Dossier paru dans le bulletin de l’Association des femmes marocaines de Toulouse, n° 2, janvier 1978

La participation de la femme marocaine à la lutte de notre peuple
Née en 1952 à Marrakech ;
Etudiante à la faculté des lettres à Rabat, SAIDA MENEBHI milita au sein de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc en 72, 73 et participa aux luttes intenses menées par le mouvement étudiant à cette époque-là, luttes qui furent suivies d’une répression systématique : arrestations, enlèvements, tortures et où fut décrété la dissolution de l’UNEM.
Après deux années passées au centre pédagogique, elle enseigna dans un collège à Rabat, en même temps qu’elle milite au sein de l’UMT (Union Marocain des Travailleurs).
Arrêtée en Janvier 76 lors d’une vague de répression qui touche un grand nombre de militants et militantes dont RABEA FTOUH (lycéenne) et FATIMA OUKACHA (Ingénieur).
De Janvier à Mars SAIDA MENEBHI est gardée à Derb Moulay Cherif à Casa où elle subit les pires tortures physiques et psychologiques.
Elle fut présentée au procès de Janvier 77 à Casa avec 138 autres de ses camarades accusés d’atteinte à la sûreté de l’état.
Au tribunal des ennemis de notre peuple, elle leva sa voix pour dénoncer l’exploitation et l’oppression du peuple marocain tout en spécifiant la situation de la femme au Maroc (elle est fortement applaudie par l’assistance), de même qu’elle n’hésita pas à dire sa position sur le Sahara.
Le verdict est prononcé : SAIDA MENEBHI est condamnée à 5 ans de prison plus 2 ans pour injures à magistrat.
Transférée à la prison civile de Casa, elle est isolée avec RABEA OUKACHA et ABRAHAM SERFATY de leurs camarades transférés à la prison de Kénitra.
Elle entama une grève de la faim illimitée avec tous les 138 autres prisonniers pour la réalisation de leurs revendications et le respect de leurs droits les plus élémentaires ; ce fut leur 3e grève après celle entreprise au début pour exiger la tenue du procès et durant le procès lui même pour protester contre toutes les infractions à la charte internationale des droits de l’homme.
Après 32 jours de grève de la faim, et après qu’elle soit isolée de ses deux camarades (RABEA et FATIMA), elle est transférée à l’hôpital Averroès où manque de soins nécessaires et suite à une négligence la plus totale, elle succomba le 11 décembre 77 ; au moment où ses deux compagnes après quelques jours dans le coma retrouvent leurs camarades et poursuivent leur grève de la faim.
Grève soutenue par les familles des détenus politiques qui ne restèrent nullement passifs devant la situation que vivaient leurs fils et filles entre les mains des tortionnaires.
Déjà, pendant la période de détention avant le procès, les familles étaient mobilisés et envoyaient appels et communiqués pour que leurs enfants passent en jugement.
Puis pendant la dernière grève de la faim, manifestaient leur mécontentement des conditions désastreuses de détention de leurs enfants, leur solidarité totale avec eux pour que leurs revendications légitimes aboutissent et pour que soient respectées les droits de l’homme les plus élémentaires.
Plusieurs fois arrêtés par la police et gardées au commissariat pendant 48 h, les familles entreprennent une 1ère grève de la faim en siégeant dans une mosquée et une 2e fois dans une faculté, à deux reprises où elles furent menaces et pourchasses sauvagement par les forces de l’ordre.
Nous publierons dans cette brochure les communiqués adresses par les familles des détenus politiques aux forces démocratiques nationales et internationales pour faire appel à leur solidarité de démocrates de justice et de liberté.
Aussi la lutte héroïque menée par les prisonniers, la mort de SAIDA MENEBHI trouva un grand écho au sein des masses populaires sur le plan national, et au sein de toute l’opinion démocratique sur le plan international.
Sur le plan national
Le jour même de sa mort, la nouvelle se propagea dans tout le pays, dans chaque ville, dans chaque maison on parlait de la mort de la jeune militante, de son courage héroïque qui provoqua l’indignation de tous contre un régime sanguinaire qui se dévoilait de plus en plus sous sa vraie nature.
Ainsi le lendemain de la mort de SAIDA MENEBHI, on assiste à des grèves à la faculté de médecine, grève dans les lycées à Casa, où des mots d’ordres furent scandés.
Le jour des obsèques, tout Marrakech est mobilisé ; venu de toute part pour assister à son enterrement ; les gens sont arrêtés par la police et soumis à un interrogatoire des plus détaillés, malgré tout l’encadrement policier, un grand nombre de personnes assistèrent aux obsèques et des mots d’ordres furent levés tels que :
« La mémoire de la martyre SAIDA restent éternellement gravée dans l’histoire »
Sur le plan international
Toute l’opinion internationale est indignée de la mort de la jeune militante, toute l’opinion est renseignée sur la réalité marocaine, sur la situation dans notre pays, sur l’intensité de la répression au Maroc, sur les vraies natures du régime des exploitations que celui-ci essaie de masquer par tous les moyens, mais en vain !
Toutes les organisations démocratiques à travers le monde entier dénoncent la mort de SAIDA MENEBHI, se mobilisent pour l’aboutissement des revendications des prisonniers politiques, pour mettre fin aux conditions désastreuses dont ils sont victimes : les articles sortis dans toute la presse internationale, les communiqués des médecins, des différents organismes, les appels envoyés à l’ONU, en témoignent.
La résistance des prisonniers politiques, leurs convictions profondes dans la justesse de leurs positions ainsi que la mobilisation de l’opinion internationale acculèrent le pouvoir réactionnaire à accepter leurs revendications. (Nous publierons dans cette brochure les différents communiqués et appels faits à ce sujet, ainsi que la liste des revendications.)
Mais il est nécessaire de replacer la lutte entreprise par SAIDA MENEBHI, RABEA FTOUH, et FATIMA OUKACHA dans le contexte de la situation au Maroc en général et la situation de la femme ainsi que sa participation aux luttes menées par les masses déshéritées.
En effet depuis l’indépendance formelle, la situation des masses populaires dans notre pays ne cesse de se détériorer sur tous les plans. Ceci est la conséquence de la mainmise d’une poignée de néo-colons mis à la tête du pays pour gérer les affaires des capitalistes étrangers en particulier américains et français en assurant une exploitation ébranlée des couches populaires et un pillage sans merci des richesses dans notre pays. Dans cette situation globale, les femmes marocaines occupent un statut d’infériorité sur tous les plans ; économique, social et politique.
Sur le plan économique
Alors que les femmes constituent plus de la moitié de la population marocaine, leur participation au travail salarié reste minime, il en découle que la majorité écrasante des femmes sont dans l’état de dépendance économique, de pus les femmes qui travaillent exercent des travaux saisonniers peu valorisés et considérés comme le prolongement naturel des tâches domestiques.
Ainsi les secteurs employant des femmes par ordre d’importance sont :
– Agriculture environ 300.000 femmes.
– Travaux dans les textiles et conserveries 90.000.
– Services publics, administrations, éducation, santé, etc. 60.000 femmes.
Dans leur travail ; les femmes vivent des discriminations flagrantes : sous-paiement (pas d’égalité de salaires entre homme et femme à travail égal), insécurité d’emploi, licenciement collectif car les femmes sont considérés par le patronat, comme une masse de réserve de la force de travail.
L’exploitation directe par le patron, au niveau de l’usine se prolonge de façon indirecte au niveau du foyer, c’est à dire que la femme restant au foyer est elle même exploitée par le patron, par la classe au pouvoir, car en accomplissant les tâches ménagères elle diminue les dépenses de l’ouvrier (son mari) tout en lui procurant juste le minimum vital pour reproduire sa force de travail nécessaire à l’accumulation du capital du patron.
Sur le plan social
L’idéologie régnante dans notre pays réserve à la femme un statut d’infériorité la privant de tout droit le plus élémentaire, en la considérant toujours comme mineures devant être sous la tutelle de l’homme, mari, père ou frère, aucun pouvoir de décision, ni de prise de responsabilité, même dans les couches moyennes (petite ou moyenne bourgeoisie), elle constitue la femme objet source de plaisir pour son mari.
Sur le plan politique
Le pouvoir ne fait appel au sens de responsabilité de la femme que le jour du vote où la femme constitue la majorité écrasante de l’électorat et où la classe du pouvoir exploite à fond l’obscurantisme dans lequel elle est maintenue, et à travers lequel se perpétue les idées les plus rétrogrades dans l’intérêt du système économique en place basé sur l’exploitation de l’homme par l’homme.
Mais face à cette réalité amère, la femme ne s’est jamais résignée à son sort, elle a toujours participé a la lutte aux côtés de l’homme, en témoignent sa participation à la résistance contre la pénétration colonialiste, à sa participation à la lutte pour l’indépendance : transport d’armes aux caches des fédayins, transport de vives et munitions, participation massive aux différentes manifestations, de même qu’elle participa dans l’armée de libération, dans les luttes du Rif.
En Mars 65, présence massive de femmes sortant dans la rue, rejetant tous les tabous et les traditions qui les oppriment, elles manifestent massivement leur haine à un pouvoir antinational et antipopulaire, levant des banderoles et scandant les mots d’ordre exprimant ce mécontentement.
Mais si le pouvoir ne leur reconnaît aucun droit dans aucun domaine, mais dans le domaine de la répression aucune distinction n’est faite entre l’homme et la femme :
1963 : KHADIJA MEDKOURI, militante de l’UNFP emprisonnée et torturée pendant plus de 2 mois.
1971 : MALIKA BELGHITTI, militante du PLS à subit le même sort et à comparu devant le tribunal de Marrakech, condamnée à 6 mois de prison avec sursis, plus une amende.
1972 : EVELYNE SERFATY, arrêtée le 26 Septembre 72. Morte sous la torture.
1972 : AICHA MEFTOUH , militante marxiste-léniniste qui croupit dans les geôles du pouvoir ; son sort reste inconnu.
1972 : FATIMA TARFAOUI, 2 ans avec sursis.
1974 : militante lycéenne violée par un policier lors d’une grève.
1976 : Arrestations de SAIDA MENEBHI, FATIMA OUKACHA, RABEA FTOUH, PIERA DI MAGGIO
SAIDA MENEBHI, FATIMA OUKACHA, RABEA FTOUH ; militantes Marxistes-léninistes sont condamnées à 7 ans de prison au procès de 1977.
SAIDA MENEBHI : morte le 11 décembre 1977.
De même que dans le mouvement étudiant, la femme n’a jamais failli à son rôle de lutter aux côtés de l’homme que ce soit au sein de l’organisation l’UNEM ou au mouvement de manifestations et grèves.
Aussi chaque année, des lycées de jeunes filles entament des grèves de solidarité avec les étudiants pour exiger le droit des lycéens au syndicat
Au lendemain de la mort de SAIDA MENEBHI, 2 lycées de jeunes filles à Casa : Khansa et Chawky se mettent en grève pendant 48 h, manifestant leur solidarité avec la martyre SAIDA MENEBHI.
Pendant ainsi que sa mort reste un symbole de la lutte de la femme en particulier et du peuple marocain en général.
En effet, malgré toute la déviation que le pouvoir essai de donner à sa conception de la libération de la femme, SAIDA MENEBHI, ainsi que ses compagnes en prison, ainsi que toutes les militantes mortes sur le champ de bataille replacent la libération de la femme dans son contexte le plus juste et le plus réel : en tant qu’élément de la société, elle ne peut être réellement libérée de tout joug d’exploitation et d’oppression, pour ce faire il faut que main dans la main avec l’homme elles entament une lutte qui mettra fin au système basé sur les inégalités, l’exploitation et l’oppression.
Ainsi, nous ne pouvons concevoir la libération d’une société où la femme constitue 50 % de la population sans la participation de cette femme.
Exemple du Vietnam, Cambodge, Mozambique…
Saïda Mnebhi : « Ma sœur, ma camarade »
Lors de la conférence de presse des comités de lutte contre la répression au Maroc tenue à Paris, Abdelaziz Mnebhi ; président de l’U.N.E.M. (union nationale des étudiants du Maroc) est intervenu pour évoquer la signification de la mort de sa sœur :
« La mort de ma sœur n’est pas un évènement isolé de la répression sauvage qu’a connue le Maroc depuis l’indépendance formelle. On se souvient des massacres du Rif en 1959, des massacres de mars 1965 à Casablanca, des hécatombes de paysans en 1970, des tueries de 1973. L’assassinat de ma sœur Saïda a bien sûr une signification sur le stade qu’a atteint la répression au Maroc.
C’est cette répression que le pouvoir marocain cherche à cacher par sa démagogie et le silence. Saïda a donné sa vie pour briser le silence fait sur la situation des emprisonnés politiques. C’est là le sens de son sacrifice ; le combat et la mort de Saïda met en évidence le rôle que la femme marocaine militante joue actuellement dans les luttes que mène notre peuple. Le pouvoir réactionnaire veut laisser la femme dans un état d’infériorité de suivisme et de privation de ses droits qu’ils soient économiques sociaux ou culturels. On veut faire de la femme un simple corps et une simple poupée qu’on utilise pour perpétuer les valeurs réactionnaires.
Ma sœur, ma camarade Saïda avec laquelle j’ai partagé un combat, des principes et des objectifs politiques, est morte, mais en fait elle n’est pas morte, parce que le combat pour lequel elle a donné sa vie continue.
En plus des détenus marxistes-léninistes grévistes de la faim, il ne faut pas oublier les dizaines d’étudiants marocains qu’ils sont encore dans les maisons de torture et qui risquent leur vie aussi.
Il y a des rumeurs qui disent qu’il y aurait cinq morts parmi les quelques cinq cents étudiants arrêtés pendant la campagne répressive qui a duré d’Avril à Juillet 1977. »
Abdelaziz Mnebhi
COMMUNIQUE DES FAMILLES DES DETENUS POLITIQUES GREVISTES DE LA FAIM
Nous, familles des 139 détenus politiques de Kénitra , élevons nos voix pour protester contre les conditions de détention désastreuses dans lesquelles se trouvent nos fils, conditions qui les ont poussés à entreprendre une grève de la faim illimitée à partir du début Novembre 1977.
En effet, depuis leur arrestation, nos fils n’ont cesse d’être l’objet de vexation de toutes sortes. Depuis les tortures corporelles les plus sauvages pratiquées par les responsables sur nos enfants, les enlèvements à l’intérieur de la prison, la reprise d’interrogatoires et des jugements fictifs, l’interdiction des visites aussi bien des familles que de leurs avocats, jusqu’aux brimades des familles des visiteurs afin de les intimider, de les démoraliser et de les décourager.
Ces pratiques sont contraires aux principes élémentaires des Droits de l’Homme.
Pour toutes ces raisons, nous déclarons notre solidarité avec nos enfants dans leur grève, et nous unissons nos voix avec les leurs afin d’obtenir leurs justes revendications.
Nous demandons à toutes les forces démocratiques et aux défenseurs des droits de l’homme dans notre pays et dans le monde entier de nous soutenir nous et nos fils, afin qu’ils puissent réaliser leurs justes revendications, à savoir :
1) – Garantir les droits du détenu politique.
2) – Le transfert de Serfaty et des filles auprès de leurs amis à Kénitra.
3) – Permettre que toutes les créations littéraires des détenus politiques de la prison.
4) – Mettre fin à à l’isolement des détenus.
5) – Abolir les tortures corporelles et morales.
6) – Autoriser les détenus à se doter de tous livres, revues, journaux, qui se vendent sur le marché.
7) – Autoriser les détenus à se doter de poste de radio.
8) – Permettre aux détenus de pouvoir poursuivre leurs études et de passer leurs examens.
9) – Permettre aux familles de rendre visite à leurs enfants deux fois par semaine, et que le deuxième jour soit le dimanche.
10) – Permettre aux familles de contacter leurs fils sans grillage les jours de fête et autoriser les enfants à embrasser leurs parents.
11) – Permettre à leur avocat à leur rendre visite.
12) – Améliorer les menus et permettre aux détenus de se doter d’un réchaud électrique.
13) – Garantir les soins aux détenus.
Nous faisons support aux responsables les conséquences de leur actes sauvages et inhumains, comme nous demandons à toutes les forces nationales et démocratiques, aux défenseurs des droits de l’homme, de la solidariser avec nous et nos enfants dans leur juste solidarité avec les détenus politiques grévistes de la faim depuis le 14 Octobre 1977, et nous demandons la libération de tous les détenus politiques du Maroc.
Les familles des 139 détenus politiques.
REVENDICATIONS DE LA GREVE DE LA FAIM ENTREPRISE DEPUIS LE 8 NOVEMBRE 77 EN PROTESTATION AUX INFRACTIONS A LA CHARTE INTERNATIONALE DES DROITS DE L’HOMME GREVE A LA SUITE DE LA QUELLE SECOMBA LA MARTYRE SAIDA MENEBHI
Nos revendications sont les suivantes :
1) – Abolir toutes les formes de répression et de persécution que pratique l’administration pénitentiaire à savoir : les tortures, la mise à nu, l’isolement sans alimentation ; abolir les enlèvements policiers, et mettre fin aux brimades et pressions exercées sur nos familles.
2) – Permettre le transfert de Serfaty Abraham auprès de ses camarades avec lesquels il a été jugé et mettre fin à toutes les formes de persécution dont il est victime.
3) – Mettre fin à toutes les formes de répression et de persécutions dont sont victimes nos camarades filles détenues à la prison civile de Casablanca et donner suite à leurs légitimes revendications.
4) – Améliorer les conditions des soins médicaux et permettre le transfert à l’hôpital des cas exigeant des soins pratiques ou des spécialités.
5) – Mettre fin à la censure des livres et permettre aux détenus de se doter de tous les livres, revues, journaux, qui se vendent sur le marché.
6) – Permettre aux détenus de se doter d’appareils radio « transistor ».
7) – Mettre fin à la censure du courrier et à son retard, doter les détenus d’un nombre des timbres achetés ou leur permettre d’utiliser le papier simple pour le courrier.
8) – Garantir l’inscription des détenus dans les écoles ou les facultés et leur permettre de passer les examens, doter les détenus de conditions de préparation d’études (foyer, bibliothèque, œuvres, etc.) ; mettre fin à la répression intellectuelle et abolir l’ingérence dans activités scolaires et culturelles et permettre aux détenus politiques de faire sortir de prison toute création intellectuelle.
9) – Mettre fin à l’isolement des détenus politiques aussi bien entre quartiers qu’entre pavillons.
10) – Octroyer à nos familles un 2è jour soit un Dimanche.
Prolonger la durée de la visite et améliorer ses conditions qui sont restées répressives. Permettre la rencontre directe, sans grillage, une fois par mois et pendant les fêtes. Mettre fin à la persécution de nos avocats et permettre leurs visites. Permettre la visite de tous nos proches parents et de tous nos amis.
11) – Améliorer les repas et permettre aux détenus de se doter d’habits nécessaires.
12) – Permettre aux détenus de se doter d’un réchaud électrique.
Nous sommes déterminés à poursuivre notre lutte, quel qu’en soit le prix jusqu’à l’aboutissement de nos justes revendications, et le régime est seul responsable de ce qui peut arriver, s’il s’obstine à continuer à nous persécuter, à nous réprimer et à nous priver de nos droits, au cours de cette grève illimitée de la faim.
Signé : Les détenus politiques grévistes de la faim de la prison centrale de Kénitra et de la prison civile de Casablanca.
APPEL DE MEDECINS APRES LA MORT DE SAIDA MENEBHI
Rien n’explique pour nous ce décès. Hospitalisée fin novembre, réalimentée le 3 décembre, elle ne semble n’avoir été placée au service de réanimation que cinq jours après. Or, avec des soins appropriés, elle n’aurait eu aucune raison de succomber.
« Nous, médecins, estimons nécessaire d’exprimer notre profonde indignation devant les conditions du décès de Saïda MENBEHI, détenue politique gréviste de la faim depuis le 8 novembre dernier.
Nous exigeons une enquête internationale sur cette mort suspecte. Nous alertons les milieux médicaux marocains et du monde entier sur l’état des deux autres femmes hospitalisées dans les mêmes conditions que Saïda Menebhi et sur celui des 100 autres détenus politiques qui entament leur cinquième semaine de grève de la faim illimitée. Eux aussi sont en danger de mort. »
Appel signé par les professeurs de médecine et docteurs dont les noms suivent : Behar, Camus, Shapiro, Kahn, Krivine, Larivière, Monguauraz, Minkowki, Orengo, Rougeot, Taillon.
COMMUNIQUE DES FEMMES DU COMITE DE LUTTE CONTRE LA REPRESSION AU MAROC
Une nouvelle fois un assassinat politique vient d’être commis au Maroc. Aujourd’hui une femme, Saida Mnebhi, 25 ans, militante active de l’UNEM, puis de l’UMT a succombé dans les prisons du pouvoir. Saïda a été arrêtée le 16 Janvier 1976.
Après un an de torture, elle a été présentée avec 139 prisonniers politiques dont deux femmes à une parodie de procès le 3 Janvier 1977 l’inculpation d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat.
En prison, Saida Mnebhi, Rabia Ftouh et Fatima Oukacha ont poursuivi la lutte et ont entrepris une grève illimitée de la faim contre les conditions inhumaines faites aux prisonniers en général et en particulier aux femmes qui continuent à subir la double répression même dans les prisons (avec ses deux autres camarades femmes, Saïda était séparée des prisonniers politiques avec qui elle a été arrêtée).
L’arrestation de Saïda rentre dans la vague de répréssion sans précédant qui s’est abattue sur le peuple marocain depuis les années 70.
La lutte et la résistance des femmes, qui se manifestent à nouveau après leur participation à la lutte pour l’indépendance, est le symbole d’une nouvelle phase de résistance que mène le peuple marocain contre ses oppresseurs.
Les femmes marocaines se révoltent et se mettent en lutte contre la double exploitation qu’elles subissent. Saïda l’a payé de sa vie. Au Maroc la femme est considérée comme citoyen de second ordre. Le seul droit dont elle dispose c’est de se taire et de produire de la main-d’œuvre. Cloitrée chez-elle, jeune fille, elle doit se soumettre à son père et à ses frères, mariée, elle subit la loi de son mari. Elle est un maillon de l’engrenage où le régime de la répression et de l’obscurantisme entend enfermer le peuple marocain. Aujourd’hui avec ses frères opprimés, elle se bat pour défendre ses droits, joignant sa lutte spécifique à la lutte de tout le peuple marocain.
En donnant sa vie, Saïda devient le symbole de la résistance que mènent aujourd’hui les femmes. Dernièrement cinq femmes ont été présentées au juge d’instruction avec 105 autres prisonniers.
DES FEMMES DU COMITE DE LUTTE CONTRE LA REPRESSION AU MAROC.
Télégramme
Le télégramme suivant a été envoyé
Au secrétariat général de l’ONU à New-York,
A la commission internationale des droits de l’homme à l’ONU (Genève),
Au Secrétariat de l’OUA à Addis Abeba.
« Apprenons mort hôpital Casablanca Saïda MNEBHI, détenue politique gréviste de la faim depuis 5 semaines. Assurons notre solidarité femmes marocaines en lutte, particulièrement Fatima OUKACHA, Rabea FTOUH, détenues politiques grévistes de la faim de Casa et de Kénitra. Alertons opinion internationale et exigeons instances internationales enquêtes immédiates sur conditions de détention prisonniers politiques au Maroc. »
Signé : Simone de BEAUVOIR, Claire ETCHERELLI, Gisèle HALIMI, Delphine SEYRIG, Marguerite DURAS.

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