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Jacques Lemarchand : Au théâtre Hébertot “Les Justes” d’Albert Camus

Article de Jacques Lemarchand paru dans Combat, 19 décembre 1949, p. 2

NOUS réentendons dans Les Justes — avec joie — le grand ton d’Albert Camus, auteur dramatique. Je yeux dire le ton du Malentendu. J’ai aimé et admiré Caligula, mais mon amitié — et chaque relecture l’a confirmée — allait toujours au Malentendu. Elle ira maintenant aussi, je pense, à ces Justes, parce que si Albert Camus y a retrouvé l’accent si net, si nu, de la première oeuvre dramatique que nous ayons connue de lui, cet accent mêle là à son âpreté une douceur humaine, une tendresse profonde, directe, et parfois bouleversante, pour l’homme lui-même, pour ce bizarre et compliqué mammifère qu’est l’homme. Cela s’entendait déjà, naturellement, dans l’oeuvre de romancier et d’essayiste d’Albert Camus. Dans son théâtre, cela ne m’avait jamais été si sensible que dans Les Justes. L’âpreté, la dureté même, et irréprochable, du dialogue n’en sont en aucune façon diminuées. Même, cette grande amitié pour l’homme — et que je crois très éloignée de la pitié — c’est à la réflexion qu’on en prend vraiment conscience.

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Pierre Champromis : De la révolte à la fraternité, Albert Camus

Article de Pierre Champromis paru dans Gavroche, n° 15, 7 décembre 1944, p. 2

Albert Camus avec Maria Casarès, lors de la générale du “Malentendu”, quelques minutes avant le lever du rideau (Photo M. Jarnoux)

FAUT-IL présenter au grand public la personnalité d’Albert Camus ? On sait que celui-ci s’est révélé en 1942 par un essai : le Mythe de Sisyphe et un roman, l’Etranger qu’on a généralement salués comme les œuvres les plus marquantes parues depuis le début de la guerre. On sait qu’il a cette année publié deux pièces Le Malentendu et Caligula. Bien qu’il ait la discrétion de ne pas les signer, on sait surtout qu’il est l’auteur de ces éditoriaux de Combat que leur pensée ferme, leur belle langue simple et classique détachent sur le fond un peu terne de la presse quotidienne.

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Francis Agry : “Les Justes” d’Albert Camus

Article de Francis Agry paru dans Le Libertaire, n° 208, 23 décembre 1949, p. 3

Maria Casarès et Serge Reggiani dans la pièce de théâtre ‘Les justes’ d’Albert Camus au théâtre Hébertot à Paris, France, le 14 décembre 1949. (Photo by KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

IL est assez audacieux de vouloir évoquer la pureté en prenant pour héros un assassin ; dans sa dernière oeuvre Camus arrive à exposer magistralement ce problème malgré la situation paradoxale de son personnage. Cette nouvelle pièce marque un progrès sur ses précédentes créations et surtout sur l’« Etat de siège ». Le côté purement théâtral se trouve encore trop à l’arrière-plan et l’idée domine tout sans aucune concession au goût du public : mais ici, chez Hébertot, on constate avec satisfaction que la mise en scène est au service de l’oeuvre au lieu de se servir d’elle.

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André Julien : L’Etat de siège

Article d’André Julien paru dans Le Libertaire, n° 155, 12 novembre 1948

Dress Rehearsal Of The Play Etat De Siege By Albert Camus, From The Plague, At The Marigny Theatre In Paris On October 28, 1948. (Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

On connaît nos sympathies pour les idées, l’oeuvre et la personne d’Albert Camus. On connait aussi les siennes pour notre action. Les lecteurs du Libertaire ne seront donc pas surpris si nous leur disons que la nouvelle pièce de l’auteur du Malentendu, présentée au théâtre Marigny par J.-L. Barrault, et dont le texte paraîtra sous peu (à la N.R.F.), est foncièrement et formellement anarchiste. Voici d’ailleurs quelques titres qu’avait choisis Camus avant ne s’en tenir à : l’État de Siège : La question, les Monstres froids (l’État, selon le mot de Nietzsche), et, d’après un titre de Sade, Les Crimes de l’État.

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Louis Mercier : Albert Camus, un copain

Article de Louis Mercier paru anonymement dans La Révolution prolétarienne, n° 121, novembre 1957, p. 1-2

L’idée ne nous était pas venue de parler d’Albert Camus à l’occasion du Prix Nobel. Certes, semblable distinction nous réjouit, parce qu’il est toujours agréable de voir un jury d’intellectuels reconnaître le talent là où il existe, saluer une conscience authentique, récompenser un homme qui a su tracer sa voie à lui seul sans jamais proclamer qu’elle fût géniale. Mais la “R.P.” n’avait pas la prétention de confirmer ou de critiquer l’attribution d’une distinction à la fois littéraire et morale. Après les flashes des photographes, après les grandes interviews, après les monceaux de télégrammes de félicitations au lauréat, nous pensons pouvoir un jour serrer la main de Camus avec un peu plus de solennité peut-être, à l’occasion d’une rencontre.