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Les dockers d’Alger : “nous voulons un vote secret, des candidatures libres et un dépouillement public”

Articles parus dans Tribune algérienne, n° 19, mars 1979, p. 6-8

“Pour l’extension de la GSE à tous les secteurs d’activité” (photo publiée dans El Djeich, n° 192, mai 1979, p. 15)

Alors que le Gouvernement laborieusement et nouvellement mis en place s’apprête à frapper, à mettre au pas la classe ouvrière, la jeunesse et la paysannerie pauvre, s’apprête à appliquer ses plans meurtriers dictés par l’impérialisme et le FMI, la classe ouvrière algérienne par la voix des travailleurs des ports et docks se mobilise par la grève pour arracher ses revendications pour s’organiser de façon indépendante.

En mai 1977, les dockers du port d’Alger, se mettaient en grève, expulsaient de leurs AG les représentants de l’appareil d’Etat (Wali…) élisaient leur comité de grève, s’affrontaient violemment avec la police.

Février 1979 , le colonel Chadly replace Boumedienne à la tête de l’Etat, du gouvernement et du FLN. Chadly reprend, contre la classe ouvrière les mêmes armes que le défunt colonel ; remise en route du statut du travailleur qui augmente la durée du travail, retire les avantages acquis, interdit la grève, etc… ; renforcement de la gestion socialistes des entreprises (GSE) institution corporatiste, mis en place par le régime et soutenue (ils sont responsables de son application au niveau de l’UGTA) par les staliniens du PAGS.

Avant d’entamer la grève, les travailleurs du port tentent de régler par de multiples négociations, avec la direction du port, puis avec le ministère, les problèmes laissés en suspens après la grève de 1977 : statut, horaires, primes, etc… c’est une fin de non recevoir.

Premier mars, ils se mettent en grève, élisent leur comité, chassent les représentants de l’ATU (Assemblée des travailleurs de l’Unité, structure de base de la GSE qui “rassemble” les “travailleurs” et les patrons !).

TOUS SERONT LA CIBLE CENTRALE DE L’ASSEMBLEE GENERALE DES TRAVAILLEURS.

– La direction du port “ce sont des bureaucrates corrompus qui s’en mettent plein les poches… puis quittent leur poste.” “Que ces gens-là soient jugés s’il y a une justice et le socialisme dans ce pays !”

Les représentants du ministère et leur statut du travailleur : “Ils nous ont forcés à nous mettre en grève !” (l.a grève est interdite)

Les représentants de l’ATE : “l’ATE ne nous représente pas, ne nous
défend pas… nous voulons des représentants élus, des candidatures libres, un vote à bulletin secret, un dépouillement public ! nous exigeons de nouvelles élections avant le 10 mars !”

– les responsables syndicaux (le secrétaire général de l’UGTA – DEMENE et le secrétaire de la Fédération) : “Nous exigeons qu’ils signent le procès-verbal de cette réunion… et le procès verbal du conflit qui l’oppose à la direction !” Demene et le fédéral s’exécutent.

Les travailleurs qui ont fait ces interventions ont été acclamés par l’A.G. qui les a élus au “comité provisoire”. “Ceux” de l’ATE ne se sont pas présentés.

Les dockers ont imposé la grève, “déposé” les soi-disant représentants des travailleurs (les membres de l’ATE) ont élus leurs représentants, ont acculé les responsables de l’UGTA à signer le procès verbal de l’AG, à signer le cahier de revendications.

Ce mouvement, c’est l’expression concrète du combat des travailleurs algériens pour se doter d’une organisation syndicale indépendante par rapport à l’appareil d’Etat et au parti bourgeois FLN.

C’est le combat pour l’indépendance du prolétariat algérien tel que l’expriment les militants de Tribune à travers le mot d’ordre du congrès extraordinaire et démocratique de l’UGTA

BRAHIM.


LETTRE D’UNE FEMME TRAVAILLEUSE

La conférence nationale des femmes travailleuses va se tenir le 19 et 20 Mars 1979. Elle a été précédée de plusieurs rencontres préparatoires qui ont donné lieu à de multiples interventions et revendications de la part des travailleuses, revendications élémentaires syndicales, dans un cadre que l’on avait tenté de “rigidifier” : celui de la discussion de la GSE dans les secteurs où elle est appliquée et de son éventuelle application dans d’autres.

Cependant les travailleurs ont largement débordé ce cadre et ont fait des différentes rencontres (qui se sont multipliées à une allure de trois par semaine pour Alger !) une véritable tribune où elles ont posé des problèmes non seulement de travailleurs mais aussi de citoyennes et de défense et de respect des droits les plus élémentaires. Au plan matériel signalons les revendications les plus remarquables :

– élaboration d’un budget familial type qui obligatoirement doit entraîner l’augmentation du salaire minimum jugé très nettement insuffisant considérant le coût de la vie. Les salaires doivent tenir compte de l’augmentation galopante du coût des denrées alimentaires notamment. Le scandale des loyers : chez les enseignants, quand ils arrivent après mille peines à décrocher un logement le loyer s’élève de 888 dinars à 1050 DA. Ce qui est inabordable.

Demandons que le loyer soit l’équivalent de 10% du traitement.

scandale des caisses de sécurité sociale : Les lois de finances passées ont permis au gouvernement d’effectuer des financements sur le dos de la sécurité sociale. Le ministère des finances ayant demandé récemment à ce que les fonds des caisses soient débloquées à son complet profit, les travailleuses ont réagit violemment en envoyant motions et délégations à la fédération syndicale de la santé, spécifiant que ces fonds devaient être utilisés au bénéfice des travailleurs eux-mêmes, par la construction des crèches, de centres de vacances en montagne pour les enfants, de centres pour handicapés, de centres, d’accueil pour mères-célibataires etc…

Au plan de la défense élémentaire du citoyen , les travailleuses ont publiquement dénoncé à propos des établissements, hôtels ALTOUR – l’arbitraire policier, le chantage, l’encouragement à la délation, effectuées avec la complicité des services de police et de la gendarmerie.

Elles ont dénoncé l’attente aux libertés fondamentales constituées par le détention, l’emprisonnement de certaines travailleuses avec sévices physiques.

L’Assemblée générale du séminaire d’Alger a dénoncé les abus dont sont victimes les travailleurs d’une manière générale et a demandé le respect du droit des citoyens et l’exercice plein et entier du droit syndical.

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