Article d’Amar Imache paru dans El Ouma, n° 17, décembre 1933

Etrange coïncidence … Je préparais justement un article où je voulais mettre en parallèle notre misérable existence avec celle de tous les étrangers venus en notre pays. Et je voulais dédier cet article à tous mes frères. A ceux qui souffrent là-bas, en Afrique du Nord, de l’oppression impérialiste, obligés de courber la tête sous l’autorité féodale au XXe siècle, sous la République démocratique qui fait couler à flots la « justice et la paix », et aussi à mes frères expatriés comme moi, aux exilés volontaires, à ceux qui fuient devant l’odieux code de l’Indigénat et qui paient cher le droit d’aller en exil. Oui, j’étais là, dans mes méditations, m’efforçant de garder mon calme à l’évocation de ces scènes tragiques de notre vie brisée où je poyais tour à tour la silhouette cauteleuse et cynique de l’usurier, le visage fermé de l’impitoyable caïd et la hautaine attitude de l’administrateur, autoritaire et despotique au milieu de sa séquelle de soldats, de gendarmes et de mokhaznis, puis les images chères dans l’humble logis où apparaissent les terribles conséquences de toutes ces forces administratives. Je pensais à la douleur qui étreint les cœurs à la veille du départ et au déchirement à l’heure de se séparer, car pour nous la seule solution est de partir : à côté du colon heureux et riche d’une terre qu’il a volé, il n’y a pas de place pour nous.













































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