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Jean Texcier : Le socialisme trahi

Article de Jean Texcier paru dans Gavroche, n° 118, 28 novembre 1946, p. 1-2

« LA fin justifie les moyens ». On connait la formule. Elle ne date pas d’aujourd’hui. Posée comme un précepte de morale et de politique utilitaires, elle a été et elle est toujours brandie par tous les conquérants. tous les dictateurs, tous les fanatiques.

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Albert Camus : Le socialisme mystifié

Article d’Albert Camus paru dans Combat, 21 novembre 1946

Ni victimes ni bourreaux

SI l’on admet que l’état de terreur, avoué ou non, où nous vivons depuis dix ans, n’a pas encore cessé, et qu’il fait aujourd’hui la plus grande partie du malaise où se trouvent les esprits et les nations, il faut voir ce qu’on peut opposer à la terreur. Cela pose le problème du socialisme occidental. Car la terreur ne se légitime que si l’on admet le principe : « la fin justifie les moyens ». Et ce principe ne peut s’admettre que si l’efficacité d’une action est posée en but absolu, comme c’est le cas dans les idéologies nihilistes (tout est permis, ce qui compte c’est de réussir), ou dans les philosophies qui font de l’histoire un absolu (Hegel, puis Marx : le but étant la société sans classe, tout est bon qui y conduit).

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Maurice Nadeau : Éloge de la révolte

Article de Maurice Nadeau paru dans Gavroche, n° 76, 7 février 1946, p. 5

EN ces temps de confusion, de veulerie et de grande tolérance, où les frontières autrefois nettes s’estompent et deviennent fluctuantes dans la société comme chez les individus, où les adversaires se saluent du fleuret moucheté avant d’entreprendre un combat qui se marque surtout par un assourdissant battement de pieds sur les planches, où la résignation, l’atonie et le scepticisme ont délogé la vie et la volonté de lutte, il est urgent de restaurer la seule justification de l’homme ici-bas : la révolte. Avant de lui tracer des limites, à quoi s’emploient tous les gens « compréhensifs », il est indispensable d’en élucider le contenu et d’en marquer la nécessité.

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Jacques Lemarchand : Au théâtre Hébertot « Les Justes » d’Albert Camus

Article de Jacques Lemarchand paru dans Combat, 19 décembre 1949, p. 2

NOUS réentendons dans Les Justes — avec joie — le grand ton d’Albert Camus, auteur dramatique. Je yeux dire le ton du Malentendu. J’ai aimé et admiré Caligula, mais mon amitié — et chaque relecture l’a confirmée — allait toujours au Malentendu. Elle ira maintenant aussi, je pense, à ces Justes, parce que si Albert Camus y a retrouvé l’accent si net, si nu, de la première oeuvre dramatique que nous ayons connue de lui, cet accent mêle là à son âpreté une douceur humaine, une tendresse profonde, directe, et parfois bouleversante, pour l’homme lui-même, pour ce bizarre et compliqué mammifère qu’est l’homme. Cela s’entendait déjà, naturellement, dans l’oeuvre de romancier et d’essayiste d’Albert Camus. Dans son théâtre, cela ne m’avait jamais été si sensible que dans Les Justes. L’âpreté, la dureté même, et irréprochable, du dialogue n’en sont en aucune façon diminuées. Même, cette grande amitié pour l’homme — et que je crois très éloignée de la pitié — c’est à la réflexion qu’on en prend vraiment conscience.

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Marcel Péju : La Peste d’Albert Camus

Article de Marcel Péju paru dans Franc-Tireur, 22 juin 1947, p. 2

Albert Camus vu par Cabrol.

LE dernier livre d’Albert Camus, La Peste (1), qui vient d’obtenir le Prix des Critiques, suscitera sans doute des discussions passionnées : son exceptionnelle richesse, l’actualité de ses thèmes, l’espèce d’intransigeance sobre et fière avec quoi ils sont présentés en seront la cause, autant qu’une certaine incertitude qui demeure jusqu’au bout, touchant les intentions de l’auteur.

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Albert Camus : L’embarras du choix

Article d’Albert Camus paru dans Franc-Tireur, 7 décembre 1948, p. 1 et 3

LA paix a les inconvénients de l’amour. On croit savoir ce qu’elle est et puis l’épreuve arrive, la voici menacée, et personne ne s’entend sur le sens de ce mot. Les premiers venus, dont je suis, pensent que la paix est l’absence de guerre et qu’une politique pacifiste est une politique qui ne multiplie pas les chances de guerre. Ils pensent, en outre, qu’on a d’autant moins le droit de courir ces chances que la guerre à venir menace d’être plus générale et plus destructive. Autrement dit, s’il faut être prudent quand il s’agit de risquer une guerre de canons et d’avions entre la France et l’Allemagne, il faut l’être d’autant plus quand il s’agit d’une catastrophe où les continents seront atomisés.

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Pierre Champromis : De la révolte à la fraternité, Albert Camus

Article de Pierre Champromis paru dans Gavroche, n° 15, 7 décembre 1944, p. 2

Albert Camus avec Maria Casarès, lors de la générale du « Malentendu », quelques minutes avant le lever du rideau (Photo M. Jarnoux)

FAUT-IL présenter au grand public la personnalité d’Albert Camus ? On sait que celui-ci s’est révélé en 1942 par un essai : le Mythe de Sisyphe et un roman, l’Etranger qu’on a généralement salués comme les œuvres les plus marquantes parues depuis le début de la guerre. On sait qu’il a cette année publié deux pièces Le Malentendu et Caligula. Bien qu’il ait la discrétion de ne pas les signer, on sait surtout qu’il est l’auteur de ces éditoriaux de Combat que leur pensée ferme, leur belle langue simple et classique détachent sur le fond un peu terne de la presse quotidienne.

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Marcel Péju : Noces, d’Albert Camus

Article de Marcel Péju paru dans Franc-Tireur, 31 août 1945, p. 2

CE n’est pas sans curiosité, après l’Etranger, après Sisyphe, après Caligula, que l’on ouvre ce petit volume (1), réimpression de quatre essais qui parurent à Alger en 1938. Et sans doute ce sont bien des essais, comme un premier jaillissement d’idées et d’attitudes, lorsque tout se presse à la fois, dans un certain désordre encore, et sur le même plan, sans relief et sans ombre. Bien des tableaux paraissent inutilement surchargés, plusieurs thèmes se dégagent mal tandis que d’autres reviennent d’une manière un peu monotone. On s’appesantit parfois avec une insistance superflue. Mais l’on retrouve aussi le ton incomparable, une sorte de dureté éclatante de la langue et de hauteur souveraine : tout annonce, dans la pensée comme dans la forme, cette aisance de prend style qui sera celle de l’Etranger.

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Edgar Morin : Les héros désespérés ou le mal d’aujourd’hui

Article d’Edgar Morin paru dans Les Lettres françaises, n° 165, 18 juillet 1947, p. 1 et 3

LE spectre de T.E. Lawrence, Lawrence d’Arabie, hante une partie du monde intellectuel.

A Lawrence peuvent se rattacher par une parenté de moins en moins obscure les héros de Malraux ; les conquérants qu’anime « une passion pour laquelle les objets à conquérir ne sont plus rien. Une passion parfaitement désespérée, un des plus purs soutien de la force », les « ambitieux assez lucides pour mépriser tous les objets de leur ambition, et leur ambition même », et finalement le Berger, de Noyers de l’Altenburg, transposition à peine déguisée de Lawrence lui-même. A Lawrence peut s’appliquer la notion de « service inutile », de Henry de Montherlant, et celle de « destin absurde », qu’Albert Camus, dans le Mythe de Sisyphe, trouve propre à « séduire et attirer un cœur clairvoyant ».

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Jean Vita : Albert Camus, un témoin de la liberté

Article de Jean Vita paru dans Le Libertaire, n° 251, 12 janvier 1951, p. 2

POUR la noblesse de son style et de sa pensée qui contrastent tellement avec la manière constipée de Gide, Albert Camus a rapidement acquis sur la jeunesse de ce temps une influence virile et virilisante, qui relaie heureusement celle du tortueux Ménalque.

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Francis Agry : « Les Justes » d’Albert Camus

Article de Francis Agry paru dans Le Libertaire, n° 208, 23 décembre 1949, p. 3

Maria Casarès et Serge Reggiani dans la pièce de théâtre ‘Les justes’ d’Albert Camus au théâtre Hébertot à Paris, France, le 14 décembre 1949. (Photo by KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

IL est assez audacieux de vouloir évoquer la pureté en prenant pour héros un assassin ; dans sa dernière oeuvre Camus arrive à exposer magistralement ce problème malgré la situation paradoxale de son personnage. Cette nouvelle pièce marque un progrès sur ses précédentes créations et surtout sur l’« Etat de siège ». Le côté purement théâtral se trouve encore trop à l’arrière-plan et l’idée domine tout sans aucune concession au goût du public : mais ici, chez Hébertot, on constate avec satisfaction que la mise en scène est au service de l’oeuvre au lieu de se servir d’elle.

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André Julien : L’Etat de siège

Article d’André Julien paru dans Le Libertaire, n° 155, 12 novembre 1948

Dress Rehearsal Of The Play Etat De Siege By Albert Camus, From The Plague, At The Marigny Theatre In Paris On October 28, 1948. (Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

On connaît nos sympathies pour les idées, l’oeuvre et la personne d’Albert Camus. On connait aussi les siennes pour notre action. Les lecteurs du Libertaire ne seront donc pas surpris si nous leur disons que la nouvelle pièce de l’auteur du Malentendu, présentée au théâtre Marigny par J.-L. Barrault, et dont le texte paraîtra sous peu (à la N.R.F.), est foncièrement et formellement anarchiste. Voici d’ailleurs quelques titres qu’avait choisis Camus avant ne s’en tenir à : l’État de Siège : La question, les Monstres froids (l’État, selon le mot de Nietzsche), et, d’après un titre de Sade, Les Crimes de l’État.

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Le colonialisme et la liberté

Article paru dans Le Libertaire, n° 6, juin 1945, p. 3

Foreign Legion soldiers drum in formation a parade before the gates of the Legion’s headquarters in Sidi Bel Abbes, Algeria, 1940s. (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

Le parti communiste, utilisant, les événements pour ses fins propres, présente la crise algérienne comme l’explosion de la dernière bombe hitlérienne. C’est se prononcer sur des faits mal connus et simplifier une énorme question. « Le Monde », plus sérieux, examine « l’affaiblissement de l’armature française » (luttes politiques en Afrique du Nord depuis 1942, secteurs anti-britanniques, antigaullistes, antisémites), la poussée nationaliste arabe, la participation des Nord-Africains à la guerre et leur élimination de la vie politique, et enfin la cause immédiate du conflit, une terrible crise économique. Les événements de Sétif sont, en effet, la manifestation aiguë d’un malaise latent entre la France et l’Afrique du Nord. Ils sont aussi un des épisodes sanglants des luttes chroniques entre la France et chacune de ses colonies depuis plus d’un siècle. Il convient donc de les replacer dans l’ensemble de l’histoire coloniale française pour en comprendre le sens et la portée.

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Il y a quatre ans : Camus

Article signé F.C. paru dans Le Monde libertaire, n° 98, février 1964

Le comédien français Jean-Louis Barrault lors de l’inauguration du buste d’Albert Camus au théâtre de France, à Paris, le 12 janvier 1964, France. (Photo by KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

De Lourmarin, où s’écoula la dernière étape de la vie de Camus, nous parvient ce témoignage sincère et émouvant.

Sous les initiales modestes, presque anonymes de C.F., un habitant du petit village, nous trace le portrait véridique dans sa simplicité de celui qui fut son ami, comme il était le nôtre.

La Rédaction.

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André Julien : La Peste d’Albert Camus

Article d’André Julien paru dans Le Libertaire, n° 85, 12 juillet 1947

AUTEUR de l’Etranger, du Mythe de Sisyphe, de Caligula, longtemps animateur de Combat, il est permis de dire qu’Albert Camus joue le rôle de chef d’une génération nouvelle.

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Fernand Doukhan : Dictature française en Algérie. Un coup de force

Article de Fernand Doukhan paru dans Le Libertaire, n° 320, 19 juin 1952

JULY 26: Algiers : Orleans barracks : zouaves regiment, postcard, 1952 (Photo by Apic/Getty Images)

L’article que nous reproduisons ci-dessous est tiré de « L’Ecole républicaine », bulletin de la section d’Alger du Syndicat National des Instituteurs et Institutrices de l’Union Française, du mois de mai 1952.

Il nous a paru important de le communiquer à nos lecteurs, pour la position anticolonialiste du camarade Doukhan, position parallèle à celle que défend « Le Libertaire » dans la métropole.

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Jean-Daniel Martinet : A la mémoire de Zavis Kalandra

Article de Jean-Daniel Martinet paru dans La Révolution prolétarienne, n° 342, août 1950, p. 26

L’exécution de Zavis Kalandra et de ses trois coaccusés est passée inaperçue au milieu des événements de Corée qui angoissent l’opinion mondiale : le tribunal suprême de Prague ayant rejeté l’appel, la pendaison des quatre condamnés à mort du « procès des Treize » (dont une femme) a eu lieu le mardi 27 juin 1950. Encore une date de deuil à retenir pour les socialistes libres.

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Alain : La peur de l’autre

Articles parus dans Informations et réflexions libertaires, n° 58, janvier-février 1985, p. 4-8

Arrivée de la marche anti-raciste Convergence 84 a Paris composée de plusieurs milliers de personnes le 1er décembre 1984 a Paris, France. (Photo by Patrick AVENTURIER/Gamma-Rapho via Getty Images)

Car il savait (…) que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse.
Albert Camus (La Peste)

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André Laude : Présence d’Albert Camus

Article d’André Laude paru dans La Révolution prolétarienne, n° 156, janvier 1961, p. 22

Hommage à Albert Camus en 1961. (Photo by Keystone-France\Gamma-Rapho via Getty Images)

Il y a un an mourait absurdement Albert Camus, fauché en pleine gloire et en pleine vitalité. « Mon œuvre ne fait que commencer » se plaisait-il à dire dans les derniers mois qui précédèrent l’accident, cette véritable ruée vers le royaume des ombres. Et depuis la plaie demeure toujours ouverte en nous ; et depuis nous sommes orphelins d’une lumière qui nous aidait, aux plus sombres instants, quand le monde écumait de violence, de haine, à retrouver la lucidité et l’amour de la vie nécessaire pour ne pas s’enliser irrémédiablement dans le marasme.

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Raymond Guilloré : Albert Camus et nous

Article de Raymond Guilloré paru dans La Révolution prolétarienne, n° 447, février 1960, p. 1-2 et dans le bulletin Commission internationale de liaison ouvrière, n° 10, février 1960, p. 2-5

Ce soir-là – c’était un lundi soir, je m’en souviens – le téléphone sonna…, et je fus assommé par la nouvelle. Le téléphone devait sonner plusieurs fois, ce soir-là et le lendemain, et tous ceux qui parlaient avaient ressenti le choc. Eux aussi, ils avaient dérapé et culbuté sur la maudite Nationale 7 ; ils en étaient frappés de stupeur ; mais déjà ils mêlaient leurs plaintes car ils savaient que quelqu’un d’irremplaçable était parti, ils sentaient soudain leur écrasante solitude. Qui, désormais, parlerait pour eux dans ce monde froid des raisons d’Etat ? Qui pousserait encore le cri du révolté ?

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Albert Camus répond à Gaston Leval

Lettre d’Albert Camus parue dans Le Libertaire, n° 318, 5 juin 1952.

Albert Camus in the garden of his Paris studio, 1952. (Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images)

Nous sommes heureux de publier ci-dessous la réponse d’A. Camus à la série d’articles de Leval.

Paris, le 27 mai 1952.

Monsieur le rédacteur en chef,

Puisque vous me proposez de répondre aux articles de Gaston Leval, je le ferai aussi brièvement que possible. Le fin de l’étude de Leval m’en redonne d’ailleurs le goût que son début m’avait ôté. Mais je le ferai sans aucune intention de polémique. Je rends tout à fait justice aux intentions de Leval et je lui donne raison sur plusieurs points. S’il veut bien, à son tour, examiner mes arguments sans parti pris, il comprendra que je puisse dire qu’en gros je suis d’accord avec le fond de ses articles. Ils m’ont, en somme, plus instruit que contredit.

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Albert Camus chez les travailleurs du Livre

Article paru dans La Révolution prolétarienne, n° 123, janvier 1958, p. 23-24.

Samedi 21 décembre, à la Bourse du Travail (avenue Turbigo), invité par le Cercle d’Études syndicales des Correcteurs, Albert Camus a parlé des rapports de l’écrivain et des travailleurs de l’imprimerie, devant deux cents compagnons, parmi lesquels de nombreux correcteurs bien sûr, mais aussi des linotypistes, des typographes, des mécaniciens, des rotativistes, des clicheurs et des photograveurs.

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Georges Fontenis : Le révolté de Camus est-il des nôtres ?

Article de Georges Fontenis paru dans Le Libertaire, n° 296, 4 janvier 1952.

In the workshop of Camus’ uncle (Etienne, cooper) in Algiers in 1920 : Albert Camus (7 years old) is in the c with black suit (Photo by Apic/Getty Images)

Nous ne pouvons manquer d’admirer ceux qui ont pu lire d’une seule traite ou en très peu de temps le nouveau livre d’Albert Camus. C’est sans doute qu’ils avaient déjà sur le sujet une opinion bien arrêtée et qu’ils pouvaient voir de haut – et de loin – une étude de laquelle ils refusaient d’avance d’apprendre quelque chose. Nous nous sommes sentis plus modestes.

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Albert Camus : L’artiste et son temps

Extrait de la conférence prononcée par Albert Camus à l’Université d’Uppsala le 14 décembre 1957 et reproduite dans ses Œuvres, Paris, Gallimard, 2013, p. 1344-1346

SWEDEN – DECEMBER 12: The French writer and essay writer Albert CAMUS (1913-1960) in Stockholm, Sweden. He was there for the awarding of the Nobel Litterature Prize by King GUSTAV VI ADOLPH and all the members of the royal family of Sweden : prince BERTIL, Queen LOUISE, princess MARGUARETHA, prince WILHELM and princess DESIREE. (Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

Depuis un siècle environ, nous vivons dans une société qui n’est même pas la société de l’argent (l’argent ou l’or peuvent susciter des passions charnelles), mais celle des symboles abstraits de l’argent. La société des marchands peut se définir comme une société où les choses disparaissent au profit des signes.

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Louis Mercier : Albert Camus, un copain

Article de Louis Mercier paru anonymement dans La Révolution prolétarienne, n° 121, novembre 1957, p. 1-2

L’idée ne nous était pas venue de parler d’Albert Camus à l’occasion du Prix Nobel. Certes, semblable distinction nous réjouit, parce qu’il est toujours agréable de voir un jury d’intellectuels reconnaître le talent là où il existe, saluer une conscience authentique, récompenser un homme qui a su tracer sa voie à lui seul sans jamais proclamer qu’elle fût géniale. Mais la « R.P. » n’avait pas la prétention de confirmer ou de critiquer l’attribution d’une distinction à la fois littéraire et morale. Après les flashes des photographes, après les grandes interviews, après les monceaux de télégrammes de félicitations au lauréat, nous pensons pouvoir un jour serrer la main de Camus avec un peu plus de solennité peut-être, à l’occasion d’une rencontre.
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presse

Une lettre de M. Albert Camus (juillet 1953)

Lettre d’Albert Camus parue dans Le Monde, 19-20 juillet 1953.

 

 

M. Albert Camus nous a adressé la lettre suivante :

« Monsieur le directeur,

« Un certain nombre de vos lecteurs, dont je suis, n’auront pas appris sans une certaine admiration qu’en conclusion de la tuerie du 14 juillet le gouvernement avait ouvert une information contre X pour violences à agents. Il y a là en effet un assez bel exemple de cynisme.

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livres

Georges Henein : L’esprit frappeur

Extrait de Georges Henein, L’esprit frappeur (Carnets 1940-1973), Paris, Encre éditions, 1980, p. 159-160.

 

 

1960. – Mort de Camus. Albert Camus dont le destin vient de s’interrompre comme au milieu d’une phrase, appartient au jaillissement de la Libération. Jusqu’à sa mort, il est resté marqué à la fois par les exigences et par l’équivoque de cette conjoncture particulière.

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livres

Herbert R. Lottman : Albert Camus

Extraits de Herbert R. Lottman, Albert Camus, Paris, Le Seuil, 1978, p. 605-608.

 

 

Une autre fois, Roblès vint à Paris prévenir Camus qu’un ami musulman sollicitait son aide pour son frère âgé de dix-huit ans, qui avait tiré sur un ultra et s’était entendu condamner à la peine capitale alors que sa victime s’en était sortie. A cette époque, le général de Gaulle était revenu au pouvoir. Et Camus avait justement rendez-vous avec lui. Il ouvrit un tiroir de son bureau et montra à Roblès une pile de lettres : « Voilà tout ce que j’ai à donner à De Gaulle. Donne-moi ton dossier. »

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livres

Gisèle Halimi : Le lait de l’oranger

Extraits de Gisèle Halimi, Le lait de l’oranger, Paris, Gallimard, 1988

Gisèle Halimi, avocate, le 18 octobre 1977 à Paris, France. (Photo by Laurent MAOUS/Gamma-Rapho via Getty Images)

p. 177-181 :

Aujourd’hui, je n’appellerai pas Camus. Je ne lui raconterai pas cette aventure unique : la justice militaire contrainte à la justice par l’effondrement d’un complot policier.

Je me revois, quelques mois avant ce procès, accrochée à un téléphone que je voulais charger de toutes mes forces de conviction. Je désirais, cette fois encore, que Camus intervînt auprès de Coty, de l’Élysée ou de je ne sais quel responsable gouvernemental.

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publications

Devenirs messalistes (1925-2013). Sociologie historique d’une aristocratie révolutionnaire

Résumé de ma thèse paru dans la revue Présence d’Albert Camus, n°6, 2014, pp. 93-94

Consacrée aux dirigeants messalistes, ma thèse propose une sociologie de l’engagement révolutionnaire et, plus singulièrement, des trajectoires révolutionnaires en « situation coloniale » – en référence aux travaux de Georges Balandier – et des trajectoires coloniales en « situation révolutionnaire » – pour reprendre l’expression de Charles Tilly. Son objectif a été de comprendre comment des Algériens colonisés deviennent révolutionnaires, comment ils font la révolution et comment ils cherchent à lui rester fidèles à l’indépendance de l’Algérie.

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évocations

Albert Camus : « Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice »

The French writer and essay writer Albert CAMUS (1913-1960) in Stockholm, Sweden. He was there for the awarding of the Nobel Litterature Prize by King GUSTAV VI ADOLPH and all the members of the royal family of Sweden : prince BERTIL, Queen LOUISE, princess MARGUARETHA, prince WILHELM and princess DESIREE. (Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

J’ai choisi de partager dans ce billet deux textes publiés à la suite de l’attribution du Prix Nobel de littérature à Albert Camus. Après un premier billet dans lequel je revenais sur trois documents datés de 1955 à 1958, il m’apparaissait important de revenir sur la célèbre citation par laquelle les commentateurs (souvent hostiles) réduisent la pensée et l’action d’Albert Camus au moment de la révolution algérienne : « Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. »

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évocations

Albert Camus : trois documents (1955-1958)

J’ai choisi de partager trois documents rédigés par Albert Camus entre 1955 et 1958. Connus des spécialistes, ils demeurent rarement cités par ceux qui, de part et d’autre de la Méditerranée, instruisent des procès à charge ou à décharge, sans chercher à restituer l’ambiguïté, la complexité ou la tension inhérentes à chaque trajectoire individuelle.

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interventions

Motion de soutien à Benjamin Stora

J’ai signé avec d’autres collègues la motion de soutien à Benjamin Stora dont le texte déplore son éviction comme commissaire de l’exposition Albert Camus devant se tenir à Aix-en-Provence en 2013.