{"id":9885,"date":"2020-09-13T10:50:27","date_gmt":"2020-09-13T08:50:27","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=9885"},"modified":"2025-07-28T00:43:55","modified_gmt":"2025-07-27T22:43:55","slug":"maxime-rodinson-resurgence-islam","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/13\/maxime-rodinson-resurgence-islam\/","title":{"rendered":"Maxime Rodinson : La r\u00e9surgence de l&rsquo;Islam"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Maxime Rodinson publi\u00e9 dans <em>Le Monde<\/em> des 6, 7 et 8 d\u00e9cembre 1978<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>I. &#8211; O\u00f9 Dieu n&rsquo;est pas mort<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Un renouveau de l&rsquo;int\u00e9grisme musulman ? Telle est l&rsquo;interpr\u00e9tation que sugg\u00e8rent \u00e0 beaucoup d&rsquo;observateurs une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements et d&rsquo;incidents r\u00e9cents : les accusations contre l&rsquo;ancien premier ministre du Pakistan, M. Bhutto, l&rsquo;application des lois coraniques avec quelques exc\u00e8s spectaculaires, en Libye et en Arabie Saoudite, le r\u00f4le dirigeant jou\u00e9 par les ayatollah chiites dans le vaste mouvement contestataire en Iran, la vigueur de la r\u00e9action antik\u00e9maliste en Turquie, des troubles anti-coptes en \u00c9gypte, l&rsquo;affaire Maschino en Alg\u00e9rie&#8230; J&rsquo;en passe.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Renouveau de l&rsquo;int\u00e9grisme ? \u00ab\u00a0Il n&rsquo;avait pas cess\u00e9 de r\u00e9gner\u00a0\u00bb soupire une de ces \u00e9vad\u00e9es du monde musulman, une \u00ab\u00a0musulmane sociologique\u00a0\u00bb exil\u00e9e qui n&rsquo;a pas support\u00e9 la pesanteur de la contrainte sociale en faveur de l&rsquo;observance religieuse et surtout de la conformit\u00e9 aux m\u0153urs traditionnelles dans son pays. Beaucoup sont dans son cas. Cela ne para\u00eet-il pas conforter la solide r\u00e9putation de fanatisme inh\u00e9rent que tra\u00eene l&rsquo;Islam depuis le XIXe si\u00e8cle aux yeux des Europ\u00e9ens ? Au XVIIe et au XVIIIe si\u00e8cle, on parlait surtout de sa tol\u00e9rance. Auparavant, si l&rsquo;ennemi id\u00e9ologique et politique \u00e9tait d\u00e9test\u00e9, on admirait plut\u00f4t la pi\u00e9t\u00e9 de ses adh\u00e9rents. Des pr\u00e9dicateurs s&rsquo;en servaient pour faire honte aux chr\u00e9tiens de leur ti\u00e9deur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les faits relev\u00e9s sont l\u00e0, bien r\u00e9els. Se rattachent-ils \u00e0 une vague conjoncturelle, temporaire ou durable ? Seraient-ils li\u00e9s au contraire \u00e0 l&rsquo;essence de l&rsquo;Islam et, par cons\u00e9quent, appel\u00e9s \u00e0 se renouveler ind\u00e9finiment ? Ou bien, au contraire, cette vague ne serait-elle qu&rsquo;apparente ? Comme le sugg\u00e8rent apolog\u00e8tes et id\u00e9ologues du tiers-mondisme, n&rsquo;y aurait-il pas l\u00e0 seulement une campagne insidieuse mont\u00e9e par l&rsquo; \u00ab\u00a0imp\u00e9rialisme\u00a0\u00bb, \u00eatre insaisissable, mais omnipr\u00e9sent, pour d\u00e9consid\u00e9rer une fraction de pointe du monde sous-d\u00e9velopp\u00e9 ? Il faut essayer de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions. Je centrerai ici mon argumentation et mes exemples sur le domaine central de l&rsquo;Islam : pays arabes, Turquie et Iran.<\/p>\n\n\n\n<p>Les faits dont il s&rsquo;agit sont diff\u00e9rents. Mais il est bien vrai qu&rsquo;ils se rattachent \u00e0 des tendances communes et \u00e0 des facteurs communs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui les rapproche pour les Europ\u00e9ens, c&rsquo;est l&rsquo;appel commun \u00e0 la tradition religieuse, l\u00e0 o\u00f9, selon leurs conceptions, elles n&rsquo;ont rien \u00e0 faire. C&rsquo;est ce qui sugg\u00e8re \u00e0 beaucoup l&rsquo;\u00e9tiquette d&rsquo;int\u00e9grisme emprunt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire r\u00e9cente du catholicisme. Elle est relativement juste s&rsquo;il s&rsquo;agit, comme chez les int\u00e9gristes catholiques, de l&rsquo;aspiration \u00e0 r\u00e9soudre au moyen de la religion tous les probl\u00e8mes sociaux et politiques et, simultan\u00e9ment, de restaurer l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la croyance aux dogmes et aux rites.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet appel est plausible dans la \u00ab\u00a0Demeure de l&rsquo;Islam\u00a0\u00bb (<em>d\u00e2r al-Isl\u00e2m<\/em>) parce que les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes sont rest\u00e9es, dans leurs profondeurs sociales, des soci\u00e9t\u00e9s du type qualifi\u00e9 bien trop sommairement (mais ce n&rsquo;est pas ici la place d&rsquo;une analyse plus fine) de traditionnel. Cela signifie, entre autres, que la Loi religieuse reste la r\u00e9f\u00e9rence supr\u00eame aux yeux des masses populaires, m\u00eame si, en pratique, on la n\u00e9glige ou on la tourne. Les conduites qui ont une autre origine sont, elles-m\u00eames, sacralis\u00e9es en les rattachant secondairement, artificiellement, \u00e0 cette Loi. Le poids de la contrainte sociale qui impose la conformit\u00e9 et sanctionne les d\u00e9viants est rest\u00e9 fort lourd.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9part, il y a eu une certaine divergence avec les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles chr\u00e9tiennes. Le christianisme, au d\u00e9but petite secte isol\u00e9e au sein d&rsquo;un vaste et puissant empire, a progressivement r\u00e9ussi \u00e0 devenir dans cet empire une force qu&rsquo;il fallait prendre en consid\u00e9ration, puis \u00e0 se faire adopter par lui comme id\u00e9ologie d&rsquo;\u00c9tat. Mais il a d\u00fb toujours coexister avec l&rsquo;\u00c9tat, avec des structures juridiques, sociales, culturelles qui, nul n&rsquo;en doutait, venaient d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>En regard, l&rsquo;Islam n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre, en un sens, \u00ab\u00a0int\u00e9griste\u00a0\u00bb. N\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 chaque groupement \u00e9l\u00e9mentaire, chaque tribu avait des fonctions politiques, formait un micro-\u00c9tat, il a fallu, \u00e0 l&rsquo;origine m\u00eame, que la communaut\u00e9 des fid\u00e8les, pour subsister, puis pour s&rsquo;\u00e9tendre, assume, elle aussi, de telles fonctions. Dieu lui-m\u00eame, dans le Coran, lui donna quelques normes d&rsquo;organisation sociale \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;un code quelque peu complet.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces normes se compl\u00e9t\u00e8rent par de multiples traditions d&rsquo;origines tr\u00e8s vari\u00e9es, emprunt\u00e9es aux divers nations et peuples que les musulmans conquirent. Mais toutes furent sacralis\u00e9es par rattachement, m\u00e9diat ou imm\u00e9diat, \u00e0 la Parole de Dieu, en vertu du principe originel que la Loi de l&rsquo;Islam avait vocation \u00e0 structurer l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du champ social. On n&rsquo;a pour ainsi dire jamais attribu\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus un droit d&rsquo;auteur ou m\u00eame une simple caution pour les r\u00e8gles du droit romain ou les lois germaniques, les normes de la vendetta \u00e9cossaise ou corse, la pens\u00e9e \u00e9conomique ou philosophique d&rsquo;Aristote. On a au contraire attribu\u00e9 des responsabilit\u00e9s de ce genre au Proph\u00e8te d&rsquo;Allah, par la gr\u00e2ce de l&rsquo;immense corpus du hadith, de la Tradition, plus ou moins codifi\u00e9 au troisi\u00e8me si\u00e8cle de l&rsquo;h\u00e9gire (neuvi\u00e8me si\u00e8cle de J.-C).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La r\u00e9f\u00e9rence primordiale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9volution n&rsquo;a fait qu&rsquo;accentuer cette divergence structurelle de d\u00e9part. Certes, quelle que f\u00fbt l&rsquo;extension de son domaine, la religion est rest\u00e9e longtemps la r\u00e9f\u00e9rence id\u00e9ologique primordiale, objet d&rsquo;une fid\u00e9lit\u00e9 massive, aussi bien dans la chr\u00e9tient\u00e9 que dans le monde musulman. Cette fid\u00e9lit\u00e9 a bien subi une \u00e9rosion profonde d\u00e8s le Moyen \u00c2ge, dans les deux cas, par le fait de la multiplicit\u00e9 des schismes et des tendances corr\u00e9latives \u00e0 contester les cadres religieux, les hommes de religion li\u00e9s au pouvoir, en allant parfois jusqu&rsquo;\u00e0 franchir les limites de la religion h\u00e9g\u00e9monique. Seulement, cette \u00e9volution, qui s&rsquo;est continu\u00e9e et accentu\u00e9e en pays chr\u00e9tien, a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9e en Islam au onzi\u00e8me si\u00e8cle par la vigoureuse r\u00e9action sunnite, dont le succ\u00e8s a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9 par l&rsquo;\u00e9volution interne des soci\u00e9t\u00e9s islamiques comme par les mutations de leur situation vis-\u00e0-vis de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>La fid\u00e9lit\u00e9 est donc rest\u00e9e massive. Le monopole tranquille de la v\u00e9rit\u00e9 ne favorise pas le doute. Depuis longtemps, dans le monde sunnite, les quelques schismes subsistants et tol\u00e9r\u00e9s sont devenus, comme les autres religions monoth\u00e9istes, des communaut\u00e9s ferm\u00e9es sans volont\u00e9 de pros\u00e9lytisme, tol\u00e9rables donc \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de minorit\u00e9s comme des sortes de castes \u00e9trang\u00e8res \u00e9tablies. La chiitisation de l&rsquo;Iran au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle stabilisait l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie principale en lui donnant une base d&rsquo;\u00c9tat, la dominance dans son domaine propre. Comme dans l&rsquo;Europe de la m\u00eame \u00e9poque, le principe <em>cujus regio, ejus religio<\/em> assurait l&rsquo;ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l&rsquo;Islam n&rsquo;a pas connu depuis longtemps cette contestation des institutions \u00ab\u00a0eccl\u00e9siales\u00a0\u00bb, des dogmes et des rites qui n\u2019ont fait que s&rsquo;accentuer et s&rsquo;approfondir en Europe. Les masses n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 atteintes profond\u00e9ment, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;irr\u00e9ligion affirm\u00e9e, par le d\u00e9senchantement du monde que propageait l&rsquo;industrialisation. Ici, on n&rsquo;a pas vu Dieu mourir apr\u00e8s l&rsquo;agonie des anges et des d\u00e9mons, apr\u00e8s l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e en face des miracles, y compris ceux, sans cesse renouvel\u00e9s, du rituel ordinaire. Le moralisme pi\u00e9tiste, attribuant les malheurs des temps et les m\u00e9faits du pouvoir \u00e0 l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 des dirigeants et au rel\u00e2chement cons\u00e9quent de leur vie priv\u00e9e, n&rsquo;a pas c\u00e9d\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement devant cette incroyance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ni devant une extension de l&rsquo;id\u00e9ologie de la libert\u00e9 des m\u0153urs atteignant les couches les plus profondes de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire, la fid\u00e9lit\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 confort\u00e9e par une vieille hantise sp\u00e9cifique, la crainte constante d&rsquo;un glissement massif vers une religion concurrente, pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame des soci\u00e9t\u00e9s musulmanes et en m\u00eame temps disposant d&rsquo;un appui d\u00e9cisif \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Les chr\u00e9tiens, assur\u00e9s d&rsquo;un monopole id\u00e9ologique dans leur univers (\u00e0 l&rsquo;exception de l&rsquo;infime minorit\u00e9 juive, sans appui ext\u00e9rieur, qui risquait peu d&rsquo;exercer une contagion spirituelle), ont rarement craint la conjonction de l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 arm\u00e9e du dehors avec ses complices du dedans. Cette crainte, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente en Islam au Moyen \u00c2ge, renforc\u00e9e par les croisades et l&rsquo;invasion mongole, n&rsquo;a pu que se renforcer devant les agressions de plus en plus fortes des imp\u00e9rialismes europ\u00e9ens au dix-neuvi\u00e8me et au vingti\u00e8me si\u00e8cle. Elle a atteint des paroxysmes que peuvent seulement rappeler la parano\u00efa catholique du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle devant la mont\u00e9e de l&rsquo;irr\u00e9ligion, qu&rsquo;on supposait inspir\u00e9e par la coalition jud\u00e9o-protestanto-ma\u00e7onique, agent de Satan, et l&rsquo;analogue hantise du monde communiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme ailleurs, la foi universaliste, les identifications nationales particuli\u00e8res de la communaut\u00e9 des croyants (en Alg\u00e9rie coloniale, comme en Pologne ou en Irlande), l&rsquo;identification supra-nationale en tant que musulmans, se sont renforc\u00e9es l&rsquo;une l&rsquo;autre avec des accentuations vari\u00e9es qui assuraient la permanence de la fid\u00e9lit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Une p\u00e9riode d&rsquo;occultation partielle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;industrialisation, la modernisation limit\u00e9e, ont eu pour effet de pousser des couches restreintes de la soci\u00e9t\u00e9 au scepticisme, au lib\u00e9ralisme religieux, \u00e0 la libert\u00e9 des m\u0153urs, sous l&rsquo;\u00e9gide th\u00e9orique d&rsquo;un Islam r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans ce sens, d&rsquo;un vague d\u00e9isme ou m\u00eame de l&rsquo;ath\u00e9isme. Mais la conversion de ces couches \u00e0 ces tendances occidentalisantes a renforc\u00e9 chez des masses bien plus nombreuses l&rsquo;attachement \u00e0 l&rsquo;islam dans sa version la plus rigidement traditionnelle. Les masses pauvres, \u00e0 la limite de la famine ou d&rsquo;une survie mis\u00e9rable, englobent, dans leur r\u00e9probation, dans leur r\u00e9pulsion, les privil\u00e8ges de la fortune et du pouvoir, leurs attaches ext\u00e9rieures, leurs m\u0153urs libertines, leur m\u00e9pris des interdits musulmans, dont les plus visibles manifestations sont la consommation d&rsquo;alcool, la familiarit\u00e9 des deux sexes, les jeux de hasard. Pour elles, comme l&rsquo;exprimait si bien Robespierre, l&rsquo;ath\u00e9isme est aristocratique : et d\u00e9j\u00e0 ce subath\u00e9isme que d\u00e9c\u00e8le la moindre infid\u00e9lit\u00e9 aux croyances et aux m\u0153urs orthodoxes. Ce ne sont pas, comme ici autrefois, quelques cur\u00e9s attard\u00e9s et quelques vieilles d\u00e9votes qui vilipendent les jupes courtes et les baisers \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. Mais les foules en col\u00e8re s&rsquo;attaquent indistinctement aux boutiques de commerce de luxe, aux h\u00f4tels o\u00f9 se consomment les stupres et les ivrogneries des riches et des \u00e9trangers et (parfois) aux lieux de culte h\u00e9r\u00e9tiques ou non musulmans.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il y a apparence de recrudescence de l&rsquo;int\u00e9grisme actuellement, c&rsquo;est que nous sortons &#8211; provisoirement peut-\u00eatre &#8211; d&rsquo;une \u00e9poque et d&rsquo;une situation o\u00f9 la confirmation d&rsquo;attitudes, sommairement d\u00e9crite ci-dessus, s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9e en partie occult\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant toute une p\u00e9riode, qui d\u00e9bute au milieu du XIXe si\u00e8cle, les \u00e9lites du monde musulman ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9duites par de nouvelles id\u00e9ologies. D&rsquo;abord, le nationalisme la\u00efque tel qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9fini en Europe \u00e0 la suite d&rsquo;une longue \u00e9volution et qui r\u00e9pondait au mieux aux exigences id\u00e9ologiques impos\u00e9es par la situation de ces r\u00e9glons. Plus tard, il se m\u00e2tina, plus ou moins, d&rsquo;id\u00e9aux de type socialiste, et le socialisme, sous sa forme universaliste, \u00e9mergea m\u00eame en certains points.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e9lites r\u00e9ussirent \u00e0 canaliser les sentiments et les aspirations des masses derri\u00e8re ces id\u00e9ologies, \u00e0 en faire le support de mouvements mobilisateurs. Il faut prendre garde cependant que ces masses r\u00e9interpr\u00e9taient souvent \u00e0 leur mani\u00e8re ces id\u00e9es. Il se trouvait que la domination \u00e9trang\u00e8re \u00e9tait celle des infid\u00e8les, que les exploiteurs \u00e9taient des infid\u00e8les ou des compatriotes \u00e0 la solde des infid\u00e8les. On ne pouvait pas ne pas le remarquer dans ces couches sociales profondes o\u00f9 rien n&rsquo;avait \u00e9branl\u00e9 la fid\u00e9lit\u00e9 de l&rsquo;Islam. Les dirigeants exp\u00e9riment\u00e9s et perspicaces ne pouvaient d\u00e9daigner d&rsquo;ajouter cette motivation singuli\u00e8rement efficace aux facteurs strictement nationaux et sociaux de mobilisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, les masses, inond\u00e9es de propagande, \u00e9taient peu \u00e0 peu conditionn\u00e9es \u00e0 formuler les mots d&rsquo;ordre sous les formes adopt\u00e9es par les nouvelles vagues modernes. Des membres des couches populaires, et encore bien plus des classes moyennes, \u00e9taient d&rsquo;ailleurs touch\u00e9s r\u00e9ellement par ces id\u00e9es. L\u00e0 o\u00f9 des minorit\u00e9s religieuses existaient, dans l&rsquo;Orient arabe, la lutte nationale et sociale \u00e9tait souvent men\u00e9e en commun par les musulmans, les chr\u00e9tiens et m\u00eame (jusqu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque assez r\u00e9cente) les juifs. En Turquie, un chef national prestigieux, qui ne cachait gu\u00e8re son irreligion fonci\u00e8re, pouvait entra\u00eener de larges masses et se permettre des mesures d&rsquo;un la\u00efcisme militant. En Iran, certains \u00e9l\u00e9ments, en dehors m\u00eame de l&rsquo;\u00e9lite, pouvaient \u00eatre s\u00e9duits par un nationalisme qui c\u00e9l\u00e9brait les gloires de l&rsquo;Iran zoroastrien et assimilait l&rsquo;islamisation \u00e0 une r\u00e9trogradation culturelle et nationale provoqu\u00e9e par des conqu\u00e9rants arabes barbares (et de plus sunnites !). Au Maghreb, les \u00e9migr\u00e9s prol\u00e9taris\u00e9s en France subissaient en grand nombre l&rsquo;influence d&rsquo;un climat social liant l&rsquo;esprit revendicatif \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rentisme religieux (pour le moins).<\/p>\n\n\n\n<p>Aucune de ces tendances n&rsquo;est oubli\u00e9e. Mais elles ont perdu une partie de ce potentiel d&rsquo;exaltation enthousiaste que leur donnait la supr\u00e9matie et rel\u00e9guait la religion au rang d&rsquo;adjuvant id\u00e9ologique et de morale quotidienne qui tendait \u00e0 d\u00e9consid\u00e9rer les pratiques et les dogmes manifestant quelque d\u00e9saccord avec les id\u00e9ologies modernes et l&rsquo;id\u00e9ologie de la modernisation.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>II. &#8211; La politique selon le Coran<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Le nationalisme marxisant de type nass\u00e9rien, identifiant l&rsquo;ennemi primordial non \u00e0 l&rsquo;\u00c9tranger en soi ni \u00e0 l&rsquo;Infid\u00e8le, mais \u00e0 l&rsquo; \u00ab\u00a0imp\u00e9rialisme\u00a0\u00bb n&rsquo;a pu obtenir de grands succ\u00e8s. Son alliance avec le front suppos\u00e9 des opprim\u00e9s du monde et des \u00c9tats dits socialistes ne lui a nullement permis d&rsquo;avoir raison du d\u00e9fi isra\u00e9lien. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 par les pratiques de la nouvelle classe au pouvoir, gu\u00e8re plus s\u00e9duisantes que celles de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Il \u00e9tait en partie h\u00e9ritier du lib\u00e9ralisme jacobin occidentalisant. La mobilisation qu&rsquo;il pr\u00e9conisait voulait rester la\u00efque et pluri-confessionnelle. Mais d\u00e9j\u00e0 la lutte contre Isra\u00ebl avait rendu \u00e0 peu pr\u00e8s impossible d&rsquo;y inclure des juifs. Les r\u00e9actions dominantes des chr\u00e9tiens du Liban s&rsquo;ajoutent maintenant aux vieilles hantises issues des croisades et des liens historiques avec l&rsquo;Europe imp\u00e9rialiste pour rendre tous les chr\u00e9tiens arabes de plus en plus suspects. Les r\u00e9alit\u00e9s de la nation ind\u00e9pendante sont moins exaltantes que les th\u00e8mes qui mobilisaient les masses pour la lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Nulle part, d&rsquo;ailleurs, ce type de nationalisme n&rsquo;a abouti \u00e0 la suppression de la d\u00e9pendance \u00e9conomique et du sous-d\u00e9veloppement. Les seuls succ\u00e8s qu&rsquo;a pu obtenir la grande nation arabe au plan de la puissance et du prestige national ont \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t le fait des potentats p\u00e9troliers, conservateurs et musulmans des plus int\u00e9gristes, lorsqu&rsquo;ils ont monnay\u00e9 la fourniture de leur p\u00e9trole dans des r\u00e9unions de type technocratique, au moyen de marchandages de <em>businessmen <\/em>exp\u00e9riment\u00e9s, que la <em>koufiy\u00e9<\/em>, le <em>agal <\/em>et la <em>ab\u00e2ya <\/em>(1) permettaient pourtant de rattacher \u00e0 la tradition b\u00e9douine. Quant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al propos\u00e9 de la nation arabe unitaire, il est de plus en plus malais\u00e9, devant le d\u00e9veloppement \u00e9vident des nationalismes \u00ab\u00a0r\u00e9gionaux\u00a0\u00bb (\u00e9gyptien, alg\u00e9rien, marocain, etc.), de maintenir que sa r\u00e9alisation n&rsquo;est entrav\u00e9e que par les \u00ab\u00a0complots\u00a0\u00bb de l&rsquo; \u00ab\u00a0imp\u00e9rialisme\u00a0\u00bb et d&rsquo;Isra\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Un nationalisme musulman<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En Turquie comme en Iran, il est devenu difficile de d\u00e9signer un ennemi musulman \u00e0 la d\u00e9testation nationale, m\u00eame si les trois nations du Proche-Orient se d\u00e9nigrent volontiers mutuellement. L&rsquo;id\u00e9ologie anti-arabe d&rsquo;une partie des \u00e9lites nationalistes turques et iraniennes ne dispose pas d&rsquo;un levier suffisamment puissant, comme un conflit autour de terres irr\u00e9dentes, pour susciter la mobilisation s\u00e9rieuse de masses insensibles \u00e0 la gloire pr\u00e9islamique des Turcs c\u00e9lestes de l&rsquo;Orkhon, des Cyrus et des Chosro\u00e8s. L\u00e0 encore, les ennemis pr\u00e9sents \u00e0 l&rsquo;esprit sont des non-musulmans : les Russes ath\u00e9es, oppresseurs des musulmans turcs et iraniens d&rsquo;Asie centrale et dont on soup\u00e7onne la main cach\u00e9e ici et l\u00e0, les Europ\u00e9ens et Am\u00e9ricains, chr\u00e9tiens, qui orientent bien plus nettement les dirigeants locaux, imposent leurs volont\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 leur supr\u00e9matie technologique et \u00e0 leurs richesses, sapent et corrompent l&rsquo;Islam \u00e0 la faveur de leurs m\u0153urs impies, de leur luxure et de leur ivrognerie. <em>Last not least<\/em>, leur mauvais exemple d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes, sinon de domination f\u00e9minine (que mes amies f\u00e9ministes m&rsquo;excusent, c&rsquo;est ainsi que cela appara\u00eet souvent du dehors), donne des id\u00e9es folles \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9 indig\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi le nationalisme pur devient de plus en plus fortement un nationalisme musulman, un Islam nationalisant. Les exceptions sont les minorit\u00e9s ethniques qui s&rsquo;estiment opprim\u00e9es par d&rsquo;autres musulmans comme les Kurdes ou encore les Arabes les plus sensibles \u00e0 l&rsquo;irr\u00e9dentisme palestinien, au d\u00e9fi d&rsquo;Isra\u00ebl : Syriens et Irakiens et surtout Palestiniens ; chez ces derniers la participation importante de chr\u00e9tiens \u00e0 leur combat renforce l&rsquo;\u00e9cart vis-\u00e0-vis d&rsquo;une islamisation de l&rsquo;id\u00e9ologie de lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au socialisme, l\u00e0 o\u00f9 un r\u00e9gime qui se pr\u00e9tend socialiste s&rsquo;est \u00e9tabli, il n&rsquo;a pas tard\u00e9 \u00e0 faire sentir ses pesanteurs, ses oppressions, ses lacunes, ses inconv\u00e9nients de tous ordres, m\u00eame s&rsquo;il a obtenu aussi des r\u00e9sultats positifs. Les mod\u00e8les ext\u00e9rieurs ne sont pas plus enthousiasmants, comme cela devient de plus en plus clair, m\u00eame dans ces pays que les vagues de d\u00e9mystification post-staliniennes ont atteints tr\u00e8s tardivement et tr\u00e8s lentement. Les exceptions sont form\u00e9es par des \u00e9l\u00e9ments des classes ouvri\u00e8res, l\u00e0 o\u00f9 celles-ci ont quelque importance, et par des intellectuels ou semi-intellectuels atteints autrefois par la gr\u00e2ce marxiste et y restant perm\u00e9ables par fid\u00e9lit\u00e9, par vision lointaine, par ignorance ou par scl\u00e9rose.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00eames d\u00e9ceptions se sont fait sentir en Europe. Ici aussi le d\u00e9sir d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de trouver un exutoire exaltant aux ferveurs inemploy\u00e9es a parfois provoqu\u00e9 le retour \u00e0 la vieille religion indig\u00e8ne, locale, nationale. Mais celle-ci, le christianisme, en dehors de l&rsquo;individualisme mystique ou d\u00e9votionnel de la qu\u00eate du salut et de la charit\u00e9 organis\u00e9e, n&rsquo;offre gu\u00e8re de possibilit\u00e9 de mobilisation \u00e0 la fois exaltante et sp\u00e9cifique. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, des partis et mouvements conservateurs ou ennuyeusement gradualistes, des r\u00e9trogradeurs, au projet de cit\u00e9 chr\u00e9tienne fort peu convaincant lorsqu&rsquo;on r\u00e9v\u00e8re celui dont le royaume n&rsquo;\u00e9tait pas de ce monde et qui rendait son d\u00fb \u00e0 C\u00e9sar. De l&rsquo;autre, des orientations progressistes ou r\u00e9volutionnaires, largement partag\u00e9es (et d&rsquo;ailleurs initi\u00e9es) par des irr\u00e9ligieux, tendances auxquelles la foi chr\u00e9tienne ne peut servir que de motivation suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En pays d&rsquo;Islam, au contraire, le recours \u00e0 la religion nationale est pour beaucoup un recours accessible, stimulant, cr\u00e9dible, vivant. L&rsquo;Islam, comme on l&rsquo;a dit, n&rsquo;a subi ni l&rsquo;\u00e9rosion interne ni la contestation qui, lentement, ont sap\u00e9 le pouvoir d&rsquo;attraction du christianisme. Il s&rsquo;est conserv\u00e9 intact dans le peuple dont il a toujours form\u00e9 la culture courante, dont il sacralisait l&rsquo;humble \u00e9thique, dont il sanctifiait les aspirations. Toute la p\u00e9riode de prestige du nationalisme et du socialisme a r\u00e9pandu l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il d\u00e9fendait, qu&rsquo;il incarnait les m\u00eames valeurs qu&rsquo;eux. Mais il devient plus convaincant de combattre pour ces id\u00e9aux sous son drapeau que de se lier id\u00e9ologiquement \u00e0 des \u00e9trangers aux motivations suspectes comme le proposaient aussi bien les nationalismes marxisants que les socialismes.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Islam s&rsquo;est acquis, m\u00eame en dehors du monde musulman, le prestige d&rsquo;\u00eatre et d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 sans d\u00e9faillance \u00e0 la pointe de la r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;Europe chr\u00e9tienne expansionniste, missionnaire et imp\u00e9rialiste ou de la lutte antieurop\u00e9enne comme on voudra. Or, d\u00e9sormais, les ennemis qui concentrent sur eux le maximum de haines sont les Europ\u00e9ens-Am\u00e9ricains et les couches europ\u00e9anis\u00e9es des soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9riph\u00e9riques. Donc, tous identifiables comme non-musulmans, antimusulmans ou pervertis par le suivisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;anti-Islam. On comprend qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame du <em>dar al-Islam<\/em>, de la demeure de l&rsquo;Islam, on soit sensible \u00e0 cette polarisation mondiale, que l&rsquo;Islam accueille avec fiert\u00e9 le titre de champion universel du Bien et du Mal, sans plus c\u00e9der la banni\u00e8re de l&rsquo;avant-garde \u00e0 qui que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>Les musulmans se font des images diff\u00e9rentes de l&rsquo;Islam selon les couches, cat\u00e9gories ou classes sociales auxquelles ils appartiennent, selon le type d&rsquo;\u00e9ducation qu&rsquo;ils ont re\u00e7u, la tendance \u00e0 laquelle ils adh\u00e8rent et m\u00eame selon leur caract\u00e8re individuel. Mais partout domine l&rsquo;image, peu renouvel\u00e9e, de l&rsquo;Islam comme gardien, garant, caution, sanction de la moralit\u00e9 traditionnelle. L&rsquo;analogue de l&rsquo;image que se fait du christianisme l&rsquo;int\u00e9grisme chr\u00e9tien &#8211; lui seul ou lui surtout au sein du monde chr\u00e9tien &#8211; est une image presque universelle dans la soci\u00e9t\u00e9 musulmane. La fid\u00e9lit\u00e9 chr\u00e9tienne est tant\u00f4t la fid\u00e9lit\u00e9 int\u00e9griste \u00e0 une tradition fig\u00e9e \u00e0 une certaine \u00e9poque, tant\u00f4t la fid\u00e9lit\u00e9 au message de J\u00e9sus qui ne craint pas de r\u00e9viser constamment la tradition. Les exemples avou\u00e9s d&rsquo;un tel r\u00e9visionnisme sont rares en Islam, le message du fondateur y est plus difficile (pour le moment) \u00e0 d\u00e9gager de la gangue de la tradition.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;attachement aux avantages de la tradition qui cause en partie la fid\u00e9lit\u00e9 de la gent masculine \u00e0 travers tendances et classes. Comme dans le catholicisme ib\u00e9rique d&rsquo;hier par exemple, la tradition religieuse peut servir puissamment \u00e0 dominer le sexe que les m\u00e2les consid\u00e8rent sans discussion comme faible et comme second, m\u00eame si les revanches de la pratique obscure du foyer et du lit conjugal contraignent souvent \u00e0 ne pas utiliser toutes ses possibilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans sondage ni enqu\u00eate d&rsquo;opinion, les gouvernants et ceux qui aspirent \u00e0 gouverner connaissent bien ces dispositions de leur peuple et en tiennent grand compte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Kadhafi et les autres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certains des gouvernants veulent r\u00e9ellement faire passer dans les faits les normes de la cit\u00e9 musulmane puisqu&rsquo;ils ont appris \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole que de telles normes existaient et \u00e9taient seules susceptibles de fonder une soci\u00e9t\u00e9 harmonieuse. Ainsi par exemple les fondateurs de l&rsquo;\u00c9tat Saoudite et, aujourd&rsquo;hui, Mo&rsquo;ammar Al-Kadhafi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9preuve du pouvoir, la plupart se sont convaincus ou se convainquent (dans la mesure plus ou moins grande o\u00f9 l&rsquo;intoxication id\u00e9ologique ne les a pas conditionn\u00e9s \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 la le\u00e7on des faits) qu&rsquo;ils ne peuvent aboutir \u00e0 grand-chose dans ce sens. Ils finissent par d\u00e9couvrir combien Nasser avait raison, qui d\u00e9clarait ne pas saisir comment on pouvait gouverner un \u00c9tat avec les seules r\u00e8gles qu&rsquo;il est possible de d\u00e9couvrir dans le Coran. D\u00e8s lors, ils comprennent qu&rsquo;ils d\u00e9\u00e7oivent les masses qui ont appris \u00e0 esp\u00e9rer beaucoup de l&rsquo;application de ces r\u00e8gles coraniques. Il leur faut, pour continuer \u00e0 obtenir un large consensus parmi leurs assujettis, se concentrer pour l&rsquo;essentiel sur des mesures symboliques, sur ce que je me permettrais d&rsquo;appeler une gesticulation musulmane et aussi sur la fid\u00e9lit\u00e9 visc\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 musulmane dont j&rsquo;ai essay\u00e9 de montrer ci-dessus quelques causes et quelques ressorts.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, le probl\u00e8me ne diff\u00e8re pas fondamentalement de celui qui se pose, par exemple, aux dirigeants sovi\u00e9tiques. Staline et Khrouchtchev, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, \u00e9taient des plus experts en gesticulation marxiste. Mais la profondeur et l&rsquo;extension de la croyance aux vertus du marxisme \u00e9taient bien moins grandes, la pratique du Goulag l&rsquo;a largement discr\u00e9dit\u00e9e, la symbolique du marxisme est bien moins riche, le rationalisme de la doctrine \u00e9voque bien moins de r\u00e9sonances existentielles, et d&rsquo;autres fid\u00e9lit\u00e9s, m\u00eame pers\u00e9cut\u00e9es et clandestines, ont toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 la disposition des peuples sovi\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque seul entre les gouvernants, Kadhafi persiste dans son projet candide d&rsquo;\u00c9tat musulman, \u00e9galitaire et libre en tant que tel et, au nom de l&rsquo;Islam aussi, oppos\u00e9 \u00e0 la ploutocratie am\u00e9ricaine. Il s&rsquo;obstine, th\u00e9orisant, raffinant, s&rsquo;effor\u00e7ant de pr\u00e9ciser les m\u00e9canismes \u00e0 travers ses Livres verts et sa pratique en Libye. Outre les ricanements des cyniques exp\u00e9riment\u00e9s et le l\u00e2che soulagement de ceux de ses ressortissants qui ont les moyens de go\u00fbter les fruits d\u00e9fendus en sol \u00e9tranger, il recueille les froncements de sourcils des clercs que choquent ses interpr\u00e9tations originales, son rejet de la Tradition codifi\u00e9e, ses critiques contre les d\u00e9vots hypocrites et nantis.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus nombreux de beaucoup parmi les dirigeants des pays musulmans ont \u00e9t\u00e9 et sont ceux qui, d\u00e8s le d\u00e9part, quelle que soit la profondeur de leur foi personnelle, ont su qu&rsquo;ils ne pourraient faire passer dans la r\u00e9alit\u00e9 que peu de choses des id\u00e9aux islamiques. Ils savaient qu&rsquo;ils devaient gouverner pour l&rsquo;essentiel avec des recettes non religieuses, pouvant au grand maximum, esp\u00e9rer une moralisation et une islamisation superficielles et tr\u00e8s partielles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se sont r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 obtenir peu et &#8211; comme les cyniques manipulateurs qui ne se souciaient que de leur pouvoir &#8211; y ont trouv\u00e9, avec une conscience plus ou moins claire, des avantages. Tous ont compris qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire au minimum de respecter l&rsquo;Islam et les cadres musulmans. En allant plus loin, de bons r\u00e9sultats peuvent \u00eatre obtenus par la gesticulation musulmane. La construction d&rsquo;une mosqu\u00e9e peut faire passer sur bien des aspects d\u00e9cevants de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les gouvernants, il y a ceux qui aspirent \u00e0 gouverner et, dans le cas singulier d&rsquo;un \u00c9tat, la Turquie, o\u00f9 l&rsquo;on peut constater une alternance sinon paisible, du moins r\u00e9currente, ceux qui gouvernent de temps \u00e0 autre et peuvent au moins reconduire leur action sans devoir entrer en clandestinit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les partis et groupements politiques sont tous au moins respectueux de l&rsquo;Islam. Les plus suspects d&rsquo;anti religiosit\u00e9, les communistes d&rsquo;autrefois, mettaient le plus de z\u00e8le \u00e0 afficher ce respect par des prouesses p\u00e9nibles de concordisme (mais apr\u00e8s tout pas plus p\u00e9nibles que pour le P.C.F. s&rsquo;identifiant \u00e0 Jeanne d&rsquo;Arc). Pourtant, au milieu de ce respect unanime, certains se d\u00e9tachent par leur insistance sur le th\u00e8me de la d\u00e9fense de l&rsquo;Islam.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Des groupements authentiquement religieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi le parti d\u00e9mocrate turc, dont les dirigeants ne semblent ni plus ni moins croyants en moyenne que leurs concurrents r\u00e9publicains, mais qui tire parti de la fid\u00e9lit\u00e9 religieuse des masses paysannes pour combattre le k\u00e9malisme att\u00e9nu\u00e9 du parti r\u00e9publicain et le modernisme occidentalisant r\u00e9pandu chez les militaires, les technocrates et ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ces d\u00e9magogies, il existe des groupements authentiquement religieux en ce sens que leurs chefs veulent vraiment ou pr\u00e9tendent vouloir construire une cit\u00e9 musulmane. On pourrait \u00e9tablir de fines distinctions selon la profondeur de la foi de leurs dirigeants, l&rsquo;image qu&rsquo;ils se font de cette cit\u00e9 musulmane en fonction de leur origine sociale, de leur culture et de leur caract\u00e8re, leur degr\u00e9 de radicalisme dans l&rsquo;action, souvent pouss\u00e9e jusqu&rsquo;au terrorisme. Ici d&rsquo;ailleurs les sectaires peuvent b\u00e9n\u00e9ficier non seulement de l&rsquo;exemple international, mais d&rsquo;une tradition islamique sp\u00e9cifique, celle de la secte des <em>hachichiyin<\/em>&#8211;<em>s<\/em> m\u00e9di\u00e9vaux, ces <em>fed\u00e2&rsquo;i<\/em>&#8211;<em>s<\/em> qui ont l\u00e9gu\u00e9 aux langues europ\u00e9ennes le mot \u00ab\u00a0assassin\u00a0\u00bb. Il y a ceux qui, au fond de leur c\u0153ur, veulent le pouvoir pour appliquer l&rsquo;Islam et ceux qui choisissent l&rsquo;Islam comme instrument pour conqu\u00e9rir le pouvoir. Mais, en politique, ces distinctions n&rsquo;ont d&rsquo;importance qu&rsquo;occasionnellement, \u00e0 de rares moments. Le r\u00e9sultat est souvent le m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi le vaste mouvement clandestin des Fr\u00e8res musulmans avec ses multiples branches, dont on ignore le nombre de membres, mais dont les sympathisants (fluctuants) sont certainement innombrables. Il est difficile de juger des tendances diff\u00e9rentes qui doivent parcourir les cadres de cette organisation. Mais celle qui domine est certainement une sorte de fascisme archa\u00efsant. Entendons la volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir un \u00c9tat autoritaire et totalitaire dont la police politique maintiendrait f\u00e9rocement l&rsquo;ordre moral et social. Il imposerait en m\u00eame temps la conformit\u00e9 aux normes de la tradition religieuse, interpr\u00e9t\u00e9e dans le sens le plus conservateur, certains consid\u00e9rant comme primordial le renouveau de foi ainsi artificiellement obtenu, d&rsquo;autres y voyant un suppl\u00e9ment psychologique, un euphorisant bienvenu pour une r\u00e9forme sociale r\u00e9trograde.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi divers mouvements et groupements analogues, par exemple en Turquie, \u00e0 la droite du parti d\u00e9mocrate. Mais c&rsquo;est en Iran que s&rsquo;est constitu\u00e9 ce qui ressemble le plus \u00e0 une sorte de parti religieux. On a vu sa force au cours des derniers mois.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Coiffure et robe traditionnelles des B\u00e9douins.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>III. &#8211; Entre archa\u00efsme et modernisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;influence politique en Iran des <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em> (hommes de religion), constituant une sorte de parti religieux, frappe tout le monde maintenant. Les apolog\u00e8tes (musulmans ou sympathisants) et tous ceux qui abordent le probl\u00e8me spontan\u00e9ment dans une optique id\u00e9aliste, comme il est de coutume lorsqu&rsquo;on touche aux questions de religion (ou m\u00eame d&rsquo;id\u00e9ologie, voir les \u00ab\u00a0nouveaux philosophes\u00a0\u00bb), l&rsquo;attribuent volontiers, au moins partiellement, aux caract\u00e9ristiques de la dogmatique chiite. Les choses sont plus complexes. Il est vrai que les bases de la doctrine chiite ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es, dans les premiers si\u00e8cles de l&rsquo;Islam, par une tendance d&rsquo;opposition acharn\u00e9e \u00e0 contester la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir. L&rsquo;id\u00e9ologie en a gard\u00e9 la marque. Mais les doctrines sont toujours et partout susceptibles d&rsquo;interpr\u00e9tations. On n&rsquo;a jamais manqu\u00e9 de th\u00e9ologiens ni de th\u00e9oriciens habiles \u00e0 en renverser les implications sous la dict\u00e9e des situations changeantes (1).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l&rsquo;a montr\u00e9 admirablement Nikki R. Keddie (2), ce sont les rapports de force entre l&rsquo;\u00c9tat et le corps des <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em> pr\u00e9\u00e9minents qui ont conditionn\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution vers la puissance de ces derniers en Iran et, au contraire, le d\u00e9clin de leur pouvoir (qui aurait eu aussi ses bases dogmatiques) dans l&rsquo;Islam sunnite. La dynastie s\u00e9f\u00e9vide (1500-1722), qui chiitisa l&rsquo;Iran, coop\u00e9ra avec les <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em> chiites qu&rsquo;elle dut importer des pays arabes. Leur d\u00e9pendance r\u00e9ciproque fut th\u00e9oris\u00e9e. Mais l&rsquo;\u00c9tat ne fit \u00e0 peu pr\u00e8s que perdre de son pouvoir par la suite, alors que les avantages consentis aux <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em> furent institutionnalis\u00e9s, l\u00e9gitim\u00e9s, et se renforc\u00e8rent. Les luttes du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle accrurent la souplesse de la doctrine et l&rsquo;ind\u00e9pendance de jugement de chaque <em>&lsquo;\u00e2lim<\/em> (singulier de <em>&lsquo;ulam\u00e2<\/em>) sur des bases d\u00e9j\u00e0 m\u00e9di\u00e9vales. Leur autonomie et leur s\u00e9curit\u00e9 financi\u00e8res, assur\u00e9es par les S\u00e9f\u00e9vides, ne purent \u00eatre \u00e9branl\u00e9es sous des gouvernements faibles qui craignaient leur opposition. Leurs chefs surent l&rsquo;accro\u00eetre en choisissant le s\u00e9jour au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du royaume, pr\u00e8s des sanctuaires sacr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;alliance apparemment paradoxale des religieux et des r\u00e9formistes ou r\u00e9volutionnaires la\u00efques a \u00e9t\u00e9 contract\u00e9e au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, contre les concessions de la dynastie kadjar \u00e0 l&rsquo;Occident et scell\u00e9e au cours de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution constitutionnelle\u00a0\u00bb de 1905-1911. Les deux parties \u00e0 l&rsquo;alliance craignaient (d\u00e9j\u00e0) la modernisation par en haut, qui ne pouvait, \u00e0 leurs yeux, qu&rsquo;augmenter le pouvoir autoritaire de la dynastie sous l&rsquo;\u00e9gide des puissances \u00e9trang\u00e8res. Les religieux redoutaient surtout les cons\u00e9quences pour leur pouvoir autonome des implications la\u00efcisantes de la modernisation. Les contestataires la\u00efques modernisateurs craignaient le renforcement du pouvoir absolu. Les uns et les autres voulaient lutter contre l&#8217;emprise des puissances \u00e0 la fois \u00e9trang\u00e8res et infid\u00e8les. L&rsquo;alliance obtint le vote de la Constitution de 1906, compromis entre les deux tendances, qui limitait grandement le pouvoir du <em>chah<\/em>. Les religieux, choqu\u00e9s par l&rsquo;instauration de tribunaux civils \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des tribunaux religieux, par l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 interconfessionnelle et bien d&rsquo;autres dispositions, \u00e9taient apais\u00e9s un moment par l&rsquo;insertion d&rsquo;un article selon lequel les lois ne pourraient \u00eatre contraires \u00e0 la Loi sacr\u00e9e, ce que devrait contr\u00f4ler un comit\u00e9 de <em>mujtahid-s<\/em> (les <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em> les plus savants) (3).<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;alliance fut rompue dans la seconde p\u00e9riode de la r\u00e9volution, la plupart des <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em> d\u00e9couvrant ses potentialit\u00e9s dangereuses. Mais certains continu\u00e8rent \u00e0 participer au front r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le renforcement du pouvoir autoritaire sous les deux monarques Pahlavi, depuis 1925, a fini par ressouder l&rsquo;alliance. Les nationalistes d\u00e9mocrates, modernisants, choqu\u00e9s par la politique \u00e9trang\u00e8re du <em>chah<\/em>, par la vigueur de la r\u00e9pression et par l&rsquo;insolence des profiteurs du r\u00e9gime, ont red\u00e9couvert, comme sous les derniers kadjar, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une alliance avec les <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em>. Ceux-ci, partageant l&rsquo;indignation g\u00e9n\u00e9rale devant les m\u00eames faits, y ajoutant leur crainte de l&rsquo;\u00e9volution modernisante et occidentalisante, peuvent drainer les m\u00e9contentements autour de leurs personnes v\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les foules et de leurs chaires inviolables, un peu comme le clerg\u00e9 en Pologne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements de 1978 sont la suite de l&rsquo;escalade initi\u00e9e par l&rsquo;<em>ayatollah<\/em> (\u00ab\u00a0signe de Dieu\u00a0\u00bb, titre honorifique des plus importants <em>mujtchid-s<\/em>) Khomeiny d\u00e9j\u00e0 en juin 1963, lorsqu&rsquo;il compara publiquement le <em>chah <\/em>\u00e0 Yazid, le calife omeyyade, qui ordonna le meurtre de Hussein, le petit-fils du proph\u00e8te. Son emprisonnement, avec une trentaine d&rsquo;autres <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em>, causa des manifestations monstres, dont les nationalistes la\u00efques, cette fois, se d\u00e9solidaris\u00e8rent. La r\u00e9pression fit au moins une centaine de morts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Un gouvernement islamique ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme ils l&rsquo;ont fait autrefois, les <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em> peuvent lancer le mot d&rsquo;ordre (cr\u00e9dible en vertu de ce qu&rsquo;on a dit ci-dessus) de gouvernement islamique. Dans le retour \u00e0 la Constitution de 1906, ils voient surtout, en plus de la limitation de l&rsquo;autoritarisme du <em>chah<\/em>, cet article, jamais appliqu\u00e9 par le pass\u00e9, qui place la l\u00e9gislation sous leur contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi se cimente provisoirement un front contre le despotisme qui englobe, entre autres, \u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e, ceux qui r\u00eavent d&rsquo;un autre despotisme. De m\u00eame, en 1952-1954, en Egypte, les Fr\u00e8res musulmans, comme les communistes, r\u00e9clamaient, derri\u00e8re Neguib, le retour au parlementarisme avec les lib\u00e9raux. Dans les deux cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;abattre une autorit\u00e9 d\u00e9test\u00e9e pour revenir \u00e0 un r\u00e9gime donnant la libert\u00e9 de mobiliser pour une autre autorit\u00e9. Je ne veux pas dire par l\u00e0 que les <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em> iraniens sont tous autoritaristes. Leurs conceptions politiques sont vraisemblablement vari\u00e9es et, chez beaucoup, d&rsquo;un flou et d&rsquo;une na\u00efvet\u00e9 prononc\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la mesure o\u00f9 ils arrivent mal \u00e0 appliquer ou \u00e0 \u00e9noncer des programmes de mesures concr\u00e8tes, gouvernants et dirigeants politiques ont, comme on l&rsquo;a dit, recours au symbolique, annonc\u00e9, revendiqu\u00e9 ou mis en vigueur. L&rsquo;ennuyeux pour leur image en Occident, c&rsquo;est que le symbolique est archa\u00efque. C&rsquo;est l\u00e0 le revers de la m\u00e9daille, le prix pay\u00e9 pour l&rsquo;avantage que constitue par ailleurs l&rsquo;insertion de quelques normes d&rsquo;organisation sociale dans le Coran et de bien d&rsquo;autres dans la tradition.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut, au sein du christianisme, revendiquer un certain int\u00e9grisme minimum et r\u00e9visionniste en invoquant les textes sacr\u00e9s seulement pour interdire le divorce et la contraception. Des int\u00e9gristes catholiques, qui, eux, ne r\u00e9visent pas la tradition, vont jusqu&rsquo;\u00e0 vouloir le retour au latin liturgique et \u00e0 la soutane. On peut, certes, s&rsquo;en plaindre ! Mais, en regard, l&rsquo;int\u00e9grisme musulman minimum exigerait, selon le Coran, que l&rsquo;on coupe une main aux voleurs et que l&rsquo;on r\u00e9duise de moiti\u00e9 la part successorale de la femme. Si l&rsquo;on recourt \u00e0 la tradition, comme le veulent les hommes de religion, il faut flageller le buveur de vin, flageller ou lapider l&rsquo;adult\u00e8re. C&rsquo;est bien d&rsquo;un archa\u00efsme plus spectaculaire &#8211; peut-\u00eatre un peu moins, il est vrai, que la symbolique de l&rsquo;int\u00e9grisme juif, mais celle-ci est souvent inapplicable et, quand elle s&rsquo;applique, ne g\u00eanant que les membres d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de faible dimension, elle frappe moins les regards de l&rsquo;observateur.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;avenir nous fera-t-il assister \u00e0 une mutation profonde de ces conditions ? Il ne le semble pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, le mot d&rsquo;ordre de gouvernement islamique peut \u00eatre discr\u00e9dit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avenir dans des secteurs plus larges de la soci\u00e9t\u00e9 musulmane. Quoi qu&rsquo;on en dise en pays d&rsquo;Islam ou ailleurs, l&rsquo;Islam en soi, la tradition musulmane ou le Coran ne proposent aucune recette magique de gouvernement musulman pleinement satisfaisant ou d&rsquo;organisation sociale harmonieuse. Ils se bornent \u00e0 des normes sectorielles, sanctifiant des types de structures politiques et sociales d\u00e9pass\u00e9s, au mieux les am\u00e9liorant un peu, et incitent (fort utilement d&rsquo;ailleurs), comme toutes les religions universalistes et quelques autres, \u00e0 manier avec mod\u00e9ration et charit\u00e9 les avantages du pouvoir et de l&rsquo;affluence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Un suppl\u00e9ment d&rsquo;\u00e2me<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Gouvernement musulman en soi ne veut rien dire. On peut d\u00e9clarer islamique l&rsquo;\u00c9tat qu&rsquo;on dirige moyennant quelques conditions minima ais\u00e9es \u00e0 remplir : proclamer la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Islam dans les textes constitutionnels, mettre ou remettre en vigueur l\u00e9galement quelques mesures archa\u00efques spectaculaires, se concilier &#8211; facilement (chez les sunnites) ou avec plus de difficult\u00e9s \u00e9ventuellement (en pays chiite) &#8211; le corps des <em>&lsquo;ulam\u00e2-s<\/em>. Mais en dehors de ce minimum, le champ est vaste. On peut avoir affaire \u00e0 des r\u00e9gimes diff\u00e9rents et m\u00eame diam\u00e9tralement oppos\u00e9s. Ils peuvent s&rsquo;accuser mutuellement de trahir le \u00a0\u00bb vrai \u00a0\u00bb Islam. Rien n&rsquo;est plus facile ni plus dangereux que de manier l&rsquo;accusation ancestrale : l&rsquo;adversaire est un \u00ab\u00a0ennemi de Dieu\u00a0\u00bb (<em>&lsquo;adou All\u00e2h<\/em>). Ces anath\u00e8mes mutuels, incorpor\u00e9s souvent dans les fatwa-s (consultations) contradictoires des autorit\u00e9s complaisantes, ne sont pas non plus de nature \u00e0 renforcer la confiance en la vertu de l&rsquo;islamit\u00e9 proclam\u00e9e d&rsquo;un \u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Du moins, un de ces \u00c9tats ne pourrait-il \u00eatre musulman \u00ab\u00a0authentiquement\u00a0\u00bb et introduire un suppl\u00e9ment d&rsquo;\u00e2me musulman dans le gouvernement des hommes ? Certains l&rsquo;esp\u00e8rent ou disent l&rsquo;esp\u00e9rer, ardents militants r\u00e9volutionnaires parce que musulmans ou musulmans parce que r\u00e9volutionnaires, Europ\u00e9ens convaincus des vices de l&rsquo;Europe et esp\u00e9rant trouver ailleurs (pourquoi pas en Islam ?) ce qui en pr\u00e9serverait un avenir plus ou moins radieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9tonnant, apr\u00e8s des dizaines de si\u00e8cles d&rsquo;exp\u00e9riences convergentes, qu&rsquo;il soit encore n\u00e9cessaire de rappeler une loi historique des mieux attest\u00e9es. Les bonnes intentions morales, cautionn\u00e9es ou non par la divinit\u00e9, sont d&rsquo;un faible poids pour orienter la politique pratique des \u00c9tats. Le meilleur exemple en est sans doute la faible influence de l&rsquo;anarchisme non violent du Christ, pourtant constamment rappel\u00e9 par des textes lus, v\u00e9n\u00e9r\u00e9s, m\u00e9moris\u00e9s, sur les orientations des pouvoirs chr\u00e9tiens (et d&rsquo;ailleurs de la plupart de leurs sujets). La spiritualit\u00e9 musulmane pourra colorer heureusement le style de pratique politique de quelques dirigeants. Il est hasardeux d&rsquo;esp\u00e9rer plus.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Islam, disent ses adh\u00e9rents, a cependant la sup\u00e9riorit\u00e9 sur le christianisme de demander moins \u00e0 la vertu humaine, de se r\u00e9signer d&rsquo;avance \u00e0 l&rsquo;imperfection des structures n\u00e9cessaires, de prescrire ou de justifier des lois r\u00e9pressives. Mais, ainsi, peut-on r\u00e9pondre, il incite \u00e0 attendre plus de ces structures l\u00e9gales. Or tout pouvoir ne peut que d\u00e9cevoir. Il d\u00e9cevra d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il promettra plus, qu&rsquo;il se pr\u00e9tendra dot\u00e9 plus que d&rsquo;autres du pouvoir de satisfaire. Cette d\u00e9ception ne peut que se r\u00e9percuter sur la doctrine dont il aura fait son arme. Si la potion magique ne rend pas plus fort qu&rsquo;un autre, on perdra confiance non seulement dans le druide qui l&rsquo;a pr\u00e9par\u00e9e, mais aussi dans le druidisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Des vagues de d\u00e9saffection envers l&rsquo;Islam peuvent donc se r\u00e9pandre comme elles ont balay\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne. C&rsquo;est bien imprudemment que tant de r\u00e9gimes se sont proclam\u00e9s musulmans.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9tat d&rsquo;esprit de ce genre peut d\u00e9j\u00e0 se constater chez bien des gens issus de la soci\u00e9t\u00e9 musulmane et qui peuvent exprimer librement leurs d\u00e9ceptions parce qu&rsquo;ils sont \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le poids de la contrainte sociale d&rsquo;un pi\u00e9tisme moraliste \u00e9touffant est d&rsquo;ailleurs un facteur important de l&rsquo;\u00e9migration (non \u00e9conomique), hors de ces pays. Les femmes sont sp\u00e9cialement am\u00e8res. On en a vu r\u00e9cemment &#8211; \u00e0 Paris &#8211; crier leur haine de l&rsquo;Islam&#8230;, une haine qui ne doit rien aux man\u0153uvres de \u00ab\u00a0l&rsquo;Imp\u00e9rialisme\u00a0\u00bb. On dira qu&rsquo;elles lient \u00e0 tort l&rsquo;Islam en soi, l&rsquo;\u00e9lan du Message, \u00e0 des r\u00e8gles oppressives particuli\u00e8res qui ne l&rsquo;accompagn\u00e8rent que de fa\u00e7on contingente. C&rsquo;est vrai. Mais qui donc avant elle les a li\u00e9es et continue \u00e0 les lier ?<\/p>\n\n\n\n<p>Il en va ainsi \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur \u00e9galement, m\u00eame si on ne peut aussi ais\u00e9ment s&rsquo;exprimer. L&rsquo;industrialisation, en se d\u00e9veloppant encore quelque peu, les s\u00e9ductions, visibles au cin\u00e9ma et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, du mode de vie dans les soci\u00e9t\u00e9s la\u00efcis\u00e9es multiplieront vraisemblablement les contestataires, non seulement des r\u00e9gimes politiques et sociaux de leurs pays, mais de la religion qu&rsquo;ils ont prise comme banni\u00e8re si cette religion est encore invoqu\u00e9e pour justifier la contrainte.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous la pression de telles insatisfactions, il est bien possible que les hommes de religion pr\u00e9sentent un jour de l&rsquo;Islam des versions un peu plus concr\u00e8tes, un peu plus modernes, un peu plus s\u00e9duisantes. Il pourra alors se d\u00e9velopper un islamisme de gauche &#8211; et non seulement un islamisme dress\u00e9 contre un r\u00e9gime d\u00e9termin\u00e9 &#8211; comme il s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 un christianisme de gauche. Ce sera peut-\u00eatre un peu tard. Certes, la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une communaut\u00e9 longtemps agress\u00e9e, le \u00ab\u00a0patriotisme\u00a0\u00bb communautaire avec sa parano\u00efa et son narcissisme habituels, la fiert\u00e9 de chef de file du tiers-monde joueront encore. Mais cela ne peut durer toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le moment, on est un peu loin de ces perspectives d&rsquo;un Islam de gauche. Il faut se contenter, au mieux, d&rsquo;un Islam cautionnant apr\u00e8s coup les positions anti-am\u00e9ricaines ou anti-occidentales d&rsquo;un pouvoir en m\u00eame temps qu&rsquo;il exerce des pressions pour le maintien d&rsquo;un ordre moral archa\u00efque. On peut appeler cela la gauche si l&rsquo;on veut. Parmi ceux qui s&rsquo;opposent \u00e0 eux, le <em>chah <\/em>et les siens d\u00e9couvrent aujourd&rsquo;hui (tactiquement) des \u00ab\u00a0marxistes islamiques\u00a0\u00bb. Ils n&rsquo;ont pas tout \u00e0 fait tort dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9ologie implicite du tiers-monde en r\u00e9volte a fait adopter ou red\u00e9couvrir les tendances contestataires du marxisme par les masses et les esprits les plus divers. Certains suivent ces tendances en les rapportant \u00e0 l&rsquo;Islam en soi. Ils ont tort, mais, il s&rsquo;agit bien de tendances universelles qui affleur\u00e8rent \u00e9galement, avec puissance, au sein de l&rsquo;Islam m\u00e9di\u00e9val. S&rsquo;ils se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;Islam, c&rsquo;est souvent, pour beaucoup, afin de pouvoir accompagner leur modernisme politique d&rsquo;un archa\u00efsme social auquel ils tiennent.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une combinaison de ce genre entre modernisme r\u00e9volutionnaire et archa\u00efsme social que repr\u00e9sente Kadhafi, seul \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 garder, une fois parvenu au pouvoir, la fra\u00eecheur de la r\u00e9volte militante. Les gouvernants saoudiens combinent, eux, modernisme technologique et archa\u00efsme politique et social, comme le leur reprochent aujourd&rsquo;hui leurs <em>&lsquo;ulama-s<\/em> inquiets \u00e0 droite et pr\u00e9cis\u00e9ment Kadhafi \u00e0 gauche. Des combinaisons de ce genre sont instables comme les alliances entre religieux et socialistes ou lib\u00e9raux, du moins tant que les premiers n&rsquo;auront pas fait leur <em>aggiornamento<\/em>. Il est probable qu&rsquo;on verra se reproduire la rupture de l&rsquo;alliance en Iran (entre autres) comme en 1907.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;humanit\u00e9 ne cesse de se poser des probl\u00e8mes qu&rsquo;elle ne peut r\u00e9soudre ou dans des termes qui les rendent insolubles. Aux d\u00e9ceptions renouvel\u00e9es font \u00e9cho des espoirs toujours renaissants. On en appellera toujours des impuret\u00e9s des r\u00e9gimes concrets au \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb Islam comme au \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb marxisme. On essaiera encore longtemps de corriger les \u00ab\u00a0erreurs\u00a0\u00bb par le retour \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 trahie de la tradition b\u00e9nie. Il y a encore de beaux jours pour l&rsquo;int\u00e9grisme musulman. Pour ses r\u00e9cup\u00e9rations et ses contestations aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>MAXIME RODINSON<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Directeur d&rsquo;\u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole pratique des hautes \u00e9tudes<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Pour l&rsquo;Islam, voir Claude Cahen, \u00ab\u00a0La changeante port\u00e9e sociale de quelques doctrines religieuses\u00a0\u00bb, r\u00e9imprim\u00e9 dans son recueil <em>les Peuples musulmans dans l&rsquo;histoire m\u00e9di\u00e9vale<\/em> (Institut fran\u00e7ais de Damas, 1977), p. 189-207.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Voir surtout ses articles fondamentaux \u00ab\u00a0Religion and Irreligion in Early Iranian Nationalism\u00a0\u00bb (<em>Comparative Studies in Society and History<\/em>. La Haye, 4, 1962, p. 265-295) ; \u00ab\u00a0The Origins of the Religious-Radical Alliance in Iran\u00a0\u00bb (<em>Past and Present<\/em>, Oxford, 34, July 1966, p. 70-80) et \u00ab\u00a0The Roots of the Ulama&rsquo;s power in Modern Iran\u00a0\u00bb <em>Studia Islamica<\/em>, Maisonneuve et Larose, Paris, 29, 1969, p. 31-53).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3) Voir l&rsquo;analyse fouill\u00e9e de la Constitution dans l&rsquo;article \u00ab\u00a0Dust\u00fbr, IV, Iran\u00a0\u00bb par Ann K.S. Lambton, <em>Encyclop\u00e9die de l&rsquo;Islam<\/em>, 2e \u00e9d. fran\u00e7aise, tome II (1965), p. 665-673.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Maxime Rodinson publi\u00e9 dans Le Monde des 6, 7 et 8 d\u00e9cembre 1978 I. &#8211; O\u00f9 Dieu n&rsquo;est pas mort Un renouveau de l&rsquo;int\u00e9grisme musulman ? Telle est l&rsquo;interpr\u00e9tation que sugg\u00e8rent \u00e0 beaucoup d&rsquo;observateurs une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements et d&rsquo;incidents r\u00e9cents : les accusations contre l&rsquo;ancien premier ministre du Pakistan, M. 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