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Appel des femmes maghrébines

Déclaration parue dans Al-Ittihad, journal de l’Union des travailleurs immigrés tunisiens, avril-mai 1980

Les groupes « Femmes marocaines », « algériennes », « tunisiennes » sont partie prenante de la lutte des travailleurs immigrés contre les lois racistes qui visent à limiter l’immigration.

Devant les attaques du gouvernement français qui touchent l’ensemble des travailleurs en commençant par les travailleurs immigrés déjà surexploités et systématiquement affaiblis face à l’arbitraire des patrons, par une politique constante de privation de leurs droits essentiels par les pressions policières et administratives, les expulsions arbitraires, les fichages policiers…

En effet, la politique gouvernementale vise à faire endosser aux travailleurs, la crise que traverse le capitalisme aujourd’hui.

Les travailleurs immigrés et les femmes en sont les premières victimes aujourd’hui, l’ensemble des travailleurs demain.

Parmi les immigrés, les femmes sont particulièrement touchées : le capitalisme français recueille les fruits d’une oppression millénaire des femmes arabes, qui fait des femmes dans les pays d’origine, une main-d’œuvre de réserve pour faire pression sur le salaire de l’ensemble des travailleurs.

Les femmes arabes et immigrés constituent donc des victimes de choix pour les patrons français. En effet, privées totalement de formation professionnelle, pour la plupart, les femmes immigrés sont dans le cadre des lois actuelles sur le « regroupement familial », privées même du droit formel au travail. N’ayant pas la carte de travail, elles constituent une main-d’œuvre sans protection sociale, ni sécurité d’emploi. Payées au-dessous du SMIG car elles sont obligées de travailler « au noir » pour compléter le salaire souvent insuffisant du mari, (ménage, confection, etc.).

Si le gouvernement est revenu sur sa tentative d’interdiction du « regroupement familial », c’est parce que l’immigration familiale lui permet d’obtenir une main-d’œuvre à bon marché car il ne prend pas en charge les équipements sociaux : cantines, crèches, etc.

La privation des femmes immigrées de leur droit au travail s’inscrit dans la politique actuelle qui veut faire croire que ce sont les immigrés qui sont responsables du chômage, alors que cette politique protège les patrons qui eux, provoquent le chômage par des licenciements massifs.

Ceci après avoir pratiqué l’importation de main-d’œuvre immigrée de façon massive jusqu’en 1974, au moment où le capitalisme était en période d’expansion.

Les travailleurs et travailleuses immigrés ne doivent plus être les premières victimes des fluctuations du profit.

Les femmes immigrées n’accepteront plus de rester isolées et de se taire : elles appellent l’ensemble des travailleurs français et immigrés à se mobiliser pour une riposte large et unitaire face aux attaques du gouvernement.

Les travailleurs français et immigrés doivent s’unir tous ensemble contre les lois racistes Bonnet-Stoléru et les projets actuels qui ont pour seul but d’affaiblir et de diviser la classe ouvrière.

– Vive la solidarité « français-immigrés » !

– Travailleurs, travailleuses, même classe, même combat !

– Non aux lois anti-immigrés !

– Pour le droit au travail et à la formation professionnelle des femmes immigrées.

– Pour l’information des immigrés sur leurs droits sociaux dans leur langue d’origine.

– Droit aux allocations familiales pour tous !

Soutien total aux travailleurs en lutte :

– les nettoyeurs du métro

– les travailleurs sans papiers (turcs, marocains, mauriciens, les foyers Sonacotra en lutte … )

La coordination des groupes « Femmes marocaines », « algériennes » et du collectif des « Femmes tunisiennes » appellent à la « marche nationale » du 10 mai 1980 :

– contre la politique gouvernementale visant à réduire l’immigration en France (lois racistes Barre-Bonnet, projets de lois Stoléru-d’Ornano)