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Remarques sur le livre « Présent et avenir » de Jung

Article paru dans les Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils, n° 3, octobre 1963, p. 12-15

Dans « Présent et Avenir », la psychologie prend la valeur d’un dogme. Cette sorte de testament spirituel dans lequel sont condamnées la pensée rationnelle et la science comme des éléments responsables de l’aliénation de l’homme et de l’individu, ne suffit pas à nous éclairer, même avec ses méthodes psychanalytiques, sur la vraie nature des contradictions dans lesquelles les hommes ce débattent depuis des siècles.

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Essai sur la révolution par Hannah Arendt

Article signé L. paru dans les Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils, n° 8, avril 1968, p. 35-36

Malgré son titre, il s’agit surtout d’une analyse juridico-philosophique de la révolution américaine et de ses prémices, ainsi que d’une étude comparative de cette révolution et de la Révolution française qui s’étend sur plus des trois-quarts de l’ouvrage ; l’auteur exprime son admiration pour les « pères fondateurs » américains qui, dit-il, ont réussi à bâtir une constitution démocratique permettant ainsi à leur œuvre d’échapper aux aléas de l’autoritarisme et du césarisme.

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Un film de la « gauche » : Mourir à Madrid

Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 51, mai 1963, p. 11-12

Dès les premières minutes, la falsification historique transparaît : l’Espagne est présentée seulement comme un pays sous-développé. Il y a des seigneurs, des couvents, des paysans dans une misère semi-africaine. Il n’y a pas la bourgeoisie, il n’y a pas le prolétariat. « 8 millions de pauvres », dit le commentaire. Mais que signifie ce terme ? Ce que Rossif aurait dû montrer, c’est la survivance de la propriété parcellaire (2 millions de métayers et de tout petits propriétaires ruraux), la prolétarisation agricole (2 à 3 millions d’ouvriers agricoles), l’artisanat urbain (1 million de petits artisans), le prolétariat (2 à 3 millions d’ouvriers dans les usines et dans les mines (nous voyons seulement les mineurs des Asturies).

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Critique de film : « Privilège »

Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 86, septembre-octobre 1967, p. 22

FILM DE PETER WATKINS AVEC PAUL JONES ET JEAN SHRIMPTON.

« Un film qui se situe en Angleterre en 1970. On va croire que c’est un film gentil, aimable et amusant parce que c’est un film sur les chanteurs yéyé, mais là encore j’ai essayé de montrer le conformisme d’une nation entière, d’une civilisation qui est l’esclave des loisirs, des distractions, des vedettes publicitaires qu’on lui a imposés et dont tout le comportement moral et social est déterminé par l’extérieur, par des gouvernements qui sont les maîtres de cet univers endormi.

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Un film à voir : Les quatre cents coups

Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 13, décembre 1959, p. 5-6

Il est rare de voir un film qui montre avec tant d’acuité combien la
vie moderne est insupportable pour l’ensemble des gens.

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Cinéma : Les Abysses

Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 52, juin 1963, p. 8

Ce film a été présenté au public « intellectuel » avec toute l’artillerie lourde de ses maîtres à penser. D’énormes placards nous ont expliqué ce qu’en pensaient Sartre, Simone de Beauvoir et même Genet.

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Cinéma : Les amours d’une blonde

Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 78, juin 1966, p. 8

Quoi de plus banal qu’une histoire d’amour, même pas le début d’une histoire d’amour.

Une caméra qui s’attarde tendrement sur des objets apparemment sans importance et qui nous guide lentement dans le monde triste, gris, monotone de Hanna. Deux mille jeunes ouvrières campées dans une banlieue de Prague au service d’une usine de chaussures, et quelques vieux bien pensants pour les encadrer. A la sortie de l’usine, il n’y a qu’une petite pluie fine pour les accompagner à travers un paysage de boue jusqu’à leur internat, pas un sourire de garçon, pas un baiser, rien, personne ; et leur journée se noie ainsi dans un ciel encore plus triste qu’elles.

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Jean-Baptiste Séverac : Sur l’U.R.S.S.

Article de Jean-Baptiste Séverac paru dans Le Populaire, 18 mai 1938, p. 6

Les livres que Georges Friedmann, Yvon et Ciliga viennent de publier sur la Russie ne peuvent être résumés utilement dans le cadre étroit d’une chronique. Je dois me borner à en indiquer la matière, l’esprit et les conclusions.

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Pierribe : André Gide et l’U.R.S.S.

Article de Pierribe paru dans La Jeune Garde, n° 10, 12 décembre 1936, p. 6

Le petit opuscule par lequel André Gide nous livre ses impressions d’un séjour d’un mois en U.R.S.S. a déjà fait couler beaucoup d’encre. En effet, son témoignage a pour tous, amis comme ennemis et de l’U.R.S.S. et du communisme une importance essentielle : il est celui d’un intellectuel bourgeois d’une probité absolue, récemment gagné par la mystique de l’U.R.S.S. et chez qui la déception de n’avoir pas trouvé dans ce nouveau monde ce qu’il en attendait n’a pas tué l’objectivité ni amoindri la foi dans la révolution sociale. Mais, pour bien tirer de cet ouvrage tous les enseignements qu’il comporte, il faut s’y garder d’y chercher autre chose que ce que l’auteur y apporte : le jugement d’un individualiste qui, après s’être cherché pendant toute une vie avec une sincérité allant jusqu’à l’humilité, a compris, au soir de celle-ci, que seule la révolution sociale, l’émancipation de la classe des prolétaires, la « dernière des classes », pourrait, en réalisant la société sans classes, libérer l’individu de toutes les entraves intellectuelles et morales dans lesquelles l’étreint une société basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme.

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L’ère des communications

Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 39, avril 1962, p. 7-8

Salle de dactylographie au Shell Centre à Londres, Royaume-Uni, le 16 avril 1962. (Photo by KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

Nous sommes à l’ère des communications, des relations de plus en plus rapides entre un pays et un autre, des possibilités de dialogue de plus en plus grandes.

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Christian Descamps : Daniel Guérin, Le Front populaire

Article de Christian Descamps alias Serge Mareuil paru dans Socialisme ou Barbarie, n° 35, janvier-mars 1964, p. 121-122

Ce livre passionnant n’est pas, comme le dit Guérin lui-même dans la préface, l’histoire du Front Populaire mais une contribution à l’histoire par un des hommes qui a contribué à la sécréter. Mais l’auteur ne peut s’empêcher de replacer les événements qu’il a vécu dans un cadre historique, donc théorique.

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Jacques Signorelli : « La révolution qui vient »

Article de Jacques Signorelli alias André Garros paru dans Socialisme ou Barbarie, n° 23, janvier-février 1958, p. 195-201

Yvan Craipeau, dirigeant du Parti Unifié de la Gauche Socialiste, vient de publier « La Révolution qui vient » (*).

Cet ouvrage se présente comme un essai de clarification des idées
sur le mouvement révolutionnaire et la lutte pour le socialisme. Il
énonce en outre les principales positions qui devront, selon lui, servir
de base à la nouvelle formation de gauche.

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Daniel Guérin : Deux réquisitoires contre le « communisme »

Article de Daniel Guérin paru dans Arguments, n° 6, février 1958, p. 10-13


Deux livres viennent de paraître simultanément, qui nous incitent à repenser les fondements idéologiques du bolchevisme celui de Milovan Djilas – le prisonnier de Tito – et celui de Michel Collinet. Bien que conçus par deux hommes de tempérament et d’origine différents à partir de méthodes assez divergentes, ils aboutissent à peu près aux mêmes conclusions et présentent à peu près les mêmes qualités aussi bien que les mêmes défauts.

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Cornelius Castoriadis : Les crises d’Althusser. De la langue de bois à la langue de caoutchouc

Article de Cornelius Castoriadis paru dans Libre, n° 4, 1978, p. 239-254

Le philosophe Louis Althusser dans son bureau le 15 mai 1978 à Paris, France. (Photo by Laurent MAOUS/Gamma-Rapho via Getty Images)

L’histoire, comme on sait, s’accélère. Les techniques connaissent un prodigieux perfectionnement. Celles de la manœuvre idéologico-politique aussi. Certes, les unes et les autres se caractérisent surtout par la production en masse de gadgets, de gimmicks, de trucs en plastique ou autres matières synthétiques qui durent à peine une saison. Mais c’est précisément là le secret du succès de l’industrie moderne, matérielle ou idéologique : la demande renaît toujours d’elle-même.

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Dissidences algériennes : recension sur le site « Zones subversives »

J’ai le plaisir d’informer mes amis et lecteurs de la parution, ce jour, d’une recension de mon dernier livre Dissidences algériennes. Une anthologie, de l’indépendance au hirak (éditions de l’Asymétrie, 2021) sur le site Zones subversives.


Voici les premières lignes de ce compte-rendu :

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Hugues Panassié : Richard Wright, écrivain de race noire

Article d’Hugues Panassié paru dans Les Cahiers du Sud, n° 288, 1er semestre 1948, p. 352-354

Aucun écrivain noir américain ne me paraît aussi doué, aussi profond que Richard Wright, dont la venue en France, l’année dernière, a été accueillie par une presse aussi bienveillante qu’incompétente, à en juger par les gloses fantaisistes publiées à droite et à gauche sur ses romans.

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Sébastien de Diesbach : « A bout de souffle » de Jean-Luc Godard

Article de Sébastien de Diesbach alias S. Chatel paru dans Socialisme ou Barbarie, n° 31, décembre 1960-février 1961, p. 104-107

A voir des films français, qui pourrait se douter qu’il y ait eu la guerre d’Indochine, les événements d’Afrique du Nord, l’Algérie, le 13 mai ? Ceci n’est encore rien : car qui pourrait se douter même que dans ce pays les gens doivent, comme cela arrive à certains, gagner leur vie, se marier, se loger, envoyer leurs enfants l’école, assister à la mort des personnes qu’ils aiment ?

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Maurice Nadeau : La jeunesse d’un homme, Black Boy

Article de Maurice Nadeau paru dans Gavroche, n° 175, 4 février 1948, p. 5

RICHARD WRIGHT a déjà publié en français deux ouvrages : « Un Enfant du pays », roman d’un noir qui s’assoit sur la chaise électrique après avoir assassine, par peur, une jeune blanche émancipée ; « Les Enfants de l’oncle Tom », recueil de nouvelles où nous est décrite la condition présente du noir américain, paria d’une société qui le craint et se venge cruellement sur lui de sa propre frayeur (1). « Black Boy » (« Jeunesse noire ») (2) diffère de ces deux ouvrages en ce qu’il ne fait nulle place à la fiction. L’auteur raconte sa jeunesse avec les mots les plus courants et sans céder à l’attrait du pittoresque.

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Edgar Morin : La question nègre

Article d’Edgar Morin paru dans Arguments, n° 1, décembre 1956-janvier 1957, p. 1-7

Remarques à propos de : Abdoulaye Ly : Les masses africaines et l’actuelle condition humaine ; Dia Mamadou : Réflexions sur l’économie de l’Afrique Noire ; Cheikh Anta Diop : Nations nègres et culture (tous ces ouvrages aux Editions Présence Africaine) et du 1er Congrès International des Écrivains et Artistes Noirs, Paris, 19-22 septembre 1955, organisé par Présence Africaine.

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Guy Ducornet : Ralph Ellison – Homme invisible, pour qui chantes-tu ?

Article de Guy Ducornet paru dans Les Langues modernes, n° 4, juillet-août 1969, p. 394-401


RALPH ELLISON

HOMME INVISIBLE, POUR QUI CHANTES-TU ?

Grasset, 1969, traduction de Robert Merle

Invisible Man est une longue métaphore dans la tradition de The Wasteland ou de Moby Dick ; Ellison nous fait participer à un rituel qui sous-tend l’histoire de la société américaine, qui en est la définition et le produit. L’inévitable question, l’éternelle préoccupation des meilleures œuvres américaines, c’est le « qui suis-je ? » dans le contexte américain, que l’on retrouve de Marc Twain à Philip Roth, de Stephen Crane à Bellow, L’oeuvre est toujours une manière parti-culière de résoudre le problème de l’identité. Elle ne se contente pas de décrire une expérience, elle la crée sous nos yeux.

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Maurice Nadeau : Éloge de la révolte

Article de Maurice Nadeau paru dans Gavroche, n° 76, 7 février 1946, p. 5

EN ces temps de confusion, de veulerie et de grande tolérance, où les frontières autrefois nettes s’estompent et deviennent fluctuantes dans la société comme chez les individus, où les adversaires se saluent du fleuret moucheté avant d’entreprendre un combat qui se marque surtout par un assourdissant battement de pieds sur les planches, où la résignation, l’atonie et le scepticisme ont délogé la vie et la volonté de lutte, il est urgent de restaurer la seule justification de l’homme ici-bas : la révolte. Avant de lui tracer des limites, à quoi s’emploient tous les gens « compréhensifs », il est indispensable d’en élucider le contenu et d’en marquer la nécessité.

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S’IL BRAILLE, LÂCHE-LE…, par Chester Himes, traduit de l’Américain par Renée Vavasseur et Marcel Duhamel. (Editions Albin Michel.)

Article paru dans Les Lettres françaises, n° 240, 30 décembre 1948, p. 3

Titre curieux, certes, que celui de ce roman américain de bon aloi, mais on comprend assez mal le rapport qu’il offre avec le roman lui-même. En réalité, il est extrait d’une tontine nègre, du genre Am, Stram, Gram, — Pic et pic et Colégramme…

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Jacques Lemarchand : Au théâtre Hébertot « Les Justes » d’Albert Camus

Article de Jacques Lemarchand paru dans Combat, 19 décembre 1949, p. 2

NOUS réentendons dans Les Justes — avec joie — le grand ton d’Albert Camus, auteur dramatique. Je yeux dire le ton du Malentendu. J’ai aimé et admiré Caligula, mais mon amitié — et chaque relecture l’a confirmée — allait toujours au Malentendu. Elle ira maintenant aussi, je pense, à ces Justes, parce que si Albert Camus y a retrouvé l’accent si net, si nu, de la première oeuvre dramatique que nous ayons connue de lui, cet accent mêle là à son âpreté une douceur humaine, une tendresse profonde, directe, et parfois bouleversante, pour l’homme lui-même, pour ce bizarre et compliqué mammifère qu’est l’homme. Cela s’entendait déjà, naturellement, dans l’oeuvre de romancier et d’essayiste d’Albert Camus. Dans son théâtre, cela ne m’avait jamais été si sensible que dans Les Justes. L’âpreté, la dureté même, et irréprochable, du dialogue n’en sont en aucune façon diminuées. Même, cette grande amitié pour l’homme — et que je crois très éloignée de la pitié — c’est à la réflexion qu’on en prend vraiment conscience.

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Marcel Péju : La Peste d’Albert Camus

Article de Marcel Péju paru dans Franc-Tireur, 22 juin 1947, p. 2

Albert Camus vu par Cabrol.

LE dernier livre d’Albert Camus, La Peste (1), qui vient d’obtenir le Prix des Critiques, suscitera sans doute des discussions passionnées : son exceptionnelle richesse, l’actualité de ses thèmes, l’espèce d’intransigeance sobre et fière avec quoi ils sont présentés en seront la cause, autant qu’une certaine incertitude qui demeure jusqu’au bout, touchant les intentions de l’auteur.

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Edith Thomas : Israël et l’histoire

Article d’Edith Thomas paru dans Les Lettres françaises, 18 juillet 1947, p. 4

ON pouvait croire, en ces années qui précédèrent la guerre de 1939-1945, qu’en France, du moins, la question juive ne se posait plus : depuis cent cinquante ans, la Révolution française, la première, avait assimilé les Juifs aux autres catégories de Français et, peu à peu, malgré des crises, comme l’affaire Dreyfus, il semblait qu’on s’acheminât vers la disparition du vieux problème historique.

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Pierre Champromis : De la révolte à la fraternité, Albert Camus

Article de Pierre Champromis paru dans Gavroche, n° 15, 7 décembre 1944, p. 2

Albert Camus avec Maria Casarès, lors de la générale du « Malentendu », quelques minutes avant le lever du rideau (Photo M. Jarnoux)

FAUT-IL présenter au grand public la personnalité d’Albert Camus ? On sait que celui-ci s’est révélé en 1942 par un essai : le Mythe de Sisyphe et un roman, l’Etranger qu’on a généralement salués comme les œuvres les plus marquantes parues depuis le début de la guerre. On sait qu’il a cette année publié deux pièces Le Malentendu et Caligula. Bien qu’il ait la discrétion de ne pas les signer, on sait surtout qu’il est l’auteur de ces éditoriaux de Combat que leur pensée ferme, leur belle langue simple et classique détachent sur le fond un peu terne de la presse quotidienne.

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Marcel Péju : Noces, d’Albert Camus

Article de Marcel Péju paru dans Franc-Tireur, 31 août 1945, p. 2

CE n’est pas sans curiosité, après l’Etranger, après Sisyphe, après Caligula, que l’on ouvre ce petit volume (1), réimpression de quatre essais qui parurent à Alger en 1938. Et sans doute ce sont bien des essais, comme un premier jaillissement d’idées et d’attitudes, lorsque tout se presse à la fois, dans un certain désordre encore, et sur le même plan, sans relief et sans ombre. Bien des tableaux paraissent inutilement surchargés, plusieurs thèmes se dégagent mal tandis que d’autres reviennent d’une manière un peu monotone. On s’appesantit parfois avec une insistance superflue. Mais l’on retrouve aussi le ton incomparable, une sorte de dureté éclatante de la langue et de hauteur souveraine : tout annonce, dans la pensée comme dans la forme, cette aisance de prend style qui sera celle de l’Etranger.

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René Maran : L’Afrique noire dans les lettres françaises

Article de René Maran paru dans Les Lettres françaises, n° 97, 1er mars 1946, p. 5

L’EXOTISME tend à prendre, dans les lettres françaises contemporaines, une importance qui va chaque jour croissant. On sait qu’il a fait son entrée en France en même temps que l’invasion sarrazine de 722, qui submergea la Septimanie. Les croisades l’entourent ensuite d’un merveilleux dont la découverte de la boussole, au XIe siècle, décuple soudain le prestige. C’est alors à qui partira en voyage de « descouverture ». Dieppois et Rouennais fondent des colonies le long des côtes du Sénégal et de la Guinée, dès 1364, Jean de Béthencourt s’installe aux Canaries en 1402. Binot Le Paulmier de Gonneville découvre le Brésil, le 6 janvier 1504. Les animaux étranges, les nouveautés que leurs émules rapportent en Europe poussent Rabelais à écrire, au chapitre II du quart Livre de Pantagruel :

« Adonoques, Pantagruel descendit au havre, contemplant, cependant que les chiourmes des nefs faisaient aiguade, divers tableaux, diverses tapisseries, divers animaux, poissons et autres marchandises exotiques et pénégrines, qui étaient en l’allée du môle et par les halles du port. »

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Maurice Nadeau : La tragédie des « repenseurs » du marxisme

Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 31 mars 1949, p. 4

QU’EST-CE que le marxisme ? Une idéologie, une méthode d’explication du monde, une philosophie, une stratégie de la révolution, une religion, ou tout cela à la fois ? En l’impossibilité où l’on est de le définir congrûment pourrait résider une des sources de la « tragédie » (1) où Michel Collinet estime qu’il est tombé et qui fait que des millions d’hommes s’en réclament sans en avoir toujours d’autre représentation que vante mais exclusive. En son nom, sur un sixième du globe, on régente et on blâme, on emprisonne et on commet parfois des assassinats ; ailleurs, des philosophes, historiens, économistes, politiques et artistes l’utilisent à des fins diverses, parfois excellentes, parfois nocives. Malheureusement, pour l’ensemble de ces marxistes « orthodoxes » ou hérétiques, « étroits » ou « ouverts », la lettre a souvent tué l’esprit et la référence au dogme remplacé la recherche vivante.

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Roger Worms : Mise au point sur une mise au pas

Article de Roger Worms alias Roger Stéphane paru dans Combat, 25 juillet 1947, p. 2

NOUS n’avons malheureusement pas eu l’occasion de lire une réfutation de Nietzsche par M. Clément Vautel. La critique du colonel Lawrence par M. Edgar Morin, dans « Les Lettres Françaises » du 18 juillet 1947, vient toutefois de nous en donner un avant-goût.

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Paul Morelle : Spartacus

Article de Paul Morelle paru dans Franc-Tireur, 5 mars 1946, p. 2

CE serait une erreur, parce que Le Zéro et l’Infini, [d’Arthur] Koestler préoccupe actuellement toutes les consciences, de passer sous silence un livre du même auteur qui l’a précédé de peu en librairie, mais participe des mêmes recherches politiques et sociales et porte un nom barbare : Spartacus. (1).

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Edgar Morin : Les héros désespérés ou le mal d’aujourd’hui

Article d’Edgar Morin paru dans Les Lettres françaises, n° 165, 18 juillet 1947, p. 1 et 3

LE spectre de T.E. Lawrence, Lawrence d’Arabie, hante une partie du monde intellectuel.

A Lawrence peuvent se rattacher par une parenté de moins en moins obscure les héros de Malraux ; les conquérants qu’anime « une passion pour laquelle les objets à conquérir ne sont plus rien. Une passion parfaitement désespérée, un des plus purs soutien de la force », les « ambitieux assez lucides pour mépriser tous les objets de leur ambition, et leur ambition même », et finalement le Berger, de Noyers de l’Altenburg, transposition à peine déguisée de Lawrence lui-même. A Lawrence peut s’appliquer la notion de « service inutile », de Henry de Montherlant, et celle de « destin absurde », qu’Albert Camus, dans le Mythe de Sisyphe, trouve propre à « séduire et attirer un cœur clairvoyant ».

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Maurice Nadeau : Koestler à la recherche d’une morale

Article de Maurice Nadeau paru dans Gavroche, n° 118, 28 novembre 1946, p. 5

LE propre des œuvres profondément engagées dans l’époque est de susciter la polémique. On peut même avancer que les œuvres fortes la suscitent toujours ; voyez Miller, voyez le courant actuel de littérature noire principalement branchée sur l’Amérique et où l’on trouve du bon et du mauvais mais qui ne peut laisser indifférent. Souvenons-nous des anti-Gide d’avant 1914, des anti-Valéry de 1920, des anti-Claudel de toujours. Pour Arthur Koestler, la question déborde le plan artistique et même celui des mœurs ; elle se meut dans un domaine où les passions se déchaînent au maximum : la politique.

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Terre d’Egypte

Article signé A. F. paru dans Les Lettres françaises, n° 168, 8 août 1947, p. 5

LA publication récente du « Livre des jours » (1) de Taha Hussein bey comble une grave lacune. Nous savions fort peu de choses sur ce grand écrivain de langue arabe que présentaient les « Lettres françaises » l’an dernier et qui jouit dans tous les pays musulmans d’une réputation considérable de penseur et d’homme d’action. Ce récit qui est une autobiographie, une sorte de Livre de mon Ami d’un jeune étudiant égyptien, élève studieux et bien vite irrité par des méthodes d’éducation surannées, est l’un des livres !es plus émouvants qui soient : Taha Hussein est aveugle de naissance, ou presque et il nous raconte quelle fut son initiation à cette vie de travail et de méditation qui devait être la sienne et dont, seule, une extraordinaire force d’âme, a pu faire une éclatante réussite.

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Maurice Nadeau : Communistes d’hier et d’aujourd’hui

Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 23 juin 1949, p. 4

PARMI les adversaires en stalinisme il est de bon ton d’affirmer qu’Aragon a du talent. Il est communiste, dit-on, et c’est dommage, mais de ce terrain vague qu’est la littérature on peut bien lui concéder quelque parcelle et reconnaître qu’il y exécute ses tours avec grâce. Et puis, ajoute-t-on, il nous a rendu tant de services ! Au moment où nos énergies défaillantes réclamaient un barde, il s’est présenté, en livrée de troubadour. Quand nous avons failli glisser dans la littérature malsaine, celle des Joyce, des Kafka et des Faulkner, il a courageusement revendiqué le droit d’écrire comme Octave Feuillet, un Octave Feuillet « noir ». Qu’il ait affublé de l’épithète « socialiste » le vieux réalisme exsangue du siècle dernier ne nous effraie pas. Nous avons nous aussi les idées larges et savons pratiquer le « fair play ». Alors, reconnaissons que le poète et romancier communiste Aragon possède un fichu talent !

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Maurice Nadeau : « J’ai choisi la liberté ! »

Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 6 juin 1947, p. 2

LE 5 avril 1944, le « Daily Worker », quotidien communiste des Etats-Unis, apprenait à ses lecteurs qu’un

« soi-disant fonctionnaire de la Commission d’achats soviétique de Washington, Victor Kravchenko, venait de trahir la confiance qu’avait placée en lui le peuple de l’U. R. S. S. »

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Maurice Nadeau : La Gauche intellectuelle et le communisme

Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 8 juin 1950, p. 4

COMME tout était simple, pour l’intellectuel d’Occident, il y a vingt ans ! Comme il lui était facile de choisir ! Comme il pouvait aisément se donner bonne conscience ! Quand il avait compris la nature de son rôle : lutter contre l’état de choses existant, pas moins qu’aujourd’hui injuste et fondé sur des valeurs perverties, ne lui suffisait-il pas de regarder vers l’Est pour prendre confiance en lui-même, donner à son espoir et sa révolte une signification qui le dépassait ?

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Jane Albert-Hesse : L’oncle Tom n’existe plus

Article de Jane Albert-Hesse paru dans Franc-Tireur, 25 octobre 1947, p. 2

C’est d’ailleurs que nous vient le souffle… – Les grands romanciers de la race noire : Richard Wright, Langston Hugues. – Mémoires d’un poète et d’un homme. – Solidarité dans la lutte et dans l’art.

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Aimé Blanc-Dufour : Romanciers du futur

Chronique d’Aimé Blanc-Dufour parue dans Les Cahiers du Sud, n° 302, 1er juillet 1950, p. 156-158


LE MONDE DES ACCUSES, par Walter Jens (Plon).

1984, par George Orwell (Gallimard).

Jadis, les romans d’anticipation étaient surtout remarquables par leur optimisme. Du XVIe siècle, avec Thomas More, jusqu’au XIXe siècle avec Jules Verne, en passant par Morelly et d’autres, ces écrits annonçaient soit une société libertaire et heureuse, soit l’asservissement des forces de la nature. Toutes leurs projections imaginaires aboutissaient non seulement à une amélioration du sort matériel de l’homme, mais aussi à une satisfaction des besoins de liberté par la suppression d’entraves sociales jugées caduques, ainsi qu’à une extension illimitée de la connaissance, étant sous-entendu que davantage de science enrichirait la conscience et ferait de la Terre un paradis retrouvé. Nos parents, trop pressés, ont bu le verjus et les dents nous font mal.

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Maurice Nadeau : Un enfant d’Amérique

Articles parus dans Combat, 11 juillet 1947, p. 2

LA réputation de Richard Wright a précédé chez nous la traduction de ses œuvres. « Black Boy » (1) et « Native Son », premier ouvrage publié en librairie (2), montrent que cette réputation n’est pas usurpée. Avec Wright, nous nous trouvons, en vérité, devant un des grands écrivains du moment. Dire qu’il est noir et Américain n’est pas plus le définir que de considérer seulement Kafka comme Juif et Tchèque, ou Tolstoï comme noble et Russe. Par quelque endroit, le génie transgressé les catégories raciales, sociales et nationales au sein desquelles il est né et a prospéré. De moins grands que Wright, le pittoresque Claude Mc Kay ou l’émouvant Langston Hugues laissent clairement voir leurs caractères ethniques. Ils se définissent d’abord par eux. Quand nous lisons « Native Son », nous oublions la nationalité de l’auteur et la couleur de sa peau.

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Denise Wurmser : Visions du monde futur

Article de Denise Wurmser paru dans Force ouvrière, 23 février 1950, p. 4

6th November 1948: Novelist and essayist Aldous Leonard Huxley (1894 – 1963) being interviewed in London after a 12 year absence from England. Original Publication: Picture Post – 4662 – Aldous Huxley – pub. 1948 (Photo by Elizabeth Chat/Picture Post/Hulton Archive/Getty Images)

LA lecture d’un récent livre du polémiste anglais George Orwell : « 1984 » nous fait tout à coup, brutalement, heurter du nez le pitoyable contraste entre les écrivains d’imagination des siècles précédents et ceux du XXe.

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Jean-Paul Monteil : Un livre qui vient au bon moment

Article de Jean-Paul Monteil paru dans Le Libertaire, n° 525, 4 décembre 1936, p. 4

André Gide, le 23 juin 1936 sur la Place Rouge, à Moscou, pendant les funérailles de Maxime Gorki (1868-1936). Gide est entouré (en partant de la droite) par Joseph Staline, Vyacheslav Mikhaylovich Molotov, Nikolai Alexsandrovich Boulganin, Nikita Khruschev, Anastas Ivanovich Mikoyan, le journaliste Michel Koltsov and l’écrivain Alexis Tolstoi. AFP PHOTO

Lorsqu’en 1933, André Gide vint au communisme et à la défense de l’U. R. S. S., la presse du P. C. et de ses filiales donnèrent à cette adhésion un retentissement extraordinaire. L’événement en valait la peine car A. Gide est incontestablement un des meilleurs écrivains de ce pays et sa venue parmi les amis de l’U. R. S. S. était pour celle-ci une caution morale prestigieuse. D’autant plus, qu’il faut reconnaître à cet homme, en plus de son talent, un grand courage et une grande probité.

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presse

René Michel : Le dernier roman de Victor Serge « L’affaire Toualév »

Article de René Michel paru dans Le Libertaire, n° 187, 24 juin 1949, p. 3

« Nous mourrons tous sans savoir pourquoi nous avons tué tant d’hommes en qui résidait notre force la plus haute. »

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presse

René Garmy : Romans noirs pour hommes blancs

Article de René Garmy paru dans L’Humanité, 23 août 1932, p. 4

DIS-MOI chéri que je suis ta chérie. C’est pas une fille jaune qui te tombera…

Des refrains amoureux, des couples déchaînés dans la fureur du jazz. Des peaux d’un noir nuancé : chocolat, marron, olive, café, acajou, crème, mastic. Des étoffes aux couleur criardes : cravate rose, jaune et bleue, écharpe orange, jupe verte, bas champagne. On boit — gin ou whisky — on joue — poker ou zanzi — on se drogue — opium ou coco. On s’oublie, on s’enivre, on s’aime, on se bat, on assiste à tous les débordements d’une animalité intense.

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presse

René Lustre : Mémoires d’un révolutionnaire

Article de René Lustre paru dans Le Libertaire, n° 269, 18 mai 1951, p. 3

MILITANT anarchiste en France en Espagne (1) rallié aux Soviets après 1917, opposant quelques années plus tard, Victor Serge n’a plus besoin d’être présenté. Personne n’a oublié « Les Hommes dans la prison, Naissance de notre force, l’An 1 de la révolution, Ville conquise, S’il est minuit dans le siècle, L’Affaire Toualev », chronique romancée de la lutte révolutionnaire de sa génération, Et pour nous qui prenons la relève, la lecture des articles de journaux, visionnaires, prophétiques que Serge légua au mouvement ouvrier nous sont toujours précieux.

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presse

Jean Texcier : Un conte philosophique « Les animaux partout ! »

Article de Jean Texcier paru dans Gavroche, n° 158, 9 octobre 1947

Les animaux deviennent facilement, en littérature, des personnages philosophiques. Ou plutôt ils se mettent aisément au service des moralistes.

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revues

Louis Bercher : Magdeleine Paz (Magdeleine Marx). – Frère Noir (Flammarion, éditeur)

Article de Louis Bercher alias J. Péra paru dans La Révolution prolétarienne, n° 112, 5 décembre 1930, p. 27-28

Men attending the meeting for Negroes and foreign born members of the agricultural workers’ union. Bridgeton, New Jersey, 1936. (Photo by © CORBIS/Corbis via Getty Images)

Un livre sur la condition des nègres en Amérique. Un très beau livre. Des chiffres, des faits, du cœur et du discernement.

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Breffel : Réflexions sur le « Zéro et l’Infini »

Article de Breffel paru dans Le Libertaire, n° 63, 10 janvier 1947, p. 3

Hungarian-born British writer Arthur Koestler, right, at the head office of publishers Jonathan Cape with G Wren Howard. Original Publication: Picture Post – 1671 – Do We Read Better Books In Wartime – pub. 1944 (Photo by Felix Man & Kurt Hutton/Picture Post/Hulton Archive/Getty Images)

La traduction du livre de Koestler a suscité en France une double querelle : certains y ont cherché la psychologie des victimes des Procès de Moscou ; d’autres y ont vu une critique du régime soviétique. Le choix exclusif d’un point de vue est ici assez vain. Les deux se justifient, s’il est vrai qu’il y a dans un livre, outre l’apport de l’auteur, ce que le lecteur y ajoute.

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Maurice Nadeau : Koestler et le socialisme

Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 22 novembre 1946, p. 2

DEPUIS qu’est paru en français « Le Zéro et l’Infini », Arthur Koestler suscite à la fois l’injure et le dithyrambe. Certains le tiennent pour l’une des nombreuses têtes de l’hydre trotskyste et tournée de préférence vers l’« Intelligence Service », d’autres se réjouissent de penser qu’est enfin née et mise au point la machine de guerre contre l’U.R.S.S., le parti communiste et le mouvement révolutionnaire en général. Koestler lui-même s’aperçoit qu’il s’est placé sur une pente « cirée par les larges derrières des idéalistes passés au cynisme », qu’il est difficile de s’y cramponner et que « on y est bien seul ». Approuvé parfois par ceux qu’il méprise, méprisé d’autres fois par ceux dont il a été le compagnon de lutte, il se tient, en effet, dans une position qui manque de confort.

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presse

Le Zéro et l’Infini

Article paru dans Le Libertaire, n° 30, 24 mai 1946, p. 2

« La mort de tout homme me diminue, parce que je fais partie du genre humain. Ainsi donc, n’envoie donc jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »

(Hemingway.)

Au moment où les écrivains américains avec Faulkner, Miller, Steinbeck, Saroyan se disputent la critique sur le seul plan technique ; l’anglais Arthur Koestler, juif hongrois d’origine, devient le sujet d’une controverse beaucoup plus profonde. « Le Zéro et l’Infini » prend l’allure d’un manifeste.