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Mélange : ronronner diesel ou chevaucher le tigre

Article paru dans Nous voulons tout !, n° 11, hiver 1984, p. 20

Décembre 83 – décembre 84 un an jour pour jour, deux manifestations par une même composante de la société à la recherche d’une identité politique.

On se souvient, l’année dernière, les beurs avaient été reçus à l’Elysée ; on leur avait promis monts et merveilles.

Or, un an après qu’en est-il ? Le retour des beurs sur le pavé de la capitale tend à prouver que les espoirs suscités par la marche n’ont guère été suivis d’effets.

Mitterrand, à l’époque avait jugé bon de légitimer cette action en recevant une délégation de marcheurs ; de nouvelles associations avaient vu le jour dans la plus part des grandes cités, bref, décembre 83 aurait pu apparaître comme la fin du calvaire pour les jeunes immigrés tués comme des lapins, ou passés « à tabac » dans les commissariats.

Aujourd’hui les perspectives de lutte sont largement hypothéquées par la faillite de cette opération de médiation avec les institutions. D’autre part la lente maturation politique de la « seconde génération » a fait apparaître deux positions pratiquement opposées ; entre les partisans de l’auto-organisation de la communauté, et ceux qui ne voient là qu’un « repli sur soi « et préconisent l’ouverture vers une représentation de type syndical.

En 1983 il s’agissait de se faire connaître comme entité spécifique de la société française. En 1984 il s’agit de militer pour une « France multi-raciale ».

On le voit le programme, même imparfaitement formulé, est de taille, et ceci d’autant plus que force est de constater que, sur le plan politique la précédente marche n’a pas satisfait les espoirs qu’elle portait.

A l’époque on avait cru voir là le point de départ historique pour une véritable intégration de la composante immigrée dans la société française. Serge July (cette crapule !) allait même jusqu’à envisager cette intégration sous un aspect « commerce extérieur » parlant en substance de potentiels émissaires de l’industrie nationale, dans les pays arabes.

Que d’enthousiasmes qui furent à la mesure des déconvenues !

L’illusion à fait long feu ; un an après la France socialiste est toujours celle des la chasse aux clandestins et des bavures « ciblées ».

La fin du « regroupement familial est là pour caractériser la teneur de cette fameuse « nouvelle politique de l’immigration ». Il est clair que, pour promouvoir leur politique de division du prolétariat immigré, les socialistes ont besoin d’interlocuteurs au sein de cette communauté. La reconduction de l’initiative de la marche, dans sa version « Convergence 84 », risque fort de n’être qu’une tentative pour reconduire l’espoir perdu d’un représentation syndicale et corporatiste de la population immigrée « intégrable » ; cette alliance stupide se ferait sur le dos de la masse des expulsables…

La présence policière accrue dans les ghettos, et l’ensemble des mesures prises concernant les immigrés, sont là pour nous le démontrer, s’il le faut.

L’affaire Toumi illustre fort bien le paradoxe de toute tentative de collaboration entre les beurs et l’État ; après avoir été le héros d’un jour reçu par le président, il se retrouve avec 15 mois de taule pour vol qualifié, une peine exceptionnellement lourde.

Si « Convergence 84 » ne réussit pas à poser les jalons pour que se dégage une identité politique propre à la « seconde génération » cette initiative risque fort de n’être qu’un échec de plus ou que la reconduction de la énième tentative de récupération. La réponse à ce dilemme ne saurait venir que des ghettos immigrés de la métropole, dont, soit dit en passant, certain avaient carrément boudé la marche de 83.

Sans doute le mouvement des jeunes immigrés, pour sa véritable prise en compte, devra encore casser quelques dents de commissaires de police …

Tevi Kléba et Tevi Chétor

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