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Jean Cotereau : Socialisme et cléricalisme en 1946

Article de Jean Cotereau paru dans La Pensée socialiste, n° 6, juillet 1946, p. 20-23

LE but du socialisme est la libération de l’homme. Libération économique mais aussi intellectuelle. Ce but s’accommode de tout idéal philosophique et religieux. A deux conditions toutefois : d’abord, que cet idéal ne mette pas en cause l’opportunité de cette libération, en prétendant par exemple qu’elle est contraire aux desseins d’une Providence, que la destinée de l’homme est de gagner le bonheur du ciel par sa résignation devant ses épreuves terrestres, ensuite que cet idéal ne jette pas l’anathème comme entaché de perversité à un quelconque autre idéal.

Si donc le socialisme est compatible avec bien des formes du christianisme, il ne l’est pas avec sa forme la plus outrancière qui est le cléricalisme romain. Celui-ci ne classe-t-il pas notre doctrine parmi ces monstres effroyables qui sont la honte de la Société et qui menacent d’être sa mort (Léon XIII, Encyclique Diuturnum, 1881).

D’ailleurs, à quoi nous servirait-il de préparer l’émancipation sociale de l’homme, si demain, un prolétariat émasculé, dépouillé de tout esprit revendicatif opposait à nos consignes de progrès une sou- mission totale à l’ordre établi, c’est-à-dire au régime capitaliste ?

Ce n’est pas par hasard que la bourgeoisie, hier voltairienne, a suscité de son sein une série de philosophies mystiques destinées à mettre en échec le rationalisme et le marxisme. Les théories de Bergson sont à l’origine tant du renouveau religieux que des fascismes contemporains et c’est en connaissance de cause qu’en 1941 les vichyssois et les nazis se sont associés aux funérailles du grand sophiste, encore qu’israélite.

Renouveau religieux et fascismes sont, à la lumière du matérialisme historique, la double réaction de la bourgeoisie capitaliste contre les progrès du socialisme. Les puissants de ce monde, pris de peur, se sont hâtés – assez maladroitement, mais deux sûretés valent mieux qu’une – de jouer les deux cartes. Tantôt l’une, tantôt l’autre, souvent les deux à la fois. Nous savons aujourd’hui que l’une d’elles, la carte fasciste, s’est avérée mauvaise carte. Au point de l’histoire, où nous en sommes, il aurait été bien extraordinaire que les deux courants, lâchés par les mêmes hommes, n’aient pas quelque peu mêlé leurs eaux. Contre le « communisme athée », ennemi public n° 1, le Vatican n’a pas hésité, même après certaines condamnations théoriques, à favoriser l’installation au pouvoir de Mussolini et de Hitler. S’il les a contre-battus ultérieurement, surtout le second, c’est que le catholicisme et le nazisme constituent deux doctrines totalitaires prétendant l’une et l’autre à la mise en tutelle des hommes et tout d’abord, à la direction de l’enfance. Par contre les Papes ont béni à plusieurs reprises, et ne pouvaient que bénir, les fascismes cléricaux de Dollfus, de Salazar et de Franco.

Tout cet exposé, je le sais, mériterait d’être étayé de preuves et de citations. Mais la place me manque de les donner et, notre but est seulement dans cet article de dégager la tactique du cléricalisme français, tactique qu’il faut bien inclure, si on veut la faire comprendre, dans un jeu international.

En France, c’est un fait reconnu depuis 1789 que les armées réactionnaires se recrutent principalement dans les milieux cléricaux. L’existence, incontestable, tant de catholiques sociaux que de réactionnaires anticléricaux n’est qu’une exception qui vient confirmer la règle. Aux hommes du 6 février, très sympathisants à l’Eglise, nous devons la première entrée dans un gouvernement du futur chef de l’Etat français, Si, dans le ministère Doumergue, celui-ci n’eut que la mission, comme ministre de la guerre, de saboter la défense nationale, il a déclaré lui-même qu’il eût préféré devenir Ministre de l’Education Nationale, nous comprenons dans quel but.

Quoi qu’il en soit, le coup avorté en 1934, après la grande peur des bien pensants en 1936, fut plus savamment préparé et réussit pleinement en 1940. A la faveur – mais qu’importait ? – de la défaite et de l’invasion.

Qui est dès lors porté au pouvoir ? Pétain. Mais encore ? Le fascisme, Ce mot recouvre bien des choses. Donnons-lui un nom plus précis. C’est le vieux cléricalisme. De multiples citations du journal catholique La Croix, que j’ai reproduites ailleurs (1), en témoignent formellement. La devise du Maréchal, son programme tout entier sont proclamés dès le début d’inspiration purement chrétienne, par Mgr Felter, archevêque de Bordeaux (25 juin 1940), par François Veuillot (19 juillet). Le fameux cardinal Gerlier et le R. P. Léon Merklen, rédacteur en chef de La Croix se réjouissent en plein accord de la concordance entre l’inspiration de Pétain et celle des Encycliques Pontificales (20 mars, 17 juillet, 24 aout 1941). C’est l’heure des catholiques, proclame encore un prédicateur officiel le 6 avril 1913. L’œuvre de Vichy justifie cet enthousiasme ; rentrée de Dieu à l’école laïque, subventions aux écoles libres, restitution à l’Eglise des biens spoliés, rentrée officielle des congrégations, mesure contre le divorce, persécutions contre la Franc-Maçonnerie, la Ligue de l’Enseignement, et autres œuvres laïques. Par échange de bons procédés, le haut clergé et la Croix approuvent la politique de collaboration (Mgr Baudrillart, 22-11-1940, Mgr Dutoit, évêque d’Arras, 16-2-41, etc…) appuient la politique de la relève (Dr Pierre Mauriac, 6-11-42) et même, malgré quelques réserves, des déportations en Allemagne (Mgr Martin, évoque du Puy, 26 mars 1943). Le R.P. Léon Merklen légitime les peines de mort édictées contre les communistes, (9-9-41). L’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France réprouve officiellement toute la presse clandestine catholique (4-10-43). Quant au Maréchal, on ne se borne pas à pratiquer envers lui la politique de loyalisme traditionnelle, on le célèbre, on l’encense, on le compare à Jeanne d’Are, à Jésus-Christ et à l’Etoile des Mages.

Ce qui gouverne la France, autant que le permet l’occupant, c’est le haut clergé français.

Mais la situation va évoluer, la victoire changer de camp. L’Ordre nouveau va-t-il durer ? Des inquiétudes se font jour. Peu à peu l’enthousiasme baisse. Certes l’Eglise officielle reste fidèle jusqu’au bout au gouvernement légitime. Cependant, malgré les censures, la subtilité des casuistes prépare de nouvelles positions.

Des espoirs ont été déçus. Dans l’équipe vichyssoise, d’abord toute cléricale, des éléments nouveaux se sont introduits, mécréants et pro-nazis. Des journaux de la zone nord raillent les bondieuseries à la mode : Le monde nouveau, dit l’un d’eux que l’on cite avec horreur, (23-6-1943) ne se bâtira pas au bruit des ciboires entrechoqués et au rythme des encensoirs harmonieusement balancés. Décidément, c’est la faillite, haut clergé et la Croix approuvent la politique de col[laboration.] Un article de la Revue Universelle avoue que par suite de la guerre la Révolution nationale n’est pas faite. Pétain lui-même le reconnait et la Croix est de cet avis (1-12-1943).

Une inquiétude se fait jour. On rappelle avec intention l’échec d’une « tentative de rechristianisation du pays misant sur l’appui d’un pouvoir par ailleurs impopulaire et incroyant ». Certes il s’agit de Charles X, mais on sait lire entre les lignes (13-10-43). Ne va-t-on pas faire payer à l’Eglise ses compromissions avec un gouvernement déconsidéré ? On se hâte de protester qu’il n’y a pas eu « inféodation », mais seulement « loyalisme ». On souligne que la religion n’a bénéficié d’aucun privilège ; on lui a reconnu ses droits stricts ; « elle rentre tout simplement chez elle comme une mère » (24-8-1942). Cependant « les catholiques de France s’inquiètent de savoir quels seront demain les rapports de l’Eglise et de l’Etat » (8-2-1944). Ils se demandent « quel sera notre 71 », c’est-à-dire quelle nouvelle Commune avec ses horreurs et ses impiétés (14-2-1944). « Comment va-t-on canaliser dans un sens bienfaisant le cours de l’histoire ? »

Le R. P. Léon Merklen lui-même se charge de répondre à cette question (22-6-1944). Il n’hésite pas à condamner ce cléricalisme spectaculaire dont son journal publiait les fastes deux années auparavant. Il déplore « les bévues parfois irréparables d’excellentes personnes bien pensantes incapables de concevoir la conciliation de l’Eglise et de l’Etat autrement que sous forme de manifestations quelquefois tapageuses et souvent indiscrètes. » Le prêtre « partisan » donne ainsi des armes aux adversaires du régime… qu’il patronne. Certes le R. P. a peine à croire « à une reprise de l’anticléricalisme ». Mais il faut penser à « déjouer les plans d’adversaires tendancieux… » Et notez bien la conclusion :

« L’anticléricalisme ne sera pas à redouter si le prêtre s’efforce de participer au sort de ses compatriotes les plus infortunés… s’il développe les messages sociaux de l’Eglise. Les prêtres doivent dépenser la plus grande partie de leur force et de leur activité pour regagner les masses ouvrières. Ces consignes… observées, l’anticléricalisme, radical et hourgeois dans ses origines ne pourra plus pénétrer les masses. »

Ainsi l’Eglise va tenter de faire jouer les préventions de certains marxistes contre un anticléricalisme qu’ils accusent d’être une tactique de diversion de la bourgeoisie pour détourner les esprits des réformes sociales. Préventions dangereuses contre lesquelles proteste victorieusement l’attitude de Jaurès au temps du ministère Combes. L’Eglise va également tenter de duper la classe ouvrière par une affectation de sollicitude à son égard.

Que les socialistes ne se laissent pas aveugler. Le cléricalisme n’a pas renoncé à ses prétentions :

« Demain comme hier, dit la Croix, l’Eglise aura son mot à dire… Aussi m’est il difficile de comprendre la peur qui fait trembler certains catholiques devant les incertitudes de demain… » (13-12-1943).

Ils doivent pourtant bien savoir que l’Eglise se ralliera à tout gouvernement, autocratique ou démocratique, pourvu qu’il pourvoie au « bien commun » et « respecte la philosophie chrétienne » (10-4-43). Elle n’y met que les conditions suivantes : L’Etat doit vis-à-vis de l’Eglise :

« 1° S’abstenir de toute persécution. 2e Ne point mettre le prestige de l’Etat au service de l’erreur et du mensonge. 3° Au moins, rendre le divorce malaisé. 4e Combattre l’immoralité (en particulier au cinéma). 5° S’inspirer le plus possible sur le plan social des doctrines de l’Eglise » (8-2-54).

Pas si anodin que cela, pour qui comprend le sens des mots ! D’ailleurs, est-il précisé plus loin :

« Il est d’une justice élémentaire que la société, comme telle, s’incline devant le nom de Dieu, rende hommage à son autorité. Mais le droit des athées ? Et le droit des anormaux ? Allons-nous tenir compte de toutes les inversions intellectuelles et morales pour organiser la cité ? » (20 1-1944).

Nous voila dûment avertis. Le règne de l’Eglise sera celui de l’intolérance, l’interdiction de la liberté de pensée.

Précisons encore un peu plus :

« L’ordre nouveau naîtra un jour. Nous voulons, nous, catholiques, qu’il se bâtisse sur ces principes qui nous sont plus chers que la vie : la justice et la liberté » (4-12-1943).

« Si on accepte de dire que la Révolution Nationale n’est pas faite ce doit être pour signifier que la doctrine de rénovation définie par les messages du chef de l’Etat… reste la ressource de l’avenir » (8-12-1943) :

Ordre nouveau, révolution nationale, doctrine du Chef de l’Etat… : avant même la chute de Pétain, c’est le régime de Pétain que veulent restaurer un jour nos cléricaux !

Mais comment y parvenir? Nous sommes en 1943-44. L’heure est à la résistance. Or, malgré tous les désaveux officiels, il y a des résistants catholiques, incontestables, incontestés. On les utilisera. Ils sont aussi des catholiques, je devrais dire ils le sont d’abord. Comme l’a révélé Bayet, dans un cas particulier, ils restent soumis à la hiérarchie, ils vont prendre des consignes même auprès de leurs chefs les plus compromis, le cardinal Suhard par exemple. Le jour venu, ils feront leur jeu.

Or la libération intervient. Le haut clergé, fidèle à la tactique si commode de l’Eglise, se rallie au nouveau gouvernement légitime. Mgr Marmottin, archevêque de Reims devait présider une messe « en mémoire des combattants de la L.V.F., morts pour la France et la civilisation ». Le 26 août 1944 ! Mais sa ville est libérée ? Eh bien, il dira sa messe pour les F.F.I. morts au champ d’honneur. En un tournemain, les prélats sont réhabilités ; ils sont au-dessus des lois, au-dessus même de la patrie. La Croix, authentiquement collaboratrice, prouvera qu’elle a mérité d’être citée à l’ordre de la Résistance. Les catholiques vichyssois seront blanchis par les autres : ils sont leurs frères en Jésus Christ, et M. Pierre Mauriac champion de la relève (6-11-42) celui, de chair, de l’autre Mauriac. Le bloc catholique pourra se faire entre les pétainistes blanchis, conservés à leurs droits électoraux et les gaullistes candidats, ceux-là votant pour ceux-ci, ceux-ci dédouanant ceux-là.

Mais comment se fera t-il ? On a qualifié le M.R.P. de parti champignon, poussé en une nuit de pluie. Mais, fût-elle d’eau bénite, la pluie ne fait pas de miracle. Le champignon que l’on voit naître a des parties souterraines, bien plus anciennes. Des 1936, le grand parti clérical existait déjà, dans les desseins non seulement de Dieu, mais même de ses serviteurs terrestres. Ecoutez plutôt l’un d’entre eux : le chanoine Thellier de Poncheville (26-5-1936). Le front populaire vient de triompher :

« Elus en plus grand nombre, écrit le chanoine, nos amis n’auraient pas laissé au parti S.F.I.O., l’avantage de réaliser plusieurs réformes dont nous pouvions aussi bien être les promoteurs. Mais il va le faire à son profit. Et après avoir consolidé sa situation gouvernementale, il sera plus à l’aise pour appliquer d’autres articles de son programme où nous eussions pu le contrebattre efficacement si notre équipe avait été assez puissante au Parlement et notre influence plus profonde dans le pays… Malgré ces fautes, ne perdons pas espoir. Montrons-nous les plus empressés et les plus aptes à donner à notre peuple son pain et les élections seront meilleures dans quatre ans… »

Quatre ans plus tard, les « meilleures » élections n’avaient pas lieu, mais quelque chose de « meilleur » encore : la « divine surprise » qui parut un moment devoir rendre inutiles toutes ces manœuvres d’approche. Pourtant, pendant que le même chanoine célébrait la réconciliation franco-allemande « sur l’esplanade de Lourdes », dès 1940, des catholiques résistants : F. Gay, Francis Drui André Colin, etc., jetaient les bases d’un Mouvement sous le couvert des « jardins ouvriers ». C’est celui qui jaillira en 1945. Son programme celui même du chanoine Thellier de Poncheville :

1° Prendre à son compte « plusieurs réformes » du programme S.F.I.O. (réformes dont l’ensemble était devenu le programme du C.N.R.).

2° Fort du prestige acquis de ce fait, contrebattre d’autres articles de ce même programme socialiste : ce qui y était laïque et marxiste.

Pourvu de troupes et d’un programme, le Mouvement Républicain Populaire allait remporter sa grande victoire qui lui a permis de s’intégrer dans le Char de l’Etat pour y jouer le rôle de frein, pour y « contrebattre », au profit du capitalisme, les divers projets socialistes tout en s’y proclamant acquis.

Les dernières élections prouvent que le jeu continue. Au lieu de se rétrécit, le M.R.P. s’est élargi, tout simplement parce que l’Eglise, contre le P.R.L., trop voyant, continue à le patronner, jusqu’à obliger par endroits le P.R.L. en question de lui laisser le champ libre.

La faillite de 1944 est donc en passe d’être réparée. La tactique élaborée en 1936, un moment troublée, est reprise. Mais l’ordre nouveau de 1941, encore que prématuré à l’époque, reste un modèle. une nostalgie, une position de départ incomplètement perdue. Le but est d’y revenir, d’instaurer un paternalisme autoritaire auquel il ne restera qu’à réhabiliter le précurseur, méconnu et quasi martyr.

Déjà le programme de Bayeux en représente une anticipation ; celui du M.R.P., une étape. Par exemple, la deuxième chambre qu’il réclame à cor et à cris, j’en découvre la première ébauche (Croix du 29-7-1942) dans ce projet de « Sénat à caractère largement corporatif » envisagé il y a quarante ans, à Paris, « pour corriger l’influence de la Chambre élue au suffrage universel », par « un Comité privé composé de juristes et d’autres personnalités catholiques » pour l’étude d’une nouvelle constitution. Or il s’agit – et l’on s’en vante – d’une idée réalisée ultérieurement par « L’Italie fasciste », le Portugal et l’Espagne. Ce que veulent donc nos cléricaux, c’est nous ramener à un système politique conçu par eux au début de ce siècle et mis en œuvre par les régimes totalitaires latins. Mais c’est toujours l’ordre nouveau, la révolution nationale.

Leur fidélité à celle-ci, ces Messieurs n’éprouvent même plus le besoin de s’en cacher. Devenus forts, ils rejettent le masque, rompent avec l’équivoque « Résistance ». Voici en effet ce que nous lisons dans une brochure de la Procure Générale du Clergé : « Karl Marx ou Jésus-Christ. Dix prêtres répondent à Pierre Hervé. »

1° La France a salué en Pétain, en 1940, « l’un des grands vainqueurs de 1918 », « d’une gloire jusque-là incontestée » qui venait lui épargner de plus grands désastres, mettre « un peu d’ordre… dans le chaos de l’exode ». Il était investi d’une « légitimité de fait » que l’Eglise « a reconnue et proclamée. Elle n’a nullement à en rougir… Une fois reconnue cette autorité, l’Eglise entourera jusqu’au bout de respect celui qui l’exerce. »

2° « Nos évêques ont bien fait, d’accord avec le Chef de l’Etat, d’avoir brisé avec certaines traditions soi-disant « républicaines » ; nous devons les en glorifier « avec le monde entier ». Où a-t-on pris en effet que « républicain » s’identifie avec « laïque » et « athée ».

3° L’Eglise n’a pu souscrire aux « conseils et ordres de résistance à outrance (donnés par la Radio de Londres), qui, s’ils avaient été exécutés auraient transformé la France entière en un vaste Oradour. » Elle n’a pu approuver « la vie de milliers de jeunes gens vivant sans toit ni loi dans certains maquis dont les chefs, communistes ou autres, pour être d’une intrépidité magnifique, n’étaient pas pour autant des éducateurs accomplis. » Elle estime « immoral qu’on attribue la qualité de héros » aux auteurs d’attentats.

4° En ce qui concerne l’épuration, il fallait « tenir compte de la complexité inouïe des cas de conscience qui se sont posés aux Français sous l’occupation. »

Ainsi donc, et j’abrège, deux ans après la libération, l’église renonce à son camouflage. Elle s’affirme identique à ce qu’elle était en 1940. Elle proclame son rêve d’un retour au pétainisme, maintenant que l’hypothèque allemande est levée. la concurrence nazie liquidée.

La démonstration me paraît irréfutable. Nous assistons au déroulement d’un complot international contre la démocratie et le socialisme. Le capitalisme mondial avait misé sur le nazisme. Celui-ci a été victime de sa hâte et de ses excès. Un nouveau fascisme se présente comme sauveur du capitalisme ; le fascisme clérical. En réalité, il a mené astucieusement sa partie discrète pendant le déchaînement de l’autre. De celui-ci restent en place des sortes de pierre d’attente, l’Espagne et le Portugal pour l’édification de celui-là. D’urgence, çà et là, on construit de nouvelles bases aux nouveaux partis soi-disant « populaires » ou soi-disant « chrétiens sociaux » : voir Belgique, Allemagne, Autriche et Italie. Le capitalisme anglo-saxon réalise avec le Vatican un étrange bloc chrétien contre le marxisme athée. Nous assistons à l’explosion d’une nouvelle maladie, longtemps secrète, qui avait couvé à l’abri d’une autre plus aiguë, plus spectaculaire. Le cancer caché par la peste ! Nous étions quelques-uns à peine, à le dénoncer avant guerre. On nous prenait pour des radoteurs. Je pense que maintenant les plus aveugles oseront voir. Une fois de plus, le cléricalisme, généralement si longanime, se sera compromis par des impatiences soudaines, des départs prématurés. Il nous donne le temps de nous ressaisir, de pourvoir à la défense de nos libertés menacées. Mais il faut que les laïques, les démocrates, les marxistes, las d’être dupes ou complices, se hâtent de faire barrage. Bientôt il serait trop tard !


(1) « L’Eglise a-t-elle collaboré » ? par J. Cotereau, ouvrage compose uniquement de citations du journal « La Croix » de 1940 à 1944, 48 pages : 20 francs. On peut commander à l’auteur en s’adressant à la « Pensée Socialiste » qui transmettra.

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