Déclaration de la Maison des travailleurs immigrés parue dans Sans Frontière, n° 18, du 4 au 10 avril 1981

L’immigration en général se trouve aujourd’hui comme prise en sandwich entre d’une part, l’arsenal juridique institutionnalisé du pouvoir français et l’aval des pays d’origine (accords bilatéraux). La problématique du retour et d’intégration se pose avec plus d’acuité dans la mesure où sur le sol français l’immigration est marginalisée dénigrée et bafouée. Au pays d’origine, ce sont les bidonvilles et le chômage qui l’attendent. Quel libre choix donc pour cette immigration attaquée de toute part sinon celui de la lutte unitaire pour la conquête des droits culturels, sociaux et politiques.
Loin de nous l’idée de rester inactif. Il faut mener la bataille sur deux fronts. En premier lieu, miner le capital dans les entreprises en descendant dans la rue contre toutes les exactions et ségrégations et d’autre part soutenir la lutte des ouvriers de nos pays. Seul libre choix possible.
Ce qui est paradoxal, mais tout aussi clair c’est qu’avant la crise, la bourgeoisie française et les classes parasitaires de nos pays s’attelaient à organiser un large flux migratoire allant des pays d’origine au pays d’accueil.
Aujourd’hui, que l’on soit jeune, femme immigrée, ou travailleur nous sommes la cible favorite du pouvoir français. Une fois rongé jusqu’à l’os, ce sera le tour des Français qui paieront la facture plus durement.
Aujourd’hui, c’est le racisme latent mais c’est aussi le racisme organisé et légalisé.
C’est aussi à n’en pas douter la ségrégation pratiquée par mairies interposées de la part du PCF à l’encontre de l’immigration. Aujourd’hui ensuite, c’est le contingent des sans papiers qui s’élargit impulsé par les lois Bonnet/Barre, etc.
Nous ne voulons pour exemple que le fait que des milliers de travailleurs hier en situation régulière se retrouvent aujourd’hui clandestins. On peut citer d’autres exemples : les refoulements aux frontières, ou la situation ignoble faite aux jeunes immigrés. Ce qui nous paraît le plus frappant, et qui nous alerte c’est d’une part l’arbitraire exercé par l’administration française (rafles, l’encadrement et le bouclage des quartiers immigrés par la police) et d’autre part les pratiques qui dépassent les attitudes et qui sont pour le moins qu’on puisse dire racistes xénophobes (Montigny-les-Cormeilles, Vitry) en un mot la politique du bulldozer du PCF. Face à tout ça les travailleurs immigrés ne sont pas restés inactifs ces dernières années : luttes dans les foyers sonacotra, lutte des sans papiers, etc.
Aujourd’hui les luttes reprennent de plus belle et se veulent unitaires et le plus large possible. C’est dans ce cadre, que le MTI a lancé l’initiative du 4 avril en regroupant autour d’elle syndicats, associations françaises de solidarité, et collectifs de quartiers, pour un large mouvement unitaire sur la base du mot d’ordre d’égalité des droits en vue de faire reculer le pouvoir et d’empêcher de relayer au second plan les luttes de l’immigration dans une conjoncture de crise.
Maison des Travailleurs Immigrés

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