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Yves Dechézelles et Lucien Weitz : Les résultats du référendum du 10 octobre en Algérie

Articles d’Yves Dechézelles et de Lucien Weitz parus dans La Pensée socialiste, n° 9, octobre 1946, p. 19-22

Les réformes ne peuvent plus attendre

Les résultats du référendum en Algérie démontrent qu’une évolution extrêmement rapide s’y est produite depuis le 5 mai dernier.

Alors qu’à cette date, 175.000 suffrages s’étaient prononcés en faveur du premier projet de constitution, cette fois-ci, on ne retrouve plus que 118.000 « oui ». Par contre, les « non », au nombre de 189.000, ont augmenté de plusieurs milliers.

Il est exact que, comme l’ont indiqué plusieurs organes de la presse bourgeoise – dont Le Monde – les électeurs algériens avaient obéi jusqu’alors à des préoccupations identiques à celles qui avaient guidé les électeurs de la métropole.

Mais où nous ne sommes plus du tout d’accord avec Le Monde, c’est sur l’explication qui est donnée du phénomène qui s’est accompli depuis quelques mois en Algérie. Si l’on en croit le nouveau « Temps », les Européens d’outre-méditerranée auraient été effrayés par l’audace réformatrice des deux Constituantes, et par le texte concernant l’Union Française qui a finalement été adopté.

Pour qui connaît la nature de ce texte une telle opinion, prétendument objective, a de quoi faire sourire. En réalité, l’aggravation du malaise algérien procède essentiellement du contraste qui existe entre les espérance nées depuis la Libération dans les masses musulmanes, et l’immense déception qui y est résultée du sentiment de l’impuissance des partis ouvriers français à promouvoir de substantielles réformes dans les pays d’outre-mer.

En dehors de mesures extrêmement partielles et d’ailleurs fort intéressantes, telles que la création de centres municipaux et de communes rurales – et qui d’ailleurs sont dues plutôt à l’initiative et à la bonne volonté de quelques hommes s’appuyant sur les organisations progressives locales qu’à une impulsion venue de Paris – il n’a été procédé à aucune réforme fondamentale de la structure politique, économique et sociale de l’Algérie.

Sans doute, l’ordonnance du 9 mars 1944, a-t-elle accordé la pleine citoyenneté à quelques dizaines de milliers de musulmans, et des lois électorales ultérieures ont permis à l’ensemble des autochtones du sexe masculin, groupés dans un second collège, d’élire un certain nombre de représentants. Mais que pouvait-on attendre de l’octroi de ces droits politiques s’ils ne devaient être suivis d’aucun changement dans la condition matérielle et morale de ceux qui étaient appelés à les exercer ?

Sur le plan législatif, les deux seules reformes importantes qui ont été soumises durant ces mois au Gouvernement n’ont pas encore abouti. L’une visait à étendre aux travailleurs algériens de l’industrie, du commerce et de l’agriculture la législation métropolitaine sur la sécurité sociale. Nous ne sommes pas sûrs que l’on ait toujours saisi l’importance de cette réforme qui, s’ajoutant aux améliorations du niveau de vie que permet d’obtenir l’action syndicale, est susceptible dans un avenir rapproché de transformer les conditions, d’existence de centaines de milliers d’ouvriers urbains et ruraux. L’une des conséquences essentielles que nous en attendons est le progrès de la conscience de classe dans les masses musulmanes et la subordination de leurs aspirations nationales à un idéal collectiviste et internationaliste. Malheureusement les ministres n’ont pu se mettre d’accord à temps et l’Assemblée s’est séparée sans aucun résultat positif.

Il en a été de même en ce qui concerne le projet de statut politique de l’Algérie. Certes, il y aurait beaucoup à dire sur le texte qui a finalement reçu l’approbation de tous les membres du Gouvernement. Nous n’en retiendrons pour notre part que l’innovation importante qu’il comporte. Le projet prévoit la création d’une Assemblée Algérienne composée des représentants de chaque collège élus au suffrage universel. Sans doute les pouvoirs accordés à cette assemblée sont-ils extrêmement limités ; mais il n’est pas exagéré d’y voir le début d’une évolution vers une certaine autonomie législative et vers une véritable démocratie politique.

Malheureusement, ce projet est lui aussi resté pour l’instant lettre morte. Pour la première fois que des représentants de milliers de musulmans sont venus siéger dans une assemblée législative française, ils ont dû repartir devant leurs concitoyens les mains complètement vides. Comment, dans ces conditions, le sentiment ne se développerait-il pas, parmi les masses musulmanes, qu’aucun progrès, qu’aucune libération ne sont possibles par une collaboration avec la France et un mépris compréhensible pour les droits politiques qui leur ont été accordés et sont demeurés pratiquement sans effets. Il est normal que la lutte contre le colonialisme ne leur apparaisse plus qu’à travers les mots d’ordre d’indépendance complète et de séparatisme.

De tels mots d’ordre ne peuvent pas ne pas avoir de répercussions très graves sur l’état d’esprit des Européens qui vivent en Algérie, et qui, au nombre d’environ un million, constituent une partie importante de la population. Parmi elle, se trouvent sans doute les représentants les plus notoires du capitalisme algérien. Mais la grande majorité de cette population est constituée par des ouvriers, agents des services publics, employés et petits exploitants agricoles.

Dans un certain climat politique, habilement provoqué et aggravé par les journaux et les partis au service des privilèges, il n’est pas impossible de susciter parmi eux un sentiment d’insécurité et de peur, d’autant plus naturel que ce pays dans lequel ils sont nés et vivent depuis longtemps, est devenu en partie le leur. C’est ainsi que l’oppression colonialiste des grands propriétaires fonciers – qui sont les véritables maîtres du pays – a comme conséquence inévitable la naissance et le développement de l’idéologie séparatiste dans les couches musulmanes ; cette idéologie, une fois créée, le colonialisme s’en sert encore pour diviser les populations d’origines différentes, pour effrayer la minorité européenne et tenter de justifier le maintien de l’oppression qu’il engendre, au besoin même par l’emploi de la force brutale.

Telle est l’explication véritable de l’évolution qui s’est produite en Algérie au cours de ces derniers mois. Malgré les promesses faites aucune reforme sérieuse n’est intervenue depuis la réunion de la première Assemblée Constituante. La plupart des musulmans ont perdu confiance dans les institutions politiques françaises et les droits qui leur ont été accordés n’ont plus pour eux aucun sens. D’autre part, en présence de mouvements qui semblent n’entrevoir de solution que dans le séparatisme complet de l’Algérie et de la France, beaucoup d’européens qui auraient été acquis à une profonde transformation politique, économique et sociale finissent également par perdre confiance et ne sont plus animés que par le sentiment de leur propre sauvegarde.

On ne s’étonnera pas que les bénéficiaires directs du colonialisme algérien et leurs alliés métropolitains se réjouissent du résultat dans ces trois départements d’outre-mer du référendum du 10 octobre. Il n’est pourtant que l’expression d’un malaise et d’une incompréhension croissante entre populations d’origines différentes. On voit bien à quoi la presse et les partis qui servent l’oligarchie dirigeante algérienne veulent aboutir.

Démocrates musulmans et européens ont donc le devoir d’être vigilants. Et que l’on ne s’étonne point si, loin de mettre la sourdine sur les réformes indispensables pour transformer les conditions et le mode de vie de centaines de milliers de travailleurs algériens, nous affirmons qu’il faut s’efforcer de rattraper le temps perdu. A cet égard, l’on ne pèchera jamais par excès d’audace.

Que les travailleurs algériens, qu’ils soient européens ou musulmans, comprennent que leur différence d’origine les sépare moins que ne les rapprochent leurs intérêts communs de classe.

Yves DECHEZELLES


Le colonialisme constitutionnalisé

Tout le monde l’a constaté : la Constitution n’a compté pour rien dans les résultats du référendum. Aussi, après avoir été parmi les artisans du vote de la Constitution pour des raisons politiques impérieuses, importe-t-il de ne plus masquer les tares que comporte ce texte. Il sera demain encore plus évident qu’aujourd’hui que ceux qui ont tenté de le repousser n’ont cherché qu’à exploiter une situation politique et économique très critique et que le contenu même du texte mis en question comptait bien peu dans leur détermination, Car, en fait, la Constitution qui désormais régit la France est l’enfant médiocre et sournois de l’équivoque ; elle risque de servir davantage ceux qui l’ont désavouée que ceux qui- l’ont approuvée. Il serait facile de démontrer qu’elle laisse légalement la porte ouverte à la réaction et cette perspective pour n’avoir rien d’originale – l’histoire étant riche d’exemples d’un tel processus – exige de façon urgente un raidissement de la politique ouvrière.

L’escroquerie n’a pas résidé tellement dans le fait que dans la situation politique donnée il nous ait fallu être les supporters d’une « mauvaise » Constitution, – car, en quoi cela empêcherait-il de bien gouverner ?. – ; mais l’escroquerie serait patente si, continuant le jeu du compromis, on comptait sur les textes pour nous sauver du péril réactionnaire. Il est évident – et c’est l’objet de ces remarques – que la réaction se fait déjà les dents, bien que n’étant pas au gouvernement, sur les peuples appartenant à la dite Union Française. Et c’est sur ces peuples qu’elle asseoierait d’abord son autorité au cas où elle triompherait.


Sur l’arbre du tripartisme, quand les fruits ne sont plus vert ils pourrissent. Que l’Union Française avait semblé belle quand le général de Gaulle en avait énonce les principes, à Brazzaville, en 1943. Mais pour ceux qui ne se contentent pas de mots il était clair qu’il s’agissait plutôt d’une formule de circonstance derrière laquelle on pourrait mettre le meilleur et le pire. La promesse cependant créait l’illusion et l’idée valait donc d’être soutenue.

C’était pour les socialistes l’occasion de repenser le difficile problème de la lutte contre le colonialisme et de sortir des schémas simplistes brisés par la puissance des faits, toujours inadaptés aux circonstances.

L’impuissance du mouvement ouvrier international à arrêter pendant la paix la montée du fascisme, puis à éviter le déclenchement du conflit impérialiste et, ensuite, à donner un contenu révolutionnaire au slogan de la lutte de la démocratie contre le fascisme, est caractéristique du recul politique de la classe prolétarienne. D’autre part, la lutte contre l’oppression nationale dans laquelle les travailleurs se sont engagés avec héroïsme a laissé un résidu de confusionnisme dont nous mesurons aujourd’hui toutes les dangereuses conséquences (1).

Mais aussi, cette expérience de la deuxième guerre mondiale, pour coûteuse qu’elle ait été, a permis aux socialistes, plongés dans la réalité brûlante, une sorte de reclassement des valeurs, une vérification et une précision de leurs principes stratégiques et tactiques.

Dans la lutte contre l’impérialisme la solution à apporter aux problèmes coloniaux est primordiale. Le colonialisme est une des formes les plus brutales de l’oppression nationale dont tout le raffinement consiste à se parer du masque démocratique de la philanthropie civilisatrice. Il y a belle lurette qu’une telle parure ne fait plus illusion. Mais la dénonciation d’une telle imposture ne suffit pas à résoudre le problème qui se pose aux socialistes soucieux de manifester positivement leur solidarité à ces peuples asservis, de les aider à se libérer du joug politique et économique qui les écrase et d’utiliser cette solidarité et cette aide comme une arme de combat dans la lutte internationale du prolétariat.

La difficulté n’est pas nouvelle. Si l’impérialisme est un dans son essence, dans ses méthodes multiples et par le processus de son développement, il existe dans son camp des oppositions de nations ou de blocs de nations. Dans ces conditions on ne peut concevoir l’indépendance des peuples coloniaux, qui reste une revendication de base du socialisme, en dehors de ces contradictions. En raison du niveau du développement économique de ces pays, de la faiblesse de leur appareil de production, et, en conséquence, du degré primaire, bien que nullement uniforme, de leur conscience politique, ces peuples resteront encore longtemps la proie des nations ou blocs de nations impérialistes, en quête de marchés, de points et de lignes stratégiques, la formule du trusteeship n’étant qu’une variante adaptée à l’étape actuelle de l’impérialisme, et, en particulier, à la puissance des U.S.A. Il est évident pour nous que pour les peuples colonisés il ne s’agit pas de choisir l’oppresseur. Il est vrai, aussi, que tel peut être pourtant l’intérêt de certaines fractions féodales et surtout bourgeoises dont le nationalisme est fonction de leur intérêt de classe aspirant à la domination dans leur propre pays (et en cela elles suivent grosso modo l’exemple historique des bourgeoisies européennes, il y a deux siècles). Mais le rythme de l’histoire n’est pas réglé d’une manière mathématique et le rôle des socialistes européens est de se souder aux classes les plus opprimées pour leur permettre de parcourir le plus rapidement possible le chemin qui les amènera à une véritable libération.

Les réactionnaires se targuent de l’intérêt de la France pour tromper les aspirations à l’indépendance des pays colonisés. L’Amérique, l’Angleterre guettent nos colonies, le nationalisme fait le jeu de ces puissances étrangères, disent-ils. Les socialistes seraient mal fondés à sous-estimer l’argument, mais ils se doivent d’en dénoncer l’hypocrisie, car il s’agit, d’une part, de savoir ce qu’il faut entendre par intérêt de la France, et, d’autre part, de comprendre que c’est dans la mesure où le gouvernement français mentira à ses promesses, que ces peuples, pour se libérer d’un joug, accepteront de tomber sous un autre.

Or, les événements de ces derniers mois donnent une réponse. Qu’il s’agisse du Viêt-Nam, de Madagascar ou de l’Algérie, il est évident que malgré toutes les phrases libérales et progressistes, la bonne volonté des colonialistes a été conditionnée par l’inquiétude qu’ils ont eu de voir s’évanouir la puissance des trusts industriels et commerciaux et des banques dans ces pays où le coolie et le fellah sont les pourvoyeurs féconds de bons dividendes.

La liberté qu’on affirme, la main sur le cœur, vouloir accorder à ces « enfants » de la France, n’est concevable pour ces grands philanthropes libéraux que si elle ne se retourne pas contre leur intérêt égoïste de classe. C’est ce qui explique l’échec de la conférence de Fontainebleau sur le point crucial de la Cochinchine, grenier du Viêt-Nam et repaire des caoutchoutiers. C’est ce qui explique le double jeu du gouvernement français qui, tandis qu’il confiait à son ministre d’outre-mer, socialiste, le soin de parlementer en France avec le Président Ho Chi Minh, envoyait son garde-chiourme l’amiral-moine Thierry d’Argenlieu, muni de tout pouvoir, libre d’agir sans avoir de compte à rendre au ministre responsable, veiller les armes à la main sur la sécurité « démocratique » de la Cochinchine.

C’est ce qui explique aussi que les Malgaches, après avoir désigné, pour la première fois démocratiquement, leurs députés nationaux, ont vu la répression sévir contre les meilleurs d’entre eux.

Enfin l’Algérie qui constitue dans l’Empire Français un cas particulier est en proie à une crise extrêmement grave d’où il ressort nettement que la défense d’intérêts particuliers conduit à méconnaitre à la fois, les intérêts du peuple algérien et ceux du peuple français.

Comment ne pas conclure que l’Union Française, dans les circonstances présentes, n’est pas la sœur cadette de l’Empire Français ? On a voulu se parer de l’idée fédérale pour la mieux vider de son contenu. Ainsi le colonialisme qui jusqu’à présent n’était qu’un fait accompli justifié par la « mission » de notre civilisation s’inscrit désormais constitutionnellement dans les lois françaises.

Mais cette « réforme » s’est accomplie sans grandeur. On comprend le mécontentement de tous ceux qui en France restent attachés au panache et à la puissance devant l’avorton dont a accouché la Constituante. S’il s’agissait de rester sur le plan juridique, nous pourrions dire que le bon droit est de leur côté. En effet, comment prendre au sérieux cet édifice de l’Union Française qui dans le statut des institutions de la République n’a trouvé sa place qu’au Titre VIII ? Pour être fidèle à l’idée fédérale, l’Union Française ne pouvait pas être quelque chose à côté de la Métropole, mais au contraire, constituer le tout, être le couronnement de cette immense puissance constituée par la France et les pays d’outre-mer.

Le tripartisme ne pouvait en aucune manière se décider à choisir. Il ne pouvait pas ouvertement patronner la reconstitution d’un Empire renforcé par des institutions nouvelles mais illusoires ; il était incapable aussi d’offrir au monde l’exemple d’une véritable fédération fondée sur la coopération dans la justice. Il n’a construit, en définitive, qu’un médiocre système aussi fragile qu’est contesté, à l’heure présente, le prestige démocratique de la France, parmi les peuples opprimés fatigués d’entendre la rengaine sur le thème des grands principes de 1789.

Le tripartisme incapable de résoudre le vrai problème de la liberté et de l’égalité s’est embarbouillé dans les questions formelles de droit. Il s’agissait de trouver le cadre d’une entente avec ces peuples en les libérant avant tout de l’oppression économique sous laquelle ils succombent dans la misère ; aussi, de rechercher, d’égal à égal comment pourraient s’établir des échanges profitables à la fois à la reconstruction de la France et à l’évolution de ces pays arriérés. En réalité, ne voulant rien abandonner, au risque de tout perdre, guidé par des conceptions purement stratégiques et capitalistes, on s’est efforcé de créer par des formules juridiques l’illusion de la nouveauté.

On ne saurait mieux décrire l’embarras dans lequel on s’est trouvé qu’en citant un éminent professeur, M. Georges Scelle, qui écrivait le 13 septembre dans Le Monde :

« … Cela n’implique à aucun degré une identité, une égalité, ni même une proportionnalité numérique entre la représentation métropolitaine et celles des autres collectivités fédéralisées. Le président Herriot l’a souligné avec force : cet amorphisme proportionnaliste aboutirait à noyer la représentation métropolitaine dans celle de l’Union alors qu’elle doit de toute évidence conserver une influence prépondérante. C’est d’un « dosage » qu’il doit s’agir, d’un dosage rationnel et délicat, étudié et scientifique, ou, si l’on y tient absolument, d’un proportionnalisme à facteurs multiples parmi lesquels le degré de maturité et de civilisation, de culture, de valeur économique, les services rendus, les possibilités d’action, enfin et surtout « les responsabilités » à assumer tiendront une toute autre place que le chiffre de la population, etc … »

Mathématiciens, statisticiens, à vos règles à calcul ! Tous les savants dosages devront, du reste, être déterminées par les lois ultérieures.


Il reste aux socialistes, non seulement, à reprendre l’idée d’une véritable union, mais d’agir pour sa réalisation. La Constitution n’est qu’un obstacle de carton ; c’est la lutte qui décide, non pas les textes. Il faut être persuadé qu’en dépit des articles de la Constitution et des promesses fédéralistes la bourgeoisie française et sa clique militaire n’iront pas par quatre chemins lorsqu’il s’agira de pallier par la force à « l’incompréhension » des peuples coloniaux. La tragédie a déjà commencé en Indochine, à Madagascar et en Afrique du Nord.

Les Français qui ne sont pas aussi dégagés de tous préjugés raciaux qu’on veut bien s’en flatter, ne comprennent pas toujours la force que pourraient leur apporter les peuples d’outre-mer s’ils savaient les associer à leur combat pour le triomphe d’une réelle démocratie sociale et économique.

Mais les socialistes dénonceront toutes les survivances du colonialisme et sauront montrer aux peuples opprimés le véritable visage de la France.

Lucien WEITZ


(1) Relisons Jaurès.

« Qu’est-ce que la patrie ? C’est le bloc par excellence, c’est en un sens la collaboration des classes … Moi, je dis qu’à certains égards, sous certaines formes, et nous permettre d’ailleurs à la classe ouvrière le maximum de son action révolutionnaire propre, il est nécessaire de défendre ce patrimoine commun. Mais … quand ils (les prolétaires) auront défendu la patrie menacée, la patrie envahie, ils se trouveront à l’ombre du même drapeau que la bourgeoisie, ils iront contre l’envahisseur, mêlés de capitalistes et d’ouvriers, avec des capitalistes français et avec ceux qu’ils combattaient la veille en France, sur le sol national, dans les batailles politiques, dans les batailles syndicales. Ils recevront des balles venant des mêmes fusils, ils enverront leurs balles et leurs obus dans la même direction et il sera impossible, dans l’atmosphère du champ de bataille, de discerner la trajectoire des balles bourgeoises.

Eh bien, moi je dis : cela n’a pas de danger, les prolétaires sont assez éduqués, Ils ont une suffisante conscience de classe pour défendre la patrie, même à côté des bourgeois, mais sachant bien qu’ils la défendent pour d’autres motifs que les bourgeois. Mais moi, je dis cela parce que j’ai confiance dans la puissance de discernement des ouvriers, je ne crois pas qu’ils soient exposés toutes les fois qu’ils agissent, qu’ils remuent, à un péril de confusionnisme … »

(Discours, Congrès de Nancy, 13 août 1907)

Jaurès était un optimiste. Ces paroles ne nous rappellent-elles pas aussi que nous payons maintenant les conséquences d’un compromis inconditionnel avec le Gaullisme.

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