Article paru dans Révolution africaine, n° 87, 26 septembre 1964

IL n’est plus à revenir sur le rôle primordial que doit tenir la femme dans la société.
– L’évolution de la femme en Algérie pose et posera encore de nombreux problèmes. Qu’il nous suffise de lire les mille et une lettres de lecteurs, ou articles sur la question, de tenir compte des conséquences de la colonisation ou d’analyser le milieu social où vit l’Algérienne, pour nous apercevoir de l’immensité du sujet, de son histoire, de son contexte, de ses nécessités.
Certains pensent que l’hypothèque première à soulever, pour permettre à la femme une insertion dans la société est « la participation au monde productif » : par le travail, certains cadres traditionnels, par trop rigides, où l’Algérienne est enserrée, éclateront, d’eux-mêmes. D’autres, au contraire, affirment que l’évolution de la femme est tributaire d’abord de la libération de … l’homme. Autant de conceptions, autant de théories … et l’on pourrait ainsi disserter à l’infini.
Néanmoins, certains points peuvent être sériés, en premier lieu, celui de la « prise de conscience ». Il est évident, que seules les femmes algériennes doivent prendre en main leur destinée : leur évolution, ne pourra se faire contre leur gré, ou sans leur participation. La « prise de conscience », l’explication, la politisation, sont les premières nécessités pour entreprendre une action révolutionnaire. Puis, dégager de la masse, un fer de lance représentatif, qui permettra ainsi de « déclencher le mouvement » : l’UNFA (Union nationale des femmes algériennes). Certes, certains préjugés défavorables apparaissent lorsque l’on parle de l’UNFA ;
« ce sont des dames qui prennent le thé, en bavardant … des salonnardes ». « Pour elles » la mode, Dior, le dernier potin … sont les problèmes les plus vitaux ». Leurs lectures : « Elle » ou « Marie-Claire ». Elles ne peuvent prétendre parler au nom des Algériennes » …
Non pas que le fait de boire du thé ou lire « Elle » soit incompatible avec une action militante … Mais … Cependant l’UNFA montrant ces derniers temps une activité intense : campagne d’explications dans le pays, meetings, appels, préparation du congrès, il fallait faire fi de certains préjugés et la meilleure manière de comprendre était de leur rendre visite.
Que prépare l’UNFA ? Comment se restructure-t-elle ? Son but ? ses moyens … en un mot qu’ont-elles fait ? que vont-elles faire ?
D’ABORD IMPLANTER L’UNFA
Le nouveau secrétariat (provisoire) de l’UNFA, composé de neuf membres, a été désigné au mois d’août 1964. Son principal but, est la préparation du Congrès national qui doit se tenir à Alger au début de l’année prochaine. Avant la tenue du congrès, certaines étapes sont cependant nécessaires. Il y en a trois : tout d’abord des tournées en Algérie, au niveau des dairas, où les membres du Secrétariat organisent des assemblée générales de femmes, et durant lesquelles une information générale leur est donnée tant sur le plan politique, social, que culturel : explication de la Charte d’Alger, les principes de l’autogestion, compte rendu des activités de l’UNFA, explication du plan de préparation du congrès, inscription à l’Union, dialogue entre les participantes pour discuter de certains problèmes propres « à la base ».
Par la suite, des conférences au niveau des arrondissements où participera une délégué de chaque daira, et, enfin, après toutes ces campagnes de « sensibilisation », d’explication, il y aura à Alger une conférence nationale où sera élaboré l’ordre du jour au congrès, sa préparation …
– L’on pourrait se demander pourquoi toutes ces conférences, ces étapes avant le congrès.
La raison est simple et complexe à la fois :
« Notre implantation est peut-être variable au niveau des fédérations, mais à une échelle moins élevée, notre action n’a pas d’emprise. Il est donc nécessaire, d’abord de faire connaître l’UNFA à la masse, de « l’étoffer » en cadres et en adhérentes, d’expliquer ses buts et ses moyens, avant de tenir le congres. Sinon, il n’aura pas la résonnance que nous voudrions lui donner. Il nous appartient aussi d’entreprendre un dialogue avec la « base », afin de connaître ses problèmes, ses difficultés, et voir comment y apporter remède. Il est évident que l’UNFA ne peut établir et bâtir des théories sans tenir compte de la réalité, de rédiger un programme d’action, envisager telle ou telle mesure, préconiser tel ou tel plan, serait absurde dans la mesure où ils ne répondent pas au contexte et à toutes ses implications. La meilleure façon d’élaborer quelque chose de cohérent est de susciter d’abord un dialogue « base-sommet ».
Il est évident que tout ne va pas dans le meilleur des mondes et que de nombreux problèmes se posent.
LES « COUCHES MOYENNES » OU L’ABSTENTEISME
« Lorsque nous parlons de « base-sommet », il faut le maintenir, il est nécessaire à cet effet de créer une « courroie de transmission », composée de cadres-militants. Là, nous nous heurtons à une difficulté : l’absence de cadres, cette absence se fait d’autant plus sentir, que les « couches moyennes », boycottent l’UNFA, peut-être par dépolitisation ; peut-être aussi par refus de tout engagement dans l’action militante.
– L’UNFA est confrontée à d’autres problèmes : la participation assez restreinte des femmes dans les assemblées, le manque de débouchés économiques, intensifier les rapports entres l’UNFA et les organisations nationales au niveau des dairas. Les causes sont souvent semblables : mode de vie, surtout à l’intérieur du pays qui ne permet pas à la femme d’avoir des perspectives vers le monde extérieur. Certaines coutumes et cadres traditionnels, qui restreignent les possibilités d’action. Toute une éducation politique, civique, morale à entreprendre …
Si toutes ces questions seront abordées par la suite au sein de l’UNFA, il n’en reste pas moins que l’Union se doit d’abord de préparer le congrès, et comme le disait une lectrice de Révolution africaine dans le No 64 :
« Cela ne sert à rien que les femmes soient représentées si ce n’est pour être, comme cela a souvent été le cas, rien de plus « qu’une poupée représentative ». En tout cas il faut que l’on choisisse des éléments valables et Dieu sait s’il y en a. En tant que femme algérienne, je voudrais que l’on détermine le rôle de l’UNFA et que cette organisation soit prise en main par de vraies militantes ».
Ces propos peuvent paraître rudes, il est vrai qu’ils datent d’avant le congrès du Parti … il n’empêche que l’UNFA devra résoudre ce problème et peut-être n’entendra-t-on plus parler de « dames patronnesses » mais de militantes.


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