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S’IL BRAILLE, LÂCHE-LE…, par Chester Himes, traduit de l’Américain par Renée Vavasseur et Marcel Duhamel. (Editions Albin Michel.)

Article paru dans Les Lettres françaises, n° 240, 30 décembre 1948, p. 3

Titre curieux, certes, que celui de ce roman américain de bon aloi, mais on comprend assez mal le rapport qu’il offre avec le roman lui-même. En réalité, il est extrait d’une tontine nègre, du genre Am, Stram, Gram, — Pic et pic et Colégramme…

La publicité de la maison Albin Michel présente le livre comme le roman d’un noir qui se rebiffe contre le racisme américain, et à qui les persécutions ne sont pas épargnées.

C’est vrai, mais ce n’est pourtant pas ce sujet qui touche le plus dans le roman. Sans doute parce qu’il prend matière dans une histoire trop connue : la femme blanche qui crie “au viol !” pour se venger d’un noir qui, précisément, se refuse à la violer. Dans un cas pareil, les Américains croient la femme, si peu crédible qu’elle soit. Toutefois, ici, le noir échappe de justesse au lynch, pour se voir enrôler de force dans l’armée américaine qui s’en va-t-en guerre contre le racisme allemand (ce que vous n’êtes pas obligés de croire).

En revanche, tout ce qui est scènes de la vie des noirs, rapports entre eux et entre leurs camarades blancs, attitudes diverses de ceux-ci selon leurs opinions, leur appartenance au syndicat (le héros est métallo et travaille dans un chantier de constructions navales), tout cela est extrêmement vivant, curieux, pittoresque, instructif. La vitalité des nègres, leur bonne humeur offrent quelque chose de réjouissant, et rendent incompréhensibles, sur le plan humain, la haine ou le mépris que certains leur vouent à cause de la couleur de leur peau.

Et par-dessus tout, « S’il braille, lâche-le… » présente cet aspect singulier de se passer, en majeure partie, dans les entrailles d’un grand cuirassé en construction, objet étrange, encore amphibie, qui flottera sans doute un jour, mais qui pour le moment tient toujours à la terre.

Et puis le livre est plein d’histoires d’un bout à l’autre, rêves des nègres ; anecdotes qu’ils se racontent, etc… Parmi ces anecdotes, le Majeur vous recommande celle du crocodile qui dit que les noirs parlent toujours trop…

Majeur

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