{"id":9915,"date":"2020-09-14T06:38:30","date_gmt":"2020-09-14T04:38:30","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=9915"},"modified":"2024-01-10T22:55:00","modified_gmt":"2024-01-10T21:55:00","slug":"samira-fellah-algerie-femmes-refusent-resignation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/14\/samira-fellah-algerie-femmes-refusent-resignation\/","title":{"rendered":"Samira Fellah : Alg\u00e9rie. Les femmes refusent la r\u00e9signation"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Textes parus dans <em><a href=\"http:\/\/association-radar.org\/IMG\/pdf\/16-040-00389.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Inprecor<\/a><\/em>, n\u00b0 389, mars 1995, p. 17-21 et p. 32-35<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"438\" height=\"622\" data-attachment-id=\"9921\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/14\/samira-fellah-algerie-femmes-refusent-resignation\/inprecor-mars-1995\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Inprecor-mars-1995.png?fit=438%2C622&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"438,622\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Inprecor-mars-1995\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Inprecor-mars-1995.png?fit=211%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Inprecor-mars-1995.png?fit=438%2C622&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Inprecor-mars-1995.png?resize=438%2C622&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-9921\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Inprecor-mars-1995.png?w=438&amp;ssl=1 438w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Inprecor-mars-1995.png?resize=211%2C300&amp;ssl=1 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 438px) 100vw, 438px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>L&rsquo;Alg\u00e9rie est venue, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, s&rsquo;ajouter aux dures exp\u00e9riences iranienne, afghane pour \u00e9clairer la question des rapports entre femmes et int\u00e9grisme, question caract\u00e9ris\u00e9e par une violence exceptionnelle. Pourquoi les femmes se retrouvent-elles cibles privil\u00e9gi\u00e9es des islamistes, pourquoi servent-elles d&rsquo;instrument d&rsquo;affirmation de mouvements politico-religieux ? Qu&rsquo;a-t-elle de si sp\u00e9cifique, cette place des femmes, pour qu&rsquo;il faille leur nier tous les droits, les faire payer de leur vie, des combats politiques pour des projets de soci\u00e9t\u00e9 qui les excluent presque autant les uns que les autres ? Pourquoi servent-elles de chair \u00e0 canon dans ses guerres d&rsquo;un nouveau type ? A ces questions devront r\u00e9pondre toutes celles et tous ceux que touche cette r\u00e9alit\u00e9. De la m\u00eame mani\u00e8re que, d&rsquo;action en analyse, le mouvement f\u00e9ministe occidental et la r\u00e9flexion marxiste ont construit les th\u00e8ses sur l&rsquo;oppression des femmes, le rapport au march\u00e9 du travail, il nous faudra, \u00e0 partir de l&rsquo;histoire que nous forgeons, au jour le jour, d\u00e9crire, comprendre, expliquer, th\u00e9oriser, pour que d&rsquo;autres puissent continuer notre action. Pour le moment, nous en sommes \u00e0 quelques bribes de r\u00e9ponses et \u00e0 des masses de constats.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie, traditionalistes et modernistes se livraient bataille au travers du statut des femmes. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, \u00e9branl\u00e9e par les transformations sociales qu&rsquo;avaient entra\u00een\u00e9es la guerre de lib\u00e9ration nationale et les n\u00e9cessit\u00e9s de reconstruction du pays, les femmes avaient conquis des espaces publics appr\u00e9ciables, dans les grandes villes tout au moins. La g\u00e9n\u00e9ration des femmes form\u00e9es dans les luttes d\u00e9mocratiques des ann\u00e9es 70 et 80, nourries des id\u00e9es f\u00e9ministes occidentales, port\u00e9es par les enthousiasmes de l&rsquo;ind\u00e9pendance, des nationalisations, de la scolarisation massive des filles, de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 avait r\u00e9agi r\u00e9guli\u00e8rement, \u00e0 chaque agression du r\u00e9gime, en s&rsquo;appuyant notamment sur la l\u00e9gitimit\u00e9 historique des moudjahidates. Les mobilisations de ces noyaux se sont r\u00e9guli\u00e8rement affirm\u00e9es contre les projets de statut personnel, les lois restrictives et discriminatoires sur le sports, le droit au logement, les autorisations de sortie du territoire soumises \u00e0 tutelle parentale ou maritale. Sous la pression de fractions traditionalistes du pouvoir, les d\u00e9cideurs tentaient de reprendre d&rsquo;une main ce qu&rsquo;ils donnaient de l&rsquo;autre et les militantes ripostaient sans rel\u00e2che, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;adoption du code de la famille, en \u00e9t\u00e9 1984.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s peu d&rsquo;entre-elles connaissaient la virulence des textes islamistes de l&rsquo;\u00e9poque. Pourtant les d\u00e9clarations de Soltani, dans la d\u00e9cennie 70, n&rsquo;avaient rien \u00e0 envier \u00e0 celles de Abassi ou de Belhadj. C&rsquo;est l&rsquo;occasion de rappeler que les th\u00e8ses islamistes ne sont pas n\u00e9es brutalement, un jour funeste de 1988 ou 1989. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, elles \u00e9taient extr\u00eamement minoritaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong><em>La gen\u00e8se<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans leurs \u00e9crits, les islamistes \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, consid\u00e9raient que le pouvoir alg\u00e9rien \u00e9tait ill\u00e9gitime parce qu&rsquo;il ne refl\u00e9tait pas l&rsquo;identit\u00e9 fondamentalement musulmane du peuple alg\u00e9rien, m\u00e9cr\u00e9ant parce qu&rsquo;il avait fait le choix du \u00ab socialisme \u00bb et qu&rsquo;il entra\u00eenait tout un peuple dans la d\u00e9pravation, en autorisant les \u00ab interdits \u00bb musulmans, en \u00e9loignant les femmes de leur mission naturelle et originelle de procr\u00e9atrices et d&rsquo;\u00e9ducatrices. Il fallait donc, d&rsquo;apr\u00e8s eux, corriger cette profonde crise morale par un redressement des m\u0153urs, passant n\u00e9cessairement par une r\u00e9duction radicale des femmes s\u00e9duites par \u00ab l&rsquo;occident \u00bb, d&rsquo;o\u00f9 un foisonnement de publications moralistes et de pamphlets dont les plus c\u00e9l\u00e8bres \u00e9taient de Masmoudi et de Abou Jerra.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces th\u00e8ses, les m\u00eame qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, montrent bien que la question des femmes est centrale dans le projet islamiste, comme dans tout projet fondamentaliste d&rsquo;ailleurs. Cette question est tellement essentielle qu&rsquo;elle est \u00e0 l&rsquo;origine de multiples divisions de la mouvance islamiste. Si les sections f\u00e9minines d&rsquo;El Irchad Ouel Islah, proches de Hamas de Mahfoud Nahnah, dans un pass\u00e9 plus r\u00e9cent, ont toujours admis le droit au travail, au divorce, \u00e0 la pratique du sport sans remettre en cause ni la polygamie ni la pr\u00e9sence des hommes sur les femmes, d&rsquo;autres tendances, celle du FIS notamment, allaient jusqu&rsquo;\u00e0 utiliser les barres de fer contre les \u00e9tudiantes de cit\u00e9s universitaires pour les emp\u00eacher de sortir. Malgr\u00e9 ces diff\u00e9rences, tous s&rsquo;entendent pour consid\u00e9rer que l&rsquo;\u00e9dification de l&rsquo;ordre islamique passe par la normalisation de la soci\u00e9t\u00e9 et par l&rsquo;asservissement des femmes \u00e0 leur r\u00f4le de g\u00e9nitrice et d&rsquo;\u00e9ducatrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong><em>Le d\u00e9veloppement<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ces id\u00e9es ne pouvaient s&rsquo;\u00e9panouir dans une Alg\u00e9rie en plein essor, admir\u00e9e, adul\u00e9e, riche de sa rente p\u00e9troli\u00e8re qui offrait travail, logement et sant\u00e9 pour tous. Pas plus qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;une dictature qui ne souffrait aucune contestation. Il en allait tout autrement, dans l&rsquo;Alg\u00e9rie des ann\u00e9es 80, aux prises avec une crise \u00e9conomique sans pr\u00e9c\u00e9dent. La mal-vie qui en r\u00e9sultait avec son lot de ch\u00f4mage, d&rsquo;exclusion et d&rsquo;appauvrissement de pans entiers de la soci\u00e9t\u00e9, entretenait plus qu&rsquo;un cadre pour exprimer sa r\u00e9volte. Son besoin de comprendre les causes de la d\u00e9tresse sociale se satisfaisait des explications sommaires propag\u00e9es par les islamistes gr\u00e2ce aux relais que constituaient les innombrables mosqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la crise \u00e9conomique provoquait un repli sur les structures traditionnelles de solidarit\u00e9, ravivant un terreau que les islamistes ont pu utiliser.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait la faute aux femmes si rien n&rsquo;allait dans le pays, c&rsquo;\u00e9tait la faute aux femmes si les jeunes n&rsquo;avaient pas de travail, si les d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s se droguaient, si les orphelinats s&#8217;emplissaient.<\/p>\n\n\n\n<p>La br\u00e8che d\u00e9mocratique forc\u00e9e de 1988 avait offert des espaces \u00e0 tous, au mouvement d\u00e9mocratique comme aux islamistes, mais avec cette in\u00e9galit\u00e9, au d\u00e9part : le r\u00e9gime de Chadli n&rsquo;allait pas laisser les mouvements de gauche se d\u00e9velopper alors que cette ouverture avait pour but de d\u00e9velopper l&rsquo;infitah \u00e9conomique et de lib\u00e9raliser \u00e0 outrance. Les islamistes se r\u00e9v\u00e9laient des appuis de choix sur la question \u00e9conomique et la foi dans la force de l&rsquo;arm\u00e9e permettait les calculs les plus os\u00e9s. Ainsi fut fait. Les femmes, qui avaient \u00e9galement profit\u00e9 de cette ouverture pour \u00e9largir leur base de pression, et r\u00e9alis\u00e9 de formidables mobilisations, se sont retrouv\u00e9es face \u00e0 un ennemi suppl\u00e9mentaire qui b\u00e9n\u00e9ficiait de la complicit\u00e9 du premier. Leurs protestations ne pouvaient \u00eatre que brailleries comme la r\u00e9volte des jeunes n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 que \u00ab chahut de gamins \u00bb. Quels poids pouvaient avoir les revendications des femmes face \u00e0 un tel enjeu ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les pr\u00eaches les plus violents contre les femmes se sont d\u00e9velopp\u00e9s et les violences physiques se sont impun\u00e9ment multipli\u00e9es. Le pouvoir s&rsquo;obstinait, pourtant, \u00e0 rel\u00e9guer ces actes, symptomatiques d&rsquo;une confiance grandissante des islamistes en leur propre force, au statut d&rsquo;exception, de simple fait divers. Confiant dans sa force, il les laissa dire et faire, pensant pouvoir reprendre les choses en main quand il le d\u00e9ciderait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong><em>La confrontation<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les mobilisations de ces ann\u00e9es-l\u00e0 \u00e9taient encadr\u00e9es par cette g\u00e9n\u00e9ration de femmes de 40 ans dont les rangs s&rsquo;\u00e9largissaient \u00e0 de jeunes activistes des mouvements \u00e9tudiant et berb\u00e8re, seuls bastions o\u00f9 les id\u00e9es de gauche se perp\u00e9tuaient, se renouvelaient. Dans le reste de la soci\u00e9t\u00e9, le radicalisme prenait peu \u00e0 peu la forme de l&rsquo;islamisme et le discours misogyne du FIS r\u00e9pondait aux frustrations des jeunes et \u00e0 leurs ranc\u0153urs. Le succ\u00e8s \u00e9lectoral du FIS aux municipales, en 1990, les a d\u00e9finitivement convaincus qu&rsquo;ils \u00e9taient bien dans le camp des vainqueurs. A cette \u00e9poque-l\u00e0, campagne \u00e9lectorale oblige, c&rsquo;\u00e9tait les femmes qu&rsquo;il fallait soulager de tous les fardeaux, c&rsquo;\u00e9tait les femmes qu&rsquo;il fallait r\u00e9habiliter, \u00ab donnons-leur de l&rsquo;eau, des logements d\u00e9cents, des salaires \u00bb m\u00eame, mais \u00e0 la condition qu&rsquo;elle restent \u00e0 la maison, qu&rsquo;elles fassent des enfants et qu&rsquo;elles laissent les hommes, traduisez par l\u00e0 les hommes du FIS, s&rsquo;occuper des affaires s\u00e9rieuses, celles de l&rsquo;Etat. La majorit\u00e9 \u00e9crasante des femmes, les travailleuses surtout, us\u00e9es par la vie quotidienne, par la double journ\u00e9e harassante, les transports difficiles, les p\u00e9nuries d&rsquo;eau et de denr\u00e9es, les horaires impossibles des enfants scolaris\u00e9s, se sont abandonn\u00e9es \u00e0 ce discours de prise en charge. D&rsquo;autres, les jeunes notamment, trouvaient dans l&rsquo;activisme militant des espaces de libert\u00e9, un droit au mouvement que la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle ne leur aurait jamais permis autrement. Elles avaient droit, de plus, \u00e0 une reconnaissance sociale jamais r\u00eav\u00e9e de la part de p\u00e8res, de fr\u00e8res et de voisins. A ce prix-l\u00e0, le voile ne comptait pas. De signe d&rsquo;oppression, il devenait un moyen d&rsquo;affirmation de soi. Ce sont ces femmes qui ont servi \u00e0 opposer aux revendications f\u00e9ministes les arguments les plus contraires aux droits des femmes. Ce sont elles qu&rsquo;on a fait d\u00e9filer, par milliers, dans les rues d&rsquo;Alger, de Constantine et de Blida, r\u00e9clamant un Etat islamique qui ne leur consentirait que le r\u00f4le de reproduction de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien d&rsquo;\u00e9tonnant donc \u00e0 ce que ces femmes en lutte pour leurs droits d&rsquo;une part, et l&rsquo;int\u00e9grisme de l&rsquo;autre, se soient retrouv\u00e9s, peu \u00e0 peu, dans une confrontation de plus en plus directe, de plus en plus violente.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est cette confrontation, de plus en plus in\u00e9gale, qui se traduit aujourd&rsquo;hui par les enl\u00e8vements, les viols, les assassinats de femmes, inlassablement d\u00e9nonc\u00e9s par les noyaux organis\u00e9s de femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces manifestations extr\u00eames de la violence contre les femmes sont relativement r\u00e9centes puisqu&rsquo;au d\u00e9but de la guerre civile larv\u00e9e, les femmes \u00e9taient exclues des listes d&rsquo;exactions. Une fatwa g\u00e9n\u00e9rale avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une femme ne pouvait se faire tuer que si elle-m\u00eame portait des armes. C&rsquo;est ainsi, d&rsquo;ailleurs que fut justifi\u00e9 le premier meurtre, celui de la petite Belhadj, secr\u00e9taire de police. On entendait \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 l&rsquo;informateur de ce meurtre expliquer qu&rsquo;ils avaient fouill\u00e9 le sac de la jeune fille \u00e0 terre pour y prendre le PA inexistant. C&rsquo;est seulement une dizaine de mois plus tard que Katia Abad, lyc\u00e9enne de 17 ans, est abattue \u00e0 un arr\u00eat de bus de Meftah pour avoir refus\u00e9 de porter le hidjab. Sinistre concr\u00e9tisation de la campagne de terreur men\u00e9e, mena\u00e7ant de mort toutes les femmes qui n&rsquo;accepteraient pas de se plier \u00e0 cette injonction. Campagne rat\u00e9e, d&rsquo;ailleurs, puisqu&rsquo;en dehors de villages o\u00f9 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie r\u00e9cente des groupes arm\u00e9s int\u00e9griste, conjugu\u00e9e au traditionalisme, est indiscutable, les femmes ont continu\u00e9 \u00e0 aller aux courses, au travail, t\u00eate nue, occupant la rue, de jour, ostensiblement. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les femmes, \u00e9trang\u00e8res les unes aux autres, \u00e9changent sourires et regards, dans une complicit\u00e9 empreinte de malice, puisant courage et \u00e9nergie dans cette r\u00e9sistance partag\u00e9e, si \u00e9loign\u00e9e des manifestations bruyantes et gaies des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Puis sont venus les meurtres sanglants de femmes accompagnant dans la mort leurs maris, fr\u00e8res ou p\u00e8res d\u00e9sign\u00e9s par les groupes arm\u00e9s comme fonctionnaires ou simples appui du syst\u00e8me. Jeunes, vieilles, enceintes, la t\u00e9l\u00e9 commen\u00e7a de faire d\u00e9filer les images de leurs corps ensanglant\u00e9s, de leurs gorges cisaill\u00e9es, de leurs ventres ouverts. Les deux jeunes filles de Birtouta, tout pr\u00e8s d&rsquo;Alger, en novembre 1994, firent \u00e9clater l&rsquo;horreur des filles enlev\u00e9es et viol\u00e9es. Les repentis, d\u00e9filant sur le petit \u00e9cran, se sont mis \u00e0 d\u00e9crire les pratiques sauvages et primaires des groupes de maquis. La guerre aux \u00ab kouffars \u00bb devenait donc totale : au nom du djihad islamique contre les m\u00e9cr\u00e9ants, le pillage et le viol sont d\u00e9sormais autoris\u00e9s. La peur r\u00e9serv\u00e9e aux repr\u00e9sentants modestes du pouvoir, policiers, gendarmes, petits fonctionnaires d&rsquo;Etat et \u00e0 leur familles, aux militants de partis complices du coup d&rsquo;Etat de janvier 1992, aux intellectuels per\u00e7us comme des alli\u00e9s du r\u00e9gime, s&rsquo;\u00e9tendait \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9. La rentr\u00e9e scolaire de septembre 1994, interdite par les communiqu\u00e9s du GIA, depuis ao\u00fbt, s&rsquo;est faite, quand m\u00eame malgr\u00e9 la peur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Envoyer ses enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, y aller soi-m\u00eame quand on est enseignante, surtout, relevait du plus grand courage, de la volont\u00e9 de ne pas c\u00e9der \u00e0 une sale guerre entre deux puissants protagonistes arm\u00e9s que refusaient et continuent de refuser les masses, dans leur ensemble. De toutes les manifestations organis\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es contre le terrorisme, celle du 22 mars 1993 \u00e0 l&rsquo;appel de l&rsquo;Union g\u00e9n\u00e9rale des travailleurs alg\u00e9riens et celle du 22 mars 1994 \u00e0 l&rsquo;appel des femmes, correspondent \u00e0 des moments de r\u00e9volte sinc\u00e8re contre la violence. L&rsquo;appel \u00e0 cette derni\u00e8re manifestation contenait des termes ignobles, fleurant le racisme n\u00e9o-pied noir de certains pans de la petite bourgeoisie que cette guerre privait de ses privil\u00e8ges mesquins, du genre \u00ab on peut plus boire tranquillement sa petite bi\u00e8re avec les copains \u00bb. Mais les femmes qui constituaient les deux tiers des manifestants, r\u00e9clamaient essentiellement le droit \u00e0 la vie, \u00e0 la diff\u00e9rence, et certainement pas le meurtre organis\u00e9 de centaines de milliers de jeunes d\u00e9sesp\u00e9rant de la vie au point de l&rsquo;\u00f4ter aux autres, dans un jeu sinistre de quitte ou double avec l&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong><em>Pour le droit \u00e0 la vie<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les v\u00e9ritables rendez-vous sont, depuis quelque temps d\u00e9j\u00e0, les enterrements. Morbide mais vrai ! C&rsquo;est \u00e0 ces occasions que s&rsquo;\u00e9changent les informations, les conseils, les adresses discr\u00e8tes, c&rsquo;est l\u00e0 que s&rsquo;organisent la solidarit\u00e9, les d\u00e9parts, les prises en charge. C&rsquo;est l\u00e0 que chacun mais surtout les femmes se ressourcent aux contacts rendus difficiles par les pr\u00e9cautions \u00e0 prendre, au partage de la peine et de l&rsquo;angoisse. L&rsquo;enterrement de Mme Oura\u00efs, enseignante et militante femme, assassin\u00e9e dans la rue, en ce mois de ramadhan a regroup\u00e9 des centaines de femmes, enseignantes pour la plupart. Les propos \u00e9chang\u00e9s \u00e9taient plus des serments de r\u00e9sistance que des messages de d\u00e9sespoir. La peur est l\u00e0, bien s\u00fbr, mais la col\u00e8re, bien au-del\u00e0, la col\u00e8re devant l&rsquo;impuissance d&rsquo;une population prise en \u00e9tau dans une guerre dont les moyens la d\u00e9passent, dont les formes la r\u00e9voltent.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est avec l&rsquo;ignoble assassinat de Nabila Djahnine, pr\u00e9sidente de l&rsquo;association de femmes Cri de femmes, qu&rsquo;une nouvelle \u00e9tape est franchie. A travers elle, ce sont bien les militantes qui sont cibl\u00e9es, autrement dit les maillons les plus d\u00e9termin\u00e9s dans l&rsquo;opposition au projet islamiste. A travers elle, c&rsquo;est les voix r\u00e9solues que l&rsquo;on veut faire taire, pour assujettir la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. La logique des groupes arm\u00e9es consiste non seulement \u00e0 isoler le r\u00e9gime, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur comme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, \u00e0 le harceler sur tous les fronts, afin d&rsquo;atomiser ses forces mais aussi \u00e0 t\u00e9taniser la population de fa\u00e7on \u00e0 tuer dans l\u2019\u0153uf toute vell\u00e9it\u00e9 d&rsquo;opposition \u00e0 leur volont\u00e9 de conqu\u00eate du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong><em>Ni FIS, ni arm\u00e9e !<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Or c&rsquo;est bien cette troisi\u00e8me force, ce front d&rsquo;opposition aux islamistes, ind\u00e9pendant du pouvoir que les femmes n&rsquo;ont pu contribuer \u00e0 construire. De m\u00eame que dans les ann\u00e9es d&rsquo;ouverture d\u00e9mocratique, elles n&rsquo;ont pu contraindre tous ceux qui se proclamaient d\u00e9mocrates \u00e0 \u00eatre cons\u00e9quents avec eux-m\u00eames. Plus touch\u00e9es que quiconque par le projet islamiste, les femmes avaient une conscience plus aigu\u00eb du danger. Cassandre jacassantes pour beaucoup de \u00ab d\u00e9mocrates \u00bb, elles ont obtenu, de ci, de l\u00e0, des soutiens quelquefois r\u00e9els, bien souvent l\u00e2ch\u00e9s du bout des l\u00e8vres, \u00e0 des moments cruciaux. Lors de la campagne contre les procurations, de la bataille pour des candidatures de femmes aux l\u00e9gislatives en 1991, des batailles de cit\u00e9s universitaires, les limites \u00e9taient lamentablement, tragiquement visibles. A l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une force r\u00e9elle, les leaders \u00ab d\u00e9mocratiques \u00bb pr\u00e9f\u00e9raient ostensiblement les m\u00e9dias. Pendant que des militantes s&rsquo;usaient \u00e0 la t\u00e2che, d&rsquo;autres, se gargarisaient de phrases bien tourn\u00e9es devant les cam\u00e9ras d&rsquo;outre-mer. Non pas que l&rsquo;utilisation des m\u00e9dias soit inutile pour un travail de propagande, mais ils et elles en oubliaient la n\u00e9cessit\u00e9 du travail de terrain. La logique d\u00e9voyante de la m\u00e9diatisation continue puisque les stars politiques, \u00e0 l&rsquo;abri, dans l&rsquo;exil, vivant de d\u00e9clarations intempestives, font payer leurs positions d\u00e9sormais personnelles \u00e0 celles qui ont choisi de ne pas abandonner le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est Nabila Djahnine, oppos\u00e9e, en janvier 1992, aux appels de l&rsquo;arm\u00e9e qui feront des islamistes des martyrs de la d\u00e9mocratie, d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 poursuivre sa lutte de femme et de d\u00e9mocrate par la r\u00e9sistance farouche, qui tombe sous les balles de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p>Les traditions unitaires dominantes dans la mouvance f\u00e9ministe ont toujours emp\u00each\u00e9 de d\u00e9noncer les mensonges les plus flagrants et les d\u00e9clarations les moins respectueuses de la pluralit\u00e9 des positions. Le souci de voir en positif, \u00e0 travers la m\u00e9diatisation de femmes alg\u00e9riennes, quelles qu&rsquo;elles soient, la reconnaissance des luttes de femmes, avant tout, a pourtant caus\u00e9 bien des injustices et bien des entorses \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 militante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le refus d&rsquo;appara\u00eetre divis\u00e9es a enferm\u00e9 toute une fraction du mouvement femmes, depuis janvier 1992, dans un silence qui a contribu\u00e9 \u00e0 faire croire qu&rsquo;elles ne militaient plus. Et pourtant, pendant que ces grandes dames participent courageusement aux plateaux illustres de cha\u00eenes fran\u00e7aises, des militantes, modestes, discr\u00e8tes, continuent de travailler, d&rsquo;enseigner malgr\u00e9 les \u00e9coles incendi\u00e9es, jusque dans les quartiers chauds et les villages \u00e9loign\u00e9s, participent \u00e0 la gr\u00e8ve de la faim des licenci\u00e9s des PTT, en octobre 1994, organisent la gr\u00e8ve des p\u00e9troliers en novembre, n\u00e9gocient les conventions collectives de d\u00e9cembre, travaillent sans rel\u00e2che \u00e0 la formation de jeunes militantes f\u00e9ministes, maintiennent les contacts entre engag\u00e9es, par des rencontres r\u00e9guli\u00e8res et d\u00e9noncent, de tout pr\u00e8s, les assassins. A toutes ces femmes courage, d\u00e9fiant le danger au quotidien, un hommage particulier est d\u00fb. Une solidarit\u00e9 particuli\u00e8re aussi. Celle qui est accord\u00e9e aux r\u00e9fugi\u00e9es doit se maintenir et s&rsquo;\u00e9tendre de toute \u00e9vidence. Mais elle ne doit pas faire oublier celle dont ont tant besoin toutes ces Alg\u00e9riennes et tous ces Alg\u00e9riens, qui consacrent leur \u00e9nergie \u00e0 vivre normalement, \u00e0 r\u00e9duire le poids du stress et de l&rsquo;\u00e9motion et gr\u00e2ce auxquels l&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;est pas encore un pays de r\u00e9sign\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Alger, 25 f\u00e9vrier 1995<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"521\" height=\"407\" data-attachment-id=\"9918\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/14\/samira-fellah-algerie-femmes-refusent-resignation\/femmes-12\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/femmes.png?fit=521%2C407&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"521,407\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"femmes\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/femmes.png?fit=300%2C234&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/femmes.png?fit=521%2C407&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/femmes.png?resize=521%2C407&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-9918\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/femmes.png?w=521&amp;ssl=1 521w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/femmes.png?resize=300%2C234&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 521px) 100vw, 521px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Un 8 mars en hommage \u00e0 Nabila<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-drop-cap\"><strong>Nous publions ci-dessous un bref entretien avec J\u00e9lila, militante de l&rsquo;Association pour l&rsquo;\u00e9mancipation de la femme, qui nous parle du travail des militantes de son association et des perspectives qu&rsquo;elles se donnent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>lnprecor : Est-il encore possible pour des militantes f\u00e9ministes de militer en Alg\u00e9rie ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>J\u00e9lila <\/em><\/strong>: Bien que ce soit difficile, c&rsquo;est absolument n\u00e9cessaire. De plus en plus cibl\u00e9es, les femmes se doivent de prendre des pr\u00e9cautions. Nous ne voulons pas jouer avec leur vie en les convoquant \u00e0 des r\u00e9unions publiques. Nous nous sommes donc organis\u00e9es en r\u00e9seau de contacts personnalis\u00e9s et \u00e9troits pour des rencontres qui se d\u00e9roulent \u00e0 un rythme r\u00e9gulier au m\u00eame endroit. Notre but est avant tout de maintenir une solidarit\u00e9 par l&rsquo;\u00e9change qui permet de d\u00e9passer l&rsquo;isolement g\u00e9n\u00e9rateur de peur et de d\u00e9sespoir. Nous avons des militantes qui vivent et travaillent dans les quartiers fiefs des islamistes, subissant au quotidien la terreur des groupes arm\u00e9s. Oblig\u00e9es de porter le hidjab pour pouvoir circuler dans leurs quartiers, contraintes de taire leurs convictions, elles n&rsquo;ont que ces rencontres pour ne pas sombrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;entamer une r\u00e9flexion sur les violences faites aux femmes et nous proc\u00e9dons \u00e0 un recueil de t\u00e9moignages pour dresser l&rsquo;inventaire des formes d&rsquo;agression anciennes et nouvelles, de la violence ancestrale ou institutionnelle \u00e0 celle des viols et meurtres commis par les groupes arm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Avez-vous des contacts avec les autres groupes de femmes ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re exp\u00e9rience de travail unitaire date du 22 mars 1994. Nous nous \u00e9tions retrouv\u00e9es nombreuses \u00e0 vouloir prendre une initiative de rassemblement \u00e0 la suite d&rsquo;une recrudescence des assassinats. Avec des repr\u00e9sentantes entre autres du Rassemblement alg\u00e9rien des femmes d\u00e9mocrates pr\u00e9sid\u00e9 par Zazi Sadou, journaliste et militante de l&rsquo;ex-Parti communiste (tendance \u00e9radicatrice forcen\u00e9e), nous avons r\u00e9ussi \u00e0 nous mettre d&rsquo;accord, \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une journ\u00e9e de travail, sur un appel unitaire qui d\u00e9non\u00e7ait la violence des groupes arm\u00e9s et la r\u00e9pression aveugle du pouvoir. Le lendemain, nous avons \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venues que le RFD retirait sa signature \u00e0 cause de la d\u00e9nonciation du pouvoir. L&rsquo;appel fut remplac\u00e9 par une d\u00e9nonciation unilat\u00e9rale du terrorisme int\u00e9griste exigeant la r\u00e9pression la plus sauvage contre les islamistes.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Et cette position vous para\u00eet erron\u00e9e ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Absolument. Il n&rsquo;est pas possible pour un mouvement d\u00e9mocratique comme le mouvement des femmes de ne pas d\u00e9noncer toutes les atteintes aux droits de l&rsquo;homme et les ex\u00e9cutions sommaires qui faisaient rage \u00e0 ce moment-l\u00e0. M\u00eame si nous d\u00e9non\u00e7ons en priorit\u00e9 la sauvagerie des groupes arm\u00e9s islamistes, nous ne pouvons innocenter un r\u00e9gime qui minorise toujours les femmes par le code de la famille et qui organise la mis\u00e8re et l&rsquo;exclusion. Comment leur pardonner d&rsquo;avoir emp\u00each\u00e9 la publication de la d\u00e9claration pour Nabila ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Pensez-vous pouvoir organiser des activit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;occasion du 8 mars ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 8 mars de cette ann\u00e9e sera consacr\u00e9 \u00e0 rendre hommage \u00e0 une s\u0153ur de combat assassin\u00e9e il y a quelques jours, Nabila Djahnine. Peu avant sa disparition tragique, nous avions le projet d&rsquo;appeler les femmes \u00e0 r\u00e9aliser une fresque collective sur une des places d&rsquo;Alger en hommage \u00e0 toutes les femmes victimes des violences de cette guerre. La mort de Nabila nous fait mesurer, une fois encore, l&rsquo;ampleur du danger que courent les femmes. Quoi que nous fassions pour affirmer la pr\u00e9sence des femmes en cette date symbolique, nous le ferons avec Nabila pour le combat qu&rsquo;elle a men\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Et comment peut-on vous aider ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un moment comme \u00e7a, nous avons besoin essentiellement d&rsquo;aide mat\u00e9rielle pour payer des loyers de planques, pour publier, pour taxer rapidement, pour pouvoir circuler, etc.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong><em>Communiqu\u00e9 du Parti socialiste des travailleurs *<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">C&rsquo;est avec une profonde tristesse que nous avons appris l&rsquo;assassinat de notre amie Nabila Djahnine aujourd&rsquo;hui \u00e0 Tizi-Ouzou.<\/p>\n\n\n\n<p>Combattante de toutes les causes justes, son itin\u00e9raire militant a commenc\u00e9 dans les luttes \u00e9tudiantes pour les libert\u00e9s d\u00e9mocratiques et contre la s\u00e9lection sociale, dans les collectifs f\u00e9minins de la fin des ann\u00e9es 80.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait \u00e0 la tribune des assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales pr\u00e9paratoires du deuxi\u00e8me s\u00e9minaire du Mouvement culturel berb\u00e8re (MCB) en 1989. Elle \u00e9tait \u00e0 la pr\u00e9sidence des assises qui fond\u00e8rent le Syndicat national des \u00e9tudiants alg\u00e9riens &#8211; autonome et d\u00e9mocratique (SNEA-AD). Elle \u00e9tait fondatrice et pr\u00e9sidente de l&rsquo;association f\u00e9minine Thighri n&rsquo;Tmettuth de Tizi-Ouzou (Cri de femmes).<\/p>\n\n\n\n<p>Militante du PST durant toutes ces ann\u00e9es, Nabila nous a ensuite quitt\u00e9s apr\u00e8s 1991. Mais nous la retrouvions toujours sur le terrain de la lutte d\u00e9mocratique et sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle faisait partie des rares militants qui ont continu\u00e9 leur activit\u00e9, leur combat, en Alg\u00e9rie, malgr\u00e9 les p\u00e9rils.<\/p>\n\n\n\n<p>Architecte, dirigeante de son association f\u00e9minine, elle \u00e9tait jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier jour toujours vivante, refusant de se r\u00e9signer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le PST d\u00e9nonce avec \u00e9nergie ce l\u00e2che assassinat qui vient s&rsquo;ajouter \u00e0 toutes les morts injustes, \u00e0 toutes les blessures douloureuses que vivent les citoyens et citoyennes de notre pays. Il s&rsquo;associe \u00e0 la douleur de sa famille et de ses nombreux amis et les assure de sa pleine solidarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Alger le 15 f\u00e9vrier 1995.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">* Parti socialiste des travailleurs (PST, organisation en solidarit\u00e9 politique avec la Quatri\u00e8me internationale en Alg\u00e9rie).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Les cris des femmes ne se tairont jamais, Nabila !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-drop-cap\"><strong>Nous publions ci-dessous la d\u00e9claration de l&rsquo;Association pour l&rsquo;\u00e9mancipation de la femme (Alger), suite \u00e0 l&rsquo;assassinat le 15 f\u00e9vrier de Nabila Djahnine, pr\u00e9sidente de l&rsquo;association Thighri n&rsquo;Tmettuth (Cri des femmes) \u00e0 Tizi-Ouzou.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">DOCUMENT<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est avec une peine infinie que nous avons port\u00e9, accompagn\u00e9 Nabila Djahnine jusqu&rsquo;\u00e0 ce carr\u00e9 de terre o\u00f9 elle repose d\u00e9sormais. Nabila, notre s\u0153ur, dans la souffrance et la r\u00e9volte, notre in\u00e9branlable camarade de tous les rendez-vous.<\/p>\n\n\n\n<p>Des discussions fi\u00e9vreuses en petit cercle \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;associations unitaires, de la rencontre nationale des femmes de 1989, \u00e0 celle de Tizi-Ouzou, elle \u00e9tait de celles qui ont b\u00e2ti le formidable essor du mouvement associatif f\u00e9minin, contre l&rsquo;oppression et pour la citoyennet\u00e9 effective.<\/p>\n\n\n\n<p>Revendiquant d&rsquo;\u00eatre reconnue comme un \u00eatre humain, \u00e0 part enti\u00e8re, elle vivait de toutes ses forces comme universitaire, travailleuse, s\u0153ur, fille, amie. Elle \u00e9tait de toutes les luttes d\u00e9mocratiques, sociales, culturelles \u2026 Elle \u00e9tait&#8230; ?<\/p>\n\n\n\n<p>Hier encore, elle pleurait encore avec nous, nos s\u0153urs enlev\u00e9es, viol\u00e9es, massacr\u00e9es\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et, c&rsquo;est elle que nous pleurons, aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous habituerons-nous jamais \u00e0 la mort, \u00e0 la souffrance, aux mutilations\u2026 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque disparition ravive la plaie, chaque d\u00e9part nous frappe en plein c\u0153ur et nous laisse d\u00e9sarm\u00e9es \u2026 pour un temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Nabila \u00e9tait justement de celles qui ne baissent pas les bras, de celles qui continuent l&rsquo;activit\u00e9 militante, dans l&rsquo;adversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui ont os\u00e9 faire pleurer les parents adorables de Nabila, savaient-ils son infini respect pour l&rsquo;humanit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Savaient-ils, ceux qui t&rsquo;ont poursuivie, ceux qui t&rsquo;ont tir\u00e9 une balle dans le ventre pour te voir souffrir avant de t&rsquo;achever, savaient-ils seulement que tu les attendais\u2026 Ni depuis la petite Belhadj, ni depuis la belle Katia de 17 ans, ni depuis les s\u0153urs de Boufarik, ni depuis Mme Oura\u00efs \u2026 Oh non. Tu les attendais depuis\u2026 que tu avais, toi, choisi de te battre plut\u00f4t que de broder tes draps de trousseau, que tu avais d\u00e9cid\u00e9, toi, que, femme, tu ne serais ni boniche, ni potiche.<\/p>\n\n\n\n<p>Et tu savais depuis l&rsquo;infirmi\u00e8re de Remchi qu&rsquo;ils ne te pardonneraient pas d&rsquo;\u00eatre une femme belle et brave. Depuis la m\u00e8re de Omar mort dans l&rsquo;incendie de Ourgla, tu les savais capables de donner la mort aux innocents.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se sont mis \u00e0 plusieurs pour t&rsquo;abattre, Nabila, ce sinistre mercredi, car ils n&rsquo;aiment pas les femmes fi\u00e8res qui l\u00e8vent la t\u00eate !<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont venus avec toutes ces armes pour t&#8217;emp\u00eacher, Nabila, de rejoindre ton poste d&rsquo;architecte, car ils n&rsquo;aiment pas les femmes qui b\u00e2tissent l&rsquo;avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ils ont tort de croire qu&rsquo;en te d\u00e9figurant, ils effaceront ton sourire, car il restera intact dans nos m\u00e9moires.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont tort de croire qu&rsquo;en te d\u00e9chiquetant le ventre, ils ont entam\u00e9 ton id\u00e9al car nous le portons. Et si nos vies n&rsquo;y suffisent pas, d&rsquo;autres, plus jeunes, apr\u00e8s nous, en enfanteront.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est cette marche inexorable du temps qu&rsquo;ils ne pourront atteindre de leurs canons sci\u00e9s, c&rsquo;est cette avanc\u00e9e implacable de l&rsquo;histoire au f\u00e9minin qu&rsquo;ils ne pourront assassiner.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce pouvoir de vie, cette force d&rsquo;espoir, toujours renaissant, ils n&rsquo;y pourront jamais rien.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ton corps que nous avons mis en terre, \u00e0 B\u00e9ja\u00efa, Nabila, mais tes id\u00e9es, ton id\u00e9al, ton combat, comment feront-ils pour nous y arracher ? La col\u00e8re qui t&rsquo;animait, nous anime encore plus aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est ainsi que tu vis et que tu vivras !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>L&rsquo;Association pour l&rsquo;\u00e9mancipation de la femme.<\/strong><br><strong>Alger le 19 f\u00e9vrier 1995<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Pour un front social<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>N\u00e9jib ABDOU est membre de la direction nationale du Parti socialiste des travailleurs PST (organisation en solidarit\u00e9 politique avec la Quatri\u00e8me internationale en Alg\u00e9rie). L&rsquo;interview qui suit fait le bilan de la situation en Alg\u00e9rie et \u00e9bauche une analyse du processus en cours.<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"516\" height=\"383\" data-attachment-id=\"9919\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/14\/samira-fellah-algerie-femmes-refusent-resignation\/arrestation\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/arrestation.png?fit=516%2C383&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"516,383\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"arrestation\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/arrestation.png?fit=300%2C223&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/arrestation.png?fit=516%2C383&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/arrestation.png?resize=516%2C383&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-9919\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/arrestation.png?w=516&amp;ssl=1 516w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/arrestation.png?resize=300%2C223&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 516px) 100vw, 516px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Inprecor : Peut-on faire un bilan de la situation en Alg\u00e9rie ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nejib ABDOU<\/strong> : Il est difficile de faire un bilan complet sur la situation politique. La grande rupture a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9volte d&rsquo;octobre 1988 et les cons\u00e9quences de ce grand moment sont encore fortement pr\u00e9sentes dans la situation d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Depuis, il y a eu un grand moment d&rsquo;illusion, l&rsquo;illusion de vivre une d\u00e9mocratie et une l\u00e9galit\u00e9 nouvelle que le pluralisme politique et syndical ainsi que les \u00e9lections municipales et l\u00e9gislatives entretenaient. Enfin il y a eu la d\u00e9sillusion tragique, celle qui a permis de mesurer les vrais rapports de forces, les blocages structurels aussi bien politique que socio-\u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bilan, c&rsquo;est d&rsquo;abord un r\u00e9gime totalement discr\u00e9dit\u00e9 pour qui tous les moyens sont bons pour pr\u00e9server les privil\u00e8ges \u00e9normes acquis dans la p\u00e9riode \u00ab socialiste \u00bb. La r\u00e9volte d&rsquo;octobre \u00e9tait tr\u00e8s mena\u00e7ante pour les gouvernements, l&rsquo;arm\u00e9e et toute la nomenklatura bourgeoise de l&rsquo;Etat pour qu&rsquo;ils c\u00e8dent. Et donc le pouvoir a r\u00e9prim\u00e9 et continu\u00e9 \u00e0 r\u00e9primer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9gime a tent\u00e9 de g\u00e9rer la crise politique et sociale par la \u00ab d\u00e9mocratie formelle \u00bb en essayant d&rsquo;amener l&rsquo;opposition d\u00e9mocratique et les partis islamiques sur le terrain \u00ab non-violent \u00bb du multipartisme afin de contourner la radicalisation sociale qui venait des quartiers populaires et des usines (n&rsquo;oublions pas qu&rsquo;octobre a d\u00e9marr\u00e9 de la grande gr\u00e8ve de Rouiba). La soif d&rsquo;une nouvelle alternative au pouvoir qui r\u00e9tablirait la dignit\u00e9 des classes populaires, qui s&rsquo;occuperait des frustrations \u00e9normes que les jeunes en masse ont exprim\u00e9es et qui r\u00e9ponde concr\u00e8tement aux difficult\u00e9s \u00e9conomiques croissantes et \u00e0 la crise morale v\u00e9cue par la population, fera tr\u00e8s rapidement du Front islamique du salut (FIS), l&rsquo;espace privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 s&rsquo;exprimera fortement et violemment le m\u00e9contentement populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce moment-l\u00e0, la gestion pacifique de la crise n&rsquo;\u00e9tait plus ad\u00e9quate pour le pouvoir, car le FIS populaire n&rsquo;\u00e9tait plus seulement omnipr\u00e9sent, il \u00e9tait devenu une alternative imm\u00e9diate et concr\u00e8te \u00e0 un pouvoir en crise et d\u00e9pourvu de toute l\u00e9gitimit\u00e9. Ainsi, la crise a atteint un seuil extr\u00eame. La suite est connue : \u00e9tat d&rsquo;urgence, r\u00e9pression massive, gu\u00e9rilla islamiste, assassinats, etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Et aujourd&rsquo;hui ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, on ne sait que compter les morts. Apr\u00e8s les arrestations massives d&rsquo;islamistes, le pouvoir a engag\u00e9 des op\u00e9rations contre les gu\u00e9rillas dans les r\u00e9gions les plus incontr\u00f4l\u00e9es. Une offensive renforc\u00e9e par un \u00e9quipement militaire accord\u00e9 par le gouvernement fran\u00e7ais et appuy\u00e9e par une arm\u00e9e qui s&rsquo;am\u00e9liore dans les techniques antigu\u00e9rilla et commence \u00e0 faire des d\u00e9g\u00e2ts dans les maquis. Pendant longtemps les int\u00e9gristes ont multipli\u00e9 assassinats, sabotage d&rsquo; infrastructures et guets-apens contre la police et les patrouilles de l&rsquo;arm\u00e9e, ce qui donnait l&rsquo;impression d&rsquo;une gu\u00e9rilla forte &#8211; pr\u00e9sente partout &#8211; et gardant l&rsquo;initiative sur le plan politico-militaire, amenant la population et les courants d\u00e9mocratiques \u00e0 se poser la question sur cette facilit\u00e9 d&rsquo;action. Au-del\u00e0 de toute sp\u00e9culation, les int\u00e9gristes du FIS et du Groupe islamique arm\u00e9 (GIA) ont su cr\u00e9er la peur, g\u00e9n\u00e9raliser l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et gagner beaucoup sur le terrain psychologique.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;impression d&rsquo;incapacit\u00e9 du pouvoir \u00e0 affronter les int\u00e9gristes a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e par la politique de dialogue engag\u00e9e en 1994 par Liamine Z\u00e9roual (d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique par le Haut comit\u00e9 d&rsquo;Etat en janvier 1994) et les quelques concessions qu&rsquo;il avait faites au FIS.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le discours de novembre 1994, Z\u00e9roual et l&rsquo;arm\u00e9e semblent s&rsquo;engager dans une politique d&rsquo;\u00e9radication des maquis accompagn\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9pression massive dans les milieux islamistes. Les d\u00e9g\u00e2ts sont \u00e9normes. Les chiffres de la presse ne sont pas toujours r\u00e9alistes (<em>Le Monde<\/em> parle de 1 000 par semaine, <em>Lib\u00e9ration <\/em>\u00e9voque le chiffre de 500) on parle de plus de 20 000 morts et 2 milliards de dinars de d\u00e9g\u00e2ts dans la presse alg\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Mais la situation est toujours bloqu\u00e9e ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9vident que l&rsquo;impasse politique dans laquelle se trouve l&rsquo;Alg\u00e9rie renvoie \u00e0 des rapports de forces bloqu\u00e9s. Mais la situation est plus complexe et les \u00e9volutions ne sont pas toujours visibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une impression de divisions, de luttes sourdes au sein de l&rsquo;arm\u00e9e et d&rsquo;h\u00e9sitations continues, le r\u00e9gime avec Z\u00e9roual semble recentrer ses forces et donner un visage plus homog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e doit gagner contre les maquis islamistes pour cr\u00e9dibiliser les pr\u00e9sidentielles (les \u00e9lections viennent d&rsquo;\u00eatre fix\u00e9es au mois de juillet 1995) et \u00e0 ce moment-l\u00e0 l&rsquo;opposition ne pourrait s&rsquo;y opposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les islamistes arm\u00e9s n&rsquo;ayant aucune chance de gagner sur le terrain militaire vont privil\u00e9gier les actions spectaculaires en particulier dans les villes. Certains dirigeants du FIS tiennent compte d\u00e9j\u00e0 de l&rsquo;incontournable arm\u00e9e pour toute prise de pouvoir et parlent avec respect de l&rsquo;arm\u00e9e (Anouar Haddam, repr\u00e9sentant de la fraction parlementaire du FIS aux Etats-Unis et en Europe, lors d&rsquo;une table ronde \u00e0 la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9 MBC \u00e9voque la n\u00e9cessit\u00e9 de <em>\u00ab ne pas diviser l&rsquo;arm\u00e9e sinon ce sera la guerre civile \u00bb<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui signifie que l&rsquo;arm\u00e9e peut envisager un traitement plus politique de l&rsquo;islamisme et du FIS dans l&rsquo;avenir mais conditionn\u00e9 \u00e0 une liquidation de tous les maquis de l&rsquo;Arm\u00e9e islamique du salut (AIS) et du GIA affil\u00e9s au FIS.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;opposition d\u00e9mocratique ainsi que la gauche socialiste &#8211; le Parti socialiste des travailleurs, section alg\u00e9rienne de la Quatri\u00e8me Internationale (PST) et le Parti des travailleurs, lambertiste (PT) &#8211; mesurent les dangers d&rsquo;une telle \u00e9volution qui, \u00e0 travers la pression de l&rsquo;islamisme arm\u00e9 et au-del\u00e0 du face-\u00e0-face FIS\/pouvoir, entretient clairement un raidissement durable de l&rsquo;Etat. La dictature, fissur\u00e9e par octobre 1988, se reprend et s&rsquo;incruste dans tous les aspects de la vie sociale. Il n&rsquo;y a pas que la r\u00e9pression et une l\u00e9gislation autoritaire et d&rsquo;exception, il y a aussi la peur de parler, d&rsquo;agir, il y a clairement la m\u00e9fiance du politique des partis, il y a la hantise de l&rsquo;ordre qui l\u00e9gitime la dictature, il y a la mort qui entoure le quotidien. C&rsquo;est dans cet univers psychologique et politique que s&rsquo;installe la dictature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-large-font-size\"><strong><em>L&rsquo;attitude de la France p\u00e8se sur cette situation.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;oublions pas que les rapports de forces bougent aussi par la pression de l&rsquo;ext\u00e9rieur. La France a adopt\u00e9 une attitude de soutien critique au r\u00e9gime alg\u00e9rien en entretenant le chaud et le froid selon les circonstances et les int\u00e9r\u00eats. Elle a exerc\u00e9 un chantage continu sur la dette et pouss\u00e9 au r\u00e9\u00e9chelonnement pour garder son emprise sur l&rsquo;\u00e9conomie et une influence pesante sur le plan politique. Elle s&rsquo;est servie du FIS et des r\u00e9seaux islamistes en France pour mieux affaiblir le r\u00e9gime et donc le faire c\u00e9der sur tout ce qui est exigences \u00e9conomiques et politiques de la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa pression se conjugue \u00e0 celle de la CEE et des Etats-Unis qui ne s&rsquo;opposent pas \u00e0 la r\u00e9pression de l&rsquo;islamisme arm\u00e9 mais tentent d&rsquo;int\u00e9grer le FIS dans le jeu politique, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;essentiel pour eux r\u00e9side dans l&rsquo;application des mesures lib\u00e9rales du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et l&rsquo;introduction des normes du march\u00e9 capitaliste mondial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Comment se pr\u00e9sente l&rsquo;application du programme du FMI ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant plusieurs ann\u00e9es et surtout depuis la crise financi\u00e8re de 1986, le r\u00e9gime alg\u00e9rien a tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9viter le r\u00e9\u00e9chelonnement et les conditions draconiennes du FMI apr\u00e8s avoir mesur\u00e9 les dangers qu&rsquo;une telle option repr\u00e9sente au niveau social et dont les effets seront imm\u00e9diats sur la stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s octobre 1988 et la vague de luttes ouvri\u00e8res qui a suivi, le pouvoir avait peur de n\u00e9gocier avec le FMI alors qu&rsquo;en fait il \u00e9tait coinc\u00e9. Le gouvernement de Hamrouche (1990-1991) a engag\u00e9 secr\u00e8tement des n\u00e9gociations avec le FMI et a sign\u00e9 une lettre d&rsquo;intention acceptant, en gros, les mesure macro-\u00e9conomiques standard du FMI. Mais l&rsquo;application de ces mesures a \u00e9t\u00e9 partielle car la situation politique se d\u00e9gradait, en particulier dans le face-\u00e0-face FIS\/pouvoir. Bela\u00efd, qui a dirig\u00e9 le gouvernement en 1992, a remis clairement en cause ces accords et affich\u00e9 publiquement et \u00e0 travers la t\u00e9l\u00e9vision une attitude anti-FMI qui a surpris par sa radicalit\u00e9. Il essayera de mettre en oeuvre une politique \u00e9conomique fond\u00e9e sur une lib\u00e9ralisation \u00e9tapiste et contr\u00f4l\u00e9e de l&rsquo; \u00e9conomie. La pression des m\u00e9dias et des partis pro-\u00e9radicateurs le fera sauter pour laisser place \u00e0 un gouvernement totalement acquis aux th\u00e8ses du FMI.<\/p>\n\n\n\n<p>Si entre 1986 et 1992, le r\u00e9\u00e9chelonnement avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9, cela n&rsquo;a pas am\u00e9lior\u00e9 la situation \u00e9conomique et financi\u00e8re de l&rsquo;Alg\u00e9rie dans la mesure o\u00f9 cela ne s&rsquo;est pas accompagn\u00e9 d&rsquo;une politique \u00e9conomique alternative au diktat lib\u00e9ral du FMI. Ni relance \u00e9conomique, ni r\u00e9orientation productive dans l&rsquo;industrie, ni recentrage des moyens de production du secteur public, ni contr\u00f4le social de la consommation sur la base du rationnement et de la priorisation des besoins sociaux \u00e9l\u00e9mentaires, ni m\u00eame r\u00e9articulation de la production nationale avec le march\u00e9 int\u00e9rieur n&rsquo;ont pu \u00eatre pens\u00e9s dans le cadre d&rsquo;un plan de sauvetage de l&rsquo;\u00e9conomie. Le ch\u00f4mage structurel touche plus de 30 % de la population active au moment o\u00f9 les \u00ab\u00a0sp\u00e9cialistes\u00a0\u00bb recommandaient la fin des sureffectifs dans les entreprises publiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les privatisations, la d\u00e9valuation du dinar alg\u00e9rien et la lib\u00e9ralisation du commerce sont consid\u00e9r\u00e9es comme les rem\u00e8des ad\u00e9quats \u00e0 la crise \u00e9conomique. Aucun regard critique n&rsquo;est port\u00e9 sur les exp\u00e9riences de privatisation \u00e0 l&rsquo;Est, en Am\u00e9rique latine ou dans les pays arabes, alors que les cons\u00e9quences ont \u00e9t\u00e9 destructrices pour l&rsquo;\u00e9conomie. Le pouvoir d&rsquo;achat maltrait\u00e9 par l&rsquo;inflation et la d\u00e9valuation de la monnaie nationale ne couvre plus ce panier de marchandises \u00e9l\u00e9mentaires pour les travailleurs. La politique de l&rsquo;import-export d\u00e9veloppe la logique de la consommation par l&rsquo;importation tout en donnant l&rsquo;illusion d&rsquo;une capacit\u00e9 r\u00e9elle d&rsquo;exportation de la production \u00e9conomique nationale. L&rsquo;illusion lib\u00e9rale est grande et le Mexique vient nous rappeler combien elle est destructrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Ce contexte ne favorise-t-il pas une r\u00e9action organis\u00e9e aux mesures du FMI ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette politique pro-FMI n&rsquo;a pu se mettre en place qu&rsquo;\u00e0 la faveur du contexte politique r\u00e9pressif donnant les moyens au gouvernement d&rsquo;aller le plus loin possible dans l&rsquo;application du plan du FMI sans rencontrer de r\u00e9sistances sociales majeures, ni l&rsquo;opposition d&rsquo;un mouvement syndical d\u00e9j\u00e0 largement d\u00e9connect\u00e9 des revendications ouvri\u00e8res. La polarisation extr\u00eame pouvoir-islamistes arm\u00e9s sur fond de terreur, aura \u00e9t\u00e9 le moyen le plus efficace pour faire passer la pilule FMI avec le moins de r\u00e9actions possibles des travailleurs. L&rsquo;Union g\u00e9n\u00e9rale des travailleurs alg\u00e9riens (UGTA), principale centrale syndicale apr\u00e8s la dissolution de syndicat islamique du travail li\u00e9 au FIS, et la liquidation de ses dirigeants, n&rsquo;aura pas fait grand chose pour organiser la riposte ouvri\u00e8re. Tiraill\u00e9e entre les attitudes \u00ab \u00e9radicatrices \u00bb de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral et la pression tr\u00e8s forte de la base syndicale qui aura suscit\u00e9 des mouvements de gr\u00e8ve importants rattrap\u00e9s ensuite par l&rsquo;appareil syndical, la centrale syndicale subit une forte pression de la part du pouvoir et de l&rsquo;arm\u00e9e : l&rsquo;instabilit\u00e9 due \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grisme ne doit pas \u00eatre confort\u00e9e par une agitation sociale et ouvri\u00e8re malvenue. L&rsquo;exigence est tr\u00e8s claire et Abdelhak Benhamouda, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;UGTA, joue tr\u00e8s bien le r\u00f4le attendu de lui. Le m\u00e9contentement social d\u00fb aux mesures du FMI s&rsquo;amplifiant, il est oblig\u00e9 d&rsquo;adopter un discours revendicatif et radical par moment qui accroche au niveau populaire. Mais sur l&rsquo;essentiel des enjeux \u00e9conomiques et sociaux conditionn\u00e9s par le plan d&rsquo;ajustement structurel du FMI, Benhamouda et la centrale syndicale ne se situent pas vraiment \u00e0 contre-courant du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique pr\u00f4n\u00e9 par le gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des critiques ambigu\u00ebs exprim\u00e9es, Benhamouda ne se d\u00e9marque pas clairement de la politique des privatisations ni du plan de d\u00e9valuation du dinar alg\u00e9rien. Il reconna\u00eet au march\u00e9 capitaliste un r\u00f4le essentiel mais ne situe pas le devenir de la classe ouvri\u00e8re dans ce march\u00e9. La bureaucratie syndicale, malgr\u00e9 le r\u00e9ajustement revendicatif de sa ligne, reste largement en de\u00e7\u00e0 du r\u00f4le combatif et dirigeant des luttes ouvri\u00e8res qu&rsquo;elle doit jouer. C&rsquo;est ce qui explique l&rsquo;absence de r\u00e9actions sociales ou de luttes ouvri\u00e8res majeures dans la conjoncture d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, qui auraient d\u00e9polaris\u00e9 le mouvement social et ouvrier du face-\u00e0-face tragique pouvoir-FIS pour favoriser l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un front social organis\u00e9 autour d&rsquo;une plate-forme de lutte contre le programme de stabilisation du FMI.<\/p>\n\n\n\n<p>Le front social repr\u00e9sente une t\u00e2che essentielle pour les syndicats et les militants de gauche. Le consensus autour d&rsquo;un programme \u00e9conomique lib\u00e9ral est acquis chez la majorit\u00e9 des partis, y compris les partis d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Seul le mouvement syndical et la gauche antilib\u00e9rale pensent agir et briser le consensus anti-ouvrier. Non seulement, ils doivent s&rsquo;organiser autour des revendications sociales, mais il faudrait aussi formuler un discours \u00e9conomique alternatif au lib\u00e9ralisme dominant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les militants du PST ont mesur\u00e9 l&rsquo;importance de ce front social et ont essay\u00e9 de sensibiliser l&rsquo;opinion syndicale \u00e0 travers la constitution d&rsquo;un comit\u00e9 anti-FMI. La pression sur l&rsquo;UGTA doit \u00eatre plus que jamais tr\u00e8s forte ; dans ce sens, l&rsquo;appel \u00e0 la r\u00e9sistance des travailleurs doit \u00eatre permanent. Le contexte bloqu\u00e9 ne facilite pas les choses car l&rsquo;action syndicale ne se lib\u00e9rera pas tant que la terreur et le climat de repr\u00e9sailles infernal bloquent toute vell\u00e9it\u00e9 de lutte ou d&rsquo;organisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><em><strong>Mais \u00e0 Rome (1), il y a eu un plan de paix propos\u00e9 par l&rsquo;opposition traduisant clairement sa volont\u00e9 de prendre l&rsquo;initiative\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Oui. Par ailleurs, l&rsquo;isolement du r\u00e9gime, surtout apr\u00e8s la prise d&rsquo;otages et la pression internationale plus forte, donne une certaine chance aux propositions de l&rsquo;opposition. Les d\u00e9clarations du FIS se d\u00e9marquant des assassinats du GIA et acceptant le jeu d\u00e9mocratique apr\u00e8s la normalisation de la situation politique peuvent faire de l&rsquo;effet. Et quand la situation n&rsquo;est que trag\u00e9die, o\u00f9 la peur et la mort sont le quotidien, toute initiative est un espoir auquel les Alg\u00e9riens s&rsquo;accrochent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci dit, pour qu&rsquo;un plan de paix bas\u00e9 sur l&rsquo;arr\u00eat des affrontement entre les islamistes et l&rsquo;arm\u00e9e soit cr\u00e9dible, il faudrait que le FIS contr\u00f4le les maquis et les groupes terroristes urbains et puisse leur imposer une tr\u00eave et justifier un dialogue avec le pouvoir, alors que l&rsquo;argument essentiel du GIA et des groupes arm\u00e9s se r\u00e9sume \u00e0 un refus de dialogue et de toute compromission avec le pouvoir. Il faudrait aussi que l&rsquo;arm\u00e9e joue le jeu du dialogue avec l&rsquo;opposition et le FIS en mettant fin \u00e0 la r\u00e9pression f\u00e9roce, en acceptant une rel\u00e9galisation du FIS et en faisant admettre \u00e0 ses troupes, officiers et parents des victimes, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une paix avec le FIS.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait aussi que l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la dictature laisse place \u00e0 la force du droit et que les libert\u00e9s d\u00e9mocratiques reviennent s\u00e9rieusement \u00e0 la surface.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, je crois que ce sc\u00e9nario est difficile \u00e0 envisager imm\u00e9diatement et que la cr\u00e9dibilit\u00e9 des acteurs est entach\u00e9e de sang. La violence est all\u00e9e tr\u00e8s loin et une comptabilit\u00e9 doit \u00eatre faite et les responsabilit\u00e9 situ\u00e9es. L&rsquo;arm\u00e9e ne peut pas s&rsquo;accommoder avec les guerilleristes du GIA et leur \u00e9radication est une question de survie. Elle ne fait pas confiance au FIS dont les discours radicaux, en particulier celui de Benhadj, sont une menace pour ses int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Le FIS aussi pose probl\u00e8me. Si l&rsquo;arr\u00eat du processus \u00e9lectoral et la r\u00e9pression sauvage de ses militants peuvent justifier ses frustrations et son radicalisme, sa trajectoire est aussi faite d&rsquo;assassinats, de crimes collectifs, de violences insoutenables envers la soci\u00e9t\u00e9 faites en son nom et organis\u00e9es par ses militants. Et si on continue \u00e0 regarder politiquement le FIS, on ne doit pas oublier que son radicalisme politique s&rsquo;appuie \u00e9videmment sur la crise sociale profonde mais masque tr\u00e8s mal un projet politique et social autoritaire et r\u00e9trograde o\u00f9 la religion n&rsquo;est pas seulement qu&rsquo;id\u00e9ologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9sumer, l&rsquo;initiative de Rome peut d\u00e9bloquer la situation si le pouvoir sous la pression internationale, accepte la n\u00e9gociation sur des bases moins pi\u00e9g\u00e9es qu&rsquo;avant avec l&rsquo;opposition. A terme, c&rsquo;est incontournable. Mais les man\u0153uvres et les calculs, les chantages et les conditions, sous une forme politique ou violente, seront toujours de mise pour que Z\u00e9roual et l&rsquo;arm\u00e9e ne perdent l&rsquo;essentiel. Ils feront tra\u00eener les choses mais r\u00e9primeront au maximum. Les islamistes, coinc\u00e9s par l&rsquo;offensive de l&rsquo;arm\u00e9e dans les maquis, se replieront vers les villes et multiplieront les actions spectaculaires qui installent la terreur et choqueront psychologiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>La transition se maintiendra dans un cercle de violence intenable mais avec une population fatigu\u00e9e des maquis \u00e9puis\u00e9s et une arm\u00e9e fragilis\u00e9e auxquels il faut ajouter des enjeux \u00e9conomiques importants qui imposeront sans doute une tr\u00eave politique et une fausse paix sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les forces d\u00e9mocratiques existent, elles ont connu des moments forts. Les mobilisations et les batailles spectaculaires men\u00e9es par les femmes et les associations f\u00e9minines en 1990-1991 \u00e9taient courageuses et pr\u00e9monitoires sur ce que deviendra le FIS et son projet politique. Trop seules dans la bataille, elles n&rsquo;ont pas trouv\u00e9 de relais s\u00e9rieux en particulier dans des partis d\u00e9mocratiques repr\u00e9sentatifs comme le FFS ou m\u00e9diatique comme le RCD o\u00f9 les calculs politiques primaient. La gauche a \u00e9t\u00e9 plus active et plus pr\u00e9sente mais son influence \u00e9tait limit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement d\u00e9mocratique aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est le Mouvement culturel berb\u00e8re (MCB). Les mobilisations en Kabylie autour de la revendication berb\u00e8re ont r\u00e9veill\u00e9 les \u00e9nergies militantes \u00e9touff\u00e9es depuis deux ans, brisant le mur de la fatalit\u00e9 qui a touch\u00e9 tous les secteurs de la soci\u00e9t\u00e9. Le MCB a su prouver qu&rsquo;on pouvait encore se battre, mobiliser massivement, r\u00e9agir \u00e0 l&rsquo;omnipr\u00e9sence pouvoir de fa\u00e7on efficace et d\u00e9passer la terreur install\u00e9e. Le mouvement d\u00e9mocratique, c&rsquo;est aussi et surtout une dynamique o\u00f9 partis d\u00e9mocratiques, partis de gauche, syndicalistes, militants du MCB, intellectuels, etc. s&rsquo;engagent ensemble dans une bataille pour le droit \u00e0 la survie, pour les libert\u00e9s les plus larges, contre la r\u00e9pression et la torture, pour les droits identitaires du peuple alg\u00e9rien, contre le paiement de la dette et la pression imp\u00e9rialiste, pour une constituante, pour la proportionnelle, etc. Autant de th\u00e8mes et de revendications qui tracent les bases d&rsquo;une perspective d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une p\u00e9riode de flottement, le MCB s&rsquo;est engag\u00e9, encore une fois, dans la revendication identitaire en essayant d&rsquo;aller le plus loin possible dans la confrontation avec le pouvoir. S&rsquo;appuyant sur une audience populaire indiscutable et ce malgr\u00e9 les dissensions qui traversent le mouvement divis\u00e9 entre les pro-FFS et les pro-RCD, le MCB repr\u00e9sente un potentiel important dans le combat d\u00e9mocratique d&rsquo;autant plus que le d\u00e9bat aujourd&rsquo;hui dans le MCB sera de rattacher la question identitaire aux revendications d\u00e9mocratiques les plus larges. Les forces d\u00e9mocratiques englobent les partis d\u00e9mocratique et la gauche politique et syndicale. Sur ce plan, les faiblesses sont \u00e9normes et le chemin sera tr\u00e8s long. La d\u00e9marche \u00ab \u00e9radicatrice \u00bb du RCD n&rsquo;est pas favorable \u00e0 un regroupement des forces d\u00e9mocratiques. En revendiquant l&rsquo;\u00e9radication du FIS et des islamistes, Sa\u00efd Saadi dirigeant du RCD, s&rsquo;est retrouv\u00e9 \u00e0 soutenir l&rsquo;\u00e9tat de si\u00e8ge, \u00e0 appeler \u00e0 la r\u00e9pression des int\u00e9gristes par l&rsquo;arm\u00e9e et \u00e0 se placer dans l&rsquo;orbite d&rsquo;un pouvoir discr\u00e9dit\u00e9 au niveau populaire et responsable de l&rsquo;impasse sociale et politique actuelle. Il ne voulait pas percevoir que l&rsquo;\u00e9radication du FIS se confondait concr\u00e8tement et sur le terrain avec l&rsquo;\u00e9radication de couches populaires r\u00e9volt\u00e9es et d&rsquo;une masse de jeunes d\u00e9sempar\u00e9s constituant aujourd&rsquo;hui la base sociale et de soutien au populisme r\u00e9trograde et totalitaire du FIS.<\/p>\n\n\n\n<p>Car le courant \u00e9radicateur ne per\u00e7oit que la dimension politico-id\u00e9ologique r\u00e9gressive de l&rsquo;int\u00e9grisme en n\u00e9gligeant la dimension de crise sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le FFS, plus \u00ab social \u00bb dans ses formulations et plus exigeant sur les questions d\u00e9mocratiques, exerce une attraction plus grande sur tous ceux qui ne veulent pas s&rsquo;accrocher \u00e0 la fatalit\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e comme r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;influence populaire des int\u00e9gristes. Mais ses discours sont fondamentalement ambigus et m\u00eame ambivalents. En ciblant prioritairement le pouvoir dans l&rsquo;impasse politique actuelle et la violence tout azimuts dont il est responsable, A\u00eft Ahmed et le FFS vont dans le m\u00eame sens que Ali Yahya en martyrisant le FIS, tout en occultant presque ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente comme projet politique et comme rapport de pouvoir violent envers la soci\u00e9t\u00e9. La r\u00e9action imm\u00e9diate efface une approche plus fondamentale sur la nature sociale et politique du FIS et des partis islamistes. D&rsquo;o\u00f9 cette logique frontiste anti-pouvoir o\u00f9 tout le monde est l\u00e0 o\u00f9 les engagements de d\u00e9mocrates des uns et des autres ne sont pas des garanties d\u00e9mocratique s\u00e9rieuses et cr\u00e9dibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi les alliances politiques concoct\u00e9s aujourd&rsquo;hui autour de l&rsquo;initiative de Rome sont des \u00ab fronts \u00e0 risques \u00bb qui peuvent faire bouger les rapports de forces bloqu\u00e9s ou modifier la d\u00e9marche du pouvoir et de l&rsquo;arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais elles ne sont nullement \u00e0 la mesure du combat d\u00e9mocratique et de ses exigences. Le vrai garde-fou, en ce moment, c&rsquo;est pour nous l&rsquo;expression autonome mais organis\u00e9e du mouvement de masse. C&rsquo;est construire autour du MCB, des femmes et des syndicalistes un p\u00f4le actif dans les luttes d\u00e9mocratiques o\u00f9 la d\u00e9mocratie revendiqu\u00e9e ne soit pas un terrain de recomposition et de recr\u00e9dibilisation du pouvoir actuel mais le cadre de sa d\u00e9composition. Un p\u00f4le dynamique qui doit exercer des pression fortes sur les partis d\u00e9mocratiques incapables de se d\u00e9tacher d&rsquo;un soutien \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e ou d&rsquo;une alliance \u00e9ph\u00e9m\u00e8re avec les islamistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Propos recueillis par Sonia Leith<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">1) Ont particip\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9union, Abdelhamid Mehri, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Front de lib\u00e9ration nationale (FLN), Hocine A\u00eft Ahmed, leader du Front des forces socialistes (FFS), Ben Bella, pr\u00e9sident du Mouvement pour la d\u00e9mocratie en Alg\u00e9rie (MDA), Abdennour Ali Yahia, pr\u00e9sident de la Ligue des droits de l&rsquo;homme, Anouar Haddam, chef de la d\u00e9l\u00e9gation du FIS, et Louisa Hannoun porte-parole du PT.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong><em>Chronologie d&rsquo;une trag\u00e9die<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1992<\/strong><br>Janvier. 12 : suspension du deuxi\u00e8me tour des \u00e9lections l\u00e9gislatives au lendemain de la d\u00e9mission-d\u00e9position du pr\u00e9sident Chadli.<br>14 : mise en place d&rsquo;un Haut Comit\u00e9 d&rsquo;Etat (HCE) sous la pr\u00e9sidence de Mohamed Boudiaf<br>F\u00e9vrier. 9 : instauration de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence.<br>Mars. 4 : dissolution du Front islamique du salut (FIS)<br>Juin. 29 : assassinat du pr\u00e9sident Mohamed Boudiaf.<br>Juillet. 2 : nomination d&rsquo;Ali Kati \u00e0 la t\u00eate du HCE.<br>8 : nomination de Bela\u00efd Abdesslam comme premier ministre en remplacement de Sid Ahmed Ghozali<br>15 : condamnation \u00e0 douze ans de prison d&rsquo;Abassi Madani, pr\u00e9sident du FIS et d&rsquo;Ali Benhadj, vice-pr\u00e9sident.<br>Ao\u00fbt. 26 : attentat \u00e0 la bombe \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;Alger: 10 morts et 123 bless\u00e9s.<br>Octobre. 1er : cr\u00e9ation de trois cours sp\u00e9ciales, charg\u00e9es des affaires \u00ab de terrorisme et de subversion \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1993<\/strong><br>Septembre. 21 : assassinat des deux premiers ressortissants \u00e9trangers, deux fran\u00e7ais.<br>Octobre. 11 : ex\u00e9cution de treize islamistes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1994<\/strong><br>Janvier. 25 : ouverture de la conf\u00e9rence nationale, boycott\u00e9e par les principaux partis d&rsquo;opposition.<br>31 : prise de fonction du g\u00e9n\u00e9ral Liamine Zeroual.<br>F\u00e9vrier. 24 : lib\u00e9ration de deux hauts responsables du FIS, Ali Oheddi et Abdelhader Boukhamkham.<br>26 : liquidation par les forces de l&rsquo;ordre du plus recherch\u00e9 des dirigeants du GIA \u00ab\u00a0Djafaar l&rsquo;Afghan\u00a0\u00bb.<br>Avril. 11 : nomination de Mokdad Sifi comme chef du gouvernement.<br>Ao\u00fbt. 3 : assassinat, \u00e0 Alger, de trois gendarmes et de deux agents consulaires fran\u00e7ais.<br>6 : interdiction lanc\u00e9e par le GIA aux enseignants et aux \u00e9l\u00e8ves de fr\u00e9quenter les \u00e9tablissements scolaires sous peine de sanctions.<br>Septembre. 6 : envoi par les dirigeants du FIS d&rsquo;une lettre pour demander au pouvoir d&rsquo;associer la branche arm\u00e9e \u00e0 ses consultations.<br>13: mise en r\u00e9sidence surveill\u00e9e de Madani et Benhadj et lib\u00e9ration de Noureddine Chigara, Kamal Guemmazi et Abdelkader Omar.<br>21 : lancement d&rsquo;une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale en Kabylie, \u00e0 l&rsquo;appel du mouvement culturel berb\u00e8re (MCB).<br>Novembre. 21 : ouverture \u00e0 Rome d&rsquo;un \u00ab\u00a0colloque pour l&rsquo;Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb, sous l&rsquo;\u00e9gide de la communaut\u00e9 catholique Sant&rsquo;Egido, avec la participation de responsables des partis de l&rsquo;opposition et du FIS.<br>D\u00e9cembre. 24 : prise en otage par un commando islamiste sur l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;Alger des passagers d&rsquo;un Airbus d&rsquo;Air France; prise d&rsquo;assaut le 26 par le GIGN.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1995<\/strong><br>Janvier. 13 : publication d&rsquo;un projet de \u00ab\u00a0Contrat national\u00a0\u00bb pour sortir de la crise par le FFS, FLN, FIS et le PT r\u00e9unis pour la deuxi\u00e8me fois \u00e0 Rome.<br>30 : explosion d&rsquo;une voiture pi\u00e9g\u00e9e en plein centre d&rsquo;Alger ; bilan : 42 morts et 286 bless\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Textes parus dans Inprecor, n\u00b0 389, mars 1995, p. 17-21 et p. 32-35 L&rsquo;Alg\u00e9rie est venue, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, s&rsquo;ajouter aux dures exp\u00e9riences iranienne, afghane pour \u00e9clairer la question des rapports entre femmes et int\u00e9grisme, question caract\u00e9ris\u00e9e par une violence exceptionnelle. 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Un mois \u00e0 peine apr\u00e8s son installation, le bilan du Haut comit\u00e9 d\u2019\u00c9tat (HCE) est d\u00e9j\u00e0 d'au moins cinquante\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/manifestation-2-janvier-1992.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":9704,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/08\/25\/algerie-greve-generale-femmes\/","url_meta":{"origin":9915,"position":4},"title":"Alg\u00e9rie : Gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale \/ Solidarit\u00e9 avec les femmes alg\u00e9riennes","author":"SiNedjib","date":"25\/08\/2020","format":false,"excerpt":"Articles parus dans Inprecor, n\u00b0 327, du 29 mars au 11 avril 1991, p. 28 Gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale C'est \u00e0 l'appel du principal syndicat alg\u00e9rien, li\u00e9 au pouvoir, l'Union g\u00e9n\u00e9rale des travailleurs alg\u00e9rien (UGTA), qu'a eu lieu la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale des 13 et 14 mars 1991, provoqu\u00e9e par une hausse importante\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Inprecor-29-mars-1991.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":6191,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2019\/08\/06\/fellah\/","url_meta":{"origin":9915,"position":5},"title":"Samira Fellah : Les ennemies du FIS","author":"SiNedjib","date":"06\/08\/2019","format":false,"excerpt":"Textes parus dans Inprecor, n\u00b0 344, du 17 au 30 janvier 1992, p. 3-6 Alors que les r\u00e9sultats du premier tour des \u00e9lections l\u00e9gislatives n'ont fait que confirmer le r\u00f4le croissant du Front islamique du salut (FIS) sur la sc\u00e8ne politique alg\u00e9rienne et l'effondrement du Front de lib\u00e9ration nationale (FLN)\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Inprecor-17-janvier-1992.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9915","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9915"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9915\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21320,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9915\/revisions\/21320"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9915"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9915"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9915"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}