{"id":989,"date":"2016-06-17T20:27:38","date_gmt":"2016-06-17T19:27:38","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.wordpress.com\/?p=989"},"modified":"2026-02-18T22:07:44","modified_gmt":"2026-02-18T21:07:44","slug":"halimi-lait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2016\/06\/17\/halimi-lait\/","title":{"rendered":"Gis\u00e8le Halimi : Le lait de l&rsquo;oranger"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Extraits de Gis\u00e8le Halimi, <a href=\"http:\/\/www.gallimard.fr\/Catalogue\/GALLIMARD\/Blanche\/Le-lait-de-l-oranger\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Le lait de l&rsquo;oranger<\/em><\/a>, Paris, Gallimard, 1988<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/prod.cdn-medias.jeuneafrique.com\/cdn-cgi\/image\/q%3Dauto%2Cf%3Dauto%2Cmetadata%3Dnone%2Cwidth%3D1800%2Cfit%3Dcover\/https%3A\/\/prod.cdn-medias.jeuneafrique.com\/medias\/2023\/03\/08\/jad20230308-cm-jeunesseafricaine-giselehalimi-photo2.jpg?w=580&#038;ssl=1\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Gis\u00e8le Halimi (\u00e0 g.) avec Djamila Boupacha, la jeune ind\u00e9pendantiste alg\u00e9rienne dont elle a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;avocate. Ici, le 22 avril 1962. \u00a9 AFP (<a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/1424437\/culture\/gisele-halimi-combattante-tunisienne-et-algerienne\/\">Source<\/a>)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>p. 177-181<\/strong> :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Aujourd&rsquo;hui, je n&rsquo;appellerai pas Camus. Je ne lui raconterai pas cette aventure unique : la justice militaire contrainte \u00e0 la justice par l&rsquo;effondrement d&rsquo;un complot policier.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me revois, quelques mois avant ce proc\u00e8s, accroch\u00e9e \u00e0 un t\u00e9l\u00e9phone que je voulais charger de toutes mes forces de conviction. Je d\u00e9sirais, cette fois encore, que Camus interv\u00eent aupr\u00e8s de Coty, de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e ou de je ne sais quel responsable gouvernemental. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Mohammed Ben Hamdi devait \u00eatre graci\u00e9 et j&rsquo;avais besoin du soutien de Camus. Au m\u00eame moment, il semblait amorcer son grand silence sur l&rsquo;Alg\u00e9rie : \u00ab Les tueurs de femmes et d&rsquo;enfants, je les m\u00e9prise. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Ce jour-l\u00e0, il me refusait toute aide. Bri\u00e8vement et sans fioritures. J&rsquo;essayais d&rsquo;argumenter. Pour n&rsquo;avoir pas dispos\u00e9 d&rsquo;une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re au service de sa cause, un militant devait-il mourir comme un quelconque malfaiteur ? Un assassin est-il toujours l&rsquo;assassin que l&rsquo;on croit ? <\/p>\n\n\n\n<p>Camus \u00e9coutait. Je l&rsquo;entendais se taire au bout du fil et je m&rsquo;enhardissais. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab M\u00eame un terroriste, peut-on accepter qu&rsquo;une aube le coupe en deux, \u00e0 Barberousse ? \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Pas de r\u00e9action. J&rsquo;avais d\u00fb faire mouche. Puis soudain : \u00ab Parlez plus fort, je vous entends mal&#8230; parlez plus fort&#8230;, mais <em>exceptionnellement<\/em>. \u00bb Il appuyait sur le mot. \u00ab Oui, je dis bien <em>exceptionnellement <\/em>\u00bb, insistait-il. <\/p>\n\n\n\n<p>Avec lui, comme avec tous les autres, j&rsquo;\u00e9levais tr\u00e8s rarement la voix. Plus que ma\u00eetrise de soi, ma mani\u00e8re de parler exprimait un choc d&rsquo;enfance. Une enfance travers\u00e9e par les hurlements, l\u2019exag\u00e9ration du verbe, la pr\u00e9sence constante d&rsquo;un Dieu mena\u00e7ant (\u00ab <em>Il <\/em>te voit, <em>Il <\/em>sait tout, <em>Il<\/em> peut te r\u00e9duire en cendres&#8230; \u00bb). J&rsquo;ai gard\u00e9, de ce genre de d\u00e9mesure, une horreur inhibitrice. M\u00eame sous le coup d&rsquo;une violente \u00e9motion, je fuis la dispute, j&rsquo;\u00e9vite les menaces, je ne lance pas d&rsquo;ananath\u00e8mes. <\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui ont crois\u00e9 ma vie, occasionnellement ou de mani\u00e8re plus permanente, m&rsquo;en ont souvent fait le reproche. Ils se sentaient, en quelque sorte, agress\u00e9s. \u00ab Tu es calme, s\u00e8che. Avec ta voix, toujours la m\u00eame, douce, tu peux dire des choses horribles, tu peux assassiner par tes mots&#8230; en souriant presque. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Camus, au contraire, appr\u00e9ciait mon ton neutre, une bizarrerie, sans doute, pour l&rsquo;homme natif d&rsquo;Afrique du Nord. \u00ab Dans nos pays, me confiait-il, la voix, le geste sont souvent excessifs. Nous devons, par notre mesure \u2014 la mesure m\u00e9diterran\u00e9enne \u2014, influencer l&rsquo;Europe. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais fait la connaissance de Camus un dimanche de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1956, chez l&rsquo;avocat Yves Dechezelles. Tous deux avaient fr\u00e9quent\u00e9 la m\u00eame universit\u00e9, \u00e0 Alger. <\/p>\n\n\n\n<p>Avec un courage et une d\u00e9termination exemplaires, Dechezelles avait choisi son camp : l&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne et la d\u00e9fense de Messali Hadj et de ses militants. Le F.L.N. lui reprochait d&rsquo;influencer Camus en faveur du M.N.A. et voyait d&rsquo;un mauvais oeil l&rsquo;amiti\u00e9 des deux hommes interf\u00e9rer dans les tentatives de m\u00e9diation des Fran\u00e7ais lib\u00e9raux d&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dimanche de septembre, j&rsquo;\u00e9tais venue travailler \u00e0 quelques dossiers alg\u00e9riens avec Dechezelles. Paris ruisselait de lumi\u00e8re. Il faisait chaud, chaud comme on l&rsquo;aime sur nos plages, sur nos peaux. Pieds nus et en robe l\u00e9g\u00e8re, je relisais les documents que j&rsquo;avais apport\u00e9s. Yves n&rsquo;en finissait pas de discuter au t\u00e9l\u00e9phone. Myriam son \u00e9pouse, n\u00e9e en Alg\u00e9rie de la bonne bourgeoisie juive, roulait un couscous. <\/p>\n\n\n\n<p>Autour des couscous de Myriam, je rencontrais des responsables messalistes, des militants trotskystes, des po\u00e8tes surr\u00e9alistes. <\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens d&rsquo;Andr\u00e9 Breton, assis sur un divan bas, son assiette \u00e0 la main. Il dissertait, \u00e9blouissant et imp\u00e9rieux, de po\u00e9sie, d&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne, d&rsquo;art catalan. <\/p>\n\n\n\n<p>Voir, \u00e9couter ceux que j&rsquo;avais d\u00e9couverts avec passion dans les livres me fascinait. Mais je n&rsquo;osais me mesurer \u00e0 un \u00e9change direct avec eux, je craignais d&rsquo;\u00eatre ridicule, je me taisais. <\/p>\n\n\n\n<p>Quand Breton \u00e9voqua Barcelone et les merveilles recel\u00e9es par les \u00e9glises de ses environs, je me hasardai cependant \u00e0 d\u00e9crire l&rsquo;une d&rsquo;elles, qui m&rsquo;avait enchant\u00e9e. Je l&rsquo;avais visit\u00e9e entre deux proc\u00e8s d&rsquo;\u00e9tudiants antifranquistes. Avec un enthousiasme un peu primaire, je m&rsquo;exclamai : \u00ab Cette petite \u00e9glise romane \u00e9tait si pure, si belle ! \u00bb Breton darda alors sur moi son \u0153il de flamme et, secouant sa belle crini\u00e8re, me lan\u00e7a, comme un ordre : \u00ab Mademoiselle, apprenez qu&rsquo;une \u00e9glise n&rsquo;est belle que lorsqu&rsquo;elle br\u00fble! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ukase de la beaut\u00e9 convulsive, sans doute\u2026 Je m&rsquo;inclinai.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>On sonna, j&rsquo;allai ouvrir. <\/p>\n\n\n\n<p>Camus. Surpris, il me toisa de son regard mauve : \u00ab\u00a0Bonjour, printemps !\u00a0\u00bb me lan\u00e7a-t-il. Puis, se ravisant : \u00ab\u00a0Non, bonjour, \u00e9t\u00e9 !\u00a0\u00bb Un temps. \u00a0\u00bb Je viens voir Yves Dechezelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait dire quelque chose, vite, pour sortir de l&rsquo;\u00e9moi qui me clouait sur le seuil de la porte. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0De la part de qui ?\u00a0\u00bb murmurai-je. Je n&rsquo;avais rien trouv\u00e9 de moins absurde !<\/p>\n\n\n\n<p>Je le fis entrer, le priai de s&rsquo;asseoir, cherchant, jusqu&rsquo;\u00e0 la crampe, \u00e0 dissimuler mes pieds nus sous le fauteuil. Nous parl\u00e2mes de la Tunisie qui venait de proclamer son ind\u00e9pendance, de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie et de l&rsquo;arrestation des son ami, le lib\u00e9ral Jean de Maisonseul. <\/p>\n\n\n\n<p>Aborder des th\u00e8mes politiques que je connaissais un peu de me redonnait quelque contenance. Je br\u00fblais de lui dire la magie qu&rsquo;avaient exerc\u00e9 sur moi <em>L&rsquo;\u00c9tranger<\/em>, ses criques blanches de soleil et les ombres tragiques de Meursault, condamn\u00e9 pour n&rsquo;avoir pas pleur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enterrement de sa m\u00e8re, plus que pour avoir tu\u00e9. Impressionn\u00e9e, volubile, j&rsquo;appr\u00e9ciai : \u00ab Quel r\u00e9cit superbe&#8230; cette puret\u00e9 lin\u00e9aire, cette sobri\u00e9t\u00e9&#8230; \u00bb <em>La Chute<\/em>, qui venait de para\u00eetre, m&rsquo;avait moins boulevers\u00e9e, ce n&rsquo;\u00e9tait pas la m\u00eame sensualit\u00e9, je n&rsquo;en parlai point. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oui, avoua-t-il avec une certaine chaleur, (enfin) touch\u00e9, les gens comme vous ou moi ressentent Meursault dans toute sa complexit\u00e9&#8230; parce que nous sommes de l\u00e0-bas, n&rsquo;est-ce pas ? \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Ce \u00ab nous \u00bbcomplice&#8230; complice\u2026 Quelle joie&#8230; Il nous quitta vite, trop vite. Il ne pouvait partager le couscous de Myriam. Des rendez-vous ou une r\u00e9p\u00e9tition de son adaptation au th\u00e9\u00e2tre du <em>Requiem pour une nonne<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Si je puis vous aider, pour certains de vos condamn\u00e9s, appelez-moi.\u00a0\u00bb Un peu officielle, sa voix. Mais comme, en m\u00eame temps, il me gratifiait d&rsquo;une s\u00e9rie de num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone, les siens &#8211; chez Gallimard, chez lui, \u00e0 Paris, au Th\u00e9\u00e2tre des Mathurins, \u00e0 Lourmarin dans le Midi &#8211; je demeurai euphorique. Jusqu&rsquo;au lendemain matin, o\u00f9 je l&rsquo;appelai \u00e0 la premi\u00e8re heure. Assez patient\u00e9. Le d\u00e9lai d&rsquo;attente me sembla d\u00e9cent et, surtout, je ne tenais plus en place devant mon t\u00e9l\u00e9phone. <\/p>\n\n\n\n<p>Je le revis, lui remis mes notes, plaidai mes causes aupr\u00e8s de lui. Je continuai de r\u00eaver. <\/p>\n\n\n\n<p>Je devais rentrer en Tunisie quelques jours plus tard et revenir en bateau pour rapporter ma vieille Peugeot 203. De Marseille, je roulerais jusqu&rsquo;\u00e0 Paris en voiture. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Pourquoi ne pas vous arr\u00eater \u00e0 Lourmarin pour un soir ou deux ? \u00bb me proposa Camus qui comptait y prendre quelque repos en compagnie de ses deux enfants. <\/p>\n\n\n\n<p>Il me donna une panoplie de croquis, de noms de routes, de rep\u00e8res. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Impossible de vous perdre, arm\u00e9e de tout \u00e7a. De toute mani\u00e8re, appelez-moi d&rsquo;Avignon ou d&rsquo;Aix, je viendrais vous chercher s&rsquo;il le faut \u00bb, insista-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Un ami, journaliste \u00e0 <em>France-Observateur<\/em>, d\u00e9cida que je ne pouvais, en ces temps difficiles et d\u00e9barquant de ma province africaine natale, conduire seule de Marseille \u00e0 Paris. Il s&rsquo;offrit \u00e0 m&rsquo;accompagner. Nous nous retrouv\u00e2mes \u00e0 mon arriv\u00e9e au port et l&rsquo;aventure commen\u00e7a joyeusement par une merveilleuse bouillabaisse. <\/p>\n\n\n\n<p>La route que nous devions emprunter se confondait avec la dynamique de ma vie. Je \u00ab montais \u00bb \u00e0 Paris m&rsquo;installer comme avocate et prendre part au combat des intellectuels pour la d\u00e9colonisation. La Haute-Provence \u00e9clatait de beaut\u00e9. L&rsquo;\u00e9t\u00e9 m&rsquo;inondait de ses lumi\u00e8res et se fondait parfaitement aux miennes. F\u00eate unique, f\u00eate essentielle que la nature, l&rsquo;amiti\u00e9 chargeaient d&rsquo;un bonheur sensuel.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>p. 185-186 :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A cette \u00e9poque, en septembre 1956, le F.L.N. lan\u00e7ait ses premi\u00e8res bombes. <\/p>\n\n\n\n<p>Quelques semaines apr\u00e8s, l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise intercepta l&rsquo;avion transportant Ben Bella et trois autres chefs historique du F.L.N. Le g\u00e9n\u00e9ral Salan devint commandant en chef en Alg\u00e9rie et, \u00e0 la veille de ce No\u00ebl 1956, \u00e9clata le complot du g\u00e9n\u00e9ral Faure. <\/p>\n\n\n\n<p>Camus avait d\u00e9j\u00e0 dit son d\u00e9sarroi. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme r\u00e9volt\u00e9, plus tard, c&rsquo;est lui, dans ses actes et dans ses refus. Il pr\u00e9f\u00e9ra sa m\u00e8re \u00e0 la justice. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce dilemme me sembla faux, \u00e9loign\u00e9 d&rsquo;un homme confront\u00e9 \u00e0 sa libert\u00e9 de militant. Sa m\u00e8re, la mienne nous mettaient en situation, comme les luttes entreprises. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais nos discussions tourn\u00e8rent court. <\/p>\n\n\n\n<p>Le prix Nobel couronna un Camus d\u00e9pass\u00e9, diff\u00e9rent. Celui de la lutte contre le nazisme, de l&rsquo;antifranquisme, celui qui, dans <em>L&rsquo;\u00c9tat de si\u00e8ge<\/em>, explique en quelques mots simples comment tombent les dictatures : <em>\u00ab Il a toujours suffi qu&rsquo;un homme surmonte sa peur et se r\u00e9volte pour que leur machine commence \u00e0 grincer. \u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A Stockholm, en septembre 1957, se d\u00e9roul\u00e8rent les c\u00e9r\u00e9monies d&rsquo;usage, toutes de mondanit\u00e9s et de confort. Quel Camus sacrait-on l\u00e0-bas ? Celui des engagements pass\u00e9s, des constats pr\u00e9sents ou des refus pour l&rsquo;avenir ? Aux hommes qui revendiquaient leur dignit\u00e9 en Alg\u00e9rie \u2014 l&rsquo;un d&rsquo;entre eux l&rsquo;interpella \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Uppsala, o\u00f9 il faisait une conf\u00e9rence \u2014 il r\u00e9pondit, <a href=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2013\/11\/14\/albert-camus\/\">il r\u00e9p\u00e9ta qu&rsquo;il d\u00e9fendrait sa m\u00e8re avant la justice<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais cess\u00e9 depuis quelque temps de le voir, il n&rsquo;intervenait plus \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e en faveur de <em>mes <\/em>condamn\u00e9s \u00e0 mort alg\u00e9riens, et je n&rsquo;eus gu\u00e8re l&rsquo;occasion de d\u00e9fendre, en lui parlant \u00ab\u00a0<em>exceptionnellement <\/em>plus fort\u00a0\u00bb, mon point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;une de nos derni\u00e8res discussions, il martela : \u00ab\u00a0Ceux qui d\u00e9posent des bombes dans les autobus n&rsquo;ont rien \u00e0 attendre de moi&#8230; des criminels de droit commun.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Entre nous, la cause fut entendue.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>p. 190-191<\/strong> :<\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e9vrier 1957. Je me rends \u00e0 Rome pour y rencontrer le roi du Maroc, Mohammed V.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agissait de l&rsquo;informer des projets de Messali Hadj, que j&rsquo;\u00e9tais all\u00e9e voir \u00e0 Belle-Ile.<\/p>\n\n\n\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises avaient assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence le leader alg\u00e9rien dans cette \u00eele, tout en mimosas et lumi\u00e8re bleue.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aube, apr\u00e8s une nuit de voiture, j&rsquo;en d\u00e9couvris la splendeur. Je humais l&rsquo;air marin et, tel un chien de Pavlov, je me retrouvais r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, lav\u00e9e de mes fatigues, lisse comme l&rsquo;enfance. Le d\u00e9clic avait jou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Physiquement, Messali \u00e9voquait pour moi un pope de Zagorsk. Grand, altier, une barbe somptueuse, un regard aigu, un maintien solennel qui d\u00e9rangeait \u00e0 peine les plis de l&rsquo;ample djellaba. Une ic\u00f4ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il parla d&rsquo;une belle voix grave, je d\u00e9couvris un humaniste. Rousseau, Voltaire, et Allah en plus. Il invoquait la dignit\u00e9 de tout \u00eatre humain, s&rsquo;interrompait de temps en temps pour dire : \u00ab\u00a0La France&#8230; une telle guerre&#8230;\u00a0\u00bb Ou : \u00ab\u00a0Heureusement, beaucoup de Fran\u00e7ais comprennent.\u00a0\u00bb Ou encore : \u00ab\u00a0On ne peut pas avoir fait la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et exiger que nous restions sourds et aveugles \u00e0 son message.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il se voulait cons\u00e9quent pour deux, la France et lui-m\u00eame, convaincant avec la dialectique de l&rsquo;autre. Je fus conquise par sa douceur, sa largesse d&rsquo;esprit et j&rsquo;achevai \u00e0 regret ce d\u00e9jeuner frugal, en compagnie de ses deux enfants et de quelques fid\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p>Autour, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, sur les marches qui menaient \u00e0 la villa fortifi\u00e9e, des gardes. Au loin, la mer, p\u00e2le et puissante.<\/p>\n\n\n\n<p>Je repris dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi la route de Paris.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extraits de Gis\u00e8le Halimi, Le lait de l&rsquo;oranger, Paris, Gallimard, 1988 p. 177-181 : Aujourd&rsquo;hui, je n&rsquo;appellerai pas Camus. Je ne lui raconterai pas cette aventure unique : la justice militaire contrainte \u00e0 la justice par l&rsquo;effondrement d&rsquo;un complot policier. 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