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Incidents à Vénissieux : « Où sont vos éducateurs ? »

Article signé A. B. paru dans Sans Frontière, n° 31, spécial juillet-août 1981, p. 9

Une voiture brûlée à Venissieux le 10 juillet 1981. (NOVOVITCH / AFP) Source

Dimanche 12 juillet, le poste de police qui avait été installé en catastrophe, la veille, en plein quartier a disparu. En début de soirée, un car de CRS qui patrouille dans la ZUP, s’arrête près du quartier Monmousseau et des CRS montent pour vérifier les identités. Ils embarquent deux jeunes qui n’avaient pas sur eux leurs papiers et les conduisent dans un coin sombre, près du cimetière. Après leur avoir flanqué une paire de claques, ils les relâchent. Mesquin. « C’est l’alcool qui m’a frappé » dira l’un d’eux.

Entre temps au quartier, tous les jeunes ont mis les baskets. Quand des cars repassent à proximité, lentement en faisant ronfler les moteurs, ils deviennent une cible : jets de pierres et de bouteilles sans riposte immédiate. Vers 23h30, la marchande de glaces vient installer sa camionnette au milieu du parking : le calme est apparent jusqu’à minuit quand deux fourgons de police arrivent et que des flics commencent à courser dans le quartier des jeunes qui vont se planquer. A minuit et quart, arrive sur place le chef du cabinet du préfet de police qui commence à discuter avec les jeunes, et à expliquer que psychologiquement, c’est très traumatisant les voitures qui brûlent. « D’ailleurs, où sont vos éducateurs ? ».

Explications, la Maison des Jeunes c’est une grotte, les boîtes de nuit refusent les teints basanés, des policiers insultent et provoquent. Pour cette nuit la tension redescend. Et le soir du 14 juillet, nouveaux incidents dans un autre quartier de la ZUP de Vénissieux à la suite d’interpellations pour vérifications d’identité. La presse locale avait exagéré, et les journalistes qui étaient venus voir « Brixton en France » seront déçus.

« De toutes façons, dira un jeune, tant qu’il n’y aura pas de travail, et qu’on se fera insulter, il n’y a pas de raison que ça cesse. On est des sales pions sur un mauvais échiquier ». Par l’arrêt des expulsions, le nouveau gouvernement a marqué sa volonté politique d’intégrer les « jeunes immigrés ». Reste à dénoncer le mélange chronique de racisme, de chômage et d’ennui.

A.B.

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