Enquête parue dans Révolution africaine, n° 90, 17 octobre 1964

« L’émancipation » de la femme algérienne est un de ces problèmes qui n’a pas fini de soulever toutes sortes de controverses. On a pu lire dans certaines lettres de lecteurs comment cette question est souvent mal posée quand elle est ramenée essentiellement à des considérations morales. D’autres pensent que la libération définitive de la femme est liée à la transformation radicale des structures sociales et au triomphe du socialisme. Nous avons voulu savoir ce qu’en pensent les travailleuses qui, depuis longtemps, se trouvent dans le circuit économique. C’est le résultat de cette enquête que nous publions aujourd’hui.
« LA seule condition de la libération de la femme, c’est le travail. » Ainsi, s’exprime à la maison du Peuple, un responsable de l’UGTA. Pour savoir s’il avait raison, nous avons parcouru, à Alger et dans les environs, usines et bureaux ou l’on emploie des femmes.
Qui sont, que font les travailleuses ? Combien sont-elles ? Le recensement de 1954 indiquait que, dans le secteur non agricole, 10 p. cent seulement des salariés étaient des femmes ; 38.000 en tout, dont 25.000 femmes de ménage. Les ouvrières étaient 3.300 ; les manœuvres, 2.000 ; les chômeuses, 2.600 ; les employées de commerce, 900 ; les employées de bureau, 600 ; les « professions libérales », 200.
Si, dix ans plus tard, la proportion hommes-femmes n’a pas beaucoup changé, ces statistiques sont probablement périmées quant aux emplois des femmes. Le départ des Européens a fait diminuer le nombre de femmes de ménage, augmenter – et de beaucoup – celui des employées de bureau et des « professions libérales » (enseignantes surtout). Pour le reste, la situation des travailleuses semble être, en gros, la même que celle des travailleurs : pour les salariées instruites tant soit peu spécialisées, le marché est loin, très loin, d’être saturé ; leur nombre augmente tous les jours et c’est un excellent présage. Mais pour les illettrées non spécialisées, les offres d’emplois sont rares. Le Bureau d’emploi féminin d’Alger n’a pu satisfaire, en 1963, que 574 demandes sur 8.000.
Dans la région d’Alger où l’on compte bien plus de salariées qu’ailleurs, il semble que, là où l’on emploie des femmes, celles-ci forment 10 p. cent au maximum de l’effectif. Les ouvrières ? on les retrouve surtout dans les petites industries (stations de conditionnement, fabriques de vêtements, teintureries, biscuiteries), mais aussi à la SNTA.
Y A-T-IL EGALITE ?
A travail égal, salaire égal : ce principe semble être partout appliqué, sauf dans de très petites entreprises artisanales (à Bab El Oued, un fabricant de chaussures emploie 8 hommes à 1,90 DA l’heure, et 2 femmes à 1 DA). Mais à Mohammedia (ex-Perrégaux), au printemps dernier, le directeur d’une station de conditionnement d’oranges (nationalisée) décida brusquement de ne plus payer les femmes que 1,25 DA l’heure, alors qu’elles avaient gagné 1,50 DA, comme les hommes. Les femmes s’estimant lésées, se sont alors syndiquées et, appuyées par l’UGTA, brandissant bannière et manifestant en pleine rue, elles ont obtenu gain de cause.
Exception faite pour le directeur de Mohamedia, nous n’avons entendu personne prétendre que le rendement des femmes était inférieur à celui des hommes. Ce qui n’est pas sans importance. Car, à travail égal et, le plus souvent identique, il y a inégalité de résistance physique. Or, pour les ouvrières, le travail est souvent dur (ici, station debout en permanence ; là, atmosphère viciée ; ailleurs, port d’objets lourds) et il est pour les opératrices des PTT, épuisant (de tous les métiers dits « féminins », c’est celui qui engendre le plus de troubles nerveux).
Objectivement donc, l’égalité est, presque partout, chose acquise. Mais subjectivement, c’est une autre question. Que pensent les femmes de leur travail ? Qu’en pensent les parents, les maris ? Les collègues de sexe masculin ?
« L’immense majorité des femmes travaillent par nécessité, déclare une déléguée de l’UGTA (PTT). Il n’y en a beaucoup qui songent à faire carrière. »
Autant dire que beaucoup préféreraient rester au foyer, que la notion (européenne) selon laquelle « le travail c’est la liberté », n’a fait son chemin ici, que chez de rares privilégiées : celles dont les études, les moyens et la famille, leur permettent d’exercer, pour le plaisir, un métier agréable (secrétariat, etc.).
Si les travailleuses travaillent c’est, bien sûr, que leurs parents ou maris n’élèvent pas, d’objections. Mais cela ne prouve rien quant à l’attitude, sur le travail des femmes, des Algériens dans leur ensemble. Des sociologues ont fait là-dessus, un sondage d’opinion auprès d’un échantillon représentatif de la population algérienne, soit 190 hommes : il en ressort que dans l’ensemble, 50 % des Algériens sont favorables au principe du travail des femmes, certains sous conditions (1).
QUELQUES PROBLEMES
Quant aux familles des travailleuses, elles se montrent assez souvent réticentes, non au travail de la femme, mais aux activités annexes. A la SN Répal, la capitaine de l’équipe féminine de volley-ball nous a dit que nombre de jeunes filles avaient dû arracher à leur parents, la permission de s’inscrire. La permission de militer au sein de l’UGTA est encore plus difficile à obtenir. Mais c’est le travail mixte qui effraie le plus.
Et il est vrai que les « mélanges » soulèvent parfois quelques problèmes. « Une fois, il y a bien longtemps, deux hommes se sont bagarrés à cause d’une femme, dit-on à la COBISCA (Hussein-Dey). Maintenant on a séparé les hommes des femmes, alors on est tranquille. » Quant à Zahia (17 ans et demi, un enfant, mari en chômage) qui est « coupe-fil » dans une fabrique de vêtements de Bab El Oued, elle est catégorique :
« On se manque de respect. Ce n’est pas bien. Pour prouver que nous sommes des Algériens, on doit se tenir dans l’atelier, travailler comme frères et sœurs. »
Et c’est sans doute la revendication principale qu’en tant que déléguée suppléante, elle présentera à l’UGTA. Mais qu’entend-elle par « se manquer de respect » ? Il semble, après enquête, que les hommes « bavardent » avec les femmes (mais pas plus qu’ils ne « bavardent » entre eux) pendant la pause. Qu’une tierce personne « mal intentionnée » pourrait avertir le mari d’une ouvrière, il y aurait scandale. Mais il s’agit moins de faits que de suppositions. D’ailleurs, dans les ateliers mixtes, les responsables UGTA veillent à ce qu’il n’y ait pas « d’histoires ».
Et des « histoires », il n’y en a jamais à la centrale téléphonique d’Alger. Ni au centre de la Santé, ni dans la fabrique de parfums de Hussein Dey, ni à la SNTA (Bab El Oued). A la SN Répal (Hydra), comme dans tous les bureaux, la seule suggestion d’une « ségrégation » fait éclater de rire. Là (est-ce fonction du niveau d’instruction, plus élevé ?), hommes et femmes se côtoient sans arrière-pensées.
« Et c’est une excellente chose, ajoute une militante, membre de la Commission féminine à la section UGTA de la SN Répal. Ces contacts sont utiles, parce que fraternels. Pour les faciliter, nous avons pensé, nous les femmes, à créer une troupe théâtrale mixte, composée des membres du personnel. »

LES TRAVAILLEURS ET LE SYNDICAT
Bien. Mais cela non plus ne suffit pas. La travailleuse participe-t-elle à la vie syndicale ? à la vie politique de son pays ? Qu’en dit l’UGTA ? Il règne, au sein du syndicat, deux attitudes : la première, « laissons les problèmes de femmes, aux femmes. Qu’elle se débrouillent », déclare un responsable de Hussein Dey ; et un autre, de Bab El Oued : « c’est au pied du mur qu’on voit le maçon. Qu’elles nous prouvent ce dont elles sont capables. »
« Elles se plaignent qu’il n’y ait pas de femmes au secrétariat national ? dit-on à la Maison du Peuple. Mais nous n’allons tout de même pas les téléguider d’en haut. Nous ne voulons pas de femmes-symboles. Qu’elles commencent par s’activer dans les sections locales ».
Mais on entend aussi d’autres sons de cloche. Dans les sections locales de l’UGTA, les femmes ne sont pas encore partout représentées proportionnellement. Il n’y a pas à la SNTA de Bab El Oued (3 usines employant 1.250 hommes et 150 femmes), une seule femme déléguée à l’UGTA. Pourquoi ? Aucune ne s’est portée volontaire aux dernières élections. Mais aux prochaines ?…
Aux prochaines, vous allez voir, dit le responsable local. Nous ferons des pieds et des mains pour avoir une déléguée au moins. De n’importe quelle façon, il faudra qu’elle passe. C’est la seule façon de les former, de les sortir du cycle chiffon-couscous-coiffure.
– Comment allez-vous faire ?
– Une campagne d’explication précédera les élections. Nous préciserons le rôle de la femme. Nous donnerons au mari, à la famille, toutes les garanties. Les déléguées seront respectées. C’est fini, le 19 Mars. Quand nous avons une travailleuse en face de nous, c’est un « homme ».
– Mais que penseront les travailleurs d’une femme déléguée ?
– Ils penseront ce qu’ils voudront. Nous, on va foncer ».
Tous les responsables UGTA que nous avons rencontrés, font tout ce qu’ils peuvent. Quant à la Centrale, elle a organisé trois stages de formations de cadres syndicaux féminins (2 à Alger, 1 à Constantine) d’où est sorti un noyau de militantes enthousiastes, prêtes à former, à leur tour, d’autres cadres. A la Maison du Peuple, on prévoit pour novembre, des stages mixtes qui se dérouleront au futur collège syndical.
A l’égard des femmes elles-mêmes, les critiques (et les compliments) sont partout les mêmes, qu’elles soient formulées par des hommes ou par des femmes militant dans l’UGTA.
UNE DELEGUEE : Les femmes se syndiquent moins volontiers que les hommes. Et quand elles le font, c’est parfois seulement pour pouvoir revendiquer une augmentation. Cela ne va pas plus loin. Pas encore.
– Mais n’est-ce pas vrai aussi de certains hommes ?
UN RESPONSABLE UGTA (Alger) : Oui et non. La femme ne comprend pas encore que l’avenir du pays ne repose pas seulement sur son mari, mais aussi sur elle. Elle estime que le syndicat, la politique, ce sont des affaires d’hommes. Elle n’a pas encore entièrement conscience de ses responsabilités.
UNE DELEGUEE : Evidemment. La femme traditionnelle n’a guère eu l’occasion ou l’habitude d’en prendre. Jusqu’ici, on ne lui en a pas données.
UN RESPONSABLE UGTA (Bab El Oued) : Les femmes sont les premières à accepter certains sacrifices, dès qu’elles comprennent de quoi il s’agit. »
Qu’est-ce qu’elles ne comprennent pas ? Zohra (manutentionnaire, divorcée, 32 ans, 4 enfants) nous a dit pourquoi, contrairement à la plupart de ses sœurs à la SNTA-Gouraïa, elle n’est pas syndiquée :
« A quoi sert le syndicat, puisqu’on est nationalisé ? Que le gouvernement est pour nous, et nous pour lui ? ».
Le responsable UGTA, présent à l’entretien, lui explique aussitôt :
« Le syndicat, c’est pour faire le va-et-vient entre le gouvernement et nous, les travailleurs. Pour expliquer, en bas, ce qu’ils veulent, en haut. Et en haut, ce que nous voulons, en bas, etc … »
Zohra comprend maintenant ; elle va se syndiquer. En attendant, il semble que les femmes soient plus actives au syndicat dans le secteur privé que dans le secteur socialiste. Mais là, les campagnes d’explication viendront bientôt à bout de la « résistance passive » que manifestent certaines femmes, plus peut-être que les hommes parce que moins instruites, moins « au courant » du nouveau rôle du syndicat.
LES ILLETTREES ET LES INSTRUITES
L’instruction, c’est d’ailleurs le problème numéro un.
« Les illettrées ont peur, explique une syndicaliste. Peur de s’exprimer, de prendre une décision, de militer… »
Une autre syndicaliste rapporte cette réflexion d’un analphabète de son quartier :
« Avant, on était des hommes. On nous avait tout promis. Maintenant, quand on veut faire quelque chose, on nous demande : tu sais lire et écrire ? »
C’est ainsi qu’Aïcha (45 ans, bossue, déléguée à l’UGTA pour la fabrique de parfums de Hussein Dey) n’a pas pu suivre le stage de formation de cadres féminins, parce qu’elle est illettrée.
« Non je ne sais pas lire, dit-elle, mais ça ne fait rien. Je dis ce que je pense, je n’ai pas peur, je le dis clair et net. »
Et les employés de la fabrique ont gagné, grâce à Aïcha l’illettrée, ex-femme de ménage, plus d’une bataille syndicale … Illettrée ? elle n’en est pas moins consciente :
« Quand je vois des gens qui mangent, et d’autres qui ne mangent pas, alors je dis : ce n’est pas juste. Ce sera juste quand il y aura le socialisme. Le socialisme, c’est quand tout le monde travaille la main dans la main. C’est clair, c’est net, et je le dis. »
– Et souvent, ce sont les illettrées qui sont les plus dévouées. On nous dit, à Bab El Oued, que « parfois, les filles instruites se coupent de la base, elles ne pensent qu’à monter plus haut, pas à militer ». « Celles-là, c’est tout juste s’il ne leur faut pas un taxi à la sortie du travail », nous dit-on à Hussein Dey. L’instruction, c’est une arme à double tranchant. Mais « instruites ou non, on s’en fiche, déclare un responsable de Bab El Oued, pourvu qu’elles viennent aux réunions, les femmes. Et qu’elles parlent. »
Les réunions, c’est – justement – un autre problème. Fatima (veuve, soutien de famille) qui fait partie du comité de gestion de la COBISCAL (Hussein Dey), assiste à toutes les réunions.
« Des fois, je reste même trois heures après la fermeture, pour discuter des problèmes. »
Mais, sur 3 femmes mandatées, lors d’un congrès régional à la Maison du Peuple, il n’en est venue qu’une.
« On était content, raconte le responsable, on l’a fait asseoir à part, on l’a chouchoutée, on lui a demandé son avis sur tout. Et vous savez ce qu’elle a fait ? Elle s’est sauvée ! »
Noyée dans la masse d’hommes, et pourtant séparée, cette unique femme a pris peur. Cette peur, les femmes la vainquent partout où elles sont nombreuses. Et partout où les hommes les prennent au sérieux. Mais ce n’est pas toujours le cas :
« Quand il y a une femme à la réunion, avoue un responsable de Hussein Dey, les hommes l’écoutent, mais par politesse seulement. On ne fait pas grand cas de ses suggestions. Elle est là pour la décoration. »
Autre obstacle à l’activité syndicale des femmes :
« La plupart sont apolitiques, estime une déléguée UGTA d’un service hospitalier. Même chez celles qui ont participé à la Révolution, il y a un net recul. Pas dans leur esprit civique, mais dans leur activité. »
REVOLUTION africaine : Pourquoi ?
LA DELEGUEE : Parce que les hommes sont rentrés.
R.A. (au responsable UGTA présent) : Défendez-vous !
LA DELEGUEE : Je ne peux pas. C’est vrai. »
UNE ACTIVITE EMBRYONNAIRE
Les plus actives, en tout cas, ne sont pas celles d’un certain âge, qui ont participé à la Révolution (2). Ce ne sont pas non plus les mères de familles, « physiquement et moralement incapables de militer ». Ce sont, bien souvent, les veuves et divorcées, mais on ne leur facilite pas toujours les choses. « Elles se sont proposées comme déléguées, nous dit-on à Bab El Oued, mais .. Euh .. on n’en a pas voulu. » Pourquoi ? Parce qu’elles ont « une réputation de légèreté ». Réputation justifiée ? Nul n’est capable de le prouver. Mais il suffit d’être une femme seule pour être classée « louche ». Autant de militantes perdues. Autres militantes perdues, les filles qui se marient : « parce que le mari ne veut pas ». Restent alors, les toutes jeunes filles, et ce sont elles les plus actives.
« A 17 ou 18 ans, disent les déléguées de la SN Répal, elles meurent d’envie d’agir. Elles cherchent un but, quelque chose à quoi se rattacher. Elles se sont disputées pour aller au stage de formation syndicale. Elles commencent à parler politique. Au départ, il a fallu les encadrer, les encourager, parfois les harceler. Mais, la peur vaincue, ça va tout seul. »
L’activité syndicale et politique est donc embryonnaire. Mais elle fait des bonds en avant. Il y a deux femmes à la Commission exécutive de la Fédération du pétrole et du gaz (organisme émanant de la Centrale UGTA). Cela ne s’était jamais vu. Mais dans ce domaine, les précédents se multiplient.
« Je suis sûre qu’on en fera des militantes, affirme une déléguée UGTA d’Alger. Mais il ne faut pas attendre que cela tombe du ciel. »
Discours, conférences et articles ne suffiront pas. Là-dessus, tous les intéressés sont d’accord :
« On a moins besoin de publicité que d’un travail obscur, quotidien, à la base ; un travail d’explication auprès des femmes, dit un responsable syndical. Et il faudrait des femmes pour parler aux femmes ; c’est bien plus efficace qu’un monsieur ». Il faut, comme le demandait le président Ben Bella, « que l’UNFA rayonne partout, dans chaque usine, chaque atelier. » Et l’UGTA ne peut pas tout faire, l’UNFA doit l’aider. « Ensemble, nous arriverons à faire participer toutes les travailleuses à l’élaboration du socialisme. »
Le travail a donc « libéré », comme disait le responsable de la Maison du Peuple une infime minorité de femmes, mais là encore, on ne peut parler de « libération » que sur le plan strictement matériel. Sur le plan syndical et politique, mais aussi sur le plan social et psychologique, bien des choses restent à faire. La plupart devront attendre que l’économie algérienne puisse intégrer les femmes. Mais le premier pas est fait, le pli est pris, et il est possible de former dès maintenant un noyau de « précurseuses » qui montreront le chemin à leurs sœurs.
A.G.
(1) P. Bourdieu, « Travail et travailleurs en Algérie ». Le sondage a été fait en 1960. Les opinions sur le travail des femmes ne variaient pas énormément selon les différentes catégories socio-professionnelles, les âges ou le degré d’instruction. Cependant les enquêteurs ont trouvé une majorité défavorable chez les illettrés, les hommes de 14 à 19 ans et de plus de 50 ans, et chez les artisans et commerçants.
(2) Il semble que chez les hommes c’est le contraire qui est vrai.

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