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Fritz Brupbacher : L’opinion de Freud sur Marx, le Marxisme et le Bolchevisme

Article de Fritz Brupbacher paru dans Masses, n° 7, 20 juin 1933, p. 15-16

Dans les milieux intellectuels, on entend souvent prononcer en même temps les noms de Marx et de Freud. C’est tantôt le fait de disciples de Freud, qui ont d’autre part des convictions révolutionnaires en politique, tantôt, également, et avec une insistance particulière, ces deux noms se trouvent rapprochés par certains marxistes orthodoxes, aux yeux de qui personne ne saurait, sans commettre un sacrilège, soulever la moindre critique contre le système du maître. Pour la science, ces derniers esprits, trop pleins de piété, ne comptent naturellement pas.

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Otto Rühle : Karl Marx. Vie et oeuvre

Otto Rühle, Karl Marx. Vie et oeuvre, Genève, Entremonde, 2011 [1928], p. 96-101

Portrait d’Otto Rühle par Diego Rivera

DIALECTIQUE

Tout le travail de Marx depuis nombre d’années se réduisait au fond à lutter contre Hegel de façon directe ou détournée.

Un jeune géant armé de griffes léonines et combattant fiévreusement pour accroître à ses propres yeux le sentiment de sa valeur, étranger à la société qui ne voulait pas le reconnaître, l’évitait même et le persécutait, s’était cabré contre la toute puissance de Hegel, monumentale figure révérée et admirée dans tout le monde de l’esprit.

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livres

Karel Kosic : La dialectique du concret

Karel Kosic, La dialectique du concret, Paris, François Maspero, 1978, p. 165-170

Les dieux n’existent que pour celui qui les reconnaît. Est-ce à dire qu’au-delà des limites de notre terre, ils se transforment en simple bois, tout comme le roi devient simple mortel ? En fait, un dieu n’est pas du bois, mais un produit et un rapport social. La critique rationaliste, qui a enlevé aux hommes la religion et leur a démontré que les autels, les dieux, les saints et les églises n’étaient « rien d’autre » que du bois, de l’étoffe et de la pierre, est, du point de vue philosophique, en retrait sur la simple foi des croyants, car les dieux, les saints et les temples sont effectivement autre chose que de la cire, du bois ou de la pierre. Ce sont des produits de la société, et non de la nature. C’est pourquoi la nature ne peut ni les créer ni les remplacer. Est-ce à dire que le baba de Sylvie est autre chose qu’un drap ?

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Aimé Patri : Logique et dialectique matérialiste. L’origine de la logique envisagée du point de vue du matérialisme

Article d’Aimé Patri signé André Ariat paru dans Masses, n° 13, 20 janvier 1934, p. 6-7

The parade of Fascist forces in St Mark’s square, during the first visit of the Fuhrer in Italy, Venice, Italy, photo by Ferruzzi and Bruni, from L’illustrazione Italiana, year LXI, n 25, June 24, 1934.

I – CRITIQUE DU RATIONALISME CLASSIQUE

Dans une étude précédente, nous avons cherché à déterminer le sens, la portée et surtout les limites des règles de la logique auxquelles on doit éviter d’opposer la dialectique, dans le domaine limité où elles conservent leur valeur : celui de la conduite des discussions.

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presse

Aimé Patri : Logique et dialectique matérialiste. La dialectique abolit-elle la logique ?

Article d’Aimé Patri signé André Ariat paru dans Masses, n° 12, 25 décembre 1933, p. 3-4

Nazi supporters and soldiers preparing to arrest marxist councillors. (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

La dialectique est-elle une sorte de logique, supérieure qui dispense d’appliquer les règles de la logique ordinaire, et en particulier le célèbre principe de non-contradiction ? Ou bien doit-on concevoir les rapports de la dialectique et de la logique ordinaire de telle manière que la dialectique dépasse la logique ordinaire, tout en la conservant, et sans dispenser le moins du monde d’appliquer ses règles dans le domaine où elles conservent leur valeur ?

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Gajo Petrović : Humanisme et révolution

Article de Gajo Petrović paru dans L’Homme et la société, n° 21, juillet-août-septembre 1971, p. 199-209

I

La philosophie marxiste a été conçue par les stalinistes comme une combinaison du « matérialisme dialectique » — ontologie et théorie de la connaissance d’ordre philosophique abstrait — et du « matérialisme historique » – conception économique, non philosophique de l’histoire. Aucune de ces deux parts de la version staliniste de la philosophie marxiste ne contenait une théorie explicite de l’homme. Cependant, en rejetant expressément la possibilité même d’un concept philosophique de l’homme, les stalinistes ont en effet élaboré un concept matérialiste vulgaire, selon lequel l’homme est au fond un « animal qui fait des instruments », un être entièrement déterminé par sa propre production économique.

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Adam Schaff : L’humanisme marxiste

Texte d’Adam Schaff paru dans L’Homme et la société, n° 7, janvier-février-mars 1968, p. 3-18

On peut dire sans hésiter que notre époque est celle du choc des humanismes. Les tendances qui se réclament de l’humanisme, ne sont pas seulement nombreuses, mais elles sont aussi concurrentes et vont même jusqu’à se combattre. Étant donné l’importance croissante que prend à notre époque le problème de la vie de l’individu, la lutte politique prend volontiers la forme d’une mise en accusation, de l’adversaire quant à son manque d’humanisme, voire son antihumanisme. Une telle accusation ne prouve nullement que l’accusateur soit véritablement humaniste et ne le préservera pas de se voir reprocher, à son tour, de manquer d’humanisme. Cette popularité de l’humanisme et la multiplication de ses variétés se combattant mutuellement prouve simplement que l’homme, dont la vie est aujourd’hui plus menacée que jamais, est avide au minimum de paroles de consolation, de paroles évoquant le bonheur humain.

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Thadée Kotarbinski : L’humanisme socialiste

Article de Thadée Kotarbinski paru dans Raison présente, n° 18, avril-mai-juin 1971, p. 26-30

Polish philosopher Professor Tadeusz Kotarbinski (1896 – 1981). (Photo by Keystone/Getty Images)

L’humanisme sera socialiste à condition que le socialisme soit humaniste et inversement. Mais que doit être le socialisme pour être un socialisme humaniste ? Qu’il me soit permis de préparer la réponse à ce problème en l’envisageant d’un point de vue professionnel, du point de vue d’un professeur d’Université qui enseigne la logique conçue en tant qu’introduction à l’étude et à l’enseignement et adressée à de futurs philosophes ou humanistes, surtout à de futurs enseignants de la philosophie et des sciences humaines. Une des tâches de ces logiciens universitaires concerne les problèmes du lexique que des expressions indispensables dans l’enseignement des disciplines mentionnées, et le type de problème prépondérant dans ce domaine est ce qu’on appelle souvent la clarification des concepts. Nous nous servons généralement, en effet, de mots dont le sens nous est connu en quelque sorte intuitivement mais sans que nous ayons conscience de chacun de ses éléments en particulier ni de leur structure globale. Les logiciens en tant que tels s’occupent dans le cadre de leur spécialité de ce qu’on appelle la sémiotique logique qui est une sorte d’art de construire les sens des expressions, consistant entre autres à élaborer des définitions analytiques de ces expressions. Pareille définition spécifie et mentionne chacun des éléments dont se compose la signification de la forme de langage envisagée et met en évidence la manière dont ils s’unissent en un tout spécifique. Mais très souvent on se contente de résoudre un problème rapproché. La définition régulatrice remplace la définition analytique. On ne cherche pas alors à approfondir les détails du sens du mot envisagé dans toute l’authenticité de ce sens, mais on établit pour l’usage ultérieur les éléments et la structure de la signification que l’on donne à ce mot, en veillant seulement à ce que cette signification ne s’écarte pas trop du sens connu intuitivement dans l’usage habituel de ce mot. Qu’il me soit donc permis de tenter une certaine régulation de la signification de l’expression “socialisme humaniste”.

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Stéphanie Roza : La Gauche contre les Lumières ?

J’ai le plaisir d’annoncer la publication dans Le Monde diplomatique de ma note de lecture au sujet de l’essai de Stéphanie Roza, La Gauche contre les Lumières ?

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revues

Herbert Marcuse : De l’ontologie à la technologie. Les tendances de la société industrielle

Texte d’Herbert Marcuse paru dans Arguments, n° 18, 2e trimestre 1960, p. 54-59

Podiumsdiskussion mit Richard Löwenthal, Jakob Taubes, Marcuse, Alexander Schwan und Claassen in der Freien Universität (FU) Berlin – 12.07.1967 (Photo by Jung/ullstein bild via Getty Images)

Les pages suivantes contiennent des idées développées lors d’un cours fait en 1958-59 à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes ; elles font partie d’un livre, à paraître, consacré à l’étude de certaines tendances de base de la société industrielle la plus évoluée, aux Etats-Unis en particulier (1). Ces tendances paraissent engendrer un mode de pensée et de comportement qui réprime ou rejette toutes les valeurs, les aspirations et les idées non conformes à la rationalité dominante. C’est par conséquent une dimension entière de la réalité humaine qui se trouve supprimée : la dimension qui permet aux individus et aux classes de développer une théorie et une pratique du dépassement et d’envisager la « négation déterminée » de leur société. La critique radicale, l’opposition efficace (intellectuelles aussi bien que politiques) se trouvent désormais intégrées au status-quo ; l’existence humaine semble devenir « uni-dimensionnelle ». Une telle intégration ne s’explique nullement par l’émergence de la mass culture, de l’Organization man, des Hidden Persuaders, etc. ; ces notions appartiennent à une interprétation purement idéologique qui néglige l’analyse des processus fondamentaux : les processus qui minent la base sur laquelle l’opposition radicale pourrait se développer.

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Kostas Axelos : Adorno et l’école de Francfort

Article de Kostas Axelos suivi de “Fragments” parus dans Arguments, n° 14, 2e trimestre 1959, p. 20-25

Theodor W. Adorno. Photography. 1958. (Photo by Imagno/Getty Images) [Theodor W. Adorno. Photographie. 1958.]

En ces temps où “la” pensée se fait rare, ses sous-produits inondant le marché mondial de la production et de la consommation des biens culturels, il faut savoir reconnaître et saluer un penseur lorsqu’on le rencontre. Theodor Wiesengrund Adorno n’est pas un grand penseur, un fondateur ; il a néanmoins le mérite d’essayer de penser, aujourd’hui même, où l’effort de penser se trouve écrasé par l’anodine, accablante et multicolore érudition académique et par les segmentations technicistes, quand il n’est pas pris, ailleurs, dans l’engrenage des rotatives du journalisme énervé et superficiel ou quand il ne succombe pas sous la vague de platitude et de vulgarisation qui déferle de tous côtés.