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Amar Ouzegane : Nos sœurs socialistes

Editorial d’Amar Ouzegane paru dans Révolution africaine, n° 98, 12 décembre 1964 ; suivi de « L’adolescente algérienne » puis de « La victoire des femmes est celle du peuple » par Malika O’Lahcen

LE président Tito, au huitième congrès de la Ligue des communistes de Yougoslavie, tenu cette semaine, a évoqué les efforts accomplis par l’Algérie pour créer les bases du développement socialiste.

Après d’autres appréciations venant de chefs d’Etat éminents, la lutte du peuple algérien sert de référence au courant révolutionnaire en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Notre expérience, relativement courte, suscite un intérêt toujours aussi vif jusque dans les couches populaires des pays capitalistes.

Ces constatations nous font un devoir de ne pas nous laisser gagner par la griserie des premiers succès remportés depuis deux ans.

Nous avons conscience des insuffisances multiples et graves pour consolider les acquis de la Révolution, organiser l’économie moderne et sortir du sous-développement.

La production et la productivité exigent des cadres et des techniciens ainsi que le plein emploi dans les villes et les campagnes.

L’industrialisation progressive et la mise en valeur de toutes les ressources vont créer du travail qui nécessitera l’accroissement de la main-d’œuvre

Une attention particulière doit être prêtée à l’intégration de la femme dans le travail notamment dans l’enseignement, la santé publique, les services sociaux, l’industrie textile, alimentaire, laitière.

Dans l’agriculture, la main-d’œuvre féminine existant déjà sous le régime colonial dans les cultures maraîchères, l’élevage, doit jouer son rôle dans les fermes d’autogestion.

L’égalité en droit est reconnue à tous les citoyens algériens des deux sexes par l’article douze de notre Constitution. Ce principe est consacré dans la Charte d’Alger non seulement pour le droit de vote et l’égalité juridique mais également pour la participation « à l’activité économique assurant ainsi par le travail la véritable promotion de la femme » (1).

Dans certains pays capitalistes, la reconnaissance des droits politiques de la femme n’a pas modifié sa subordination à l’égard de l’homme et de la société. Ainsi, même en France ou aux Etats-Unis, la femme est invitée à se retirer de la vie professionnelle et à ne pas « monopoliser l’enseignement » (2).

Dans les pays d’Europe dits civilisés, le mari administre les biens propres de la femme, alors qu’il y a treize siècles, la législation islamique a affranchi la musulmane de la tutelle maritale, en lui accordant le droit de gérer directement et personnellement ses biens, son commerce, son héritage.

« La femme au foyer » est donc une aliénation de la personnalité féminine dans le régime capitaliste.

Il ne suffit donc pas de reconnaître l’égalité de l’homme et de la femme pour déterminer la différence entre le progrès social et le conservatisme patriarcal ou féodal.

En principe, il n’existe chez nous aucun obstacle religieux, juridique ou politique, à la véritable promotion de la femme. Mais des préjugés et des survivances de la mentalité féodale existent encore non seulement chez les ennemis du socialisme, mais chez les partisans du socialisme.

Dans nos congrès ouvriers aussi nombreux que magnifiques de dynamisme, on constate avec amertume l’absence de femmes parmi les congressistes et dans les directions élues.

Les étudiants, chez qui le prétexte d’analphabétisme serait ridicule, viennent de changer leur commission exécutive sans y inclure, symboliquement, une jeune fille !

Même dans le Parti, des cellules de notre capitale ont refusé d’admettre des jeunes filles, des femmes, militantes ou maquisardes ainsi que d’anciens communistes !

Le problème de la mixité doit être résolu avec souplesse : là où il est accepté de part et d’autre, la question ne se pose pas. A Oran par exemple, on a créé des cellules de femmes. Le progrès réside ici dans leur admission au sein du Parti.

Au dernier congrès du Parti Communiste français, on a reconnu, comme une nécessité le maintien de l’autonomie de l’Organisation des Jeunes Filles, adhérente à la Jeunesse Communiste.

L’existence de cette question d’ordre moral, qui se manifeste notamment par le port du voile, peut trouver sa solution dans la lutte contre la dégradation de la moralité publique et de la voyoucratie.

Par exemple, des fidaïyate avaient abandonné le voile pour traverser, avec des armes et des bombes, les barrages de la police colonialiste.

Certaines n’hésitaient pas à se mettre au cou une chainette avec une croix ! Et lorsque des voyous occidentalisés les importunaient dans la rue, nos fidaïs au repos boxaient ces poltrons qui avaient peur des paras mais piétinaient la hichma islamique.

Au 13 mai, le scénario de rejet du voile, organisé par le service psychologique, avec des femmes de mauvaise vie brûlant leurs haïks au Forum, a entraîné le retour à la tradition.

Les jeunes filles et les jeunes femmes qui s’habillaient à l’Européenne ne voulaient pas être confondues avec les filles publiques au service de l’ennemi de la patrie.

L’Algérienne a participé directement à la lutte politico-militaire durant sept ans et demi. Elle a assuré la relève de l’Armée de Libération Nationale, au cours des manifestations de décembre 1960, illustrant, dans les villes, l’originalité de combat d’un peuple sans armes jouant le rôle de force armée.

Avec le pouvoir révolutionnaire et l’option socialiste, la femme continue de lutter pour la véritable justice, la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme et l’égalité véritable.

Dans le cadre de l’autogestion, où le revenu sera réparti selon le travail fourni, la femme qui travaille plus et mieux doit gagner davantage que le collègue dont le rendement est inférieur. C’est dans l’indépendance économique, c’est-à-dire dans le travail et la dignité, que la femme réalisera son émancipation.

Les femmes en sont déjà conscientes. C’est pourquoi, avec le Parti d’avant-garde et le Président Ben Bella, nos sœurs socialistes engagent, avec nous, le combat commun pour la véritable démocratie et le bonheur du peuple algérien.

Amar OUZEGANE


(1) Charte d’Alger : Editions de la Commission Centrale d’Orientation p. 82.

(2) La Nouvel Observateur, n° 2, 26-XI-64, « Un numerus clausus » par Colette Audry.


VUE PAR NOS LYCEENS

L’ADOLESCENTE ALGERIENNE

Nous donnons des extraits d’un article paru dans « Jeunesse Union ». C’est le point de vue de jeunes sur leurs problèmes, ceux de l’adolescence féminine.

« Ce qu’on peut nous reprocher c’est d’avoir négligé l’éducation des femmes ; elle leur aurait révélé les droits et les obligations que leur accorde la religion musulmane ».
Cheikh Mohamed ABDOU, Recteur de l’Université d’El-Azhar

L’adolescente algérienne dans le cadre général de l’émancipation et de la construction

Depuis le début de ce siècle l’émancipation de la femme arabe a été préchée et nous assistons en Tunisie surtout à un revirement complet des conceptions de la famille. L’école a été et est encore le premier grand facteur de progrès.

La législation nouvelle contribue également à la libération de la femme : loi sur le mariage, le divorce, abolition de la polygamie, etc …

En Algérie le peuple en marche et la révolution (maquis) ont fait encore plus, mais malgré tout, le décalage est tel que l’adolescente actuelle à la recherche de sa personnalité est en conflit permanent arec sa famille traditionaliste dont elle n’admet pas le retard à comprendre la situation nouvelle créée en Algérie par la Révolution socialiste. Elle conteste sourdement l’autorité du père. Sa toute nouvelle instruction scolaire l’aide à prendre conscience de sa supériorité intellectuelle sur ses parents, encore trop souvent analphabètes, sans cependant discerner clairement ses droits et ses devoirs.

Elle désire très fortement acquérir son autonomie, et, par la même participer à l’édification du pays par son travail. Souvent ses parents lui sont un obstacle car si le père admet que sa fille suive quelques études, dès que celle-ci parle de travail sa réticence éclate, et bien souvent il lui oppose un refus catégorique (allant même jusqu’au retrait de l’école).

Dans une société où l’autorité de l’homme est incontestable, l’adolescente prend de plus en plus conscience de la plus grande valorisation du garçon, de sa liberté d’action, de son ascendant qu’il exerce bien souvent à tort sur ses sœurs

Nous citons cette jeune fille de 17 ans qui nous confiait : « que son frère de 2 ans son cadet la battait chaque fois qu’elle rentrait en retard du collège ».

Nous voyons également que le port du voile est un facteur de conflit entre parents et adolescentes. Cette coutume surannée, qui s’est maintenue, apparait pour l’adolescente comme une entrave au progrès de l’Algérie nouvelle et plus particulièrement à l’émancipation de la femme qu’elle maintient ainsi en état constant d’infériorité et même d’esclavage.

Certes, elles admettent volontiers qu’il est trop tard pour en libérer leurs mères, qui d’ailleurs habituées depuis toujours au port du voile seraient en quelque sorte réfractaires à sa suppression, mais la révolte est grande devant l’intransigeance de certains pères ou maris qui actuellement, faisant « fi » des aspirations légitimes de leurs filles ou jeunes femmes, les obligent à porter le voile.

Que pensent les adolescentes algériennes du mariage ?

Avant tout, elles désirent connaître leur futur époux, l’accepter et bâtir un foyer construit sur une mutuelle affection et sur le respect de la personnalité de chacun. Là aussi, elles entrent en conflit avec l’autorité absolue du père « faiseur de mariage ». Encore trop souvent nous assistons à des mariages où la jeune fille est contrainte de dire Oui.

La dot semble aussi un obstacle à l’émancipation de la jeune fille algérienne et à son libre choix dans le mariage.

Unanimement les adolescentes pensent que le mariage contracté à des âges plus raisonnables, avec le consentement mutuel des deux époux apportera l’équilibre nécessaire au foyer et surtout la participation commune des deux époux à l’éducation de leurs enfants.

Education familiale :

La famille algérienne est avant tout le type de la famille étendue de type patriarcal, ce qui entraîne une certaine carence sur le plan éducatif, la mère débordée ne pouvant pas, généralement assurer son rôle d’éducatrice. Le plus souvent garçons et filles sont très tôt livrés à la rue, milieu défavorable à une saine éducation. Chez le garçon, la désertion du foyer familial sera quasi permanente, la fille se trouvera réintégrée dans le cadre familial des qu’elle sera en mesure d’aider la mère aux soins du ménage, à la garde des petits etc … et par conséquent, elle se trouvera confinée dans cette société des femmes sans attache avec le monde extérieur et ses problèmes, livrée à la promiscuité imposée par l’insuffisance des locaux, les trop grandes responsabilités pour son jeune âge. De tout cela il résulte sur le plan scolaire : manque de sérieux et de continuité dans l’effort.

Problèmes d’ordre affectif :

Sans conteste, la mère aime ses enfants, mais très vite débordée, dépassée même, elle ne peut apporter à l’adolescence l’affection, le soutien moral, l’aide et surtout la compréhension dont celle-ci a tant besoin.

– L’adolescente va donc chercher ailleurs, à donner son affection et en retour en recevoir …

– Il arrive aussi qu’un refus de discipline s’explique par le fait que l’adolescente considère inconsciemment son milieu scolaire comme le milieu d’émancipation du joug familial, l’école étant alors considérée comme l’endroit où elle peut s’exprimer, être elle-même, affirmer sa personnalité, quelle que soit sa valeur intellectuelle et morale. Dans sa famille tout était conçu, pensé, décidé en fonction du groupe. L’individu, la personne n’existait qu’après et dans le groupe familial. A l’école délivrée de l’emprise du groupe, elle s’appréhende en tant que personne autonome, centre d’un réseau de relations interpersonnelles d’où son désir d’être pleinement elle-même. Très familière, hardie même, elle posera un nombre de problèmes à ses éducateurs qui devront se montrer fermes. (La période d’après guerre n’est, pas étrangère à cet état de choses : 7 années de semi-liberté …)

– Son sens de la justice est aigu mais très vite faussé car elle discerne mal l’intérêt commun, recherchant son intérêt personnel […]

sée, d’où complexe de frustration plus prononcé qu’en temps normal.

Problème de la mixité :

Par tradition, garçons et filles sont séparés dès leur enfance. L’adolescente algérienne comme tout autre bien sûr, manifeste son intérêt pour l’autre sexe et recherche sa présence ; mais là elle se heurte :

1. – Aux interdits et aux préjugés de la famille et de l’entourage traditionaliste.

2. – Au mauvais comportement de trop nombreux jeunes gens à la recherche d’aventures et de plaisirs faciles et malsains qui font naitre très tôt chez la jeune fille une attitude de méfiance et de défense qui se traduit rapidement en une fuite systématique de l’élément masculin. De plus les mauvais exemples rencontrés quelquefois au cours de sorties lui font craindre la mixité, ne réalisant pas bien que c’est souvent son attitude à elle qui déterminera celle des garçons, mais encore faut-il que ceux-ci soient assez nobles et purs pour respecter celles qui en sont dignes.

En conséquence, l’adolescente a besoin d’être aidée, car un bon nombre de pères, devant l’irrespect des jeunes gens, de peur d’être dépassés séquestrent littéralement leurs filles, ce qui ne résout pas pour autant le problème …

Comment aider l’adolescente algérienne ?

« Dans une Algérie en voie de développement on doit se garder de perpétuer des traditions féodales qui consacrent la supériorité de l’élément masculin sur l’élément féminin. Les femmes recevront une place identique aux hommes non dans les articles de la Constitution mais dans la vie de tous les jours, à l’usine, à l’école, dans les assemblées » (F. FANON. Les damnés de la terre).

Il faut donc – dès maintenant – que les éducateurs forment les jeunes en fonction de la libération totale et rapide de la femme pour que demain les parents soient en mesure d’éduquer leurs enfants. Il faut tenir compte qu’il est préférable d’employer des méthodes de diffusion sûres plutôt que la brutalité, « il faut que l’évolution se fasse graduellement par un effort obstiné de conviction et d’éducation » soulignait le président Bourguiba, donc :

– Ne pas heurter de front des traditions profondément enracinées.

– L’école source de l’éducation, peut permettre la résolution du problème aussi bien à la ville qu’à la campagne pour des générations montantes.

– La mixité dès la maternelle est à préconiser, sans oublier qu’une éducation ne s’improvise pas.

– Pour les jeunes d’aujourd’hui Il faut avant tout créer un climat de confiance, de beauté morale aussi bien pour les adolescents que pour leurs parents.

– Les maisons de jeunes sont nécessaires, ainsi que les cercles d’études animés par des éducateurs.

– L’alphabétisation est également un facteur d’évolution.

– Un nouvel élan vient d’être donné par le volontariat, les adolescentes devraient pouvoir y participer, il ne doit pas rester limité à quelques-unes seulement.

– Nous assistons également à une imitation des Européennes, il faut donner aux jeunes filles le goût de créer, de fonder « une culture nationale », un aperçu des beautés de l’Algérie qui pourrait se concrétiser par : recherche folklorique ; musique nationale ; conférences littéraires ; diffusion dans les collèges et les méthodes audiovisuelles, mais … tout reste à faire et … les difficultés ne manquent pas : pas de moyens d’éducateurs de Maisons de Jeunes.

L’Emancipation de la femme :

Elle se fera également grâce à sa possibilité, après ses études, d’apporter une contribution directe à la Nation par son travail. Le pays a besoin surtout par réaliser cette évolution d’institutrices, d’infirmières, de sages-femmes et d’assistantes sociales algériennes qui sans fausse honte œuvreront pour l’éducation du peuple et son progrès.

Besoin aussi, pour l’économie du pays de secrétaires, de comptables, de juristes féminins qui du bureau à l’Assemblée montreront aux hommes que la femme musulmane a pris conscience des besoins de son pays, de ses droits, de ses devoirs et qu’elle est capable de collaborer à l’édification socialiste de son pays aux côtés de son compagnon de demain dans sa vie professionnelle et intellectuelle.

Le sport est également nécessaire à l’émancipation de l’adolescente, en tenant compte qu’il n’est pas un but mais un moyen de parfaire une éducation. Il aide à réaliser des êtres complets. Pour cela il faut rechercher avant tout la sportivité qui développe certaines qualités : solidarité, entr’aide, esprit d’équipe et non la compétition à outrance, l’exhibitionnisme et le professionnalisme.

– Former de vraies sportives.

– Intégrer le sport dans la vie nationale.

– En faire une école de loyauté.

– Développer les qualités morales et physiques.

– Soigner les corps et former les volontés, tels doivent être ses buts.

– La colonie et le camp de vacances doivent eux aussi permettre à l’adolescente de trouver son plein épanouissement. Beaucoup de jeunes pourraient être recrutées dans les lycées et collèges et formées par des stages de spécialisation et d’information pris en charge par le gouvernement, et ainsi devenir capables d’aider dans les colonies de vacances des petits.

– Pour pallier la sous-alimentation des adolescentes, nous ne saurions trop préconiser l’ouverture dans chaque centre d’une cantine scolaire.

– Trop de collèges de C.E.G. ou C.N.E.T. n’offrent que la possibilité de s’instruire. Or, l’éloignement de l’habitation familiale ; le temps perdu en trajets sont des facteurs importants qui nuisent non seulement à la santé des jeunes mais aussi à leurs études par la fatigue supplémentaire qu’ils leur occasionnent.

– Il est en effet capital, de se rappeler que le désœuvrement est le plus grand fléau de la jeunesse. L’inaction conduit à la débauche, elle permet la formation de bandes de dévoyés dont l’action est particulièrement néfaste à l’évolution de l’émancipation de la femme algérienne. Il n’est pas besoin de souligner que la période d’après guerre est en partie responsable de cet état de choses, mais il apparait maintenant imminent de réagir.

Dans une Algérie en gestation où le monde traditionnel n’est plus déjà ce qu’il était, où sous l’effet des décisions et des choix d’ordre politique se produit indiscutablement et presque inconsciemment une transmutation de la mentalité, il est nécessaire que les éducateurs réexaminent les systèmes et méthodes héritées de l’ère coloniale. Il est sans nul doute vrai que tout n’est pas à rejeter mais ce qu’il faudra détruire c’est l’orientation de tous ces moyens et procédés éducatifs qui pris isolement ont leur valeur propre, mais qui imbriqués dans un système ont servi à notre déculturation. La société nouvelle, l’homme nouveau, seront les produits de nouveaux systèmes d’éducation dont la base sera l’esprit socialiste.

Pour l’instant il faut vite recréer un climat de confiance, prouver aux adultes que mixité n’est pas obligatoirement synonyme de débauche, de déshonneur familial, et partir avant tout sur des bases saines.

L’Algérie a besoin de toutes ses filles et de tous ses garçons pour ne pas s’atrophier.

Il n’est que de rappeler, pour terminer, que 7 millions de femmes luttent encore pour sortir au grand jour et œuvrer d’une façon efficace dans ce pays en plein essor.


Les femmes au premier plan

LES GLORIEUSES JOURNEES DE DECEMBRE 1960

LA VICTOIRE DES FEMMES EST CELLE DU PEUPLE

Dans la lutte pour notre indépendance les observateurs ont d’une façon générale, noté l’importance des grandes manifestations algériennes du 10 au 15 décembre 1960.

Ces dates ont marqué le tournant décisif. En effet à partir de décembre 1960, aucun doute ne pouvait subsister : la conscience et l’enthousiasme du peuple, plus particulièrement des centaines de milliers de femmes, d’adolescents et d’enfants, démontraient de façon magistrale qu’aucune manœuvre fût-elle la plus adroite, la plus subtile, ne parviendrait à éteindre la flamme de l’Indépendance.

Alors que l’Armée de libération nationale est réduite à quelques groupes pourchassés par des forces colonialistes puissantes, dans les villes, des femmes et des enfants galvanisés par une foi indescriptible, armés de you-you et d’hymnes nationaux sèment la terreur jusque parmi les matadors des bataillons de choc ennemis dont la renommée paraîtra désormais surfaite.

L’année 1960 a été marquée par des tentatives de fausses négociations dont le but réel était de semer le trouble et la division. Les slogans « il n’y a plus de guerre », « L’Algérie est pacifiée » étaient repris de façon permanente par la presse occidentale.

Evidemment, les villes paraissaient calmes, malgré le nombre incroyable d’uniformes qui barraient les trottoirs.

Mais des patriotes algériens tombent entre le mois de juin et novembre 1960 : des exécutions capitales ont eu lieu et sont rendues publiques.

Il n’y aura pas un cri. Il n’y a plus de larmes aux yeux des mères, des épouses ou des enfants.

Le président De Gaulle qui prépare début décembre sa tournée dans « l’Algérie pacifiée » ne sera pas surpris.

Le 9 décembre, il débarque non pas à Alger, mais à Oran. On note déjà une nette hostilité entre les pieds-noirs aigris par leurs échecs successifs et les Algériens venus en observateurs.

AIN TEMOUCHENT EVEILLE L’AUBE DES JOURS DE GLOIRE

Le lendemain 10 décembre à Aïn Témouchent, pour la première fois des jeunes adolescents algériens forment un cortège et crient « Vive l’Algérie ! ».

Cet après-midi là à Alger, le temps est lourd, c’était un samedi.

« Cela a commencé vers 16 heures environ au Champ de Manœuvre, raconte Madame D. R. Je venais de faire des courses. Le ciel était noir de la fumée des bombes lacrymogènes.

« Des Algériens étaient massés sur les trottoirs, bloqués par les pieds-noirs qui, depuis trois jours, n’ont cessé de jeter des pierres et tout ce qui leur tombait sous la main sur les C.R.S.

« Les Algériens stationnaient en spectateurs. Puis, les pieds-noirs de plus en plus enragés, les ont provoqués. A 17 heures, un incendie a ravagé los dépôts des magasins Monoprix de Belcourt Les CRS n’ont plus lancé des bombes lacrymogènes sur les pieds-noirs, mais ont tourné leurs armes et mitraillé les Algériens.

« J’essayais de monter vers la maison à Kouba ; j’y ai rencontré un extraordinaire cortège de patriotes qui sont allés vers le carrefour du Ruisseau. Les gendarmes qui se trouvaient là ont tiré sur eux. Il y a eu des blessés ».

Mme Fatma Zohra Aissaoui, 50 ans, mari, beau-fils, filles emprisonnés en 1957 et 1958. Deux filles veuves. Vivait à Kouba avec huit petits-enfants orphelins.

« Nous avons entendu vers 18 heures des coups de feu. Deux de nos voisins étaient blessés. Ils nous ont raconté qu’ils venaient de manifester.

« A 19 heures, un homme est passé chez les voisins qui habitaient la villa mitoyenne. Un mot circula de maison en maison : « Il faut sortir demain ».

« Ce sont les femmes qui encourageaient les hommes à ne pas hésiter ».

« Le lendemain, vers 8 heures, nous sommes sorties une a une et nous avons appelé toutes les femmes de la rue. Nous avons dressé les barrières avec des barres de bois, du matériel de construction d’un chantier voisin. Des jeunes gens renversaient des voitures qui voulaient passer au milieu du cortège. Les femmes portaient des voiles, ou des foulards sur la tête. Les enfants avaient fabrique des drapeaux. Les you-yous n’en finissaient pas … Une de mes petites filles a été bousculée et est tombée d’un mur ou elle agitait des drapeaux en criant « Algérie musulmane ». Elle s’est cassée le bras. Elle avait douze ans !

« Vers trois heures de l’après-midi, les paras ont foncé sur nous pour nous arrêter. Ils ne tiraient pas sur les femmes ».

« Nous nous sommes retirées vers nos maisons et nous avons emmené avec nous cinq hommes que nous avons hébergés : un du Ruisseau, un de Kouba, un homme très âgé et deux que je ne connaissais pas.

« Ma belle-mère a été surprise de voir ces inconnus. Je lui ai déclaré que des hommes avaient des familles qui les pleureraient. Nous devions les cacher ».

« Jusque vers 11 heures du soir, les paras ont cherché à défoncer les portes pour faire des perquisitions. Nous étions tous barricadés ».

« J’ai assuré la garde jusqu’à 2 heures du matin.

« A 7 heures du matin, les hommes ont pu rentrer chez eux ».

Madame Madalène, encore appelée Khalti Khedidja Kennedy, pour une raison que nous verrons plus loin, est une rude militante de l’UGMVOC (1). Elle est la mère de trois militants ; l’aîné, fidaï condamné à mort et le troisième également fidaï, auteur à 18 ans de plus de 24 attentats, arrêtés et relâchés après le cessez-le-feu. Le cadet est disparu en 1957, après avoir subi des tortures. Khalti Khedidja a pieusement garde le pantalon tâché de sang que les paras lui ont rendu ainsi que quelques affaires de ce fils.

Agée de 65 ans environ, Khalti Khedidja avec ses sourcils bien traces et ses cheveux gris possède une vitalité débordante. Le front et les pommettes sont pleins de rides longues et profondes mais l’œil noir est vif. Comme pour ses enfants, elle a ouvert les bras aux premiers blessés de Belcourt en décembre 1960.

« J’allais ce samedi-là, à 16 h 30, à Maison-Carrée, ramener le fils d’une voisine, pensionnaire d’une école de Pères Blancs.

« Au retour, à hauteur de Belcourt, plus précisément de l’aqiba (2), notre voiture, une 203, se heurte à un groupe d’ultras qui criaient « Algérie française ».

ASSURONS LA RELEVE DE NOS CHOUHADA !

« Nous en avions marre d’être silencieux, de ne pas riposter. Notre cœur débordait. Alors quand nous avons reçu des bouteilles, des pierres, je n’ai pas pu tenir. Nous avons réussi à remonter la rue ; j’ai dit à ma voisine de rentrer avec son fils et moi je suis redescendue à pied pour rejoindre les nôtres qui préparaient la riposte.

« Je suis grimpée sur une pierre qui faisait plateforme. La nuit tombait et j’ai lancé l’appel : « Frères, faites revivre nos tombes … assurez la relève des chouhada … n’ayez pas peur, il n’y a plus de délégué spécial … il n’y a plus de traîtres … il n’y a que l’Indépendance … les ultras, nous les mangerons, nous mangerons leur chair, comme ils ont mangé notre sang !

« Des frères, des sœurs ont suivi … nous sommes alles au Golf réveiller les autres … tous les Algériens.

« Nous sommes redescendus, courant dans l’obscurité pour protéger les blessés. Nous avons extrait les balles avec nos ongles. Nous attachions les blessés avec des foulards.

« Nous avons fait ce que nous avons pu. Nos poches étaient pleines des médicaments que nous réservions pour les maquis et que nous obtenions avec des ordonnances pour faux malades !

« Pour les blessés graves, en attendant leur transfert vers les cliniques, nous leur avons administré des somnifères … Il pleuvait des cordes …

« Ce jour-là, il y eut plus de 700 morts, beaucoup de femmes et d’enfants … »

Il est inutile d’interrompre Khalti Khedidja pour faire préciser un détail. Elle n’oublie rien.

« Dans la nuit, les frères ont tenu des réunions. Nous avions des stocks de drapeaux préparés pour les moudjahidine. Nous avons coupé des arbres pour les fixer.

« A 6 heures du matin, nous étions dehors. Nous avons recommencé les you-yous avec lesquels nous avons accueilli les premiers blessés.

« Et j’ai de nouveau frappé aux portes en criant : « Sortez, les soeurs, sortez, les mères, la mort est unique. Notre drapeau est levé. Sortez…

« Sur la route nationale, près du ravin de la Femme Sauvage, des groupes d’ultras ont tire sur notre cortège de deux 404. Nous n’avons fait aucune pitié aux quatre occupants, moi la première ».

ENFANTS ET FEMMES AUX PREMIERES LIGNES

« Nous tous sommes dirigés sur Birkhadem puis à Clos-Salembier pour revenir à Belcourt, près des grottes, boulevard Cervantès. Deux frères sont montés sur une tribune improvisée et je les ai rejoints en agitant deux drapeaux tâchés de sang.

« Comme les paras se déchainaient à coups de crosse pour nous disperser, nous avons escorté quelques frères et les fillettes elles-mêmes, de sept, huit et douze ans n’ont pas eu peur des coups et nous ont aidées à brûler des voitures qui stationnaient. Et nous avons résisté.

« A 21 heures, nous sommes retournées au Clos. Des milliers et des milliers de paras nous ont encerclé. Les casques noirs ont couru après les enfants qui agitaient notre drapeau.

« Nous n’avons pas pu protéger toujours les enfants. Beaucoup sont morts ce jour-là, dans les caves.

« Haoua, une sœur noire, reconnue parmi les manifestantes probablement, a été enlevée et brûlée vive par les paras du capitaine Maillard. Celui-là même qui est venu avec ses chars nous appeler au calme :

« J’ai grimpé sur son char avec le drapeau et j’ai hurlé son visage : Vive l’Algérie musulmane… Nous voulons l’Indépendance, l’In-dé-pen-dance !

Il a répliqué : « Vous l’aurez l’Indépendance mais rentrez :

« Avant de partir, je lui ai fait agiter notre emblème et crier « Vive l’Algérie musulmane ».

NOUS NOUS SOMMES BATTUES AVEC … LES POINGS NUS

Soudain grave, madame Madalène se penche sur la feuille que je noicis.

« Les journées de décembre 1960 ont été plus que sept années de guerre. Un frère du Parti a dit l’autre jour : Vous les femmes, vous avez gagné avec les you-yous en faisant peur aux ultras. Ce n’est pas juste.

« Nous nous sommes battues avec des armes, avec des pics, avec notre langue, avec nos poings nus, avec nos you-yous aussi.

« Pendant huit jours, nous avons enterré nos martyrs et les convois de femmes et d’enfants étaient pavoisés comme le jour de l’Indépendance.

« Pour la première fois, tous les Algériens pouvaient reconnaître ce drapeau que beaucoup n’avaient jamais vus.

« Nous avons assuré des gardes jusque dans les cimetières pour éviter qu’ils ne soient profanés.

« Le dimanche 11 décembre, c’était la guerre. Tout était bon à utiliser, pioches, pics, piolets, haches, bâtons, barres de fer – Nos visages étaient noircis par la fumée des bombes lacrymogènes, nos yeux larmoyants. Mais rien ne nous a arrêtées.

« A 6 heures du matin nouveau départ. C’est au Clos Salembier que j’ai rencontré un groupe de journalistes américains, anglais, italiens.

« L’américain m’a demandé pourquoi je manifestais.

« Je lui ai déclaré : nous voulons l’Indépendance. Depuis sept ans que nous sommes en guerre, on arrête nos enfants, on tue les adolescents de 15 ans dans les villes et on dit c’est des fellagha ; ils n’ont pas le courage d’aller chercher les maquisards dans les montagnes.

« Et c’est avec des armes américaines qu’ils nous font la guerre, qu’ils tuent nos enfants. Voilà le pantalon de mon fils tâché du sang des tortures.

« Si vous ne dites pas à Kennedy la vérité ce qui se passe ici, il n’y aura plus de touristes ni d’amis américains en Algérie après l’Indépendance. Vous aurez pas le droit de mettre les pieds chez nous.

« Dites à Kennedy, on ne veut personne, ni les Russes ni les Américains. Nous voulons que des frères dirigent notre pays ».

Son portrait reproduit par la presse internationale, madame Madalène est devenue célèbre sous ce surnom de Khalti Khedjdja Kennedy. Et en 1964, elle continue de combattre … pour la justice et une relève glorieuse à l’image des morts.

L’A.L.N. VOUS FELICITE

« Ce dimanche 11 décembre, dans la matinée, sur la place de Diar El Mahcoul où a été acheminé le premier blesse algérien dans les manifestations, un officier de l’A.L.N., en civil, a lu un message du haut d’un camion.

« L’armée de libération est heureuse du coup porté au colonialisme … Le peuple vient d’assener une démonstration égale aux sept années de guerre ! »

« Il disparaissait quelques secondes après, protégé par des manifestants.

« Le dimanche était le jour de la Kasbah.

MONTREZ QUE NOUS SOMMES VIVANTS

Fatma S. est une femme de 65 ans qui habite toujours la Kasbah avec son vieil époux.

« C’est les you-yous et le téléphone arabe qui nous ont éveillés : ma fille … Je suis sortie, sans rien sur la tête, dans la rue Randon, à 6 heures. J’ai appelé les jeunes qui étaient là et je leur ai dit … Souvenez-vous, les loups ont défoncé nos maisons. Ils n’ont épargné ni les vieux, ni les impotents, ni les enfants. Alors n’épargnez rien, cassez tout ce qui vous gênera. Montrez que nous sommes encore vivants.

J’ai poussé des you-yous … avec ma voix éraillée … j’ai soigné les jeunes qui étaient blessés … nous avons aménagé les bains maures. Le café circulait dans les rues … quand un homme rentrait, un autre descendait le remplacer.

« Sur les terrasses, devant les carrefours, les femmes poussaient des you-yous qui montaient par vagues jusqu’au ciel … »

« NI LES FEMMES, NI LE PEUPLE N’AVAIENT RIEN DANS LES MAINS ! »

Mme Fatima Guendouzi est une militante du Parti, une coordinatrice d’Oran, responsable de cinq cellules de femmes d’une cinquantaine de membres chacune.

45 ans, un visage plein, des rides profondes mais un sourire perpétuel qui ne dépare pas l’absence d’une incisive.

« Ecris : c’est dans la Ville Nouvelle que cela a commencé. Les ultras ont constitué des groupes armés. Ils se sont réuni sur la Place du 1er Novembre (ancienne place d’armes). A midi, les quartiers étaient envahis jusqu’à la Place Sébastopol.

« Ils ont marché sur le quartier d’Eckmühl.

« Nous sommes descendus en lançant des pierres, des bouteilles … Des territoriaux et des C.R.S. lançaient des bombes lacrymogènes. La sœur Aïcha Berrighi, en a reçu une sur le visage, son œil a été touché. Elle est borgne maintenant.

« Ils ont jeté sur nous des grenades. Un petit garçon de 11 ans qui guidait son père aveugle, a été abattu, sous nos yeux, par les territoriaux.

« Alors nous avons protégé les hommes, derrière nous, les femmes ».

Une autre militante, Mme Boutlilis, veuve d’un chahid, vieux compagnon de lutte du frère Ahmed Ben Bella. Réservée, un visage doux de lycéenne avec ses lunettes … et ce geste instinctif de se recouvrir la tête de son voile quand elle entend un pas dans le couloir.

« Nous étions dans le quartier El Hamri, Ras El Aïn – Deux sœurs sont passées aviser toutes les femmes dans notre bâtiment. Tout le monde était prêt à assurer la garde contre les hordes des ultras ».

Mme Boutlilis parle parfaitement le français. Les souvenirs lui semblent proches.

« Pendant huit jours, nous n’avons pas arrêté de pousser des you-yous et de chanter nos hymnes.

« Aujourd’hui, il arrive que pendant mes occupations, je sois submergée par cette vague de chants ».

Mme Guendouzi agite une main décorée de henné et interrompt pour rappeler :

« Il y avait une table en ciment dans la cour, j’ai tapé dessus comme sur une derbouqa en appelant les sœurs à descendre.

« Yamina, épouse Bou’Awd a brodé le premier drapeau dans le « batiment des moudjahidine » ainsi appelé parce que les combattants y venaient se réfugier depuis 1959 : c’était dans le quartier Terrade.

« Nous sommes toutes sorties sans hésitation. Pourtant ni les femmes, ni le peuple n’avaient rien dans les mains, alors que le moudjahid avait son fusil. Nous n’avions que notre décision de lutter jusqu’au bout contre le colonialisme. »

MANIFESTATION JUSQUE DANS LA PRISON

Madame Kheira Rebahi, mère d’un chahid, se trouvait dans le quartier d’Eckmühl ; elle a, comme de nombreuses femmes, fait du porte à porte pour appeler les sœurs et mères à sortir se faire entendre :

« Nos difficultés étaient grandes parce que nous étions cernées par les paras et les CRS ; cependant, nous avons manifeste sans arrêt dans nos zones interdites. Une jeune fille a même parcouru nos rues, montée sur un cheval, le drapeau flottant à son bras.

« Dans la Kasbah, la prison d’Oran entendant nos you-yous, les frères ont manifesté et sont même parvenus à défoncer un mur. Ils ont reçu aussi des bombes lacrymogènes et pendant huit jours, ils ont subi les représailles : aucune alimentation ; au contraire, ils ont été enfermés dans les cachots et les visites ont été interdiues ».

« Nous ne nous sommes pas arrêtées, nous avons continué à pousser des you-yous et à brûler les voitures qui s’approchaient de nous »

Mme Houria Messous est veuve de chahid. C’est une jeune femme brune d’une trentaine d’années, soigneusement maquillée et habillée. Elle évoque, elle, les manifestations à Tlemcen.

« Le 10 décembre, 35 Algériens ont été tués dans leurs magasins à Tlemcen, dans le quartier El Medrasse. Deux azebate jeunes adolescentes, moussebilate ont extrait des drapeaux dessous leurs djelabahs et l’ont brandi en chantant : Tah’ya al Djazair et Mine Djibalina. Des femmes sont venues les rejoindre et bientôt toute la population féminine les a rejointes malgré la présence de soldats qui faisaient barrage. Dans le même temps, 30 frères faisaient le mur de la prison, sur la terrasse de la sœur Fatma Bent Zitouni et prenaient le chemin du maquis de la « Sebkha ».

Du 10 au 15 décembre, des femmes ont inscrit des pages glorieuses à notre histoire.

Elles n’ont gardé aucune haine, aucune rancœur.

Madame Madalène m’a rappelé l’aide qu’elle a trouvé auprès de certains européens.

« Si j’avais de l’argent, ma petite, j’aiderai ce vieux commerçant de la rue de la Lyre qui a aujourd’hui un maigre étalage, parce qu’il n’a pas arrêté de nous fournir les tissus d’uniformes pour les moudjahidine.

Cette reconnaissance est une nouvelle preuve de la générosité de notre pays, celle des femmes algériennes qui, toutes, ont conclu :

« Ce n’est pas terminé puisque nous continuerons à nous battre pour qu’il y ait la justice pour chacun de nous ».

Malika O’LAHCEN.


(1) UGMVOC : Union Générale des Mères, Veuves et Orphelins de Chouhada.

(2) Aquiba : côte qui monte de la rue Belouizdad (ex Lyon) vers le marché de Belcourt.