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La guerre idéologique ? Mais c’est la guerre de classe totale

Article paru dans Le Combat syndicaliste, 11e année, nouvelle série, n° 229, 8 octobre 1937

Dans un article paru il y a quelques semaines, nous avons démontré les nouveautés de la guerre et fait ressortir, avec toutes les conséquences qui en découlent, sur le terrain national et sur le plan international, le véritable caractère de la guerre sans déclaration.

Il convient de revenir sur la question et d’en examiner l’autre aspect essentiel.

Loin de nous la pensée que, désormais, les guerres n’auront plus lieu pour satisfaire des appétits impérialistes et atteindre des buts nationalistes, mais nous devons, cependant, constater, aujourd’hui, que les guerres ont pris un caractère nouveau : qu’elles sont devenues de véritables croisades idéologiques.

Cet aspect nouveau des conflits armés est dû, en grande partie, aux crises qui ont secoué le capitalisme au cours de ces vingt dernières années.

Menacé de disparition, parce qu’il n’a pu résoudre les grands problèmes qui se sont posés, dès le lendemain de la guerre, avec une ampleur et une intensité sans cesse accrues, le capitalisme n’a pas accepté la défaite.

Il s’est donc efforce de se survivre et, pour cela, il a tenté de se donner des formes de vie nouvelles. Impuissant devant les exigences de la vie, il a cherché « la solution » qui lui échappait dans l’emploi de la force.

C’est ainsi qu’il a été conduit à utiliser, dans tous les pays, des hommes qui n’étaient pas issus de son milieu : des transfuges du prolétariat, qui étaient dénués de scrupules, mais avaient de l’ambition à revendre.

L’arrivée au pouvoir d’hommes comme Mussolini et Hitler, pour ne citer que ceux-ci, a marqué la fin de la gestion sociale par les capitalistes eux-mêmes et, l’avènement d’une nouvelle caste de dirigeants sortis des milieux prolétariens, traîtres à leurs frères et disposés à servir aveuglement les desseins de leurs adversaires d’hier.

La connaissance que ces hommes possédaient, des doctrines ouvrières et des milieux prolétariens leur a permis de donner naissance à une doctrine nouvelle à base capitaliste et d’apparence socialiste.

C’est ainsi qu’est né le fascisme, qui ne craint ni de s’apparenter au socialisme, ni de se déclarer d’intérêt général.

Ce national-socialisme, souvent doublé de racisme et de néo-paganisme, n’a, évidemment, trompé personne, parmi les gens très avertis. Mais il n’en fut pas de même, dans les milieux intellectuels et les masses elles-mêmes qui, malgré leur instinct de classe, se sont laissé prendre, bien souvent, à ce miroir aux alouettes. C’est ce qui explique le développement rapide et le succès incontestable du fascisme en Europe et même ailleurs.

Aujourd’hui, cette doctrine de gouvernement des puissances d’argent a fait de tels progrès qu’elle constitue, pour le monde, un péril de première grandeur.

Enhardis par le succès et rassurés par le peu de réaction des Etats dits démocratiques, des partis et organisations qui prétendent – on ne sait pourquoi – représenter encore la classe ouvrière, les fascistes ont constamment marché de l’avant.

Leur marche fut si rapide qu’aujourd’hui, ils menacent non seulement d’imposer leur joug à l’Europe, mais au monde tout entier.

Maîtres de l’Italie, de l’Allemagne, de la Hongrie, de toute l’Europe balkanique, ils poursuivent, depuis 14 mois, leur entreprise en Espagne, cependant que, de son côté, le Japon, la grande puissance fasciste d’Extrême-Orient, s’efforce de mettre la main sur l’immense Chine et de la placer sous son joug.

On peut donc dire que, si le fascisme triomphe en Espagne et en Chine – comme il faut, hélas ! le craindre – il pourra, par la conjugaison des forces qu’il possédera en Europe et en Asie, imposer sa loi au monde.

Il convient, à ce point précis de notre exposé, de dire, et avec force, que le succès mondial du fascisme a été grandement facilité par l’évolution à rebours du communisme russe et du socialisme en général.

Si la Révolution russe avait suivi la ligne normale de son développement naturel ; si le socialisme n’avait pas été, partout, défaillant devant ses devoirs et impuissant devant les faits, le fascisme ne se serait pas imposé avec autant de facilité.

Maintenant, il constitue une force en pleine ascension. Grisé par le succès que lui ont valu ses victoires sur des adversaires subjugués ou secrètement d’accord avec lui, il a pris, pour beaucoup, figure de sauveur, parce qu’il agit et que les autres ne font rien.

Tirant sa force bien davantage de sa mystique que de son système social, il est devenu une « idéologie » universelle et a déclaré la guerre à tous les régimes qui, de près ou de loin, s’opposent à son développement et à son succès

Hitler et, surtout, Mussolini, au cours de leurs récents discours, n’ont pas hésité à placer sur le même plan, le communisme, le socialisme et la démocratie et à leur déclarer la guerre en bloc.

Ces affirmations des deux principaux chefs du fascisme international ont au moins un mérite : celui de clarifier la situation.

Une telle guerre ne peut avoir rien de commun avec les guerres du passé. Non seulement elle est, universellement, de caractère idéologique, mais encore, dans son application pratique, elle prend l’aspect d’une guerre civile internationale dans chaque pays. C’EST LA GUERRE DE CLASSE TOTALE.

Bon gré, mal gré, c’est sous ce jour nouveau – et exact – que nous devons la considérer et nous efforcer d’y faire face.

Nous ne pouvons le faire que d’une seule façon : en opposant toutes les forces du Travail à toutes celles du Capital.

Et il n’y a pas deux moyens d’y parvenir, mais un seul : la disparition des partis, de tous les partis qui divisent la classe ouvrière en fractions rivales et la substitution de la classe organisée à tous ces partis impuissants qui s’opposent les uns aux autres.

Il ne peut donc pas être question d’alliance avec tous ces partis agonisants.

Ce regroupement de toutes les forces du Travail ne peut également être réalisée que sur un plan synthétique, qui permette de réunir toutes ces forces et ce plan est certainement celui où agit le syndicalisme révolutionnaire.

C’est sur le plan du syndicalisme, donc du Travail organisé – et sur ce plan seulement – qu’il est possible de réunir toutes les forces qui ont des intérêts réels et concordants sur tous les terrains.

C’est sur ce plan que peuvent se conjuguer toutes les énergies sociales, toutes les forces qui concourent à la production et à l’organisation sociétaire.

La C.G.T.S.R. a affirmé ces vérités incontestables dès sa constitution, elle n’a jamais cessé de le confirmer, avec la certitude absolue d’être dans la bonne voie. Elle l’affirme, aujourd’hui, avec plus de force que jamais.

Longtemps incomprise, elle a la certitude que les événements n’ont cessé de lui donner raison : le lendemain plus que la veille.

Aussi, comprenant toute l’ampleur du grand drame qui est commencé depuis 1922, elle appelle les travailleurs à venir la renforcer sans tarder, pour répondre, par l’action, à la guerre idéologique du capitalisme moderne : le fascisme.

Elle a l’espoir que son appel sera entendu de tous et, en particulier, de ceux qui commencent à se rendre compte de la trahison permanente et de l’incapacité totale des partis politiques et des organisations économiques qui ne peuvent plus, à aucun titre, les défendre contre le fascisme.

C.G.T.S.R.