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L’affaire Saïl et la presse

Article paru dans L’Eveil social, n° 29, mai 1934

Mohamed Saïl (avec turban) au banquet des 80 ans de Sébastien Faure

L’arrestation de notre camarade Saïl fut commentée par certains journaux comme un événement sensationnel. Monsieur Léon Bailby, l’homme qui écrit avec les pieds de ses secrétaires, ne put moins faire que de consacrer une demi-page du journal “Le Jour” aux commentaires nécessités par une affaire de cette importance. Pour Monsieur Bailby, c’était clair comme de l’encre. Saïl Mohamed détenait les fameux quatorze mille fusils qui venaient de passer la frontière. Des milliers d’imbéciles bon teint eurent ainsi la conviction que la France et leurs biens ne pouvaient être sauvés que grâce à la vigilance patriotique des Bailby, Coty et consorts.

Plus prudents, les autres journaux d’informations se contentèrent de relater succinctement les faits, en glissant toutefois dans leur relations quelques inexactitudes probablement voulues. C’est ainsi que “Paris-Soir” et l’ “Intran” déclaraient que ce fut l’inquiétude suspecte de Saïl qui fut la cause de son arrestation. Or, celte affirmation est ridicule et absolument fausse. Ainsi que le disait le journal l’ “Oeuvre”, Saiïl devait être filé depuis plusieurs jours, sans qu’il puisse s’en douter, lorsque son arrestation eut lieu.

“Des documents importants ont été saisis…” pouvait-on lire dans quelques journaux. Importance… numérique, en effet, car, trop bêtes pour faire un choix, les inspecteurs chargés de la perquisition firent une véritable razzia. Ils emballèrent pêle-mêle et au petit bonheur, livres, journaux et brochures de propagande. Fameuse l’histoire de ces documents “documents secrets” qui sont journellement mis en vente et distribués au grand jour !

Non moins fameuse l’histoire de cet arsenal formidable découvert au domicile de Saïl ; arsenal qui contenait deux revolvers et un vieux Mauser sans cartouches. Tout cela doit bientôt s’effondrer comme un château de cartes. Si Messieurs les policiers Staviskystes veulent absolument découvrir des complots, qu’ils aillent chez les fascistes, qu’ils aillent interroger l’armurier Petavy, boulevard St-Germain, le digne sire pourra sans aucun doute leur donner la liste des camelots du roy dont il est le fournisseur.

L’arrestation arbitraire de Saïl Mohamed, a, en réalité, pour cause la campagne antifasciste que celui-ci avait entreprise dans les milieux de Nord-Africains. Les vandales de Maurras et de Coty recrutent leurs adhérents surtout dans les milieux d’ Algériens, pépinières d’ignorants et de miséreux. La propagande de Saïl pouvait gêner ce recrutement. Il fallait qu’elle cesse ! A la première occasion, Saïl Mohamed devait être arrêté.

Mais il était dit que la note la plus répugnante devait être donnée par un journal qui se réclame de la classe ouvrière. “L’Humanité”, dans un article ignoble et canaille, salissait notre ami Saïl, le qualifiant, pour les besoins de la cause ( ! ), d’agent provocateur. “Entre un tel individu et les communistes”, pouvait-on lire dans la même feuille, “il ne
peut y avoir aucun lien.”
Aucun lien, en effet, vous l’avez dit crapules, vous l’avez dit, salauds. Entre Saïl, militant désintéressé et vos bateleurs professionnels, il y a un abîme, un abîme que toute la bave d’un Cachin ou d’un Vaillant-Couturier ne saurait combler.

Nous savons que la calomnie est l’arme des lâches. Elle doit donc être inévitablement l’arme préférée des politiciens bolchevistes. Lorsqu’on a un beau passé révolutionnaire comme le camarade Cachin, on peut se permettre de déverser des ordures sur la tête des autres. Après avoir demandé le poteau pour un Rafin-Dugens et pour un Brizon, on peut sans inconvénient s’aplatir un peu plus dans la boue et tenter l’assassinat moral d’un militant ouvrier.

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