Article de Claude Bourdet paru dans L’Observateur, sixième année, n° 279, 15 septembre 1955

MERCREDI 7 septembre, tard dans la soirée, les collaborateurs du ministre de l’Intérieur protestaient vivement auprès de nous contre mon article intitulé « Ne lancez pas le contingent dans votre guerre », imprimé quelques heures plus tôt. Ils mettaient en cause une phrase dénonçant la répression collective. « Il n’y a pas d’Oradours, pas de fusillades collectives », disaient-ils. Je leur exprimai ma conviction, fondée sur des témoignages auxquels j’attachais foi. On me répliqua : « Quand on bombarde les mechtas par représailles, on en fait sortir tous les habitants ; si certains y restent, c’est qu’ils ont la conscience chargée ». L’argument me parut faible ; il y a la peur du côté des habitants, la passion du côté des forces de répression ; les choses ne se passent pas avec cette rigueur. Mon interlocuteur ajouta : « On ne fusille personne sans jugement. En dehors des combats, on n’abat que les fuyards. » Qui ne sait que la phrase : « Un Tel cherchait à s’enfuir, il a été abattu » a été, de tout temps, l’excuse des meurtres de prisonniers par toutes les armées du monde ?









































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