Article paru dans Travailleurs immigrés en lutte, n° 17, janvier 1978

Dans la nuit du samedi au dimanche 11 décembre 1977, Saïda Menebhi, sœur du président de l’UNEM (Union des Etudiant Marocains), et détenue politique à la prison de Kénitra est morte dans un hôpital de Casablanca, des suites d’une grève de la faim entamée le 8 novembre 1977.
Elle avait déclenché cette grève de la faim avec 138 autres détenus; tous se révoltaient contre leurs conditions de détention et formulaient plusieurs revendications (voir encadré), La manière dont ils sont traités est tout à fait abominable. Beaucoup d’entre eux subissent la torture avec des méthodes les plus barbares; ils sont laissés nus dans des cellules pendant des mois, ils n’ont aucune possibilité d’être vus par leurs avocats, ni même par des médecins.
Le régime pourri de Hassan, n’a jamais hésité à éliminer physiquement ceux qui s’opposaient à lui. Les exemples de Abdellatif Zeroual, dirigeant de l’organisation maoïste « Illal Amam », torturé jusqu’à la mort, et celui tout récent de Saïda Menebhi sont là pour le prouver.
En effet, on sait que la mort de Saïda Menebhi a été volontairement provoquée, puisqu’aux dires de plusieurs médecins en France qui ont protestés contre les conditions de son décès, « elle est morte pour n’avoir pas été placée au sérum de réanimation que cinq jour après son hospitalisation, alors qu’avec des soins appropriés il n’y aurait eu aucune raison pour qu’elle succombe ».
Il y a donc tout lieu de s’inquiéter pour les prisonniers politiques au Maroc. On sait déjà que près de la moitié de ceux de la prison de Kénitra sont en raison de leur état de santé dans un hôpital de la ville, ou sur place à l’infirmerie. Aux dernières nouvelles, trois d’entre eux sont dans le coma, dans un hôpital de Casablanca, et parmi ces derniers Abraham Serfaty (autre dirigeant de Illal Amam) dont le médecin chargé de veiller sur lui a dit : « un type comme lui ne mérite que de crever » !!!
Dans tout cela la prétendue opposition au régime a tout juste fait mine de réclamer l’amnistie des prisonniers politiques, afin de ne pas paraître trop suiviste à son égard. Mais en fait, cette opposition renforce la dictature de Hassan. D’abord parce que tout aussi bien que le reste du personnel politique bourgeois, elle fait silence sur les conditions de détention des prisonniers politiques, sur leurs revendications et sur le fait qu’ils fassent la grève de la faim. Ensuite, il ne faut surtout pas l’oublier, parce que tous les partis de l’opposition légale ont de fait cautionné la dictature de Hassan, en acceptant de participer à la farce qu’on été les elections du parlement. Ainsi, ils ont accepté de masquer la véritable nature du régime.
Les révolutionnaires doivent à tout prix briser le mur du silence dont les bourgeoisies marocaine et occidentales (et surtout française) veulent entourer les prisonniers politiques au Maroc. Ils sont actuellement en danger, cela exige une mobilisation immédiate. Il nous faut, partout où nous intervenons, expliquer aux travailleurs, (en particulier marocains), la nature véritable du régime de Hassan II, et les convaincre d’engager un combat résolu contre sa dictature.
Nous ne nous tromperons sûrement pas, en affirmant que ces crimes
ne resteront pas impunis ; les travailleurs sauront venger les militants assassinés par les bourreaux de Hassan II.
Revendications :
Les revendications que les prisonniers politiques en grève de la faim ont présenté au directeur de leur prison, sont au nombre de douze :
Abolition des tortures, mises à nu, isolement sans alimentation, enlèvements policiers, brimades et pressions contre les familles. Transfert d’Abraham Serfaty de Casablanca à Kénitra. Cessation des vexations contre les camarades filles détenues à Casablanca. Amélioration de l’assistance médicale. Levée de la censure sur les livres, revues et journaux. Permission d’écouter la radio. Fin de la censure sur le courrier. Faculté pour les détenus de poursuivre des études. Fin de l’isolement forcé des prisonniers politiques. Rétablissement et amélioration du droit de visite, pour les familles, les avocats et les amis. Amélioration de l’alimentation et permission de se doter des vêtements nécessaires. Permission pour des détenus de se doter d’un réchaud électrique.

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