Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dans Al-Alam Al-Ahmar, organe des travailleurs coloniaux édité par le Parti Communiste SFIC, n° 4 août 1926 ; suivi de « La protestation des ouvriers nord-africains de Paris contre la comédie de la Mosquée »

La semaine de publicité pour l’inauguration de la mosquée s’est terminée dans l’indifférence et sous le mépris des musulmans.
L’impérialisme francais a promené son sultan fantoche dans Paris et à travers la France.
Il a transporté son Moulay Joseph sur un cuirassé, il a embauché pour sa parade toute une escouade de caïds, d’aghas, de marabouts, suant la bêtise et la lâcheté.
Il organisa la réception à l’Hôtel de Ville ; là, le président du Conseil municipal, Godin, le même qui mena, il y a deux ans, d’ignobles attaques diffamatoires contre les « Sidis » et demanda l’instauration du bureau de commune mixte de la rue Lecomte, fit cyniquement un hypocrite discours où débordait la « sympathie » de la France envers ses sujets musulmans.
L’impérialisme français fit défiler son homme de paille dans la revue militariste du 14 Juillet. Là encore le monarque d’opéra-comique, suivi de son escorte, donna l’accolade aux assassins de ses frères arabes. Dans la mosquée, on lui fit dire devant des catins et des touriste un discours où on prostituait l’Islam, sans vergogne.
Le Parti communiste ne pouvait laisser passer de telles insultes sans réplique. Il organisa aussi une belle « réception » au sultan félon. Elle fut cinglante. La bourgeoisie s’indigna, mais les masses musulmanes furent vengées.
Certes, les communistes, tant indigènes que français, ne pouvaient tolérer, eux qui avaient plus de cinq cents des leurs embastillés dans les geôles de la IIIe République pour s’être élevés contre les massacres du Maroc et de Syrie, que les bourreaux des ouvriers et des paysans français et indigènes viennent, les mains encore souillées de sang, palabrer insolemment sur les cadavres de leurs victimes. Aussi Moulay Joseph, Primo de Rivera, les agents de l’impérialisme français en eurent pour leur grade.
Les élus communistes, le prolétariat de Paris, tant à l’Hôtel de Ville qu’au Palais-Bourbon et à la revue, leur ont signifié leur dégoût et leur colère.
Partout des milliers de coups de sifflet et des cris de révolte éclatèrent et couvrirent la musique et les paroles menteuses des esclavagistes. Le sultan ahuri en fut malade, il écourta sa randonnée. Primo, peureux et lâche, était escamoté pour que le spectacle de la fureur publique lui fut évite.
Que tous les traîtres indigènes se le disent.
Telle sera la réception qui sera réservée à tous ceux d’entre eux qui, sous le couvert de l’Islam, viendront faire commerce de leurs frères opprimés. Nous les châtierons sans merci, et nous sommes d’autant plus forts que sous avons la sympathie de la masse des musulmans nord-africains qui savent distinguer leurs alliés de leurs ennemis.
El Djazaïri.

La protestation des ouvriers nord-africains de Paris contre la comédie de la Mosquée
Pendant qu’impérialistes et traîtres indigènes s’unissaient et paradaient dans de grotesques cérémonies, les Musulmans révolutionnaires flétrissaient l’ignoble comédie dans un meeting grandiose, tenu à Paris, le 11 juillet, salle de la Grange-aux-Belles.
Plus de 1.500 Nord-Africains se pressèrent pour entendre les militants du Parti Communiste et pour protester contre l’assassinat de leurs frères du Maroc et de Syrie, et contre les crimes des colonialistes.
Là, point de sultans ni de généraux, point de caïds ni de poules de luxe, point de gouverneurs ni de marabouts ; seulement une foule de travailleurs musulmans enthousiasmés, seulement des révolutionnaires ardents et sincères.
Après que le bureau fut formé de travailleurs français et nord-africains, Hassen Issad vint en kabyle démontrer d’une manière saisissante de vérité dans quelle situation misérable était astreint à vivre le travailleur musulman en France. Les salaires avilis, les conditions de travail inhumaines, l’exploitation éhontée des usiniers et des marchands de sommeil, l’oppression barbare, étaient la récompense qu’octroyait le capitalisme à ses esclaves à la place des réformes qu’il leur avait promises lors du carnage de la grande guerre. Seules, l’organisation et la lutte à outrance, dit-il, pourraient améliorer cette situation.
Costes, secrétaire général de la Région parisienne, vint apporter le salut du Parti.
Longuement ovationné, il établit clairement la duplicité de l’impérialisme français dans sa politique musulmane. D’ailleurs, expliqua-t-il, chaque impérialisme européen veut s’approprier la puissance idéologique de l’Islam pour mieux asservir ses adeptes. Mais ceux-ci n’en sont pas dupes. Comme ils mirent en échec au Congrès du Califat la candidature du roi Fouad, l’homme de l’Angleterre, ils ne se laisseront pas prendre au grossier piège de la mosquée de Paris.
Les masses opprimées musulmanes, leur affirma-t-il, peuvent être sûres de la solidarité du prolétariat révolutionnaire français. La région parisienne du Parti Communiste, par ses élus, ses municipalités, sa presse et son action, combattra toutes les brimades auxquelles sont soumis les travailleurs Nord-Africains. Le Parti luttera plus que jamais contre les marchands de sommeil, les employeurs rapaces, les bureaux de police indigène, dits de « protection ».
L’Islam, termina Costes, ne s’est formé que dans l’action. Que tous les Musulmans se réveillent et s’organisent. Qu’ils adhèrent aux syndicats et aux partis révolutionnaires. Qu’ils lient leur mouvement à celui du prolétariat révolutionnaire de l’Europe. Et c’est seulement ainsi qu’ils pourront déjouer les manœuvres des impérialistes et assurer leur émancipation.
Ce fut une ovation générale lorsque Ben Lekhal, l’emprisonné de Mayence, récemment libéré de la prison de Tunis, où le tortionnaire Saint l’avait jeté parce qu’il avait osé enquêter sur le régime barbare que l’on avait instauré en Tunisie, monta à la tribune.
Il mit à jour toutes les fourberies des traîtres indigènes qui, sous le couvert de la religion, s’allient aux conquérants pour mieux asservir leurs frères de race. Abd El Krim, dit-il, peut être vaincu ; sa personnalité n’est qu’une unité relative. Les masses rifaines continuent la bataille.
Après que Hamida apporta à ce meeting le salut des martyrs tunisiens, et que Sebti salua ses frères musulmans au nom de l’ « Etoile Nord-Africaine », la séance fut levée sur un ordre du jour de lutte.
Que les impérialistes et leurs larbins se documentent.


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