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Hocine Aït Ahmed : Dialectique des droits et des devoirs du développement, ou le devoir de lucidité

Communication de Hocine Aït Ahmed au Ve colloque interdisciplinaire tenu à Fribourg du 30 avril au 2 mai 1987, parue dans Patrice Meyer-Bisch (dir.), Les devoirs de l’homme. De la réciprocité dans les droits de l’homme, éditions universitaires de Fribourg, 1989, p. 88-94

I
LE DEVOIR D’ENGAGEMENT POLITIQUE, OU LE DEVOIR DE LUCIDITÉ

Le devoir d’engagement politique est une vertu qui s’oppose au laisser-faire, lequel s’enracine dans le non-droit. C’est en effet et uniquement dans l’exercice de tous les droits de l’homme, ici plus particulièrement des droits politiques, que le sens du devoir prend corps historique. En ce sens, nous pouvons dire que la reconnaissance des droits de l’homme confère à chacun la possibilité de la reconnaissance de ses devoirs, et non l’inverse. Si les droits de l’homme passent par le devoir d’être des hommes, encore faut-il que chaque homme puisse avoir le droit d’exercer son devoir. Camus, dont l’œuvre reste au cœur des débats fondamentaux sur l’éthique des droits de l’homme, met chacun devant cette double responsabilité : dans sa révolte, le NON fervent, qui constitue la revendication du droit, est consubstantiel au OUI tenace et lucide, qui constitue la conscience du devoir. Le refus et l’engagement (la négation et l’affirmation) sont deux mécanismes instantanés, l’envers et l’endroit d’une même foi concrète au juste qui peut et doit habiter tout homme. Refuser tout ce qui de près ou de loin, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, fait mourir ou justifie que l’on fasse mourir, c’est en même temps parler, écrire, agir, s’engager et, selon la formule de Camus, le « premier des engagements est celui que l’on prend avec soi-même ».