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Maurice Nadeau : La jeunesse d’un homme, Black Boy

Article de Maurice Nadeau paru dans Gavroche, n° 175, 4 février 1948, p. 5

RICHARD WRIGHT a déjà publié en français deux ouvrages : “Un Enfant du pays”, roman d’un noir qui s’assoit sur la chaise électrique après avoir assassine, par peur, une jeune blanche émancipée ; “Les Enfants de l’oncle Tom”, recueil de nouvelles où nous est décrite la condition présente du noir américain, paria d’une société qui le craint et se venge cruellement sur lui de sa propre frayeur (1). “Black Boy” (“Jeunesse noire”) (2) diffère de ces deux ouvrages en ce qu’il ne fait nulle place à la fiction. L’auteur raconte sa jeunesse avec les mots les plus courants et sans céder à l’attrait du pittoresque.

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Maurice Nadeau : Éloge de la révolte

Article de Maurice Nadeau paru dans Gavroche, n° 76, 7 février 1946, p. 5

EN ces temps de confusion, de veulerie et de grande tolérance, où les frontières autrefois nettes s’estompent et deviennent fluctuantes dans la société comme chez les individus, où les adversaires se saluent du fleuret moucheté avant d’entreprendre un combat qui se marque surtout par un assourdissant battement de pieds sur les planches, où la résignation, l’atonie et le scepticisme ont délogé la vie et la volonté de lutte, il est urgent de restaurer la seule justification de l’homme ici-bas : la révolte. Avant de lui tracer des limites, à quoi s’emploient tous les gens “compréhensifs”, il est indispensable d’en élucider le contenu et d’en marquer la nécessité.

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Marcel Péju : La Peste d’Albert Camus

Article de Marcel Péju paru dans Franc-Tireur, 22 juin 1947, p. 2

Albert Camus vu par Cabrol.

LE dernier livre d’Albert Camus, La Peste (1), qui vient d’obtenir le Prix des Critiques, suscitera sans doute des discussions passionnées : son exceptionnelle richesse, l’actualité de ses thèmes, l’espèce d’intransigeance sobre et fière avec quoi ils sont présentés en seront la cause, autant qu’une certaine incertitude qui demeure jusqu’au bout, touchant les intentions de l’auteur.

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Edgar Morin : Les héros désespérés ou le mal d’aujourd’hui

Article d’Edgar Morin paru dans Les Lettres françaises, n° 165, 18 juillet 1947, p. 1 et 3

LE spectre de T.E. Lawrence, Lawrence d’Arabie, hante une partie du monde intellectuel.

A Lawrence peuvent se rattacher par une parenté de moins en moins obscure les héros de Malraux ; les conquérants qu’anime « une passion pour laquelle les objets à conquérir ne sont plus rien. Une passion parfaitement désespérée, un des plus purs soutien de la force », les « ambitieux assez lucides pour mépriser tous les objets de leur ambition, et leur ambition même », et finalement le Berger, de Noyers de l’Altenburg, transposition à peine déguisée de Lawrence lui-même. A Lawrence peut s’appliquer la notion de « service inutile », de Henry de Montherlant, et celle de « destin absurde », qu’Albert Camus, dans le Mythe de Sisyphe, trouve propre à « séduire et attirer un cœur clairvoyant ».

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presse

Terre d’Egypte

Article signé A. F. paru dans Les Lettres françaises, n° 168, 8 août 1947, p. 5

LA publication récente du « Livre des jours » (1) de Taha Hussein bey comble une grave lacune. Nous savions fort peu de choses sur ce grand écrivain de langue arabe que présentaient les « Lettres françaises » l’an dernier et qui jouit dans tous les pays musulmans d’une réputation considérable de penseur et d’homme d’action. Ce récit qui est une autobiographie, une sorte de Livre de mon Ami d’un jeune étudiant égyptien, élève studieux et bien vite irrité par des méthodes d’éducation surannées, est l’un des livres !es plus émouvants qui soient : Taha Hussein est aveugle de naissance, ou presque et il nous raconte quelle fut son initiation à cette vie de travail et de méditation qui devait être la sienne et dont, seule, une extraordinaire force d’âme, a pu faire une éclatante réussite.

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revues

Aimé Blanc-Dufour : Romanciers du futur

Chronique d’Aimé Blanc-Dufour parue dans Les Cahiers du Sud, n° 302, 1er juillet 1950, p. 156-158


LE MONDE DES ACCUSES, par Walter Jens (Plon).

1984, par George Orwell (Gallimard).

Jadis, les romans d’anticipation étaient surtout remarquables par leur optimisme. Du XVIe siècle, avec Thomas More, jusqu’au XIXe siècle avec Jules Verne, en passant par Morelly et d’autres, ces écrits annonçaient soit une société libertaire et heureuse, soit l’asservissement des forces de la nature. Toutes leurs projections imaginaires aboutissaient non seulement à une amélioration du sort matériel de l’homme, mais aussi à une satisfaction des besoins de liberté par la suppression d’entraves sociales jugées caduques, ainsi qu’à une extension illimitée de la connaissance, étant sous-entendu que davantage de science enrichirait la conscience et ferait de la Terre un paradis retrouvé. Nos parents, trop pressés, ont bu le verjus et les dents nous font mal.

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presse

Jean-Paul Monteil : Un livre qui vient au bon moment

Article de Jean-Paul Monteil paru dans Le Libertaire, n° 525, 4 décembre 1936, p. 4

André Gide, le 23 juin 1936 sur la Place Rouge, à Moscou, pendant les funérailles de Maxime Gorki (1868-1936). Gide est entouré (en partant de la droite) par Joseph Staline, Vyacheslav Mikhaylovich Molotov, Nikolai Alexsandrovich Boulganin, Nikita Khruschev, Anastas Ivanovich Mikoyan, le journaliste Michel Koltsov and l’écrivain Alexis Tolstoi. AFP PHOTO

Lorsqu’en 1933, André Gide vint au communisme et à la défense de l’U. R. S. S., la presse du P. C. et de ses filiales donnèrent à cette adhésion un retentissement extraordinaire. L’événement en valait la peine car A. Gide est incontestablement un des meilleurs écrivains de ce pays et sa venue parmi les amis de l’U. R. S. S. était pour celle-ci une caution morale prestigieuse. D’autant plus, qu’il faut reconnaître à cet homme, en plus de son talent, un grand courage et une grande probité.

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presse

André Santon : Un grand livre révolutionnaire de Richard Wright

Article d’André Santon paru dans Masses, n° 14, avril-mai 1948, p. 33-34

On connaît les attaques dont l’écrivain noir Richard Wright est l’objet de la part des staliniens. Il a eu le tort d’abandonner le parti communiste américain il y a quelques années. Sa littérature ne saurait donc plus qu’être “réactionnaire” ou pis “existentialiste”. Malgré les protestations isolées d’un Vittorini en Italie, il est évident que Richard Wright, comme Dos Passos, Hemingway et peut-être Steinbeck, depuis son retour d’U.R.S.S., sont devenus des agents du “State Department”. Ou bien, comme Milles, “ils travaillent pour l’exportation”, c’est-à-dire visent, sur un autre plan que la bombe atomique, la désintégration de la conscience révolutionnaire.

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presse

André Julien : La Peste d’Albert Camus

Article d’André Julien paru dans Le Libertaire, n° 85, 12 juillet 1947

AUTEUR de l’Etranger, du Mythe de Sisyphe, de Caligula, longtemps animateur de Combat, il est permis de dire qu’Albert Camus joue le rôle de chef d’une génération nouvelle.

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revues

Gérard Gilles : La révolution a un sexe

Article de Gérard Gilles paru dans Recherches libertaires, n° 9, mars 1972, p. 28-30

A propos de la publication des œuvres complètes de Georges BATAILLE.

Pour tous ceux pour qui écrire n’est pas un acte inoffensif et qui considèrent que faire de la littérature révolutionnaire ne consiste pas à écrire des romans sur la vie dans les grands ensembles, pour ceux qui ne considèrent pas les révolutionnaires comme des anges, Georges Bataille est un type important. On commence à s’en apercevoir et, la mode du porno aidant, combinée avec le relâchement de la censure, les éditions Gallimard ont commencé la publication des œuvres complètes de Georges Bataille (à des prix, hélas, qui ne favorisent pas la lecture dans les bidonvilles – aux illégalistes de faire ce que doivent pour une telle diffusion).

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livres

Albert Camus : L’artiste et son temps

Extrait de la conférence prononcée par Albert Camus à l’Université d’Uppsala le 14 décembre 1957 et reproduite dans ses Œuvres, Paris, Gallimard, 2013, p. 1344-1346

SWEDEN – DECEMBER 12: The French writer and essay writer Albert CAMUS (1913-1960) in Stockholm, Sweden. He was there for the awarding of the Nobel Litterature Prize by King GUSTAV VI ADOLPH and all the members of the royal family of Sweden : prince BERTIL, Queen LOUISE, princess MARGUARETHA, prince WILHELM and princess DESIREE. (Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

Depuis un siècle environ, nous vivons dans une société qui n’est même pas la société de l’argent (l’argent ou l’or peuvent susciter des passions charnelles), mais celle des symboles abstraits de l’argent. La société des marchands peut se définir comme une société où les choses disparaissent au profit des signes.

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évocations

Albert Camus : trois documents (1955-1958)

J’ai choisi de partager trois documents rédigés par Albert Camus entre 1955 et 1958. Connus des spécialistes, ils demeurent rarement cités par ceux qui, de part et d’autre de la Méditerranée, instruisent des procès à charge ou à décharge, sans chercher à restituer l’ambiguïté, la complexité ou la tension inhérentes à chaque trajectoire individuelle.