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Vernon Richards : George Orwell, l’humaniste

Article de Vernon Richards paru dans Le Libertaire, n° 215, 10 février 1950, p. 3

George Orwell – an seiner Schreibmaschine (Photo by ullstein bild/ullstein bild via Getty Images)

GEORGE ORWELL, écrivain et socialiste, est mort dans un hôpital londonien, le 21 janvier, à l’âge de 46 ans. Né d’une famille de classe moyenne en Inde, il alla à Eton, et plus tard rejoignit les forces de police de Burma. Mais l’honnêteté de l’œil avec lequel il vit le rôle de l’Impérialisme britannique le repoussa — non seulement de la police de Burma, mais aussi de la classe dans laquelle il était né.

Ses livres disent la pauvreté matérielle qui l’accabla, et 1936 le trouva en Espagne, où il fut blessé dans les lignes républicaines.

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Joachim Israel : L’humanisme dans les théories de Marx

Article de Joachim Israel paru dans L’Homme et la société, n° 11, janvier-février-mars 1969, p. 109-126

Nombreux sont ceux pour qui le socialisme signifie un système social, fortement centralisé et un contrôle s’exerçant sur toute la vie individuelle. En ce qui nous concerne, nous partageons l’opinion d’Erich Fromm lorsqu’il affirme : « Pour Marx, le but du socialisme était l’émancipation de l’homme ».

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Gajo Petrović : Humanisme et révolution

Article de Gajo Petrović paru dans L’Homme et la société, n° 21, juillet-août-septembre 1971, p. 199-209

I

La philosophie marxiste a été conçue par les stalinistes comme une combinaison du « matérialisme dialectique » — ontologie et théorie de la connaissance d’ordre philosophique abstrait — et du « matérialisme historique » – conception économique, non philosophique de l’histoire. Aucune de ces deux parts de la version staliniste de la philosophie marxiste ne contenait une théorie explicite de l’homme. Cependant, en rejetant expressément la possibilité même d’un concept philosophique de l’homme, les stalinistes ont en effet élaboré un concept matérialiste vulgaire, selon lequel l’homme est au fond un « animal qui fait des instruments », un être entièrement déterminé par sa propre production économique.

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Amédée Dunois : Colossale erreur

Article d’Amédée Dunois signé Nicolas Moreau paru dans Socialisme et Liberté, n° 12, 1er novembre 1942

Vel d’Hiv deportation: in the night of 15th and 16th July 1942, 9000 policemen and French officers arrested in Paris and in the suburbs 12884 Jews including 4051 children. They were all taken to the Drancy camps, Pithiviers or Beaune-la-Rolande before being deported to Auschwitz. (Photo by Antoine GYORI/Sygma via Getty Images)

La chasse aux juifs se poursuit et s’aggrave, sous le béton du sieur Darquois de Pellepied. On a guère touché jusqu’ici qu’aux juifs réfugiés, mais le bruit court que les juifs français (ou plutôt les Français juifs) auront bientôt leur tour. Comme le disait l’autre jour un officier allemand à une dame de notre connaissance apparentée à la race maudite : “Il n’y a pas, madame, de juifs français, allemands, polonais, nous ne connaissons que des juifs tout court”. Au reste, si l’on n’en est pas encore à embarquer en masse les israélites de chez nous pour les camp de l’est européen, ils n’en subissent pas moins, sur place, toutes les vexations d’une inhumanité raffinée que le sadisme antisémitique se plait à mettre au jour.

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Roger Hagnauer : L’humanisme ouvrier de Pierre Monatte

Article de Roger Hagnauer paru dans La Révolution prolétarienne, n° 151, juillet-août 1960, p. 5-7

Paris: French Communists On Trial In Paris. Ten French Radicals, accused of communism on trial in Paris. All are accused of plotting to upset the present French Government. The prisoners in the dock are front row, left to right. Pierre Monatte, Boris Lifschitz, Isiadore Loriot, Rene Monnousseau, Maurice Sigrand and Henri Both. Second row left to right. Emile Giraud, Marius Hanor, Alexandre Lebouy and Elie Rabilloud.

La vie et l’œuvre de Pierre Monatte pourraient se résumer dans les titres des deux revues qu’il a fondées, l’une en 1909 : la Vie Ouvrière, l’autre en 1925, la Révolution Prolétarienne.

Sans doute les circonstances expliquent-elles le changement de titre. La Vie Ouvrière en 1909, comme la Révolution Prolétarienne en 1925, devait être l’expression d’une coopérative intellectuelle pour militants ouvriers, une revue où des militants échangeaient des commentaires de l’actualité et des documents, non des doctrines ou des idées toutes faites, mais des matériaux pour élaborer leur opinion personnelle. construire leurs propres idées.

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Adam Schaff : L’humanisme marxiste

Texte d’Adam Schaff paru dans L’Homme et la société, n° 7, janvier-février-mars 1968, p. 3-18

On peut dire sans hésiter que notre époque est celle du choc des humanismes. Les tendances qui se réclament de l’humanisme, ne sont pas seulement nombreuses, mais elles sont aussi concurrentes et vont même jusqu’à se combattre. Étant donné l’importance croissante que prend à notre époque le problème de la vie de l’individu, la lutte politique prend volontiers la forme d’une mise en accusation, de l’adversaire quant à son manque d’humanisme, voire son antihumanisme. Une telle accusation ne prouve nullement que l’accusateur soit véritablement humaniste et ne le préservera pas de se voir reprocher, à son tour, de manquer d’humanisme. Cette popularité de l’humanisme et la multiplication de ses variétés se combattant mutuellement prouve simplement que l’homme, dont la vie est aujourd’hui plus menacée que jamais, est avide au minimum de paroles de consolation, de paroles évoquant le bonheur humain.

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Thadée Kotarbinski : L’humanisme socialiste

Article de Thadée Kotarbinski paru dans Raison présente, n° 18, avril-mai-juin 1971, p. 26-30

Polish philosopher Professor Tadeusz Kotarbinski (1896 – 1981). (Photo by Keystone/Getty Images)

L’humanisme sera socialiste à condition que le socialisme soit humaniste et inversement. Mais que doit être le socialisme pour être un socialisme humaniste ? Qu’il me soit permis de préparer la réponse à ce problème en l’envisageant d’un point de vue professionnel, du point de vue d’un professeur d’Université qui enseigne la logique conçue en tant qu’introduction à l’étude et à l’enseignement et adressée à de futurs philosophes ou humanistes, surtout à de futurs enseignants de la philosophie et des sciences humaines. Une des tâches de ces logiciens universitaires concerne les problèmes du lexique que des expressions indispensables dans l’enseignement des disciplines mentionnées, et le type de problème prépondérant dans ce domaine est ce qu’on appelle souvent la clarification des concepts. Nous nous servons généralement, en effet, de mots dont le sens nous est connu en quelque sorte intuitivement mais sans que nous ayons conscience de chacun de ses éléments en particulier ni de leur structure globale. Les logiciens en tant que tels s’occupent dans le cadre de leur spécialité de ce qu’on appelle la sémiotique logique qui est une sorte d’art de construire les sens des expressions, consistant entre autres à élaborer des définitions analytiques de ces expressions. Pareille définition spécifie et mentionne chacun des éléments dont se compose la signification de la forme de langage envisagée et met en évidence la manière dont ils s’unissent en un tout spécifique. Mais très souvent on se contente de résoudre un problème rapproché. La définition régulatrice remplace la définition analytique. On ne cherche pas alors à approfondir les détails du sens du mot envisagé dans toute l’authenticité de ce sens, mais on établit pour l’usage ultérieur les éléments et la structure de la signification que l’on donne à ce mot, en veillant seulement à ce que cette signification ne s’écarte pas trop du sens connu intuitivement dans l’usage habituel de ce mot. Qu’il me soit donc permis de tenter une certaine régulation de la signification de l’expression “socialisme humaniste”.

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A. Petrachik : Les problèmes de l’humanisme dans les premières œuvres de Marx

Article d’A. Petrachik paru dans La Pensée. Revue du rationalisme moderne, n° 96, mars-avril 1961, p . 27-41

Moscow. USSR. Politburo members attend an unveiling ceremony for the monument to Karl Marx by Lev Kerbel in Revolution Square. (Photo ITAR-TASS) (Photo by TASS via Getty Images)

LA question de l’humanisme du jeune Marx, de la formation de ses idées sur l’essence de l’homme et sur sa situation dans le monde offre aujourd’hui un intérêt qui n’est pas seulement théorique et académique. Le fait est que cette question se détache comme l’un des points centraux dans le subtil « système » de falsification du matérialisme dialectique et du matérialisme historique, auquel travaillent avec zèle à la fois les ennemis directs du marxisme appartenant au camp de la réaction bourgeoise et les théoriciens social-démocrates et révisionnistes qui se réclament de l’ « exposé objectif des choses » et même du « développement créateur ».

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Humanistes ou technocrates ?

Article paru dans Alarme, n° 24, avril-mai-juin 1984, p. 11-13

President Reagan talks to Challenger astronauts on the Oval Office congratulating them for capturing the disabled Solar Max satellite and bringing it into the Challenger cargo bay. President Reagan mentioned the cost of the satellite and asked the fliers to be sure to bring it back if they cannot fix it.

Les récentes performances des astronautes américains ont excité nos braves médias comme aux beaux jours des alunissages du programme Apollo. Et tous de jacasser en chœur sur les réparateurs du vide, le service après-vente de la NASA ou les OS de l’espace. Avec une inépuisable banalité, journalistes technocrates et autres spécialistes du mensonge se sont relayés pour vanter les mérites et l’importance de la mission réussie par la “navette spatiale” ; à savoir, les économies de dollars réalisées en ne ramenant pas au sol le satellite “solar max” pour le réparer et la perspective d’un développement industriel spatial, nouveau et propre.

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Paul Mattick : Humanisme et Socialisme

Article de Paul Mattick paru dans Front Noir, n° 6, novembre 1964, p. 20-24

Tout comme la science, l’industrie, le nationalisme et l’Etat moderne, l’humanisme est un produit du développement du capitalisme. Il est le couronnement de l’idéologie de la bourgeoisie. Celle-ci avait grandi au sein des relations sociales féodales, dont le principal soutien idéologique était la religion. L’humanisme est donc un produit de l’histoire, c’est-à-dire un produit d’hommes s’attaquant à transformer une formation sociale en une autre. Parce qu’il se constitua avec l’apparition et la croissance du capitalisme, l’humanisme doit être étudié d’abord au sein de la société bourgeoise avant que l’on puisse traiter de ses relations avec le socialisme ou avec « l’humanisme socialiste ».

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André Laude : Présence d’Albert Camus

Article d’André Laude paru dans La Révolution prolétarienne, n° 156, janvier 1961, p. 22

Hommage à Albert Camus en 1961. (Photo by Keystone-France\Gamma-Rapho via Getty Images)

Il y a un an mourait absurdement Albert Camus, fauché en pleine gloire et en pleine vitalité. « Mon œuvre ne fait que commencer » se plaisait-il à dire dans les derniers mois qui précédèrent l’accident, cette véritable ruée vers le royaume des ombres. Et depuis la plaie demeure toujours ouverte en nous ; et depuis nous sommes orphelins d’une lumière qui nous aidait, aux plus sombres instants, quand le monde écumait de violence, de haine, à retrouver la lucidité et l’amour de la vie nécessaire pour ne pas s’enliser irrémédiablement dans le marasme.

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Guy Germinal : Complot clérical et combat laïque

Article de Guy Germinal paru dans Noir et Rouge, n° 15-16, printemps-été 1960, p. 1-32.

 

 

AVANT-PROPOS

 

L‘historien Michelet, plusieurs fois cité, écrivait : « La liberté du catholicisme dans un gouvernement républicain est uniquement et simplement la liberté de conspiration. »

Il peut sembler paradoxal que la bourgeoisie conspire au sein de son propre régime alors que les représentants de la classe ouvrière en sont réduits bien souvent à lutter pour une « légalité ». Le problème se résume à savoir si l’idéal révolutionnaire peut mieux se développer dans les masses au sein d’un régime de liberté qu’au sein d’un régime de dictature…

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Abderrahim Lamchichi : Islam, islamisme et modernité

Extraits d’Abderrahim Lamchichi, Islam, islamisme et modernité, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 40-41.

 

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Dans ce débat, la responsabilité des intellectuels issus des sociétés arabo-musulmanes est immense pour contribuer à la critique radicale, sans mépris mais sans complaisance, des présupposés de l’idéologie religieuse dominante, véhiculée par les représentants de l’islam officiel, et surtout des dérives de l’islamisme radical. Cette critique est absolument indispensable pour permettre de desserrer l’étau de la double dépendance dans laquelle toute référence idéologique à l’identité culturelle ou religieuse – qui n’est pas librement consentie et assumée – inscrit l’individu : celle du groupe et celle d’un système clos de représentations qui lui interdisent d’entrevoir d’autres valeurs et empêchent toute percée de l’imagination.