Déclaration parue dans L’Anti-raciste, n° 9, mi-avril-mai-juin 1981

LES PERMANENCES ANTI-EXPULSION (P.A.E.) n’appellent pas à la manifestation du 4 avril 1981 ET S’EN EXPLIQUENT.
Elles appellent tous les français et les immigrés à :
– constituer face à l’Etat et au PCF un authentique camp anti-raciste.
Elles les appellent à :
– renforcer et à créer de nouvelles Permanences Anti-Expulsions dans toute la France.
La Manifestation du 4 Avril 81 appelée principalement par la MTI (Maison des Travailleurs Immigrés) AMF-CTA-FETRANI-UGTS-UTIT-ATT et la CFDT se présente comme une manifestation anti-raciste, pour l’égalité des droits.
« Bien » ! diront de nombreuses personnes anti-racistes, » c’est une bonne chose, mais que proposent ces organisations ? »
Bonne question ! Car depuis l’attentat de Copernic, on a pu remarquer que tout le monde se prétendait anti-raciste, de Giscard à Marchais, en passant par Stoléru lui-même, Mitterrand, Chirac et bien d’autres. La plupart parle « d’égalité des droits », de « dialogue » et de « solidarité » pour en fait cacher une politique anti-immigrés sans précédent.
QUELLE EST LA CONJONCTURE
Qu’a-t-on vu après l’attentat de la rue Copernic et la soi disant manifestation anti-raciste qui réunissait pour la circonstance, le PCF-CGT, le PS, la CFDT et la droite UDF-RPR ? Ce fut un véritable déferlement d’attaques racistes et anti-immigrés d’une violence inouïe :
a) + Assassinats de jeunes immigrés par la police (Marseille, Colombes … )
+ Rafles dans les quartiers, les foyers et dans l’usine même, pour expulser de France les immigrés sans papier et instaurer un système de terreur bientôt digne du temps de la guerre d’Algérie ou même de celui de l’occupation et du pétainisme
+ Campagnes racistes sur le chômage en prévision du refus de renouvellement des cartes de séjour et d’expulsion massives hors de France … Tout ceci à l’initiative de l’Etat.
b) Mais le PCF n’est pas en reste.
De Vitry à Vaulx-en-Velin en passant par Nanterre, Ivry, Montigny, Montfermeil … et Rosny-sous-Bois, le PCF a engagé des campagnes racistes et réactionnaires sans précédent :
+ « Fermeture des frontières, contrôle renforcé de l’immigration, expulsion des sans-papiers. »
+ « Répartition des immigrés dans les logements ». « Répartition des enfants immigrés dans les Ecoles ».
+ « Renforcement des contrôles de police, de l’ilotage contre les jeunes immigres considérés comme délinquants ».
+ « Volonté de présenter les immigrés comme des charges, des gens que l’on ne fait que tolérer ».
Sur tous ces points, le PCF ne se contente pas de déclarations. Dès maintenant, il met en œuvre cette politique à l’aide de pratiques de type fasciste : bulldozer, délation, manifestation de terreur contre des familles, expulsion de logement, déclarations ouvertement mensongères … Et tout ceci au nom de l’anti-racisme, de la classe ouvrière et du communisme.
Les anti-racistes qui critiquent le PCF, qui se battent contre cette politique sont immédiatement traités d’anti-communistes, de provocateurs, alors que c’est le PCF lui-même qui développe une politique raciste, réactionnaire et anti-communiste. C’est lui qui pratique la violence directe contre le peuple. Le PCF pervertit le sens des mots, inverse le vrai du faux, appelle anti-raciste le commando au bulldozer, pratique avec cynisme le mensonge. Tout ceci pour tenter d’encercler les anti-racistes, empêcher français et immigrés d’exprimer leur révolte. La terreur qu’il compte imposer est dirigée non seulement contre les immigrés, mais contre l’ensemble du peuple et de la classe ouvrière.
« Et le PS » diront certains. Le PS de son côté hésite entre le ralliement à l’Etat giscardien et le suivisme vis-à-vis du PCF. Jusqu’à maintenant tout en « rejetant » les méthodes employées par le PCF, il affirme dans chaque « affaire » son accord avec lui sur le fond : « Fermeture stricte des frontières, répartition, etc. » En ce sens, il cautionne entièrement les campagnes racistes du PCF. Le PS est aujourd’hui un parti impérialiste qui s’appuie sur un long passé de parti colonisateur.
C’est pourquoi aujourd’hui TOUS LES ANTI-RACISTES ONT EN FACE D’EUX DEUX ENNEMIS : L’ETAT ET LE PCF.
Quiconque ne veut pas le reconnaître soit travaille pour l’une ou l’autre de ces forces, soit travaille à obscurcir la situation et conduit le mouvement anti-raciste à la défaite. Prétendre aujourd’hui comme le font la MTI et la CFDT, que la politique raciste du PCF n’est qu’affaire de campagne électorale ou de mairie, ne pas vouloir constater que le PCF organise à long terme pour son propre compte un véritable camp raciste et anti-populaire bien aussi dangereux que celui de l’Etat, est soit fourbe et réactionnaire, soit inconscient et liquidateur.
DE QUELLE ORGANISATION AVONS-NOUS BESOIN ? DE QUELLE DYNAMIQUE ?
Aujourd’hui face à l’Etat et au PCF, un véritable mouvement anti-raciste a besoin :
+ de pratiquer l’unité français-immigrés de façon organisée et prolongée
+ de mots d’ordre, d’une plateforme et d’une organisation totalement indépendante de tous les partis parlementaires et des syndicats qui leur sont liés.
UNITE FRANCAIS-IMMIGRES.
Les politiques racistes de l’Etat et du PCF sont en même temps des politiques bourgeoises et impérialistes qui n’ont pas pour seule cible de « réprimer » les immigrés, mais d’organiser au-delà de la division français-immigrés, un camp réactionnaire qui impose son ordre sur toutes les questions essentielles de la vie du peuple et de la classe ouvrière dans cette période de crise.
A travers le développement des politiques racistes qui se déroulent aujourd’hui sous nos yeux, sont en jeu des questions de société qui ne touchent pas seulement les immigrés, mais aussi les français, pas « d’abord les immigrés » mais immigrés ET français en même temps.
En effet :
+ les rafles d’ouvriers immigrés, les expulsions des sans-papiers, les politiques sur « le retour », les campagnes racistes sur le chômage et le trop grand nombre d’ouvriers immigrés, mettent en jeu la capacité de la classe ouvrière de se battre contre le chômage, de se battre contre la concurrence entre ouvriers que développent l’Etat et le PCF (division et concurrence entre immigrés sans-papiers et immigrés avec papiers, entre français et immigrés, entre hommes et femmes … )
+ les politiques racistes de répartition de quotas à l’école posent le problème de l’avenir de l’institution scolaire, de « l’éducation », de la formation que vont recevoir enfants immigrés et français. Le système de la double peine, les expulsions de jeunes immigrés, les contrôles incessants de la police, les campagnes sur la drogue visent à marginaliser, à mater la jeunesse, immigrée et française.
+ Les politiques racistes de répartition dans le logement mettent en œuvre des rapports de délation, de fichage, de mouchardage entre les gens du peuple. Elles provoquent les expulsions de mal-logés, des familles ouvrières les plus démunies. Elles provoquent l’isolement des foyers et des cités de transit. Il en va de l’avenir de la vie dans les cités de banlieue, dans les quartiers populaires.
+ Les campagnes d’opinion que développent les forces néo-fascistes liées à l’ETAT ou les forces liées au PCF, visent à déformer l’histoire, à imposer le mensonge et la contre-vérité. Ceux qui font des pieds et des mains pour falsifier les politiques mises en œuvre à l’époque de la seconde guerre mondiale, ceux qui falsifient l’histoire de la guerre d’Algérie, les luttes pour l’égalité des droits depuis 68, cherchent à briser la mémoire du peuple, cherchent à détruire les différentes consciences nationales et culturelles, pour briser l’identité du peuple multinational de France.
Tout ceci n’est pas simplement « l’affaire » des immigrés, mais bien celle de toute la classe ouvrière, de tout le peuple. C’est pourquoi les Permanences Anti-Expulsion appellent les français et les immigrés à s’organiser ensemble pour développer une véritable force anti-raciste sur chacun de ces points.
Concevoir le combat anti-raciste comme une « simple affaire de solidarité », concevoir ce combat comme celui des immigrés, les français ne faisant que soutenir, est une voie fausse, dangereuse et liquidatrice. C’est pourtant la voie qu’ont choisi la CFDT et la MTI.
A vrai dire, la dynamique mise en œuvre par la MTI et la CFDT va encore plus loin. Le sectarisme à toute épreuve que développent ces forces vis-à-vis des Permanences Anti-Expulsion, sans parler des calomnies qu’elles développent à leur égard, au-delà du simple sectarisme le plus plat et entêté, représente en fait une opposition farouche à la voie de l’unité français-immigrés, structurée par les P.A.E. Le refus de principe de ces organisations d’inviter les P.A.E à la préparation de la manifestation du 4 Avril indique bien leur opposition totale de placer cette manifestation, face à l’Etat et au PCF, et sous le signe de l’unité français-immigrés.
POUR UNE ORGANISATION DUVRIERE ET POPULAIRE
INDEPENDANTE DE L’ETAT, DU PCF, DES SYNDICATS
Pour les P.A.E., seule la voie de l’unité français-immigrés et ceci en toute indépendance vis-à-vis des partis parlementaires et des syndicats, permet de constituer une dynamique politique pour que se constitue un large mouvement anti-raciste en France.
Les faits parlent d’eux-mêmes.
Depuis l’été, qu’ont donc fait la MTI et la CFDT ?
+ Bondy et les attaques des fascistes. Les jeunes immigrés s’organisent, certains aussi sont emprisonnés alors que les fascistes courent toujours : qu’ont fait la CFDT et la MTI ? Rien. Seule une section de base CFDT a participé à une seule des manifestations.
+ Copernic : Pas de réaction de la MTI. Elle ne se sent pas interpellée par la lutte contre l’antisémitisme. La CFDT défile avec la CGT, le PCF et le PS et la droite.
+ Colombes, un flic tire à bout portant sur un jeune immigré lors d’un barrage de police. Le PCF applaudit. La CFDT et la MTI se taisent.
+ Après Copernic, déferlement de conférences de presse et d’articles racistes du PCF sur sa politique de répartition. Là, rien encore.
+ Vitry : toujours rien, seule une section locale participe à la manifestation. Mais aucune mobilisation véritable.
+ les appels du PCF à la répartition à l’école : de simples protestations verbales ! ! ! !
+ Montigny : toujours aucune réaction !
+ les rafles de la police dans la région parisienne : dans les usines à Gennevilliers, à Aubervilliers … Aucune réaction. La CFDT n’est peut-être pas au courant de ce qui se passe à l’usine Chausson de Gennevilliers.
De leur côté, les Permanences Anti-Expulsion ont appelé et participé aux manifestations et rassemblements contre les fascistes à Bondy, aux manifestations du Marais à Barbès, en Nov et Déc 80, contre l’antisémitisme et le racisme de l’Etat et du PCF, aux manifestations de Colombes, Vitry, de Montigny … et dernièrement contre les rafles à Aubervilliers le 29 Mars. Ces mobilisations ont été rendues possible par un patient et prolongé travail politique des PAE dans les cités, les foyers, les lycées et les facs.
A vrai dire, MTI et CFDT organisent l’impuissance des manifestations sans lendemain (10 mai 80) ou même récupérée par la tactique électorale du PS (4 Avril 81) ou par la démission face aux coups de « bulldozer » du PCF et de l’Etat.
A vrai dire, la MTI et la CFDT n’ont aucune confiance dans la possibilité que se développe un grand mouvement populaire anti-raciste. Ce n’est pour eux qu’affaire d’appareil et de conciliabule. Déjà de 75 à 79, CFDT et MTI n’ont pas cessé de louvoyer entre une position d’hostilité ouverte contre le mouvement des foyers Sonacotra, sa direction, le Comité de Coordination, et un soutien sur la « pointe des pieds » de certaines de leurs sections.
Ce n’est pas un hasard si la CFDT a participé en particulier, à la négociation entre la CGT FO et la Sonacotra, sur le dos des résidents pour briser le mouvement ; si l’AMF, membre de la MTI, en collusion avec la CGT a fait arrêter la grève dans certains foyers de Gennevilliers ; si l’UGTS, en collusion avec la CGT a trempé dans des « manœuvres » pour faire emprisonner Bouaziz délégué du foyer du Port de Gennevilliers …
En fait, CFDT et MTI ont exprimé ici la crainte qu’elles ont d’authentiques mouvements populaires et ouvriers pour l’égalité des droits.
Nous, Permanences Anti-Expulsion, nous affirmons que seule l’unité français-immigrés peut vaincre, que sans une puissante organisation de l’unité français-immigres, indépendante des partis parlementaires et des syndicats, il ne peut exister de large mouvement populaire anti-raciste.
C’est pourquoi nous appelons les immigrés et les français à renforcer les P.A.E. à poursuivre leur développement dans toute la France.
DOC.
LETTRE OUVERTE DU COLLECTIF « UNION DANS LES LUTTES » de PARIS 8 A TOUTES LES FORCES MILITANTES DE LA FACULTE :
UNITE POUR LA DEFENSE DE L’IMMIGRATION
Samedi 4 avril, 14h., Barbès : une quarantaine d’organisations ont pris l’initiative d’une manifestation « contre les lois racistes, pour l’égalité des droits, pour l’unité Français-Immigrés ».
Tous les jours, en effet :
– Les Directions Départementales du Travail refusent à des travailleurs immigrés le droit de travailler (Circulaire Stoléru) et ainsi le droit au séjour.
– Les Préfectures de police …………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………….
IL N’EST PAS POSSIBLE DE LAISSER L’IMMIGRATION ISOLEE.
Si au terme de son septennat, Giscard peut dire : « immigrés : contrat rempli ! » c’est parce qu’aucun mouvement d’ensemble ne s’est jamais ébauché contre l’accumulation des mesures racistes.
Continuer à hésiter serait criminel : IL FAUT UNE RIPOSTE CONSTRUITE ET UNITAIRE
Après l’attentat de la rue Copernic, l’ensemble des forces ouvrières et démocratiques se sont retrouvées au coude à coude dans la rue contre la terreur fasciste.
L’unité n’est-elle possible que dans les cimetières ? Nous ne le pensons pas et c’est pour cela que nous proposons à toutes les forces politiques, syndicales, associatives, présentes à Paris 8, de prendre en charge l’organisation d’un cortège unitaire de la faculté derrière une banderole :
« NON AU RACISME ! PARIS VIII – ST DENIS »
Aucune exclusive préalable contre quelque force de gauche que ce soit ne saurait être admise alors qu’il s’agit d’un combat d’une telle importance. Mais aucune démission ne peut se justifier non plus et les camarades de la CGT et du PCF qui sont restés sourds à nos premières démarches doivent réfléchir : la meilleur manière de lutter contre l’anticommunisme, contre ceux qui affirment que le PC est un parti raciste de A jusqu’à Z, n’est-elle pas de se joindre, sur des mots d’ordre communs, à une mobilisation unitaire ?
C’est en tout cas notre avis et nous nous emploierons à ce que des cadres de travail communs (le 4 avril et après) soient possibles, contre tout sectarisme et tout abandon principiel.
FORUM des PAE au meeting de l’UCFML
Le samedi 28 février 1981, l’UCFML invitait les Permanences Anti-Expulsions à assurer dans son meeting à la Mutualité à Paris, un forum sur la lutte anti-raciste aujourd’hui.
Ce fut l’occasion pour les Permanences d’exposer leur conception de ce qu’elles appellent l’anti-racisme de classe, d’expliquer le bilan qu’elles font du mouvement des foyers Sonacotra, les conséquences politiques du développement à grande échelle de la politique raciste du PCF.
Nous avons publié une feuille spéciale de « l’Anti-Raciste » avec l’intervention des Permanences Anti-Expulsions dans ce forum et les photos de quelques panneaux.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.