Article de Marcelle Pommera paru dans L’Etudiant socialiste, 2e année, n° 4, janvier-février 1939 [publié à l’origine dans Idée et Action. Revue mensuelle du mouvement socialiste et syndical international, n° 4, novembre 1936]

N’est-ce point oiseux, quand les problèmes économiques et politiques actuels semblent suffire à nous angoisser et à retenir au maximum nos facultés d’attention et de compréhension, de nous attarder sur une question qui paraît d’exégèse ? Mais une maison n’est pas faite que des moellons et des poutrelles déposés à pied d’œuvre. Elle est, avant tout, la matérialisation dans l’espace d’un complexe de plans, de lignes, de volumes que l’architecte porte en tête. Sans idée directrice préalable, point de construction, si magnifiques que soient les matériaux, comme il n’est point de construction non plus, si l’idée ne peut se projeter dans le réel. Il y a, entre la pensée socialiste dans ses prolongements à longue échéance et les domaines particuliers de l’activité socialiste, une connexion nécessaire de même sorte. L’époque actuelle, aux remous économiques accentués et persistants, est le terrain d’éclosion propice aux idéologies et illusions technocratiques : le mouvement des technocrates en Amérique, le problème des « spets », si néfaste pour la Russie, l’importance que se donnent les « techniciens » en France, qui se croient au-dessus des classes. A des périodes plus stables, l’inverse se produisait, des « réformateurs sociaux » n’hésitaient pas, sur le papier, à bouleverser toute la marche de l’humanité et à lui prescrire son devenir.
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