutter avec les ouvriers fran\u00e7ais et de poser (en m\u00eame temps que les probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux) leur probl\u00e8me, les ouvriers immigr\u00e9s se sont battus seuls contre la discrimination, et ont \u00e9t\u00e9 battus.<\/p>\n\n\n\n<p>On n&rsquo;insistera pas ici sur le r\u00f4le des organisations du travail pour entretenir la division. Depuis longtemps, le PCF est partisan du contr\u00f4le et de la limitation de l&rsquo;immigration et de n&rsquo;accorder le droit d&rsquo;entr\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 ceux qui ont un emploi. Ce qui semble favorable \u00e0 l&rsquo;immigr\u00e9 (\u00e0 qui on \u00e9viterait ainsi g\u00e9n\u00e9reusement le ch\u00f4mage) revient \u00e0 discipliner de force l&rsquo;ouvrier \u00e9tranger (et par voie de cons\u00e9quence l&rsquo;ouvrier fran\u00e7ais) menac\u00e9 de renvoi d\u00e8s qu&rsquo;il cesse de bien travailler. Le chauvinisme du PC et de la CGT, la collaboration de classe syndicale, le soutien gauchiste \u00ab\u00a0collant\u00a0\u00bb aux organes dits ouvriers, tous ces facteurs ont contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9sunir les prol\u00e9taires. Mais seulement parce que le vaste mouvement prol\u00e9tarien n\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60 l&rsquo;avait rendu possible, en n&rsquo;arrivant pas \u00e0 sortir, malgr\u00e9 tous ses efforts, du terrain capitaliste o\u00f9 la concurrence interprol\u00e9taires est un ph\u00e9nom\u00e8ne de tous les instants.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"280\" height=\"114\" data-attachment-id=\"8683\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/attachment\/05\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/05.png?fit=280%2C114&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"280,114\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"05\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/05.png?fit=280%2C114&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/05.png?fit=280%2C114&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/05.png?resize=280%2C114&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8683\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Le probl\u00e8me soulev\u00e9 par les ouvriers immigr\u00e9s \u00e9tait global, mais leur isolement les for\u00e7ait \u00e0 le poser sur un autre terrain que la lutte de classes. Accul\u00e9s, ils ont attir\u00e9 la frange populiste, mao\u00efste, du gauchisme, ainsi que les bonnes \u00e2mes. Ils sont sortis des limites de l&rsquo;entreprise o\u00f9 ils ne pouvaient agir faute de soutien, pour s&rsquo;enfermer dans celles de la politique d\u00e9mocratique. Le d\u00e9roulement et l&rsquo;\u00e9chec final de la longue gr\u00e8ve des loyers de la Sonacotra \u00e9tait un pas suppl\u00e9mentaire dans cette involution.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ensemble des prol\u00e9taires paient aujourd&rsquo;hui ce recul par la mont\u00e9e \u00e0 la fois de l&rsquo;extr\u00eame droite r\u00e9actionnaire et de ph\u00e9nom\u00e8nes comme SOS-Racisme. Dans le m\u00eame temps qu&rsquo;elle commen\u00e7ait \u00e0 contrer les actions d&rsquo;OS par une r\u00e9organisation du travail, la bourgeoisie entreprenait une contre-offensive de division. La restructuration du travail est loin d&rsquo;\u00eatre accomplie, mais la d\u00e9sunion prol\u00e9tarienne est (peut-\u00eatre provisoirement) un fait patent.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1973, au Mans et dans d&rsquo;autres usines automobiles, les prol\u00e9taires cassaient l&rsquo;antagonisme fran\u00e7ais-immigr\u00e9s par leur mouvement, non par une lutte antiraciste sp\u00e9cifique. A Poissy (Simca-Chrysler) par contre, le patronat avait toujours r\u00e9ussi \u00e0 maintenir la division, manipulant les ouvriers \u00e9trangers au point de les faire encadrer par le syndicat-maison (CSL) qui les exhibait dans les meetings ou les faisait d\u00e9filer pour la d\u00e9fense du travail. Les immigr\u00e9s de Poissy n&rsquo;avaient le choix qu&rsquo;entre l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 la CSL et le risque de rejoindre la CGT qui ne s&rsquo;implanta dans l&rsquo;usine qu&rsquo;en 1982. En 1982, quand il fallut restructurer Chrysler devenu Talbot, la cassure r\u00e9apparut, Fran\u00e7ais et immigr\u00e9s se retrouvant dans deux blocs distincts, le plus radical incarn\u00e9 par les \u00e9trangers, le plus r\u00e9formiste compos\u00e9 de \u00ab nationaux \u00bb. A nouveau Poissy donnait le ton de la division prol\u00e9tarienne.<\/p>\n\n\n\n<p>La faillite du mouvement communiste balbutiant ou \u00e9mergeant autour de 1970 cr\u00e9e ou recr\u00e9e l&rsquo;immigr\u00e9 comme cat\u00e9gorie, et l&rsquo;immigration comme \u00ab question \u00bb. Pour l&rsquo;extr\u00eame droite, l&rsquo;\u00e9tranger r\u00e9sume le probl\u00e8me social. Mais l&rsquo;extr\u00eame gauche met aussi l&rsquo;immigration au premier plan, et fait de l&rsquo;antiracisme la t\u00e2che de l&rsquo;heure. C&rsquo;est confondre l&rsquo;effet et sa cause.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;immigration est une forme d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne fondamental de la production capitaliste. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;immigration qui cr\u00e9e le ch\u00f4mage, mais le capital qui, cr\u00e9ant le \u00ab ch\u00f4mage\u00bb dans les zones o\u00f9 n&rsquo;existait auparavant ni travail moderne, ni sous-emploi, ni donc aucun ch\u00f4mage au sens moderne, suscite du m\u00eame coup l&rsquo;immigration. Nous n&rsquo;avons pas \u00e0 comptabiliser ce qu&rsquo;apportent les immigr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie <em>ou \u00e0 la culture<\/em> fran\u00e7aises ! L&rsquo;immigr\u00e9 est une des cat\u00e9gories les plus exploit\u00e9es, au bas de l&rsquo;\u00e9chelle. Le capital d\u00e9clenche des mouvements de population, destructurant des r\u00e9gions, polarisant richesses et pauvret\u00e9 sur des axes et des centres g\u00e9ographiques, concentrant aux deux extr\u00eames \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb et \u00ab sous-d\u00e9veloppement \u00bb, l&rsquo;un appelant et entretenant l&rsquo;autre. L&rsquo;Alg\u00e9rien ou le Portugais en France, c&rsquo;est le M\u00e9ridional en Italie, l&rsquo;Irlandais en Angleterre au XIXe si\u00e8cle, le Chicano aux E-U, le rural prol\u00e9taris\u00e9 un peu partout\u2026 C&rsquo;est la faiblesse ou la vigueur de l&rsquo;action prol\u00e9tarienne qui fait appara\u00eetre ou dispara\u00eetre la cat\u00e9gorie \u00ab immigr\u00e9(e) \u00bb de la sc\u00e8ne sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;\u00e9tonnant \u00e0 ce qu&rsquo;au moment o\u00f9 la police organise des rafles dans les ghettos de Marseille et d&rsquo;ailleurs en collant des \u00e9tiquettes dans le dos des rafl\u00e9s, la vedette beur Harlem D\u00e9sir re\u00e7oive du gouvernement des subsides pour organiser ses petites f\u00eates. Quand Pandraud re\u00e7oit H. D\u00e9sir, ils se reconnaissent mutuellement. A travers H. D\u00e9sir, la masse de jeunes, transform\u00e9e en groupe de pression, reconna\u00eet \u00e0 la police le droit de surveiller sa vie. SOS-Racisme s&rsquo;adresse \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 existante, un point c&rsquo;est tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou bien l&rsquo;antiracisme pr\u00e9sente \u00e0 tous les citoyens une revendication d\u00e9mocratique et humaniste de droits \u00e0 d\u00e9fendre. Ou bien il a un projet politique et prend position sur autre chose que le racisme. Or justement le principe d&rsquo;organisations comme SOS-Racisme est de pr\u00e9tendre ne pas \u00eatre politique, de se vouloir ou de se croire transpolitique, transid\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>SOS-Racisme vit de la r\u00e9action spontan\u00e9e d&rsquo;un certain nombre de prol\u00e9taires, pas seulement immigr\u00e9s, qui se dressent contre le racisme comme forme d&rsquo;oppression particuli\u00e8rement odieuse. SOS-Racisme a pour fonction de bloquer leur r\u00e9volte \u00e0 ce stade, de faire passer cette forme-l\u00e0 pour la matrice des autres, de couper le lien entre le racisme et ses causes, d&rsquo;en faire une attitude et non le produit de la lutte des classes.<\/p>\n\n\n\n<p>SOS-Racisme \u0153uvre \u00e0 un consensus. La droite et l&rsquo;extr\u00eame droite souhaitent une France monoculturelle ou \u00e0 dominante blanche, ouest-europ\u00e9enne. L&rsquo;antiracisme aussi d\u00e9sire une France, mais une France ouverte \u00e0 tous ceux qui y vivent. Contre le mythe (contredit par l&rsquo;histoire comme par la r\u00e9alit\u00e9 internationale du capitalisme) d&rsquo;une nation fond\u00e9e sur <em>le sang<\/em>, la couleur de la peau, le partage d&rsquo;une culture pr\u00e9tendue \u00e9tanche aux autres, il oppose la nation fond\u00e9e sur <em>le sol<\/em>. Tous ceux qui habitent et travaillent en France sont \u00ab Fran\u00e7ais \u00bb et peuvent donc y \u00eatre citoyens, \u00e9lecteurs \u2026 et <em>soldats <\/em>: H. D\u00e9sir s&rsquo;est clairement prononc\u00e9 pour la D\u00e9fense nationale. Comme la droite ouvertement chauvine, ou la gauche plus subtilement mais tout autant chauvine, SOS-Racisme contribue \u00e0 une future Union sacr\u00e9e, et, en attendant, cimente un \u00ab peuple fran\u00e7ais \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle unit\u00e9 donner \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ? Voil\u00e0 le d\u00e9bat. Mais c&rsquo;est un d\u00e9bat <em>interne <\/em>au capital, car il s&rsquo;agit toujours de la soci\u00e9t\u00e9 <em>fran\u00e7aise<\/em>. SOS-Racisme repr\u00e9sente une tendance moderne du capital qui ne l&#8217;emportera jamais totalement en France, contrairement aux Pays-Bas par exemple, sur les courants conservateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait une utopie capitaliste de plus que d&rsquo;unir sur un territoire tous ceux qui y ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis par le jeu des \u00e9changes : car ce serait faire fi des racines, des exigences d&rsquo;appartenance-exclusion, des \u00ab facteurs de race et de<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em><strong>La garde Beur<\/strong><\/em><br>Vigiles muscl\u00e9s, bergers allemands, l&rsquo;ancienne direction avait tout essay\u00e9 : \u00e0 l&rsquo;hypermarch\u00e9 Continent d&rsquo;Amiens, la fauche repr\u00e9sentait 2 % du chiffre d&rsquo;affaires. On accusait notamment les jeunes Beurs de la cit\u00e9 HLM voisine, et la client\u00e8le fuyait. Un nouveau directeur, Jean Raymond Semaesse, a pris le probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;envers : il a engag\u00e9 les Beurs pour surveiller son magasin. Il a aussi sponsoris\u00e9 une \u00e9quipe de foot. R\u00e9sultat : la fauche a diminu\u00e9 de moiti\u00e9. Personne ne s&rsquo;en plaint, sauf peut-\u00eatre la police locale, qui voit la d\u00e9linquance \u00e9migrer maintenant vers le centre-ville.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>nation \u00bb, des traditions politiques. Ce serait faire comme si le capital s&rsquo;autoproduisait sans mat\u00e9riel historique ou humain. Mais le capital est un rapport, un mouvement, il suppose quelque chose et quelqu&rsquo;un \u00e0 relier, \u00e0 r\u00e9unir, \u00e0 faire bouger. L&rsquo;\u00e9volution a fait que l&rsquo;unit\u00e9 nationale s&rsquo;est presque partout op\u00e9r\u00e9e au profit d&rsquo;une partie de la population, d&rsquo;une ethnie, d&rsquo;une r\u00e9gion, d&rsquo;une culture et d&rsquo;un mode de vie particuliers. Pour effacer les privil\u00e8ges attach\u00e9s \u00e0 ces sp\u00e9cificit\u00e9s, il faudrait un capital tellement fort qu&rsquo;il uniformise tout et \u00e9radique toute autre culture que la sienne, cr\u00e9ant un monde capitaliste int\u00e9gral, \u00ab pur \u00bb de tout vestige du pass\u00e9, ce qui n&rsquo;est ni possible, ni m\u00eame dans son int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>Non seulement la soci\u00e9t\u00e9 marchande ne nivelle pas tout, mais elle ajoute de nouvelles cat\u00e9gories aux anciennes. L&rsquo;identit\u00e9 juive peut bien \u00eatre mythique dans la mesure o\u00f9 il n&rsquo;a jamais exist\u00e9 un destin commun \u00e0 tous les \u00ab Juifs \u00bb ni une culture qui leur serait propre et imperm\u00e9able aux autres (<em>LB<\/em>, n\u00b0 2). Mais un mouvement de gens qui se veulent \u00ab Juifs \u00bb fait surgir ou resurgir une communaut\u00e9 \u00ab juive \u00bb. De m\u00eame l&rsquo;identit\u00e9 \u00ab beur \u00bb est d\u00e9pourvue de substance, mais elle existe si on s&rsquo;organise pour la revendiquer, car ainsi on la cr\u00e9e. L&rsquo;un des pires effets du racisme, dans la phase actuelle, aura \u00e9t\u00e9 d&rsquo;engendrer une identit\u00e9 de plus. Les jeunes Maghr\u00e9bins vivant en France, la fameuse \u00ab\u00a02e g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb, avaient cette chance inestimable d&rsquo;\u00eatre au-del\u00e0 de l&rsquo;identifiable, de l&rsquo;assimilable, de l&rsquo;\u00e9tiquetable. Ils \u00e9taient hors cat\u00e9gorie. Le reflux prol\u00e9tarien aura eu entre autres cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses de mettre dans un ghetto ceux qui pouvaient faire le pont et briser les barri\u00e8res. Voil\u00e0 un \u00eatre qui n&rsquo;\u00e9tait heureusement ni Fran\u00e7ais ni Alg\u00e9rien : il faut encore une cat\u00e9gorie pour celui qui se trouve entre les deux !<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;est donc pas question de d\u00e9noncer SOS-Racisme en lui demandant<br>d&rsquo;aller plus loin : \u00ab Etre antiraciste c&rsquo;est bien, mais seule la r\u00e9volution \u00e9liminera le racisme \u2026 \u00bb SOS-Racisme se reconna\u00eet certainement dans l&rsquo;affiche de lancement de <em>Baraka<\/em>, mettant ensemble un blond, un Asiatique, un Antillais, un Arabe \u2026 avec pour l\u00e9gende : \u00ab Allons enfants de la patrie. \u00bb Le Pen et Harlem D\u00e9sir ont en commun d&rsquo;\u00e0 voir une patrie : le d\u00e9saccord porte sur qui on y inclut.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux tendances capitalistes s&rsquo;opposent sur l&rsquo;unit\u00e9 nationale et le consensus n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;Etat. La premi\u00e8re, dont le nazisme est une caricature, suppose que l&rsquo;on se fixe : racines, naissance, territoire en exclusivit\u00e9. Elle est inadapt\u00e9e \u00e0 la transmigration et \u00e0 la transnationalit\u00e9 (qui n&rsquo;abolit pas les nations bien s\u00fbr) du capital.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde tendance (accomplie aux E-U) reconna\u00eet qu&rsquo;il faut un cadre mais y admet tous ceux qui, sur cet espace, contribuent \u00e0 le faire vivre, tout en reconnaissant ses lois, donc son Etat, m\u00eame s&rsquo;ils ont une naissance \u00e9trang\u00e8re et des coutumes diff\u00e9rentes de la majorit\u00e9 des natifs du pays. Aux E-U, d&rsquo;ailleurs, la notion de majorit\u00e9 ethnique n&rsquo;a pas de sens : les WASP sont minoritaires, ce qui ne les emp\u00eache pas d&rsquo;\u00eatre le groupe ethnique dominant. Leurs valeurs incarnent le mod\u00e8le (sinon le r\u00eave) am\u00e9ricain, mais <em>coexistent <\/em>avec d&rsquo;autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette seconde voie rejette le racisme et la x\u00e9nophobie comme politique permanente, et la r\u00e9serve aux grands moments exceptionnels de crise ou de guerre. Le d\u00e9mocrate ne refuse pas \u00ab La France \u00bb, il veut que quiconque y vit puisse en faire partie. Il faut de tout pour faire la France, dit-il, mais il y a quand m\u00eame une \u00ab France \u00bb distincte de \u00ab l&rsquo;Allemagne \u00bb, de \u00ab l&rsquo;URSS \u00bb \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Si elle n&rsquo;arrive pas \u00e0 int\u00e9grer les immigr\u00e9s de la seconde g\u00e9n\u00e9ration, la ligne d\u00e9mocratique est au moins capable de les associer \u00e0 la vie nationale, car elle tient compte de ce qu&rsquo;on occupe plus aujourd&rsquo;hui une fonction qu&rsquo;un lieu. Elle renouvelle l&rsquo;id\u00e9e de patrie en reconnaissant les cons\u00e9quences du d\u00e9racinement op\u00e9r\u00e9 par le capital<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Liverpool<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 est le ligne de partage (<em>et le lien<\/em>) entre le c\u0153ur capitaliste et les ph\u00e9nom\u00e8nes secondaires, le salariat et ses formes adaptables ou supprimables, le capitalisme et les r\u00e9sidus pr\u00e9capitalistes m\u00eame r\u00e9introduits et renouvel\u00e9s ? O\u00f9 sont le central et l&rsquo;accessoire ? On a commenc\u00e9 \u00e0 y r\u00e9pondre ici pour le racisme (et pour les prisons dans un autre article de ce num\u00e9ro). La France se rapproche des E-U, mais contradictoirement, comme le montrent \u00e0 la fois Le Pen et Harlem D\u00e9sir. Les E-U indiquent une voie (pas la seule) : non l&rsquo;uniformisation, mais l&rsquo;absorption conflictuelle des diff\u00e9rences et leur reproduction (c&rsquo;est-\u00e0-dire leur maintien, mais comme entit\u00e9s capitalistes). Les E-U ne sont pas l&rsquo;addition du Danemark et de la Turquie, de la permissivit\u00e9 et du p\u00e9tainisme, mais une seule soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9veloppe les deux et accentue le moderne comme l&rsquo;archa\u00efque ; l&rsquo;un ayant besoin de l&rsquo;autre. Le moderne suppose l&rsquo;archa\u00efque comme r\u00e9serve de force de travail, de vitalit\u00e9, de culture, et l&rsquo;archa\u00efsme suppose la modernit\u00e9 comme repoussoir, justification ultime, motif d&rsquo;exister.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines formes d&rsquo;existence collective peuvent apporter leur \u00e9nergie \u00e0 une r\u00e9volution communiste, \u00e0 la condition de s&rsquo;ouvrir en m\u00eame temps. Mais d&rsquo;autres formes de regroupement doivent rapidement \u00eatre d\u00e9pass\u00e9es, irr\u00e9m\u00e9diablement, faute de quoi on resterait dans la s\u00e9paration, comme la division du travail entre les sexes (mineurs masculins au piquet de gr\u00e8ve, tandis que leurs femmes cuisinent pour eux). Quant aux diff\u00e9rences entre g\u00e9n\u00e9rations, entre ethnies, entre cultures, la r\u00e9volution sera leur d\u00e9passement. Ce processus ne se fera pas par humanisme, parce qu&rsquo; \u00ab il le faut \u00bb, pour faire vivre une certaine id\u00e9e de l&rsquo;homme : mais parce qu&rsquo;il sera n\u00e9cessaire pour agir. Un mouvement communiste transcende les s\u00e9parations et m\u00eale ses participants tout en entrecroisant les r\u00e9seaux de relations et de solidarit\u00e9s o\u00f9 ils ont initialement agi.<\/p>\n\n\n\n<p>Une communaut\u00e9 de lutte ne peut se former et s&rsquo;interp\u00e9n\u00e9trer avec d&rsquo;autres qu&rsquo;en partant d&rsquo;un terrain particulier qu&rsquo;elle relie d&#8217;embl\u00e9e aux autres prol\u00e9taires o\u00f9 qu&rsquo;ils se trouvent. Aucun mouvement ne na\u00eet contre la totalit\u00e9 : on se r\u00e9volte contre tout, mais on part de quelque chose. Et on n&#8217;emporte pas tout sur son passage : il y a des revendications. De tout temps, il a exist\u00e9 des gr\u00e8ves o\u00f9 les gr\u00e9vistes n&rsquo;ont pas explicit\u00e9 leurs exigences, souvent parce qu&rsquo;ils ont voulu quelque chose de global et de mal formulable : quand ils l&rsquo;ont formul\u00e9, ou laiss\u00e9 dire par d&rsquo;autres, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une perte de cette globalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Revendiquer n&rsquo;\u00e9quivaut pas forc\u00e9ment \u00e0 r\u00e9clamer des r\u00e9formes. Certaines revendications contiennent une exigence d\u00e9passant le r\u00e9formisme. Dans les prisons, par exemple, apr\u00e8s la suppression officielle des QHS, appara\u00eet le Quartier d&rsquo;Isolement, dont l&rsquo;abolition c\u00e9derait la place \u00e0 une autre variante d&rsquo;isolement. Le r\u00e9formisme est une impasse, mais une impasse infinie dont on ne voit jamais le bout. Au contraire, demander la lev\u00e9e des sanctions (mitard, suppression de divers droits) prises apr\u00e8s les \u00e9meutes de 1985 \u00e9tait un objectif clair, non manipulable par les pouvoirs. Il y a une diff\u00e9rence entre ce qui est purement l\u00e9gal, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui reste sur le terrain adverse, et ce qui est mat\u00e9riel, contr\u00f4lable par ceux qui m\u00e8nent une action.<\/p>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence n&rsquo;est pas un mur infranchissable. La limite entre un changement illusoire mais dou\u00e9 d&rsquo;un effet pratique, et une mesure imm\u00e9diate, v\u00e9rifiable, mais qui pourrait aussi nourrir des illusions, cette limite est floue. La d\u00e9marcation passe aussi entre ce qui peut rester collectif, et ce qui devient obligatoirement affaire priv\u00e9e isolant ceux qui viennent d&rsquo;agir ensemble, ou ce qui devient g\u00e9rable par un appareil.<\/p>\n\n\n\n<p>En pratique, aucune recette ne fait d&rsquo;avance le tri entre telle ou telle exigence : est positif ce qui r\u00e9unit, qui reste ma\u00eetrisable, et qui contient le besoin d&rsquo;autre chose que cette soci\u00e9t\u00e9 (par exemple l&rsquo;unit\u00e9 r\u00e9elle des prol\u00e9taires de tous les pays : aucun internationalisme n&rsquo;est r\u00e9cup\u00e9rable par le capital). Est n\u00e9gatif ce qui divise, ou qui entretient l&rsquo;unit\u00e9 pour l&rsquo;unit\u00e9, ce qui renvoie le changement \u00e0 une sph\u00e8re (juridique, \u00e9conomique, politique) o\u00f9 les prol\u00e9taires n&rsquo;ont aucun poids. Car c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on les fait changer de terrain, qu&rsquo;on leur fait quitter le seul o\u00f9 ils sont forts.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des revendications qui <em>soudent<\/em> parfaitement une communaut\u00e9 de lutte en la <em>coupant <\/em>du reste du prol\u00e9tariat. Et d&rsquo;autres qui sont d&rsquo;entr\u00e9e de jeu universalisantes. Dans les formes d&rsquo;action aussi, d\u00e8s qu&rsquo;un mouvement est profond, les prol\u00e9taires inventent spontan\u00e9ment des actes sortant du cadre l\u00e9galiste et institutionnel sans s&rsquo;engager pour autant dans une violence pr\u00e9matur\u00e9e. En 1970, lors de la gr\u00e8ve sauvage tr\u00e8s antisyndicale des postiers am\u00e9ricains, souvent seul le courrier commercial n&rsquo;\u00e9tait pas trait\u00e9. Un acte simple de ce style ne suffit pas \u00e0 rendre leur gr\u00e8ve \u00ab radicale \u00bb, mais il va d\u00e9j\u00e0 vers une rupture du cours normal du travail. Tout d\u00e9pend de comment et sur quoi se forme une communaut\u00e9 de lutte, en quoi elle \u00ab se positionne \u00bb par rapport au travail et \u00e0 tout ce qui l&rsquo;organise : les \u00ab positions \u00bb th\u00e9oriques exprim\u00e9es ult\u00e9rieurement d\u00e9pendent en bonne partie de cet axe initial.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;unification des prol\u00e9taires ne se fait pas dans un saut du \u00ab rien \u00bb au \u00ab tout \u00bb, mais dans un effort pour arracher la revendication au r\u00e9formisme afin de revendiquer autre chose autrement. L&rsquo;union prol\u00e9tarienne, m\u00eame fragile, se r\u00e9alise d&#8217;embl\u00e9e au plus haut niveau : par des revendications, voire des aspirations (c&rsquo;est-\u00e0-dire des tendances qui ne formulent pas de r\u00e9clamations), articul\u00e9es autour d&rsquo;un refus de tous les modes de gestion. Un mouvement prol\u00e9tarien n&rsquo;est pas obligatoirement synonyme de violence physique ou arm\u00e9e, du moins au d\u00e9but, mais il est forc\u00e9ment critique de la politique.<\/p>\n\n\n\n<p>On a vu comment le pi\u00e8ge identitaire le plus trompeur \u00e9tait en d\u00e9finitive celui de l&rsquo;identit\u00e9 par le travail. La communaut\u00e9 ouvri\u00e8re n&rsquo;a pas eu son heure de gloire parce qu&rsquo;elle aurait combl\u00e9 un besoin humain de gr\u00e9garisme. C&rsquo;est la d\u00e9fense permanente contre le capital qui l&rsquo;a constitu\u00e9e. La revendication d&rsquo;une augmentation de salaire a toujours \u00e9t\u00e9 aussi le moyen de faire entendre une revendication d&rsquo;\u00eatre. Quand on peut difficilement agir sur le reste, le salaire est<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"268\" height=\"110\" data-attachment-id=\"8684\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/attachment\/06\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/06.png?fit=268%2C110&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"268,110\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"06\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/06.png?fit=268%2C110&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/06.png?fit=268%2C110&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/06.png?resize=268%2C110&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8684\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>le v\u00e9hicule de l&rsquo;exigence d&rsquo;autre chose, quoique cette exigence autre soit irr\u00e9alisable. On demande donc plus d&rsquo;argent comme signe qu&rsquo;on \u00ab est \u00bb plus, qu&rsquo;on vaut plus que ce \u00e0 quoi on est condamn\u00e9. Or c&rsquo;est cette \u00e9quivalence entre valeur humaine et signes mon\u00e9taires qui est le condens\u00e9 de l&rsquo; enfermement salarial. Le plus d\u00e9grad\u00e9 voisine avec le plus humain. La revendication salariale contient plus que son \u00e9quivalent mon\u00e9taire, mais ce \u00ab plus \u00bb s&rsquo;y emprisonne et, tant qu&rsquo;il en reste l\u00e0, alimente un marchandage.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Consid\u00e9rons le salaire dans ce qu&rsquo;il a de plus abject, \u00e0 savoir que mon activit\u00e9 se transforme en marchandise et que je deviens moi-m\u00eame, dans tout mon \u00eatre, un objet v\u00e9nal. \u00bb (Marx, <em>Salaire<\/em>, 1847.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme nous le rappelions, les OS r\u00e9clamaient aussi dans les ann\u00e9es 70 un reclassement qu&rsquo;ils savaient fallacieux, parce qu&rsquo;il les maintenait dans la cat\u00e9gorie inf\u00e9rieure, mais avec plus d&rsquo;argent. Faute de mieux, on se rabat sur l&rsquo;\u00e9quivalent g\u00e9n\u00e9ral qui sanctionne un statut suppos\u00e9 meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le biais d&rsquo;un salaire sup\u00e9rieur, on demande \u00e0 \u00eatre <em>reconnu<\/em>. Quand l&rsquo;exigence d&rsquo;\u00eatre se manifeste par l&rsquo;exigence d&rsquo;avoir et d&rsquo;avoir plus, cet \u00eatre-l\u00e0 ne peut rassembler que la cat\u00e9gorie, le m\u00e9tier, l&rsquo;entreprise, la branche, au mieux \u00ab les travailleurs \u00bb, non les prol\u00e9taires dans ce qu&rsquo;ils ont d&rsquo;universel.<\/p>\n\n\n\n<p>La communaut\u00e9 ouvri\u00e8re dont on a vu la grandeur et la chute en Angleterre, ne se serait pas form\u00e9e sans l&rsquo;humain qui y est pr\u00e9sent et s&rsquo;y enferme, mais qui peut aussi sortir du cloisonnement. L&rsquo;\u00eatre-ensemble ouvrier a toujours int\u00e9gr\u00e9 les cat\u00e9gories sociales non ouvri\u00e8res. Ainsi, dans la gr\u00e8ve des mineurs am\u00e9ricains de 1977-1978, les g\u00e9rants des magasins et les directeurs de banque locaux des Etats charbonniers accordaient aux gr\u00e9vistes un cr\u00e9dit quasi illimit\u00e9. Ils avaient besoin du tissu industriel d\u00e9fendu par les ouvriers. La communaut\u00e9 ouvri\u00e8re \u00e9tait forte d&rsquo;une force qui ne pouvait que la faire subsister, au mieux, comme salariat \u00e9ternel, et non lui permettre de se d\u00e9truire comme salari\u00e9e. Elle r\u00e9unissait autour d&rsquo;elle d&rsquo;autres couches, sans aller au-del\u00e0 de la question ouvri\u00e8re : on s&rsquo;unissait autour de l&rsquo;ouvrier sans aucune atteinte \u00e0 la division du travail dont profitent \u00e9videmment les magasins et les banques.<\/p>\n\n\n\n<p>Si notre temps para\u00eet ouvrir \u00e0 moyen ou \u00e0 long terme des perspectives communistes, c&rsquo;est justement parce que la mutation actuelle, par ses \u00e0-coups et ses contradictions, pose la question centrale du travail. Elle peut conduire les prol\u00e9taires \u00e0 en faire la critique et \u00e0 faire sauter les communaut\u00e9s tronqu\u00e9es et mutilantes en d\u00e9gageant leurs potentialit\u00e9s humaines. Nous avons longuement (peut-\u00eatre trop longuement pour que la ligne g\u00e9n\u00e9rale apparaisse clairement) expos\u00e9 dans le n \u00b0 3 de <em>LB <\/em>pourquoi le travail et donc \u00ab les travailleurs \u00bb sont au centre de la vision r\u00e9volutionnaire : puisque la critique du travail est centrale, ceux qui sont le mieux \u00e0 m\u00eame de l&rsquo;entamer sont au centre d&rsquo;une r\u00e9volution future.<\/p>\n\n\n\n<p>Des innombrables formes d&rsquo;identit\u00e9 o\u00f9 se <em>perd <\/em>chaque jour la communaut\u00e9 humaine, c&rsquo;est encore la communaut\u00e9 ouvri\u00e8re o\u00f9 la <em>perte <\/em>est sans doute la plus lourde, parce que le travail, \u00e0 la diff\u00e9rence de la religion, de la politique, de la mode, de la consommation, etc., est ce qui s&rsquo;approche le plus de l&rsquo;activit\u00e9 humaine. Bien s\u00fbr, entre une journ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;usine ou dans un pool de dactylos, et une journ\u00e9e de cin\u00e9phile ou de p\u00eacheur \u00e0 la ligne, beaucoup choisiront la seconde option. Mais la r\u00e9union dans l&rsquo;atelier ou le bureau, justement parce qu&rsquo;elle pose les probl\u00e8mes cruciaux de notre soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 commencer par l&rsquo;absurdit\u00e9 du travail, dans sa forme comme dans les produits qui en sortent, cette r\u00e9union forc\u00e9e d&rsquo;\u00eatres prol\u00e9taris\u00e9s introduit <em>au c\u0153ur du probl\u00e8me et de sa solution<\/em>, ce que ne font pas, ou de plus loin, d&rsquo;autres formes d&rsquo;existence collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne nous sommes pas priv\u00e9s de citer les phrases de travailleurs faisant l&rsquo;\u00e9loge du travail qui les \u00e9crase, mais ce constat n&rsquo;a d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que si l&rsquo;on voit ce que rec\u00e8le le travail dont ces ouvriers font un \u00e9loge aussi born\u00e9. Au-del\u00e0 de ces bornes commence un activit\u00e9 qu&rsquo;ils ignorent (du moins, ces ouvriers-l\u00e0), mais qui n&rsquo;en a pas moins <em>un lien<\/em> avec leur travail : ce travail r\u00e9alise partiellement quelque chose d&rsquo;humain. Si la collectivit\u00e9 de travail brime une universalit\u00e9, c&rsquo;est que cette universalit\u00e9 peut exister, contre le travail, entre autres <em>gr\u00e2ce \u00e0 la rencontre avec un autre monde que le monde du travail<\/em>. En faisant d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 bouger les barri\u00e8res entre le travail et le reste, le capital aide le prol\u00e9taire \u00e0 ne plus se concevoir lui-m\u00eame en travailleur s\u00e9par\u00e9 d&rsquo;un consommateur, d&rsquo;un parent, d&rsquo;un voyageur, d&rsquo;un \u2026 Il \u00e9branle ainsi les verrous communautaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps, que nous traversons, le capitalisme force les communaut\u00e9s \u00e0 se resserrer, \u00e0 se fermer davantage, \u00e0 accentuer leur exclusivisme, leur ligne politique la plus r\u00e9actionnaire. Dans un deuxi\u00e8me temps, l&rsquo;\u00e9volution pourra faire sauter des verrous trop \u00e9troits pour ce qu&rsquo;ils emprisonnent.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"276\" height=\"109\" data-attachment-id=\"8685\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/attachment\/07\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/07.png?fit=276%2C109&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"276,109\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"07\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/07.png?fit=276%2C109&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/07.png?fit=276%2C109&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/07.png?resize=276%2C109&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8685\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>En th\u00e9orie comme en pratique, il y a confusion en raison de la parent\u00e9 \u00e9troite entre identit\u00e9 et communaut\u00e9. Ce n&rsquo;est pas un hasard si l&rsquo;on passe ais\u00e9ment de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre, si les trajectoires se croisent. L&rsquo;identit\u00e9 repose sur <em>le m\u00eame<\/em>, et la communaut\u00e9 sur ce qui <em>relie<\/em>. Elles sont aussi voisines et oppos\u00e9es que <em>l&rsquo;identique <\/em>peut se confondre avec <em>le semblable<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 ne cherche qu&rsquo;un \u00eatre collectif, une ressemblance, un miroir. La communaut\u00e9, puisqu&rsquo;elle cherche ce qui est commun et partag\u00e9 est, elle, potentiellement universelle, elle ne s&rsquo;arr\u00eate qu&rsquo;\u00e0 la limite de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine : pour elle tout \u00eatre humait; peut devenir son semblable. Mais une communaut\u00e9 peut limiter ses semblables en en dissociant tous les autres, et constituer un collectif referm\u00e9, alors que l&rsquo;universel est fait de collectifs interm\u00eal\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette distinction conceptuelle n&rsquo;est pas psychologique : elle se vit dans des rapports sociaux et des pratiques historiques. Les quelques exemples pass\u00e9s en revue dans ce texte montrent comment la communaut\u00e9 se r\u00e9sorbe en identit\u00e9. Ainsi la section syndicale d&rsquo;entreprise fut obtenue aux E-U en 1941 \u00e0 la suite d&rsquo;une gr\u00e8ve dans une usine d&rsquo;aviation o\u00f9 un Noir avait \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 \u00e0 un poste trop qualifi\u00e9 aux yeux des salari\u00e9s blancs. Une communaut\u00e9 se constitue alors par existence collective <em>contre <\/em>d&rsquo;autres. Inversement, l&rsquo;identit\u00e9 peut \u00e9clater dans la communaut\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9volte nourrie des solidarit\u00e9s ant\u00e9rieures qui ne cherchent plus \u00e0 vivre de leur \u00eatre collectif propre, mais \u00e0 vivre avec d&rsquo;autres, en symbiose avec d&rsquo;autres. En ce cas, ce qui est d\u00e9terminant, ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;un groupe s&rsquo;ajoute \u00e0 un autre, puis qu&rsquo;un troisi\u00e8me les rejoigne, puis un quatri\u00e8me &#8230; mais la <em>relation <\/em>entre eux, leur transformation. Dans une communaut\u00e9 humaine, aucun groupe n&rsquo;a plus la <em>propri\u00e9t\u00e9 <\/em>de ce qu&rsquo;il est, des traits distinctifs qui le constituent. Or c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 la rupture avec l&rsquo;identit\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on recherche \u00e0 poss\u00e9der, \u00e0 se donner une exclusivit\u00e9, \u00e0 s&rsquo;approprier privativement. La fin de l&rsquo;identit\u00e9 suppose celle de la propri\u00e9t\u00e9 individuelle comme de la propri\u00e9t\u00e9 collective : la fin de toute propri\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9meutes anglaises de 1981 furent surtout le fait de bandes locales de jeunes, r\u00e9unies dans la rue contre la police et contre les symboles de la soci\u00e9t\u00e9 marchande. Ces groupes devaient beaucoup \u00e0 des relations de voisinage, voire \u00e0 des relations de gang, mais l\u00e0 les rivalit\u00e9s de territoire entre gangs s&rsquo;effa\u00e7aient. La plupart de ces groupes \u00e9taient compos\u00e9s de jeunes Noirs, qui ont \u00e9t\u00e9 majoritairement \u00e0 l&rsquo;origine des pillages et des bagarres, quoique la proportion de Blancs parmi les personnes arr\u00eat\u00e9es soit \u00e9lev\u00e9e (ce pourcentage prouverait plut\u00f4t la moindre exp\u00e9rience des jeunes Blancs face \u00e0 la police). Ces bandes informelles agr\u00e9geaient ensuite autour d&rsquo;elles des adultes blancs et noirs. <\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 la collectivit\u00e9 des mines, les Jama\u00efcains d\u00e9racin\u00e9s et confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;univers marchand et salarial d&rsquo;une m\u00e9tropole capitaliste ont \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 se tourner vers autre chose que leurs liens ethniques (le rastafarisme en particulier). Ils ont d\u00fb affronter leur probl\u00e8me (exclusion du travail, de la soci\u00e9t\u00e9, de la politique, de l&rsquo;\u00e9cole, de la culture, de la consommation \u00ab haut de gamme \u00bb ou m\u00eame \u00ab gamme moyenne\u00bb) \u00e0 l&rsquo;aide de liens communautaires, mais aussi en en sortant (action commune avec d&rsquo;autres prol\u00e9taris\u00e9s). Ici au moins, le contact entre tradition et modernit\u00e9 a produit un d\u00e9passement et une tendance communiste. Mais un tel surgissement, aussi important soit-il, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 assez fort, assez durable pour \u00e9branler les fronti\u00e8res communautaires au point d&rsquo;influer sur les vieilles microsoci\u00e9t\u00e9s. Les jeunes Noirs ont agi en commun avec des ch\u00f4meurs ou pr\u00e9caris\u00e9s blancs en 1981, mais leur \u00e9lan avait \u00e9puis\u00e9 sa dynamique en 1984 : il n&rsquo;a eu aucun effet dynamisant sur une communaut\u00e9 mini\u00e8re repli\u00e9e sur elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"270\" height=\"109\" data-attachment-id=\"8686\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/06\/02\/pretoria-liverpool\/attachment\/08\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/08.png?fit=270%2C109&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"270,109\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"08\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/08.png?fit=270%2C109&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/08.png?fit=270%2C109&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/08.png?resize=270%2C109&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-8686\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Dans les \u00e9meutes de septembre-octobre 1985, par contre, il semble<br>qu&rsquo;on n&rsquo;ait gu\u00e8re d\u00e9pass\u00e9 le stade du communautarisme : une collectivit\u00e9 d\u00e9favoris\u00e9e et harcel\u00e9e par la police se d\u00e9fend. A Handsworth, pr\u00e8s de Birmingham, des magasins appartenant surtout \u00e0 des Indiens ont \u00e9t\u00e9 pill\u00e9s et incendi\u00e9s. Un mouvement social vaste (g\u00e9ographiquement) et profond (dans son refus) comme celui de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1981 allait au-del\u00e0 des barri\u00e8res ethniques. Les r\u00e9actions plus limit\u00e9es comme celles de 1985 quittent moins facilement les fronti\u00e8res communautaires. Le risque est que des communaut\u00e9s en voie d&rsquo;autop\u00e9n\u00e9tration et d&rsquo;influence r\u00e9ciproque se replient sur une identit\u00e9. D\u00e9j\u00e0 on voit poindre ou resurgir un clivage Blanc \/ Noir \/ Indien. A Tottenham, au contraire, des jeunes Blancs ont pris part \u00e0 la lutte contre la police dans le grand ensemble o\u00f9, pendant trois heures, la bagarre a fait rage et a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 circonscrite (l&rsquo;Etat a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 encercler et isoler le danger plut\u00f4t que de l&rsquo;\u00e9craser imm\u00e9diatement dans la force). L&rsquo;unit\u00e9 ne se gagnera jamais durablement par de simples actes d\u00e9fensifs, qu&rsquo;ils aient lieu dans une usine ou dans une cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour donner un exemple positif de ce que nous avons en t\u00eate quand nous parlons de r\u00e9volution, citons un extrait d&rsquo;une brochure traduite de l&rsquo;anglais et consacr\u00e9e aux \u00e9v\u00e9nements de 1981, mais surtout en fait \u00e0 l&rsquo;ensemble de la situation sociale en Angleterre. Ce passage illustre \u00e0 la fois la place \u00ab centrale \u00bb des ouvriers et l&rsquo;\u00e9clatement r\u00e9ciproque de diverses formes de communaut\u00e9s. Accessoirement, il montre en quoi les \u00e9meutes anglaises de 1981 sont bien un moment capital pour le mouvement communiste.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 \u00e0 Liverpool, durant les premi\u00e8res heures du lundi 4 juillet, est sans doute la plus grande occasion manqu\u00e9e de toute l&rsquo;histoire de la Grande-Bretagne industrialis\u00e9e. Il \u00e9tait clair que la police perdait la bataille. Les \u00e9meutiers se dirigeaient vers les principales art\u00e8res de Liverpool : Limestreet, Pierhead, le Tunnel de Mersey, fr\u00e9quent\u00e9es par des milliers et des milliers de travailleurs. Si les flics terroris\u00e9s n&rsquo;avaient pas lanc\u00e9 des gaz CS, \u00e0 l&rsquo;aube les \u00e9meutiers auraient sans doute \u00e9tabli un premier contact avec les travailleurs de la premi\u00e8re \u00e9quipe. Il existe une camaraderie entre ch\u00f4meurs et travailleurs bien plus grande \u00e0 Liverpool que dans n&rsquo;importe quelle autre ville anglaise, et l&rsquo;apport suppl\u00e9mentaire et explosif d&rsquo;un r\u00e9veil de la classe ouvri\u00e8re aurait rendu le mouvement quasi irr\u00e9sistible. Etre ensuite all\u00e9 piller, m\u00eame bras-dessus bras-dessous, le Centre commercial du Vieux March\u00e9 Saint John, aurait \u00e9t\u00e9 un simple passe-temps. Avec la police visiblement battue et d\u00e9sarm\u00e9e, toute la ville aurait \u00e9t\u00e9 entre leurs mains. Un soviet local unique dans l&rsquo;histoire des soviets aurait bien pu voir le jour. Cette assembl\u00e9e unique aurait certainement abord\u00e9 des questions telles que la dissolution de la famille, le droit des gamins et des tout petits enfants \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination, le refus et l&rsquo;inutilit\u00e9 du travail salari\u00e9, &#8211; toutes conclusions qui furent \u00e0 peine \u00e9bauch\u00e9es dans l&rsquo;exp\u00e9rience ant\u00e9rieure des soviets. Si l&rsquo;on consid\u00e8re l&rsquo;effet dynamique de l&rsquo;\u00e9meute de Liverpool sur toute l&rsquo;Angleterre, cet exemple aurait facilement pu \u00eatre suivi ailleurs. Le jour o\u00f9 \u00e7a (ou quelque chose de similaire) arrivera, la r\u00e9volte deviendra r\u00e9volution. \u00bb (<em>Like a Summer With a Thousand ]uly&rsquo;s<\/em>, suppl\u00e9ment \u00e0 <em>Subversion<\/em>, n\u00b0 5, 1985*.)<\/p>\n\n\n\n<p>Il est possible que les r\u00e9dacteurs de la brochure exag\u00e8rent les \u00e9v\u00e9nements du lundi 4 juillet 1981, mais le processus d\u00e9crit est celui d&rsquo;une r\u00e9volution. D&rsquo;autre part, le texte fait passer pour les <em>d\u00e9cisions <\/em>d&rsquo;un soviet ce qui serait avant tout le produit d&rsquo;une cha\u00eene d&rsquo;effets et de causes <em>pratiques<\/em>. Mais il montre en quoi une \u00e9meute \u00ab pillarde \u00bb pourrait changer de nature par sa rencontre positive avec un \u00ab monde du travail \u00bb qui serait alors lui aussi boulevers\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 la dynamique essentielle, au-del\u00e0 des limites pillage \/ gr\u00e8ve \/ insurrection \/ changement du quotidien \/ \u2026<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">* BP 221, 44604 Saint-Nazaire Cedex. Pour tout contact en Angleterre : BM Blob, London WC 1N3XX.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article paru dans La Banquise, n\u00b0 4, \u00e9t\u00e9 1986, p. 44-55 Pretoria \u00ab Du point de vue du communisme, il importe de voir o\u00f9 et comment certaines communaut\u00e9s peuvent se d\u00e9faire sous l&rsquo;effet du travail moderne et de la lutte des classes, tout en donnant naissance \u00e0 une activit\u00e9 et des relations sociales subversives. \u00bb [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[1549,89,3354,407,457,3758,3559,3753,715,971,985,3571],"class_list":["post-8678","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-1549","tag-afrique-du-sud","tag-critique-sociale","tag-etats-unis","tag-france","tag-grande-bretagne","tag-immigres","tag-la-banquise","tag-lutte-des-classes","tag-proletariat","tag-racisme","tag-universalisme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-2fY","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":5407,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2019\/04\/15\/feminisme\/","url_meta":{"origin":8678,"position":0},"title":"F\u00e9minisme, lutte de classes et antiracisme","author":"SiNedjib","date":"15\/04\/2019","format":false,"excerpt":"Mon article intitul\u00e9 \"F\u00e9minisme, lutte de classes et antiracisme\" a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 804 (mars 2019), p. 31-32. 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