{"id":9466,"date":"2020-08-09T11:48:38","date_gmt":"2020-08-09T09:48:38","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=9466"},"modified":"2026-02-21T11:41:52","modified_gmt":"2026-02-21T10:41:52","slug":"said-akli-pouvoir-fort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/08\/09\/said-akli-pouvoir-fort\/","title":{"rendered":"Sa\u00efd Akli : Alg\u00e9rie. Le pr\u00e9sident Chadli veut un pouvoir fort pour briser le mouvement de masse"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Sa\u00efd Akli paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/association-radar.org\/IMG\/pdf\/16-040-00110.pdf\" target=\"_blank\">Inprecor<\/a><\/em>, n\u00b0 110, 12 octobre 1981, p. 28-32<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"362\" height=\"542\" data-attachment-id=\"9472\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/08\/09\/said-akli-pouvoir-fort\/inprecor-12-octobre-1981\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Inprecor-12-octobre-1981.png?fit=362%2C542&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"362,542\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Inprecor-12-octobre-1981\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Inprecor-12-octobre-1981.png?fit=200%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Inprecor-12-octobre-1981.png?fit=362%2C542&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Inprecor-12-octobre-1981.png?resize=362%2C542&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-9472\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Inprecor-12-octobre-1981.png?w=362&amp;ssl=1 362w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Inprecor-12-octobre-1981.png?resize=200%2C300&amp;ssl=1 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 362px) 100vw, 362px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>LA crise \u00e9conomique internationale a exacerb\u00e9 les contradictions sociales d\u00e9velopp\u00e9es par le<em> <\/em>projet \u00e9conomique de Boumediene et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l&rsquo;apparition de ses premiers signes d&rsquo;essoufflement. D\u00e9j\u00e0, en 1975, le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) pr\u00e9conisait comme moyens de sortir de la crise une rentabilisation de l&rsquo;industrie \u00e9tatique, une r\u00e9vision de la politique agricole, une baisse des salaires r\u00e9els et un retour \u00e0 la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 des prix<\/strong>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><strong>Ces conseils du capital financier international venaient renforcer les partisans d&rsquo;une politique <em>d&rsquo;Infitah <\/em>(1)<em> <\/em>au sein de la bourgeoisie et de la bureaucratie d&rsquo;Etat. Boumediene n&rsquo;aura pas eu le temps d&rsquo;appliquer ouvertement cette politique. Mais d\u00e8s 1978, avec l&rsquo;adoption du \u00ab\u00a0Statut g\u00e9n\u00e9ral du travailleur\u00a0\u00bb, il met en oeuvre la couverture juridique de l&rsquo;offensive anti-ou\u00advri\u00e8re \u00e0 venir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le spectre de l&rsquo;<em>Inbtah <\/em>a plan\u00e9 en permanence sur les luttes autour de la succession de Boumediene avec, en particulier, les mises en<em> <\/em>garde r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de la direction syndicale de l&rsquo;Union g\u00e9n\u00e9rale des travailleurs alg\u00e9riens (UGTA). Conscient de la fragilit\u00e9 du consensus sur lequel il reposait, le pr\u00e9sident Chadli Benjedid se fera alors, pour un temps au moins, le chantre de la \u00ab\u00a0continuit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certes, pr\u00e8s de trois ans apr\u00e8s la mort de Boumediene, les pressions du mouvement de masse, les contradictions entre les secteurs de la bourgeoisie sur les rythmes et formes de <em>l&rsquo;Infitah, <\/em>le r\u00e9pit donn\u00e9 par l&rsquo;augmentation de la rente p\u00e9troli\u00e8re et deux r\u00e9coltes relativement bonnes, ont fait qu&rsquo;aucune mesure d\u00e9cisive n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 prise pour le moment.<\/p>\n\n\n\n<p>Le processus de \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisation\u00a0\u00bb \u00e9conomique s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 beaucoup plus lent que pr\u00e9vu. Mais la volont\u00e9 de le faire aboutir demeure et les tentatives en ce sens n&rsquo;ont pas chang\u00e9. Ainsi, en mai 1980, plusieurs propositions de politique agricole sont faites au Comit\u00e9 central du Front de lib\u00e9ration nationale (FLN), dont celle du minist\u00e8re de l&rsquo;Agriculture inspir\u00e9e par la Banque interr\u00e9gionale pour le d\u00e9veloppement (BIRD) et celle de la Commission \u00e9conomique du FLN, pr\u00e9conisant une dynamique de privatisation de la terre et une remise en question des coop\u00e9ratives agricoles et des domaines \u00ab\u00a0autog\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb. Les mobilisations populaires de Kabylie vont relativiser ce d\u00e9bat et am\u00e8nent le pouvoir \u00e0 maintenir le <em>statu quo <\/em>sur cette question. Mais, moins de deux mois plus tard, le ministre de l\u2019Agriculture ne se g\u00e8ne pas pour officialiser le retour des mandataires (gros interm\u00e9diaires) priv\u00e9s, \u00e9limin\u00e9s en 1974, sur le march\u00e9 des fruits et l\u00e9gumes. De la m\u00eame fa\u00e7on, les d\u00e9bats sur la crise du syst\u00e8me de sant\u00e9 n&rsquo;ont pu aboutir \u00e0 une remise en question formelle de la \u00ab\u00a0m\u00e9decine gratuite\u00a0\u00bb. Mais les ambigu\u00eft\u00e9s introduites par les d\u00e9cisions du FLN ont \u00e9t\u00e9 vite saisies par les patrons des h\u00f4pitaux d&rsquo;Alger pour affirmer par une gr\u00e8ve, en avril 1981, leur droit \u00e0 ouvrir des cabinets priv\u00e9s. Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9, pour sa part, n&rsquo;avait pas attendu cette gr\u00e8ve pour autoriser l&rsquo;ouverture ou la r\u00e9ouverture de centaines de cabinets priv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Si sur ces deux questions, le <em>statu quo <\/em>est formellement maintenu, le pouvoir a \u00e9t\u00e9 plus audacieux dans les secteurs du tourisme et du logement. Le feu vert a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 aux entrepreneurs priv\u00e9s pour investir librement dans les infrastructures touristiques. Les complexes touristiques \u00e9tatiques seraient sur le point d\u2019\u00eatre vendus ou donn\u00e9s en g\u00e9rance \u00e0 des personnes priv\u00e9es, et le Club M\u00e9diterran\u00e9e ne tarderait pas \u00e0 prendre pied en Alg\u00e9rie. Quant \u00e0 la crise du logement, elle a atteint un niveau tel&nbsp;\u2014 9 personnes par pi\u00e8ce en moyenne \u2014 que l&rsquo;Etat ne cache plus son incapacit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9soudre tout seul. Il fait tout pour encourager l&rsquo;initiative priv\u00e9e dans ce domaine et a engag\u00e9 la mise en vente des \u00ab\u00a0biens vacants\u00a0\u00bb (2).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>UNE INVERSION DES PRIORITES ECONOMIQUES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Consacr\u00e9e au secteur priv\u00e9 et \u00e0 la place qu&rsquo;il doit occuper dans l&rsquo;\u00e9conomie nationale, la prochaine session du Comit\u00e9 central du FLN \u00e9claircira probablement les d\u00e9bats existant au sein du pouvoir sur la question de l&rsquo;<em>Infitah<\/em>. Mais, malgr\u00e9 cette absence de mesure formelle qui aurait donn\u00e9 une acc\u00e9l\u00e9ration d\u00e9cisive au processus de \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisation\u00a0\u00bb une r\u00e9orientation \u00e9conomique est d\u00e9j\u00e0 nettement amorc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le niveau atteint par la dette ext\u00e9rieure \u2014 110 milliards de dinars \u00e0 la fin de 1979, soit l&rsquo;\u00e9quivalent du produit int\u00e9rieur brut (PIB) \u2014 auxquels viendraient s&rsquo;ajouter, d&rsquo;apr\u00e8s les pr\u00e9visions officielles, 25 milliards de dinars par an durant la p\u00e9riode 1980-1984, et le recours de plus en plus important \u00e0 la rente p\u00e9troli\u00e8re pour couvrir le d\u00e9ficit de l&rsquo;appareil industriel et le d\u00e9ficit alimentaire croissant, poussent le pouvoir dans le sens d&rsquo;une inversion de ses priorit\u00e9s \u00e9conomiques. Les ambitions du r\u00e9gime Boumediene, qui mettait en avant le d\u00e9veloppement de l&rsquo;industrie lourde comme base de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique, sont abandonn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l&rsquo;ach\u00e8vement, apr\u00e8s r\u00e9vision en baisse, des projets des deux plans quadriennaux 1970-1973 et 1974-1977 et la r\u00e9orientation des investissements vers les secteurs d\u00e9laiss\u00e9s du temps de Boumediene (agriculture, logement, biens de consommation durables), la rentabilisation de l&rsquo;appareil de production existant constitue l&rsquo;objectif principal du Plan quinquennal 1980-1984. Cette politique de rentabilisation capitaliste combine \u00e0 la fois une offensive anti-ouvri\u00e8re \u00e0 tous les niveaux et une restructuration des entreprises \u00e9tatiques qui, sous une apparence purement technique (\u00e9clatement en entreprises aux dimensions plus ma\u00eetrisables), implique en fait un affaiblissement du secteur d&rsquo;Etat face au capital priv\u00e9 et aux entreprises imp\u00e9rialistes.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;appuyant sur le \u00ab\u00a0Statut g\u00e9n\u00e9ral du travailleur\u00a0\u00bb, la plupart des entreprises ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9tudi\u00e9 des plans de compression d&rsquo;effectifs (SMS, ONP) qu&rsquo;elles n&rsquo;osent pas encore mettre en application. La <em>\u00ab\u00a0bataille de la production et de la productivit\u00e9\u00a0\u00bb <\/em>demeure un th\u00e8me central de la bu\u00adreaucratie syndicale et, depuis un an et demi, l&rsquo;Etat-patron essaie de mettre en pratique ses d\u00e9crets liant les salaires \u00e0 la production. Les salaires sont officiellement bloqu\u00e9s et la hausse r\u00e9guli\u00e8re du co\u00fbt de la vie (transport, \u00e9lectricit\u00e9, gaz, viande, alimentation g\u00e9n\u00e9rale) sert pour le moment de palliatif \u00e0 un retour brutal \u00e0 la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 des prix\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette politique de rentabilisation capitaliste ne peut \u00eatre men\u00e9e \u00e0 bien sans une remise au pas pr\u00e9alable de la classe ouvri\u00e8re. Il en est de m\u00eame pour la mise en oeuvre ouverte d&rsquo;une politique d&rsquo;<em>Infitah. <\/em>Le r\u00e9gime, affaibli par le retour \u00e0 la coll\u00e9gialit\u00e9 depuis la mort de Boumediene, n&rsquo;a pas eu les moyens d&rsquo;engager cette \u00e9preuve de force, seul un pouvoir fort pouvant permettre \u00e0 la bourgeoisie de r\u00e9aliser ses projets \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle p\u00e9riode politique s&rsquo;est ouverte en Alg\u00e9rie avec la tournure prise par les d\u00e9bats populaires autour de la \u00ab\u00a0Charte nationale\u00a0\u00bb en 1976, puis la vague de gr\u00e8ves ouvri\u00e8res du printemps et de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1977. La mort de Boumediene est intervenue dans cette p\u00e9riode. Elle a fait dispara\u00eetre un frein important \u00e0 l&rsquo;expression des contradictions de classes et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l&rsquo;ouverture du clamp politique et social. La centralisation \u00e9touffante du bonapartisme a fait place \u00e0 la coll\u00e9gialit\u00e9 du Bureau politique du FLN, offrant \u00e0 la fois plus d&rsquo;espace \u00e0 chacune des cliques au pouvoir et l&rsquo;illusion plus largement r\u00e9pandue d&rsquo;une d\u00e9mocratisation du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>LA MARCHE VERS UN POUVOIR FORT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais, si cette coll\u00e9gialit\u00e9 a permis d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;\u00e9clatement du pouvoir, elle l&rsquo;a consid\u00e9rablement affaibli tout en favorisant le d\u00e9veloppement du mouvement des masses. Point culminant de ce d\u00e9veloppement,l&rsquo;explosion populaire de Kabylie a constitu\u00e9 le choc d\u00e9cisif qui a pouss\u00e9 le pouvoir dans la voie de<strong> <\/strong>sa recentralisation politique (3). Quelques jours aptes la r\u00e9pression de Tizi Ouzou, sous la pression de sa fraction militaire, le Comit\u00e9 central du FLN suspendait le Bureau politique et votait les pleins pouvoirs \u00e0 Chadli Benjedid. C&rsquo;en \u00e9tait fini de la coll\u00e9gialit\u00e9 tant vant\u00e9e. Encore une fois, la bourgeoisie d\u00e9montrait sa capacit\u00e9 \u00e0 sacrifier la d\u00e9mocratie, m\u00eame en son sein, sur l&rsquo;autel de ses int\u00e9r\u00eats fondamentaux. R\u00e9uni pour l\u00e9gitimer cette r\u00e9orientation politique et pl\u00e9bisciter le nouvel homme providentiel, le congr\u00e8s extraordinaire du FLN r\u00e9clamera la remise au pas du mouvement de masse.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"443\" data-attachment-id=\"9471\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/08\/09\/said-akli-pouvoir-fort\/manifestation-1er-novembre-1979-alger\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/manifestation-1er-novembre-1979-Alger.png?fit=682%2C521&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"682,521\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"manifestation-1er-novembre-1979-Alger\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/manifestation-1er-novembre-1979-Alger.png?fit=300%2C229&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/manifestation-1er-novembre-1979-Alger.png?fit=580%2C443&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/manifestation-1er-novembre-1979-Alger.png?resize=580%2C443&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-9471\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/manifestation-1er-novembre-1979-Alger.png?w=682&amp;ssl=1 682w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/manifestation-1er-novembre-1979-Alger.png?resize=300%2C229&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Manifestation officielle du 1er novembre 1979 \u00e0 Alger. (DR)<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>D\u00e8s lors, la tendance au d\u00e9mant\u00e8lement des institutions centralis\u00e9es du bonapartisme s&rsquo;est invers\u00e9e. La marche vers un nouveau pouvoir fort s&rsquo;est ouverte. Conscient de sa faiblesse, le r\u00e9gime Chadli ne passe pas imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;offensive. Au moment m\u00eame o\u00f9 cette volont\u00e9 de fermet\u00e9 est affirm\u00e9e, le \u00ab\u00a0programme anti-p\u00e9nurie\u00a0\u00bb inonde le march\u00e9 national en biens de consommation import\u00e9s. L&rsquo;affrontement direct avec le mouvement de masse est \u00e9vit\u00e9 et la mire en place des jalons de l&rsquo;offensive anti-populaire progresse. Ainsi, malgr\u00e9 le recul du mouvement \u00e9tudiant apr\u00e8s la lib\u00e9ration des 24 militants emprisonn\u00e9s et l&rsquo;attentisme des masses kabyles suscit\u00e9 par l&rsquo;ouverture d&rsquo;un d\u00e9bat national sur la culture, le pouvoir fait preuve d&rsquo;une relative tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des prolongements du printemps 1980. C&rsquo;est feulement apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements du 19 mai 1981 qu&rsquo;il commence \u00e0 r\u00e9primer. Pour \u00e9viter une riposte aux affrontements provoqu\u00e9s par les \u00e9tudiants FLN le 19 mal (4), il d\u00e9cide d&rsquo;arr\u00eater les principaux animateurs du mouvement \u00e9tudiant alg\u00e9rois et installe ses flics \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Cette pr\u00e9sence polici\u00e8re permanente et l&rsquo;ouverture de la p\u00e9riode des examens rendront le mouvement \u00e9tudiant incapable de riposter au niveau n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, la r\u00e9pression des manifestations populaires de B\u00e9jaia le 19 mai (pr\u00e8s de 200 arrestations) ne se heurte pas \u00e0 une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale de toute la Kabylie comme l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. L&rsquo;attentisme des masses kabyles et les efforts mod\u00e9rateurs du FFS (Front des forces socialiste de Hocine A\u00eft Ahmed, principale force organis\u00e9e \u00e0 la t\u00e8te des mobilisations du printemps 1980) constituent d\u00e8s lors un encouragement pour le pouvoir qui ne se g\u00e8ne plus pour interdire l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;\u00e9t\u00e9 (pr\u00e9alablement autoris\u00e9e) et installer ses flics sur le campus de Tizi-Ouzou \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si la r\u00e9pression anti-ouvri\u00e8re a \u00e9galement atteint sa vitesse de croisi\u00e8re en mai-juin, la fermet\u00e9 du pouvoir face aux luttes des travailleurs s&rsquo;est par contre af\u00adfirm\u00e9e beaucoup plus t\u00f4t. Les gr\u00e8ves ou\u00advri\u00e8res, en nombre important, se sont heurt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;intransigeance du pouvoir dans sa politique de blocage des salaires et d&rsquo;interdiction des assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales durant les heures de travail. Mais l\u2019op\u00e9ration de normalisation de l&rsquo;UGTA, d\u00e9cid\u00e9e lors du Congr\u00e8s extraordinaire du FLN, a \u00e9t\u00e9 mise en oeuvre progressivement. C&rsquo;est seulement en d\u00e9cembre 1980 que le Co\u00admit\u00e9 central a d\u00e9cid\u00e9 des modalit\u00e9s d\u2019application de l&rsquo;article 120 des statuts du FLN, imposant \u00e0 tous les responsables syndicaux l&rsquo;appartenance au parti unique. Et, apr\u00e8s une premi\u00e8re offensive, en particulier contre la direction de la FTEC (F\u00e9d\u00e9ration des travailleurs de l\u2019enseignement et de la culture), les \u00e9ch\u00e9ances d\u2019application de l&rsquo;article 120 sont report\u00e9es au mois de mai 1981. <\/p>\n\n\n\n<p>La bataille se d\u00e9roule n\u00e9anmoins autour du renouvellement des conseils syndicaux, et la politique capitularde de la direction syndicale va encourager le pouvoir \u00e0 passer \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure. D\u00e8s l&rsquo;expiration du d\u00e9lai fix\u00e9, les secr\u00e9taires f\u00e9d\u00e9raux non-membres du FLN sont suspendus de leurs fonctions, malgr\u00e9 le soutien de leur base. La menace de Congr\u00e8s extraordinaire plane en permanence sur les f\u00e9d\u00e9rations qui \u00e9chappent le plus au contr\u00f4le du pouvoir (F\u00e9d\u00e9rations de la m\u00e9tallurgie, de la sant\u00e9, des transports, FTEC, etc.). Et le contr\u00f4le total du Congr\u00e8s de l&rsquo;UTAC (Union territoriale d&rsquo;Alger-Centre), bastion traditionnel du PAGS (Parti de l&rsquo;avant-garde socialiste \u2014 le PC alg\u00e9rien), par les hommes de main du FLN au mois de juin, donne une id\u00e9e des m\u00e9thodes \u00e0 l&rsquo;ordre du jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Port\u00e9 par ce succ\u00e8s, le r\u00e9gime Chadli s&rsquo;est nettement renforc\u00e9. Certes, on est encore loin d&rsquo;un r\u00e9gime \u00e0 la Boumediene. Mais l&rsquo;apparition de plus en plus \u00e9vidente de Chadli Benjedid comme l&rsquo;unique centre de pouvoir, et l&rsquo;\u00e9limination des principaux \u00ab\u00a0barons\u00a0\u00bb du r\u00e9gime et de leurs cliques, accentuent les tendances bona\u00adpartistes du pouvoir. L&rsquo;apprenti-bonaparte Chadli se pr\u00e9sente d\u00e8s lors comme l&rsquo;homme de l&rsquo;assainissement politique, celui qui va gu\u00e9rir l&rsquo;Etat de la corruption, et il essaie de se forger une popularit\u00e9 de masse sur le dos de ses adversaires d\u00e9chus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>VERS LA NORMALISATION DE L&rsquo;UGTA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si ce sont les mobilisations de Tizi-Ouzou qui ont ouvert la marche vers un pouvoir fort, le r\u00e9gime per\u00e7oit tr\u00e8s clairement les luttes ouvri\u00e8res et le nouveau cours syndical comme les principaux dangers politiques. Certes, les mobilisations populaires de Tizi-Ouzou ont atteint un niveau d&rsquo;auto-organisation et d\u2019affrontement avec le pouvoir jamais vu depuis 1965. Mais, apr\u00e8s la r\u00e9pression du 20 avril 1980, le pouvoir a fait un certain nombre de concessions qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es payantes (lib\u00e9ration des prisonniers, ouverture d&rsquo;un d\u00e9bat national sur la culture, inondation de la willaya de Tizi-Ouzou en biens de consommation).<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l&rsquo;aide des efforts mod\u00e9rateurs du FFS et des illusions qu&rsquo;il s\u00e8me sur les intentions du pouvoir, cette politique de concessions mineures a r\u00e9ussi \u00e0 susciter une attitude attentiste des masses kabyles tout au long de l&rsquo;ann\u00e9e. Bien s\u00fbr, la dou\u00adche froide que constitue pour elles le contenu de la \u00ab Charte culturelle \u00bb adopt\u00e9e par le Comit\u00e9 central du FLN en juillet 1981, centr\u00e9e sur la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ara\u00adbo-islamisme et ne faisant pas la moindre concession aux revendications culturelles berb\u00e8res, et les provocations polici\u00e8res de cet \u00e9t\u00e9, alimenteront certainement de nouvelles explosions en Kabylie. Mais, dans son intransigeance, le pouvoir dispose d&rsquo;un atout consid\u00e9rable : le chauvinisme anti-kabyle du reste de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Il est conscient qu&rsquo;en agitant l&rsquo;\u00e9pouvantail de la division nationale pour attiser ce chauvinisme, il peut isoler la Kabylie et contenir ses mobilisations par la r\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, le processus dans lequel s&rsquo;est engag\u00e9e la classe ouvri\u00e8re et son organisation syndicale depuis 1977, malgr\u00e9 ses expressions contradictoires et moins spectaculaires, est porteur d&rsquo;une dynamique beaucoup plus dangereuse. Au lendemain des gr\u00e8ves ouvri\u00e8res de 1977, Bou\u00admediene a tir\u00e9 la conclusion qu&rsquo;une direction syndicale ne lui \u00e9tait utile que dans la mesure o\u00f9 elle avait suffisamment de cr\u00e9dibilit\u00e9 aupr\u00e8s des travailleurs pour \u00eatre \u00e0 m\u00eame de canaliser leur combativit\u00e9 dans les impasses de la collaboration de classes.<\/p>\n\n\n\n<p>Faisant preuve d&rsquo;une plus grande souplesse vis-\u00e0-vis des aspirations et des luttes ouvri\u00e8res, la direction Debbih de l&rsquo;UGTA a relativement bien rempli cette mission. Au moment o\u00f9 le niveau d&rsquo;organisation syndicale progresse, o\u00f9 les aspirations d\u00e9mocratiques des travailleurs s\u2019affirment, elle a r\u00e9ussi \u00e0 gagner une certaine cr\u00e9dibilit\u00e9 au sein de la classe ouvri\u00e8re. Forte de ce capital de confiance, elle a profit\u00e9 de la mort de Boumediene pour s&rsquo;affirmer sur la sc\u00e8ne politique et s\u2019engager dans un processus d\u2019autonomisation marqu\u00e9 par ses mises en gardes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es contre l&rsquo;<em>Infitah. <\/em>Tout en restant dans le cadre de la collaboration de classes et de l&rsquo;int\u00e9gration \u00e0 l&rsquo;Etat bourgeois, sa d\u00e9marche syst\u00e9matique, depuis la mort de Boumediene, est de faire pression sur les d\u00e9bats internes du pouvoir par des campagnes politiques. Parall\u00e8lement, elle n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 reprendre, m\u00eame de fa\u00e7on d\u00e9form\u00e9e, certaines revendications des travailleurs, en particulier la d\u00e9fense du pouvoir d&rsquo;achat et, dans ses luttes inter-bureaucratiques, elle n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 s\u2019appuyer sur les aspirations d\u00e9mocratiques des travailleurs, favorisant ainsi une relative d\u00e9mocratisation de la vie syndicale qui facilite l&rsquo;affirmation des secteurs radicaux nourris par la renaissance de la combativit\u00e9 ouvri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce fait, elle appara\u00eet de plus en plus comme la principale force politique en face du pouvoir. Et, m\u00eame si elle continue \u00e0 s&rsquo;affirmer partie int\u00e9grante du pouvoir, ce dernier n&rsquo;est pas convaincu de ses capacit\u00e9s \u00e0 contr\u00f4ler totalement le processus dans lequel elle s&rsquo;est engag\u00e9e. L&rsquo;exemple tunisien d&rsquo;une direction syndicale int\u00e9gr\u00e9e au plus haut niveau du pouvoir bourgeois (Habib Achour \u00e9tait membre du Bureau politique du Parti socialiste destourien) qui s&rsquo;est trouv\u00e9e port\u00e9e par le m\u00e9contentement populaire \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, est encore frais dans toutes les m\u00e9moires. Au moment o\u00f9 les antagonismes de classes sont de plus en plus \u00e9vidents, le pouvoir craint que ce d\u00e9veloppement de l&rsquo;organisation syndicale \u2014 avec ses vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;autonomie politique \u2014 n&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re le processus de formation du prol\u00e9tariat alg\u00e9rien en une force politique organis\u00e9e et consciente de ses int\u00e9r\u00eats propres. Ce n&rsquo;est pas un hasard si les normalisateurs de l&rsquo;UGTA font explicitement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Pologne comme l&rsquo;exemple \u00e0 ne pas suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>La stabilit\u00e9 du pouvoir bourgeois s&rsquo;est assise durant des ann\u00e9es sur l&rsquo;atomisation de la classe ouvri\u00e8re et les illusions engendr\u00e9es en son sein par le nationalisme populiste et les grands projets \u00e9conomiques de Boumediene. Ce type de r\u00e9gime, qui se pr\u00e9sente comme l&rsquo;expression de la volont\u00e9 populaire, ne peut tol\u00e9rer le d\u00e9veloppement d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 alternative, surtout pas celle de la classe ouvri\u00e8re organis\u00e9e. Certes, il n&rsquo;est pas question que la direction Debbih se transforme en direction ouvri\u00e8re r\u00e9volutionnaire, mais la crise sociale alimente un m\u00e9contentement populaire tellement profond, un m\u00e9contentement en qu\u00eate d&rsquo;alternative globale \u00e0 la faillite du r\u00e9gime, que le pouvoir ne peut pas tol\u00e9rer de bon gr\u00e9 une direction ouvri\u00e8re r\u00e9formiste disposant d&rsquo;une base de masse. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi, malgr\u00e9 les gages donn\u00e9s par la direction syndicale, et particuli\u00e8rement par les \u00e9l\u00e9ments staliniens en son sein, malgr\u00e9 le caract\u00e8re encore tr\u00e8s limit\u00e9, contradictoire et in\u00e9gal du processus en cours, le pouvoir s&rsquo;est fix\u00e9 comme priorit\u00e9 politique son \u00e9crasement dans l\u2019\u0153uf.<\/p>\n\n\n\n<p>Produit des gr\u00e8ves ouvri\u00e8res de 1977 et nourri en permanence par l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du niveau de conscience de la classe ouvri\u00e8re, le processus dans lequel s&rsquo;est engag\u00e9e l&rsquo;UGTA s&rsquo;est n\u00e9anmoins d\u00e9roul\u00e9 sur une p\u00e9riode marqu\u00e9e par l&rsquo;absence de luttes ouvri\u00e8res de grande ampleur. De plus, m\u00eame dans le cadre de ce processus, le r\u00f4le du FLN dans la vie syndicale n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 remis en question de fa\u00e7on explicite. La direction syndicale et le PAGS n&rsquo;ont jamais os\u00e9 aborder la question de l\u2019ind\u00e9pendance de l&rsquo;UGTA. D\u00e8s lors, habitu\u00e9s \u00e0 voir le FLN d\u00e9signer les responsables syndicaux, les masses ouvri\u00e8res ne pouvaient percevoir dans toute sa port\u00e9e politique l&rsquo;attaque contre l&rsquo;UGTA que constituait la mise en application de l&rsquo;article 120. <\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cela, les aspirations d\u00e9mocratiques de la classe ouvri\u00e8re l&rsquo;ont amen\u00e9e \u00e0 s&rsquo;affronter dans les faits \u00e0 l&rsquo;application de cet article 120. Ainsi, lors des renouvellements de conseils syndicaux ou des pr\u00e9parations de congr\u00e8s, l&rsquo;aspiration des travailleurs \u00e0 d\u00e9signer librement leurs repr\u00e9sentants s&rsquo;est heurt\u00e9e \u00e0 la nouvelle politique du pouvoir. Au complexe sid\u00e9rurgique d&rsquo;El Hadjar, 9 000 travailleurs se sont mobilis\u00e9s pour imposer le repr\u00e9sentant de leur choix \u00e0 la t\u00eate du conseil syndical. Lors de la pr\u00e9paration du congr\u00e8s de l&rsquo;UTAC, des milliers de travailleurs se sont \u00e9galement mobilis\u00e9s aux PTT, au port, \u00e0 la SNTF (cheminots), \u00e0 la RSTA (traminots), \u00e0 la RTA, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Musta\u00adpha, pour choisir librement leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s. Il y avait l\u00e0 largement les forces n\u00e9cessaires pour battre en br\u00e8che le projet de normalisation de l&rsquo;UGTA. Mais ce potentiel de combativit\u00e9 extraordinaire, qui s&rsquo;est exprim\u00e9 malgr\u00e9 l&rsquo;absence d\u2019\u00e9ducation sur l&rsquo;ind\u00e9pendance de classe, a \u00e9t\u00e9 dilapid\u00e9 par les capitulations de la direction stalinienne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><thead><tr><th>D\u00e9claration du Groupe communiste r\u00e9volutionnaire d&rsquo;Alg\u00e9rie :<br><br>\u00ab\u00a0Unit\u00e9 ouvri\u00e8re pour la d\u00e9fense de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;UGTA&#8230;\u00a0\u00bb<\/th><\/tr><\/thead><tbody><tr><td><em>Dans une d\u00e9claration dat\u00e9e de juin 1981, le Groupe communiste r\u00e9volutionnaire (GCR) d&rsquo;Alg\u00e9rie, analysant la situation politique et sociale, constatait l&rsquo;enjeu central que repr\u00e9sentait pour le pouvoir actuel la centrale syndicale UGTA. Car, comme le notait ce document, \u00ab\u00a0ce <\/em>qui est arriv\u00e9 en Tunisie le 26 janvier 1978 avec une UGTT dirig\u00e9e par un membre du Bureau politique du parti au pouvoir n&rsquo;est pas impossible en Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb.<br><br><em>Nous publions ci-dessous la derni\u00e8re partie de cette d\u00e9claration concernant la triche des marxistes r\u00e9volutionnaires dans la bataille pour promouvoir <\/em>\u00ab\u00a0l&rsquo;unit\u00e9 ouvri\u00e8re en d\u00e9fense de l&rsquo;UGTA\u00a0\u00bb.<br><br>La principale faiblesse du processus dans lequel s&rsquo;est engag\u00e9e l&rsquo;UGTA r\u00e9side dans le fait que, tout en \u00e9tant le produit des grandes gr\u00e8ves de 1977, il se soit d\u00e9roul\u00e9 en l&rsquo;absence de luttes ouvri\u00e8res de grande ampleur. Cela l&rsquo;a objectivement emp\u00each\u00e9 de brasser les larges masses ouvri\u00e8res. D\u00e8s lors, l&rsquo;attaque frontale que subit l&rsquo;UGTA <em>avec <\/em>l&rsquo;application de l&rsquo;article 120 n&rsquo;est pas forc\u00e9ment saisie dans toutes ses implications politiques par les masses ouvri\u00e8res.<br><br>Cela rend la t\u00e2che du pouvoir plus ais\u00e9e. Et ce d&rsquo;autant plus que la direction Debbih-Boudira pr\u00e9sente l&rsquo;application de l&rsquo;article 120 comme une promotion pour les cadres syndicaux. Alors que la direction stalinienne du PAGS, prisonni\u00e8re de sa politique de collaboration de classes, centr\u00e9e aujourd&rsquo;hui sur l\u2019union autour du pr\u00e9sident Chadli, ne peut d\u00e9noncer ouvertement ce projet de d\u00e9mant\u00e8lement de l&rsquo;UGTA mis en oeuvre par ce m\u00eame r\u00e9gime Chadli. Principale force organis\u00e9e au sein de l&rsquo;appareil syndical, le PAGS constitue pourtant la cible centrale de l&rsquo;article 120.<br><br>Au lendemain du congr\u00e8s du FLN, la direction stalinienne en a tir\u00e9 un bilan <em>\u00ab\u00a0globalement positif\u00a0\u00bb <\/em>et s&rsquo;est efforc\u00e9e de minimiser la port\u00e9e politique de ses d\u00e9cisions. En particulier pour l&rsquo;article 120, elle s&rsquo;est d\u00e9clar\u00e9e confiante dans la responsabilit\u00e9 du Comit\u00e9 central du FLN qui devait en d\u00e9finir les modalit\u00e9s d&rsquo;application. Il a fallu attendre l&rsquo;offensive brutale contre les f\u00e9d\u00e9rations pour que les militants du PAGS r\u00e9alisent l&rsquo;importance du danger. Mais cela n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 l&rsquo;incorrigible direction stalinienne de d\u00e9couvrir une partie \u00ab <em>progressiste \u00bb <\/em>dans les modalit\u00e9s d&rsquo;application vot\u00e9es par le Comit\u00e9 central du FLN. Pour pr\u00e9server son implantation syndicale, elle a d\u00e9cid\u00e9 de faire adh\u00e9rer au FLN tous ses cadres syndicaux. Mais le pouvoir, qui a d\u00e9j\u00e0 perdu en partie le contr\u00f4le politique de l&rsquo;UGTA, ne veut pas d&rsquo;un FLN noyaut\u00e9 par le PAGS. Il rejette sans discussion toute demande d&rsquo;adh\u00e9sion jug\u00e9e douteuse.<br><br>Ne disposant plus de cette issue de secours, la direction stalinienne s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9e dans une d\u00e9nonciation platonique de&#8230; \u00ab <em>cette application n\u00e9gative \u00bb <\/em>de l&rsquo;article 120. Et, au moment o\u00f9 le FLN n&rsquo;h\u00e9site plus \u00e0 suspendre de leurs fonctions les repr\u00e9sentants des travailleurs, elle n&rsquo;a rien d&rsquo;autre A proposer que des illusions sur l&rsquo;issue de la prochaine session du Comit\u00e9 central du FLN.<br><br>A l&rsquo;heure o\u00f9 l&rsquo;objectif du pouvoir ne fait plus de doute, le maintien de cette politique m\u00e8ne au suicide. Il est encore temps de changer de cap, d&rsquo;\u00e9viter une d\u00e9faite sans combat.<br><br>Durant la derni\u00e8re p\u00e9riode, la direction syndicale a centr\u00e9 sa politique sur la d\u00e9fense du pouvoir d&rsquo;achat. Certes, au moment o\u00f9 le retour officiel des mandataires favorise une flamb\u00e9e des prix des fruits et l\u00e9gumes, o\u00f9 la plupart des biens et services ont connu une augmentation de prix (transports, gaz, \u00e9lectricit\u00e9&#8230;) et que le gouvernement bloque les salaires, la d\u00e9fense du pouvoir d&rsquo;achat constitue un axe de lutte fondamental. Nous nous f\u00e9licitons du fait que la derni\u00e8re r\u00e9union de la Commission ex\u00e9cutive de l&rsquo;UGTA ait inscrit \u00e0 son programme la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un rel\u00e8vement g\u00e9n\u00e9ral des salaires et leur indexation sur les prix. Effectivement, le salaire minimum \u00e0 2 000 dinars et l\u2019\u00e9chelle mobile des salaires (c&rsquo;est-\u00e0-dire leur indexation automatique sur les prix) constituent aujourd&rsquo;hui des revendications fondamentales qui sont les n\u00f4tres. Et ce d&rsquo;autant plus que la mobilisation des travailleurs en d\u00e9fense de leur pouvoir d&rsquo;achat constitue le meilleur tremplin pour leur engagement dans la lutte contre le d\u00e9mant\u00e8lement de l&rsquo;UGTA.<br><br>Mais la t\u00e2che politique centrale aujourd&rsquo;hui est la d\u00e9fense de l&rsquo;UGTA contre l&rsquo;offensive du pouvoir fort. Cela peut prendre les formes de lutte pour des \u00e9lections syndicales d\u00e9mocratiques comme \u00e0 Sonacome-Cimotra ou \u00e0 TNF-El Hadjar, pour le droit de r\u00e9union l\u00e0 o\u00f9 le FLN l&rsquo;interdit pour entraver notre organisation, contre la suspension des repr\u00e9sentants des travailleurs et contre la pr\u00e9sence du FLN dans les commissions de candidatures, contre la r\u00e9pression anti-ouvri\u00e8re sous toutes <em>ses <\/em>formes. Mais il doit \u00eatre clair pour les travailleurs que l&rsquo;article 120 n&rsquo;a rien d&rsquo;une <em>\u00ab\u00a0promotion\u00a0\u00bb, <\/em>rien de \u00ab\u00a0<em>progressiste\u00a0\u00bb.<\/em><br><br>L&rsquo;aspiration des travailleurs \u00e0 la d\u00e9mocratie syndicale existe. Elle s&rsquo;exprime quotidiennement sous des formes diverses. Elle inqui\u00e8te le pouvoir parce qu&rsquo;un syndicat contr\u00f4l\u00e9 par les travailleurs est un syn\u00addicat qui va vers la conqu\u00eate de son ind\u00e9pendance de classe. Toutes les luttes en d\u00e9fense des libert\u00e9s ouvri\u00e8res et de la d\u00e9mocratie syndicale prennent d&rsquo;autant plus d&rsquo;importance aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;elles entrent en contradiction avec la politique du pouvoir fort, dont l&rsquo;objectif est la caporalisation totale de l&rsquo;UGTA et la remise au pas de la classe ouvri\u00e8re.<br><br>Face \u00e0 cette offensive qui constitue l&rsquo;attaque la plus violente depuis la dissolution des unions locales en 1969, l&rsquo;unit\u00e9 ouvri\u00e8re la plus large est n\u00e9cessaire. L&rsquo;issue de cette bataille autour de l&rsquo;UGTA d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9difier, en particulier avec les militants du PAGS, un front uni de la classe ouvri\u00e8re. Au moment o\u00f9 les luttes ouvri\u00e8res en d\u00e9fense du pouvoir d&rsquo;achat et de la d\u00e9mocratie syndicale se multiplient, nous devons tout faire pour \u00e9tablir le lien entre ces revendications et la lutte contre le d\u00e9mant\u00e8lement de l&rsquo;UGTA. Plus que jamais aujourd&rsquo;hui, la satisfaction des aspirations ouvri\u00e8res les plus \u00e9l\u00e9mentaires est li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une UGTA d\u00e9mocratique et repr\u00e9sentative, une UGTA ind\u00e9pendante du FLN et de l&rsquo;Etat\u00ad-patron.<br><br>Le pouvoir a fait de l&rsquo;UGTA l&rsquo;enjeu principal de son offensive contre le mouvement de masse. L&rsquo;issue de cette bataille autour de l&rsquo;UGTA sera d\u00e9terminante pour le rapport de forces entre pouvoir fort et mouvement de masse. Il est encore temps de r\u00e9aliser l\u2019unit\u00e9 ouvri\u00e8re la plus large pour remporter cette bataille et briser le projet du pouvoir fort.<br><br><strong>\u00ab\u00a0EL-TALIAA\u00a0\u00bb, bulletin du Groupe communiste r\u00e9volutionnaire (GCR)<br>Alger, juin 1981<\/strong><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>Principale force organis\u00e9e au sein de la classe ouvri\u00e8re, le PAGS a \u00e9t\u00e9 le premier b\u00e9n\u00e9ficiaire du renouvellement de l&rsquo;appareil syndical. Profitant du besoin de cadres syndicaux capables de s&rsquo;adapter aux pressions ouvri\u00e8res tout en restant fid\u00e8les \u00e0 la collaboration de classes, le PAGS a r\u00e9alis\u00e9 une v\u00e9ritable perc\u00e9e dans l&rsquo;appareil de l&rsquo;UGTA en tr\u00e8s peu de temps. Boumediene en personne \u00e9tait intervenu en sa faveur dans les conflits inter-bureaucratiques. Mais, depuis que l&rsquo;UGTA est per\u00e7ue comme un danger politique, et malgr\u00e9 les gages quotidiens qu&rsquo;il donne au r\u00e9gime, il est tenu pour principal responsable de l&rsquo;agitation sociale et du nouveau cours syndical. C&rsquo;est la raison pour laquelle l&rsquo;application de l&rsquo;article 120 vise principalement les militants ou sympathisants du PAGS. Ainsi, dans la plupart des exemples cit\u00e9s plus haut, les syndicalistes soutenus par les travailleurs contre les candidats du FLN \u00e9taient des militants du PAGS. Cela n&rsquo;a<em> <\/em>pas emp\u00each\u00e9 la direction stalinienne de capituler honteusement dans chacun des cas.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;issue du Congr\u00e8s extraordinaire du FLN, la direction stalinienne a enregistr\u00e9 avec satisfaction la recentralisation politique autour de Chadli. Elle-m\u00eame mobilisait alors ses militants sur le th\u00e8me : <em>\u00ab Renfor\u00e7ons le pouvoir par l&rsquo;union autour de Chadli ! \u00bb <\/em>Elle n&rsquo;approuvait pas l&rsquo;application de l&rsquo;article 120 des statuts du FLN, mais elle en minimisait la port\u00e9e en pla\u00e7ant ses espoirs dans le Comit\u00e9 central charg\u00e9 d&rsquo;en d\u00e9finir les modalit\u00e9s d&rsquo;application. <\/p>\n\n\n\n<p>A la rentr\u00e9e, lorsque le FLN a lanc\u00e9 plusieurs op\u00e9rations-tests contre les militants du PAGS au sein de l&rsquo;UNFA (cas Ch\u00e9rifati) ou de l&rsquo;UNJA (cas de deux secr\u00e9taires nationaux), la direction stalinienne a fait le dos rond. Quelque temps plus tard, attaqu\u00e9e par des militants du FLN r\u00e9clamant un Congr\u00e8s extraordinaire, la direction de la FTEC, domin\u00e9e par les staliniens, ne trouvait rien de mieux \u00e0 faire que de se d\u00e9fendre d&rsquo;avoir soutenu les enseignants arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Tizi-Ouzou en mai 1980. Apr\u00e8s l&rsquo;adoption des modalit\u00e9s d&rsquo;application de l&rsquo;article 120, alors qu&rsquo;il \u00e9tait devenu \u00e9vident que l&rsquo;objectif du pouvoir \u00e9tait la normalisation de l&rsquo;UGTA et que les syndicalistes li\u00e9s au PAGS commen\u00e7aient \u00e0 percevoir l&rsquo;ampleur du danger, la direction stalinienne a m\u00eame trouv\u00e9 le moyen de d\u00e9couvrir un paragraphe <em>\u00ab progressiste \u00bb <\/em>dans la r\u00e9solution du FLN. Et, au lieu de se saisir du report des \u00e9ch\u00e9ances au mois de mai pour pr\u00e9parer les travailleurs \u00e0 la d\u00e9fense de leurs repr\u00e9sentants et de leur syndicat, elle a adopt\u00e9 une attitude attentiste. tout en se disposant \u00e0 faire adh\u00e9rer ses militants au FLN pour pr\u00e9server son implantation syndicale. Mais, contrairement aux illusions staliniennes, le FLN n&rsquo;avait pas engag\u00e9 cette offensive pour gagner \u00e0 son organisation les meilleurs militants ouvriers du PAGS. Il n&rsquo;allait pas se laisser noyauter par le PAGS alors que son objectif \u00e9tait d\u2019\u00e9liminer les communistes du syndicat. En toute logique, il a refus\u00e9 toute demande d&rsquo;adh\u00e9sion jug\u00e9e douteuse&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin du mois de mai, lorsque le pouvoir n&rsquo;a plus h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 suspendre sans discussion <em>tous <\/em>les secr\u00e9taires f\u00e9d\u00e9raux non-membres du FLN, la direction stalinienne, le dos au mur, a encore trouv\u00e9 le moyen de placer ses illusions dans la session du Comit\u00e9 central du FLN du mois de juin, en se contentant de d\u00e9noncer <em>\u00ab l&rsquo;application n\u00e9gative de l&rsquo;article 120 \u00bb. <\/em>Ses espoirs furent largement d\u00e9\u00e7us puisque cette session a port\u00e9 au Bureau politique Messaadia, le fer de lance de l&rsquo;offensive anti-ouvri\u00e8re, et a consacr\u00e9 l&rsquo;\u00e9limination de Yahyaoui du poste honorifique qu&rsquo;il occupait dans ce m\u00eame BP depuis un an.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la politique de collaboration de classes de la direction stalinienne lui a li\u00e9 les mains et l&rsquo;a amen\u00e9e \u00e0 se faire <em>hara<\/em>&#8211;<em>kiri <\/em>dans un secteur d&rsquo;implantation strat\u00e9gique. Axant sa politique sur l&rsquo;union autour de Chadli, elle n&rsquo;a pas pu mener campagne ouvertement contre l&rsquo;application de l&rsquo;article 120 sans prendre le risque de s&rsquo;affronter au r\u00e9gime. Elle a tout fait pour \u00e9viter l&rsquo;affrontement et ne pas rompre ses liens avec Chadli qui, venant tout juste d&rsquo;effectuer un voyage en URSS, pr\u00e9sentait son offensive contre les cliques rivales comme une op\u00e9ration d&rsquo;<em>\u00ab<\/em> <em>assainissement politique \u00bb <\/em>(5).<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu&rsquo;ils ont compris que, m\u00eame si l&rsquo;offensive du pouvoir avait pour principale cible le PAGS, ce qui \u00e9tait vis\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9veloppement organis\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re, les marxistes r\u00e9volutionnaires alg\u00e9riens n&rsquo;ont pas cess\u00e9 d\u2019appeler \u00e0 une politique de front uni des travailleurs en d\u00e9fense de leur syndicat. Ils ont propos\u00e9 l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action \u00e0 tous les courants repr\u00e9sent\u00e9s dans le mouvement syndical, en particulier au PAGS. Mais cette fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une politique d&rsquo;unit\u00e9 ouvri\u00e8re face \u00e0 l&rsquo;offensive du pouvoir ne doit pas perdre de vue les responsabilit\u00e9s de chaque courant politique, en particulier la ligne suicidaire et criminelle de la direction stalinienne. C&rsquo;est cette politique qui peut mener le mouvement syndical \u00e0 la d\u00e9faite. Une d\u00e9faite sans combat alors que des potentialit\u00e9s extraordinaires existent dans des secteurs cl\u00e9s de la classe ouvri\u00e8re. Car m\u00eame si l&rsquo;on n&rsquo;est pas certain de sortir victorieux d&rsquo;une \u00e9preuve de force avec le pouvoir (ce qui est loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9vident), une mobilisation de la classe ouvri\u00e8re, en d\u00e9fense de son syndicat contre le FLN, va dans le sens de l&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance de classe. Au moment o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de cette ind\u00e9pendance est concr\u00e8tement perceptible par des dizaines de milliers de travailleurs, la direction sta\u00adlinienne a choisi de poursuivre sa politique de collaboration de classes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>LA CLASSE OUVRIERE N&rsquo;EST PAS ENCORE D\u00c9FAITE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 des succ\u00e8s importants, la marche vers le pouvoir fort et la remise au pas du mouvement de masses n&rsquo;est pas encore achev\u00e9e. Son aboutissement signifierait un tournant dans la situation politique en Alg\u00e9rie. Le rapport de forces entre les classes, \u00e9tabli en 1976-1977 et d\u00e9velopp\u00e9 par la suite, s&rsquo;inverserait alors et offrirait \u00e0 la bourgeoisie des conditions propices \u00e0 la mise en oeuvre de ses projets \u00e9conomiques. Certes, la bataille pour la normalisation de l&rsquo;UGTA est largement avanc\u00e9e. Cette bataille pouvait \u00eatre gagn\u00e9e par la classe ouvri\u00e8re. Elle est largement compromise par les capitulations staliniennes. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais, si la normalisation de l&rsquo;UGTA constitue une d\u00e9faite politique pour l\u2019ensemble des travailleurs, le pouvoir n&rsquo;a pas encore inflig\u00e9 de d\u00e9faite d\u00e9cisive \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. Bien s\u00fbr, la d\u00e9moralisation des cadres syndicaux finira par se r\u00e9percuter sur l&rsquo;ensemble de la classe ouvri\u00e8re. Mais, de fa\u00e7on imm\u00e9diate, la combativit\u00e9 ouvri\u00e8re demeure intacte. Elle n&rsquo;a pas encore subi de d\u00e9faite directe. C&rsquo;est ce que vise le pouvoir avec la r\u00e9pression sauvage qu&rsquo;il a test\u00e9e \u00e0 la Sonatrach de B\u00e9ni Mered (charge meurtri\u00e8re de la gendarmerie contre un <em>sit in <\/em>organis\u00e9 par les ouvriers). Les gr\u00e8ves qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es au mois de juin, \u00e0 la veille de la p\u00e9riode du <em>Ramadan, <\/em>au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019offensive contre l&rsquo;UGTA battait son plein (\u00e0 la raffinerie Sonatrach d&rsquo;Alger, \u00e0 la cockerie d&rsquo;El Hadjar, au port d&rsquo;Alger, \u00e0 la Sona\u00adcome-Rouiba, \u00e0 la RSTA), constituent la d\u00e9monstration concr\u00e8te de cette combativit\u00e9 ouvri\u00e8re intacte. Tant que cette combativit\u00e9 ne sera pas bris\u00e9e par la r\u00e9pression, seule solution dans la mesure o\u00f9 le r\u00e9gime n&rsquo;a pas les moyens de r\u00e9soudre la crise sociale qui l&rsquo;alimente, la stabilit\u00e9 du pouvoir fort ne sera pas garantie.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, un autre secteur du mouvement de masses n&rsquo;a pas encore dit son dernier mot. Les masses kabyles sont rest\u00e9es dans l&rsquo;expectative tout au long de l&rsquo;ann\u00e9e, mais elles n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9faites non plus. Le contenu de la \u00ab Charte culturelle \u00bb du FLN et les provocations polici\u00e8res de cet \u00e9t\u00e9 coupent l&rsquo;herbe sous les pieds \u00e0 tous ceux qui ont jou\u00e9 la carte de la mod\u00e9ration tout au long de l\u2019ann\u00e9e. Le pouvoir n&rsquo;est toujours pas d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre la langue berb\u00e8re et les libert\u00e9s d\u00e9mocratiques ; il faudra les lui arracher. Les masses kabyles tireront certainement cette conclusion apr\u00e8s la douche froide qu&rsquo;elles ont re\u00e7ue. M\u00eame limit\u00e9e \u00e0 la Kabylie, une nouvelle explosion populaire en d\u00e9fense de la culture berb\u00e8re d\u00e9stabiliserait le r\u00e9gime Chadli et entraverait l&rsquo;affirmation de son pouvoir fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, un troisi\u00e8me facteur, certes de moindre importance et de tout autre na\u00adture, peut jouer dans le m\u00eame sens que le maintien de la combativit\u00e9 ouvri\u00e8re et du mouvement culturel : il s&rsquo;agit des luttes de cliques au sein du pouvoir. Chadli Ben\u00adjedd est sorti tr\u00e8s renforc\u00e9 de la derni\u00e8re session du Comit\u00e9 central. Il est en passe d&rsquo;\u00e9liminer tous les adversaires dangereux pour l&rsquo;affirmation de son pouvoir absolu. Mais la crise du r\u00e9gime n&rsquo;est pas pour autant r\u00e9solue, les conflits ne sont pas totalement \u00e9touff\u00e9s, ils peuvent resurgir au grand jour et contrarier la marche triomphale de Chadli vers son pouvoir fort.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans ce cadre que s&rsquo;inscrit l\u2019orientation de la politique des marxistes r\u00e9volutionnaires alg\u00e9riens, centr\u00e9e d\u2019abord sur la lutte pour l&rsquo;ind\u00e9pendance politique de la classe ouvri\u00e8re et la d\u00e9fense de son syndicat, mais aussi sur le combat r\u00e9solu en faveur des revendications culturelles berb\u00e8res et des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Sa\u00efd AKLI <br>1er septembre 1981.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) A l&rsquo;exemple de l&rsquo;Egypte post-nass\u00e9rienne, l&rsquo;<em>Infitah<\/em> d\u00e9signe une politique de<strong> <\/strong>reformes et d&rsquo;ouverture dans le domaine \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Des logements abandonn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Ind\u00e9pendance par les colons fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s par la population alg\u00e9rienne. En proclamant la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Etat sur les \u00ab\u00a0biens vacants\u00a0\u00bb, l&rsquo;Etat a l\u00e9galise cette situation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3) C&rsquo;est au printemps 1980 qu&rsquo;ont eu lieu, \u00e0 partir d&rsquo;une mobilisation autour de revendications culturelles sur la langue berb\u00e8re, de v\u00e9ritables \u00e9meutes dans toute la r\u00e9gion berb\u00e9rophone de Kabylie (cf. \u00ab\u00a0D\u00e9claration du Groupe communiste r\u00e9volutionnaire (GCR), section sympathisante de la IVe Internationale en Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb, dans <em>Inprecor <\/em>num\u00e9ro 80, du 26 Juin 1980).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(4) A l&rsquo;occasion du 19 mai 1981 (comm\u00e9moration de la Journ\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tudiant), de nombreux meetings se sont tenus dans les facult\u00e9s alg\u00e9riennes. Sous couvert d&rsquo;une action des Fr\u00e8res musulmans, des \u00e9tudiants du FLN en ont profit\u00e9 pour attaquer les \u00e9tudiants \u00e0 Alger et \u00e0 Annaba. Cette provocation fournira un pr\u00e9texte pour une nouvelle vague de r\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(5) A la mi-septembre, les militants du PAGS diffusaient \u00e0 la F\u00eate de l&rsquo;Humanit\u00e9, organis\u00e9e par le Parti communiste fran\u00e7ais, un tract d\u00e9non\u00e7ant le \u00ab\u00a0<em>glissement vers une d\u00e9viation opportuniste et r\u00e9formiste\u00a0\u00bb <\/em>du gouvernement Chadli. Comme pour y r\u00e9pondre, <em>R\u00e9volution Africaine, <\/em>organe du FLN, r\u00e9affirmait une semaine plus tard : <em>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a<\/em> <em>et n&rsquo;y aura pas de place pour d&rsquo;autres mouvements ou d&rsquo;autres courants\u00a0\u00bb <\/em>en Alg\u00e9rie. S&rsquo;en prenant \u00e0 ceux <em>\u00ab\u00a0qui ont r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;infiltrer <\/em>dans <em>nos institutions et nos appareils\u00a0\u00bb, <\/em>l&rsquo;organe du FLN mena\u00e7ait que \u00ab <em>lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat supr\u00eame du pays<\/em> <em>et du peuple, le FLN a le devoir d&rsquo;user, s&rsquo;il le faut, de la<\/em> <em>rigueur r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb <\/em>(cf. le Monde<em> <\/em>des 27 et 28 septembre 1981).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Sa\u00efd Akli paru dans Inprecor, n\u00b0 110, 12 octobre 1981, p. 28-32 LA crise \u00e9conomique internationale a exacerb\u00e9 les contradictions sociales d\u00e9velopp\u00e9es par le projet \u00e9conomique de Boumediene et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l&rsquo;apparition de ses premiers signes d&rsquo;essoufflement. 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