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Retour sur “La Fabrique du Musulman”

Un entretien inédit au sujet de mon premier ouvrage, La Fabrique du Musulman (Libertalia, 2017), vient d’être publié par La Révolution prolétarienne, n° 810, septembre 2020, p. 7-10.

En voici les premières lignes :

Cette interview de notre camarade Nedjib Sidi Moussa, réalisée au cours de l’été 2017, n’a jamais été publiée. Elle faisait suite à la sortie de son livre La Fabrique du Musulman, dont nous avions publié les bonnes feuilles dans le n° 797 de La RP, et complète l’entretien que nous avions nous-mêmes publiés dans le n° 799. [NDLR]


La Fabrique du Musulman, dénonce une « double assignation » à être musulman, subie par une partie de la population. D’une part, venant de l’État et d’institutions souvent discriminatoires de fait ; d’autre part, venant de groupes qui veulent lutter contre ces discriminations. En quoi consiste cette double assignation ?

Nedjib Sidi Moussa : Il s’agit moins de dénoncer que de comprendre un processus dans lequel nous sommes tous pris, et bien souvent à notre corps défendant. C’est celui de la « Fabrique du Musulman » que j’analyse dans mon essai politique et qui consiste en l’émergence d’une sorte de caste, de groupe social aux contours flous, d’une nouvelle figure : le Musulman avec un « M » majuscule qui n’est pas nécessairement croyant ou pratiquant mais qui est renvoyé à un statut ou une identité dont il ne se réclame pas forcément. Afin de ne pas rester prisonnier des schémas issus de l’Algérie colonisée, je me réfère à la nationalité musulmane dans l’ex-Yougoslavie. En France, l’Etat est un acteur important dans cette fabrique, avec la création du CFCM (Conseil français du culte musulman) et la recherche d’interlocuteurs religieux « modérés ». Mais il y a aussi cette « droite de la droite » obsédée par l’islam, qui exprime sa xénophobie à travers une grille de lecture confessionnelle ou civilisationnelle.

Sans oublier les fractions de la « gauche de la gauche » qui, en réponse aux discours ou pratiques d’exclusion, se sont engagées avec enthousiasme dans la lutte contre l’« islamophobie », en défendant les musulmans en tant que tels voire en s’alliant à des groupes islamistes pour dénoncer les mesures d’exception. Cela conduit ces courants qui peuvent avoir des positions correctes sur la dérégulation du marché du travail à abandonner de fait toute perspective politique qui articulerait anticapitalisme, antiracisme et anticléricalisme. (…)


La Révolution prolétarienne est une revue trimestrielle disponible sur abonnement ainsi que dans certaines librairies comme à Paris (La Brèche, PublicoQuilombo) ou Marseille (TransitL’Odeur du temps et L’Hydre aux mille têtes).

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