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Manifestation(s) MARAIS-BARBES pour l’unité contre tous les racismes

Article paru dans Le Marxiste-Léniniste, n° 47, janvier 1981

Samedi 13 Décembre, 600 personnes ont manifesté du Marais à Barbès contre le racisme et l’antisémitisme à l’appel des organisations maoïstes du pôle, des Permanences Anti-Expulsion avec le soutien des étudiants Sénégalais de l’Association des Étudiants Sénégalais en France (A.E.S.F.) et de l’O.C.F.M.L. Les mots d’ordre de la manifestation étaient :

– A BAS L’ÉTAT RACISTE DONT LA POLICE RAFLAIT DÉJA LES JUIFS EN 42, MASSACRAIT LES ALGÉRIENS EN 61, EXPULSE AUJOURD’HUI LES IMMIGRÉS ET REND POSSIBLE COPERNIC !

– CONTRE L’INTÉGRATION ET L’ASSIMILATION FORCÉE DU P.C.F., RESPECT ET UNITÉ EN FRANCE DE TOUTES LES COMMUNAUTÉS HISTORIQUES, CULTURELLES ET NATIONALES !

– FRANÇAIS-IMMIGRÉS, ÉGALITÉ DES DROITS !

– A BAS LES LOIS RACISTES DE BARRE-BONNET-STOLÉRU !

– APRES COPERNIC ET LES ASSASSINATS DE MARSEILLE ET COLOMBES, RIPOSTONS A CHAQUE ATTENTAT RACISTE !

Cette manifestation, petite par le nombre de gens qu’elle organisait, est pourtant un point d’appui très fort dans la conjoncture de l’après Copernic. La comparaison avec la manifestation parlementaire du Mardi 7 Octobre est très éclairante :

– d’un côté des centaines de milliers de personnes corsetées par les mots d’ordre « Bonnet-Démission », « Épuration de la police », une manifestation disputée par toutes les forces du parlement, et particulièrement par le P.S. et le P.C.F., une promenade sur le parcours ancien de l’union de la gauche et du Front Populaire, une démonstration contre le racisme qui « oublie » le racisme anti-immigrés et qui conduit à la passivité générale, à la démobilisation dans la période qui suit.

– de l’autre, des centaines de personnes, mobilisées par la clarté de la politique ouverte par les maoïstes, unis sur la nécessité neuve du parcours du Marais à Barbès, une manifestation conquise contre l’État et la police, la première démonstration dans la rue de convictions et de forces contre l’État et le P.C.F., contre les deux bourgeoisies.

Nous ne disons pas cela pour nous faire plaisir, par goût incorrigible des petites actions minoritaires. Nous voulons être des milliers, des centaines de milliers dressés contre le racisme et l’antisémitisme, contre l’État, les fascistes et le P.C.F. Mais nous savons aussi que dans les actions qui font réellement rupture aujourd’hui contre la société impérialiste, les gens ne se comptent pas par milliers. Nous savons cela et nous partons de la conviction que les choix que nous proposons et que nous menons mettent en jeu l’existence même d’un peuple et d’une classe ouvrière révolutionnaire en France, qu’il n’y a pas à négocier cette urgence. Nous nous y engageons les premiers avec pour arrière le processus d’édification du Parti Communiste de type nouveau.

600 personnes descendues dans la rue autour des maoïstes et des P.A.E., après une première manifestation réprimée, ce n’est pas rien. La manifestation que nous proposions était un acte radical, un engagement qui ne souffrait pas tiédeur.

15 NOVEMBRE : UNE PREMIERE MANIFESTATION INTERDITE PAR LA POLICE.
DÉFILE CLANDESTIN, PROCES, CAMPAGNE IMMEDIATE DE RIPOSTE.

La première manifestation, le Samedi 15 Novembre, l’avait bien montré.

L’Etat, faisant comme s’il apprenait le jour même que des inconnus allaient manifester, alors qu’une campagne publique se déroulait depuis plusieurs semaines sous la responsabilité explicite des organisations signataires (U.C.F.M.L., C.P.A.C., Groupe Foudre, P.A.E., UTTF-UETF-Cete – travailleurs et étudiants de Turquie), avait envoyé sa police par surprise pour interdire toute démonstration dans la rue. Son but général était en fait d’empêcher l’émergence d’une force prolongée contre tous les racismes; son moyen particulier était de faire sentir que le consensus parlementaire ne protégeait pas les manifestants, qu’ils devaient s’attendre à de durs combats. La police voulait donc intimider, décourager, disperser. Elle n’a pas réussi.

Malgré les arrestations (17), malgré les brutalités, une manifestation s’est quand même tenue, rapidement et à 200 certes, mais elle matérialisait déjà notre volonté de tenir ce combat. Cette première bataille clarifiait la question des forces :

– on a vu la police gangrénée par l’antisémitisme. Dans les commissariats, dans les compagnies de C.R.S. ce ne sont pas seulement les immigrés – les arabes et les africains – dont on se gausse, ce sont aussi les juifs, les « youpins ». C’est un capitaine de CRS qui affiche son antisémitisme. C’est toute une histoire en continuité avec la rafle du Vel d’Hiv dont la police est fière, dans le fond.

– on a vu la population du Marais se rassembler autour des cars où étaient parqués les interpellés pour réclamer le droit de manifester contre l’antisémitisme, pour soutenir que l’Histoire ne se répète pas.

– on a vu la détermination des maoïstes de s’engager à la fois contre l’anti-sémitisme et le racisme anti-immigrés, de gagner sur le principe : « il faut manifester du Marais à Barbès ».

L’intervention policière s’est alors en partie retournée contre l’Etat. La police a brutalisé des journalistes qui voulaient témoigner de ce nouveau combat, mais elle a dressé contre elle une bonne partie de la presse.

L’Etat a fait inculper 4 manifestants, mais s’est trouvé ensuite en piteuse posture sur cette affaire et a dû reculer. Les avocats, immédiatement mobilisés, obtiendront la libération des 4 dès le lendemain et au procès le 28 Novembre les « témoins » policiers ont préférés ne pas se montrer pour ne pas être mis sur la sellette. Au total, le tribunal ne retiendras que 3 légères amendes pour « bris de véhicules administratifs » (c’est-à-dire des cars où étaient enfermés les gens arrêtés) et une seule condamnation à 15 jours avec sursis pour outrages à agent; un des quatre sera même totalement relaxe. A l’heure des condamnations par charrettes entières (après le 23 Mars, contre les minorités nationales … ), ceci représente une victoire et confirme que, face à une mobilisation décidée et organisée, l’Etat n’est pas à l’aise sur cette question de l’antisémitisme.

PREPARATION POLITIQUE DE LA DEUXIEME MANIFESTATION.

Nous ne nous en sommes pas tenus là. Il fallait une manifestation complète, ample et développée. Ce point n’était pas à discuter. Il en allait de notre identité de révolutionnaires.

Nous appelons donc avec les P.A.E. à une réunion de bilan et de mobilisation le mercredi suivant où nous annonçons notre volonté de préparer une nouvelle manifestation. Des débats forts intéressants s’y mènent sur la question de l’antisémitisme et du P.C.F. et qui vont orienter notre nouvelle campagne.

A propos de l’antisémitisme :

Certains (les organisations de la Maison des Travailleurs Immigrés) continuent de dire : « l’antisémitisme est un faux racisme. Il permet aux bourgeois de se faire passer à bon compte pour antiracistes. Il faut continuer comme si de rien n’était le combat contre le racisme anti-immigrés ». Et ils font comme si le P.C.F. n’avait pas engagé après Copernic une grande campagne raciste, et en fait ils ne font rien sur rien, même pas contre les attentats à Marseille, Colombes … En réalité, ces gens-là sont très perméables à l’antisémitisme (ils disent d’ailleurs que combattre l’antisémitisme, c’est déjà être un peu sioniste), comme ceux qui disent après Copernic : « mais les juifs, ce sont des bourgeois, Copernic, c’est le 16ème arrondissement ». L’antisémitisme, comme pièce d’une politique fasciste, a depuis longtemps joué là-dessus pour se présenter comme un pseudo anti-capitalisme, c’était encore le thème de la campagne Poujade en 1956.

D’autres disent, après la manifestation interdite : «finalement, l’antisémitisme n’est pas très important en France ». C’est paradoxal de tirer cette leçon de la manifestation puisque son interdiction montrait bien qu’elle faisait problème. En fait, ces gens avaient dans l’idée que ce qui est important, c’est ce qui est parlementarisé, ce qui met en branle les partis de gauche. Ils n’ont pas vu ces forces du Marais à Barbès, alors ils sont prêts à démissionner déjà. Ils intériorisent l’attaque de l’Etat comme une preuve de leur faiblesse, non de leur force.

Il y a tous ceux qui sont contre l’antisémitisme, mais qui ne voient pas bien sa fonction actuelle, ce que cela va changer.

Dans ces débats, nous répondons que l’antisémitisme est une donnée très ancienne de la politique bourgeoise en France (de l’affaire Dreyfus à Poujade en passant par Vichy) et tout particulièrement dans les périodes de crise et de montée des risques de guerre; que l’attentat de la rue Copernic est d’un côté en continuité avec cette histoire et de l’autre ouvre à une nouvelle conjoncture : celle des racismes violents, des agressions chauvines, celle du renforcement des politiques de divisions du peuple, d’exacerbation des contradictions pour rassembler autour de l’Etat impérialiste les « bons français ». La manifestation parlementaire du Mardi a tiré ce bilan de l’attentat : « il faut défendre les français, il faut défendre les juifs en tant qu’ils sont assimilés, et la force pour cela ce sont les partis du parlement et l’Etat ».

LA RAFLE DU VEL D’HIV DE 1942
Dès le 3 Octobre 1940, Vichy promulgue à sa propre initiative un « statut des juifs » pour la « zone libre » (!) qui recense les juifs, les chasse des emplois administratifs, fait également dès cette date interner les juifs étrangers dans des camps spéciaux. La moitié des juifs vivant alors en France étaient étrangers, ayant fui l’Allemagne ou les pays envahi par les nazis.
Le 21 Juin 1941, une loi établit un numerus-clausus pour les étudiants juifs.
Le 15 Juillet 1942, dans la région parisienne qui appartient à la « zone occupée », la police et la gendarmerie française procèdent à une grande rafle de la population juive. 9000 hommes, tous français, arrêtent 13 000 juifs de toutes nationalités dont 4000 enfants. 8000 seront emmenés au vélodrome d’hiver, 5000 à Drancy. Laissés à croupir pendant 7 jours dans des conditions effroyables, ils seront ensuite déportés vers l’Allemagne en wagons à bestiaux. De ces 13 000 personnes, il n’y aura que 20 rescapés et aucun enfant.
Du côté de la « zone libre », en Aout et Septembre 1942 Vichy remet aux nazis 10 000 juifs étrangers, internés depuis près de 2 ans dans les camps français.
(NOTE : Le « ML » publiera prochainement un article sur l’histoire de l’antisemitisme en France).

Pour nous, combattre l’antisémitisme, c’est défendre une unité du peuple sur la base du respect de chacune de ses communautés, historiques, culturelles et nationales. Mais cela, c’est un combat de classe car cette unité se construit dans les combats politiques d’aujourd’hui contre l’impérialisme. Combattre politiquement l’antisémitisme pour nous ce n’est pas principalement défendre en soi la force de la communauté juive, c’est s’opposer aux nouveaux courants pro-impérialistes en construisant une nouvelle unité politique du peuple autour d’un Parti Communiste de type nouveau. C’est la conception maoïste du peuple et du prolétariat qui permet à l’ensemble des forces sociales, des communautés du peuple de se déployer librement dans le combat anti-impérialiste. C’est pour cela que nous nous engageons pour notre propre compte pour manifester du Marais à Barbès et pas principalement « derrière » la communauté juive. C’est cette position qu’ont défendu les C.P.A.C. dans les quartiers et les cités, les noyaux communistes dans les usines, les unités U.C.F. dans les foyers … : Manifester aujourd’hui contre tous les racismes, il en va de l’identité du peuple, de la classe ouvrière, de chacun de nous et pas seulement des juifs. L’antisémitisme est une idéologie bourgeoise, le nom de tous les racismes, l’appel aux violences anti-populaires et aux rassemblements réactionnaires. Combattre l’antisémitisme est une affaire de classe pour refuser cette idéologie et cette histoire, pour travailler à un peuple politique, à une classe ouvrière dirigeante. C’est pour cela que nous lions ce combat à celui contre le racisme anti-immigrés qui attaque directement l’unité du prolétariat international de France et celle du peuple (français et immigrés).

Le P.C.F. raciste.

Le P.C.F. tirera de manière offensive son propre bilan de l’attentat de la rue Copernic et de la manifestation du mardi 7 Octobre : « puisque l’époque est au racisme violent contre les fractions du peuple non assimilées à la société impérialiste, rivalisons avec les fascistes et l’Etat pour organiser nous-mêmes une politique dans cet espace ».

Voilà ce que fait le P.C.F. immédiatement après. Il faut bien réfléchir à pourquoi sa campagne raciste ignoble prend de l’ampleur A CE MOMENT, pourquoi elle ne rencontre pas d’obstacle sur la scène parlementaire mais au contraire fixe des orientations, des directives reprises par toutes les forces bourgeoises. Le P.C.F. appelle à répartir équitablement les immigrés dans toute la France (quelle ignominie que de traiter en charges une partie fondamentale de la classe ouvrière productive !). Il appelle les bons français à s’organiser avec lui pour occuper les logements des immigrés en trop. Pour lui, il y a trop d’immigrés quand il y en a assez pour former une communauté spécifique, avec ses réseaux de solidarité, ses coutumes, sa vie et ses forces propres. Pour lui, la seule force qui a droit à l’existence, c’est celle des petits blancs, des ouvriers français corrompus par l’impérialisme et le racisme, des gens bien intégrés, c’est-à-dire vivants des miettes du système.

Il s’agit pour lui de ressouder cette force, de relancer la nouvelle bourgeoisie dans une politique chauvine et raciste de redressement de l’impérialisme français.

Les débats après la première manifestation montrent bien que l’opposition à cette politique du P.C.F. devient le point-clé de l’engagement anti-raciste aujourd’hui.

Beaucoup approuvent plus ou moins ouvertement cette politique : le P.S. emboîte le pas, « Le Monde » dit : « il y a des problèmes sociaux avec les immigrés qui ne sont pas assimilés comme les juifs le sont. Il faut donc les répartir ». D’autres n’approuvent pas, mais n’osent pas se dresser contre le P.C.F., car ils n’ont pas confiance dans la possibilité d’un travail politique révolutionnaire, dans les maoïstes. Ils ne pensent que forces syndicales, ils rejettent la politique maoïste et ils sont tout frileux.

Il y a ceux qui se rassurent : cette politique du P.C.F. serait principalement une politique des mairies P.C.F. et quand le P.C.F. en fait une affaire plus large, ce serait seulement dans une visée électoraliste. Ces gens ne voient le P.C.F. que comme pouvoir sur une partie de l’appareil d’Etat ou comme force électorale ; ils se rassurent en disant : « le P.C.F. n’a pas le pouvoir central et ne gagnera pas les élections ». Or le P.C.F. est un parti qui fait une politique, c’est-à-dire qui organise des forces. Ces forces se reflètent plus ou moins en force électorale, s’appuient sur les mairies, mais elles existent par elles-mêmes aussi et visent à transformer la situation dans le peuple, dans la classe ouvrière, à organiser un camp politique. On le voit bien quand le P.C.F. s’attaque à la présence des immigrés dans les écoles. Il ne s’agit pas de séparer deux ensemble sociaux : les français et les immigrés, mais surtout de souder un camp sur une conception réactionnaire de l’école. C’est pour cela que nous disons : le P.C.F. est un parti raciste et il faut combattre sa politique.

Nous prendrons dans notre campagne comme point central de notre attaque sa politique de répartition (adossée à son idéologie du seuil de tolérance).

LA MANIFESTATION DU 17 OCTOBRE 1961
Pour protester contre l’instauration d’un couvre-feu réservé aux Algeriens, le F.L.N. organisait ce jour-là une manifestation pacifique sur Paris. Venus de Nanterre, de toutes les banlieues ouvrières, des milliers d’Algériens, hommes femmes et enfants, les mains nues, bravant le couvre-feu, s’avançaient par vagues concentriques vers le centre de Paris.
La police parisienne organisa une tuerie sans précédent depuis la Commune. A Nanterre, Neuilly, sur les grands boulevards, dans le quartier latin, la police (celle à képis de l’ordinaire policier) chargea le peuple Algérien, le parquant sur les quais de métro, dans les autobus, le battant à mort en pleine rue ou dans les sous-sols de la Préfecture, jetant à la Seine des hommes après leur avoir passé les menottes.
Ce massacre public n’entrainera pas de riposte politique en France. Les Algériens pourchasses par la police qui voulaient se refugier sur les grands boulevards au siège de « L’Humanité » en seront empêchés par les responsables du journal qui feront fermer les portes : les algériens se feront massacrer sur le trottoir d’en face. Les jours suivants, des corps d’Algériens passaient en flottant dans la Seine devant Billancourt : les partis et syndicats ne jugeront pas nécessaire de s’engager sur cette affaire.
On estime à 200 le nombre d’Algériens massacrés ainsi de sang-froid, par balles mais surtout par noyades ou battus à mort.

Propositions de travail dans toutes les directions.

Nous faisons campagne pour une nouvelle manifestation, complète et déployée cette fois. Nous appelons à des réunions sur cette base dans les foyers, les lycées, les quartiers. Les Noyaux communistes ouvriers organisent le débat dans les usines sur la nécessité pour la classe ouvrière de s’emparer de cette cause; certains avaient déjà appelé à des premières grèves dans les usines pour affirmer son existence contre les attentats racistes comme celui de Colombes.

Nous organisons tous les mercredis une permanence centrale à Paris où passent des groupes de femmes des quartiers populaires, des étudiants, des gens individuellement ralliés au projet de la manifestation. Nous y expliquons l’état de la campagne, nous y organisons une extension de la propagande.

Nous allons déclarer à la police le projet de nouvelle manifestation, celle-ci préfère l’enregistrer plutôt que d’avoir de nouveau à quadriller le Marais et à y rafler.

Nous continuons le travail prolongé de ralliement d’organisations les plus diverses à ce projet. L’A.E.S.F. se déclare prête à soutenir la manifestation en dépit, mais aussi en dialectique, avec, la répression dont ses membres sont victimes après l’occupation de l’ambassade du Sénégal à Paris. L’O.C.F.M.L. se rallie également, mais les camarades de Turquie ne reviennent pas discuter du projet. Les autres organisations d’extrême-gauche, plusieurs fois invitées, font la sourde oreille et pour certaines préfèrent travailler à leur candidature aux élections présidentielles. Enfin, le mouvement des juifs de gauche s’est entre temps complètement éclaté sur la question: être indépendant ou réformer les partis dits de gauche. Cette dernière voie l’emportera et entraînera la fin du mouvement.

Nous engageons une campagne de presse avec communiqués et articles. La presse fera complètement obstruction, protégeant le consensus parlementaire, niant l’existence même d’une politique indépendante des deux bourgeoisies, s’engageant souvent assez loin dans le soutien à la politique raciste du P.C.F.

LA MANIFESTATION DU 13 DECEMBRE.

La manifestation se tiendra donc le 13 Décembre, capitalisant le double aspect de notre campagne : le travail politique dans les masses fondamentales, la campagne dans l’espace démocratique révolutionnaire.

600 personnes viendront, soit une représentation frappante de la fraction immigrée du prolétariat et des détachements du peuple des cités, des jeunes non-scolarisés ou des lycéens, des petits groupes d’étudiants, et enfin de nouvelles individualités ralliées à la justesse de ce combat et de ces mots d’ordre, en particulier ceux qui attaquent les deux bourgeoisie comme celui-ci, très repris : « STOLÉRU = RACISTE, P.C.F. = RACISTE, VIVE L’UNITÉ DU PEUPLE ». C’est cette dimension qui est nouvelle et qui a donné à cette manifestation une unité toute particulière. Une caractéristique très forte était la clarté de cette manifestation, inscrite dans son parcours (du Marais, quartier où il y a beaucoup de juifs, à Barbès, quartier où il y a beaucoup d’immigrés) et dans ses mots d’ordre. Clarté ralliante, qui n’autorisait pas de faux fuyants dans les prises de positions politiques.

Cette manifestation est un point d’appui : elle montre que l’Histoire des démissions ne se répètera pas, qu’il y a des gens prêts à avancer même si ils sont un petits nombre, que les organisations maoïstes et les Permanences Anti-Expulsions frayent la voie et alors rallient. Les P.A.E. appelleront à une réunion de bilan de cette manifestation pour orienter la nouvelle phase du combat antiraciste, en particulier contre le racisme civil. L’U.C.F.M.L. expliquera dans la manifestation pourquoi elle s’y est engagée, en quoi le processus concret d’édification du Parti de type nouveau, de développement des noyaux, des C.P.A.C., était un arrière fondamental pour mener ce travail.

Pour continuer le combat contre tous les racismes, elle soutiendra l’appel des P.A.E. mais elle proposera aussi aux gens intéressés par les questions de la politique dans son ensemble et du Parti de venir travailler avec elle dans les différentes organisations maoïstes du pôle.

Nous comptons tout spécialement continuer dans l’espace du travail de masse fondamental la campagne contre la politique raciste du P.C.F. Nous continuons également le combat contre l’antisémitisme en travaillant d’une part sur l’histoire de cette question en France, en développant d’autre part la débat sur le contenu de la question juive aujourd’hui et pour les maoïstes.

Tout ce travail s’inscrit dès maintenant dans le cadre de la préparation du meeting à la Mutualité le Samedi 28 Février 1981, où l’on montrera et développera l’ensemble de notre politique.


Le P.C.F. attaque un foyer à Vitry

La veille même de Noël, le P.C.F. est passé à l’acte. Il a attaqué le foyer ADEF de Vitry où venaient d’emménager 300 travailleurs Maliens logés précédemment dans un foyer-taudis de Saint-Maur. Maire en tête, 50 membres du P.C.F. ont saccagé le foyer : les entrées avec un bulldozer, les conduites de chauffage à la masse … Il l’a fait au grand jour, l’a revendiqué ensuite, en a fait un axe ouvert de sa propagande appelant même sur cette base à une manifestation le 10 Janvier à Saint-Maur.

Le lendemain du jour de l’an, il a continué : il a jeté à la rue à Bagnolet plusieurs dizaines d’ouvriers algériens sous le prétexte que leurs hôtels étaient insalubres et il leur a fermement conseille d’aller se faire reloger ailleurs, en particulier dans le foyer Sonacotra de Villemomble, où il s’était battu pour que la grève échoue, pour que le foyer reste une prison, pour que les résidents soient sans force face au gérant.

Notons déjà que le P.C.F. après Copernic franchit une nouvelle étape dans sa politique raciste, qu’il choisit de le faire dans les périodes de fêtes (à la même période où les Vietnamiens envahissaient le Kampuchea en 78, où les russes rentraient en Afghanistan en 79, comme si la démonstration de force brutale était d’autant plus tétanisante qu’elle prenait les gens au moment de leur atomisation maximale). On l’avait déjà vu : plus le P.C.F. ment ouvertement, plus il affiche sa force terrorisante. Cette fois, plus il « scandalise », plus il compte capitaliser pour renforcer son camp.

Une ignoble campagne, en particulier du journal « Le Monde », s’est engouffrée dans cette brèche sur le thème : « Les immigrés sont un problème, tous les français sont racistes. Le P.C.F. a raison de vouloir répartir les immigrés. Il a seulement tort de le faire si brutalement ». On a revu la petite bourgeoisie se rassurer en disant : « Le P.C.F. mène là seulement une manœuvre électorale ». Stoleru a renchéri sur le même thème avec ce point de vue de l’ancienne bourgeoisie qu’il n’y a pas intérêt à ce que le débat sur le P.C.F. mène trop loin. Une autre façon de dévoyer le débat est de dire : « Il s’agit là de politiques de municipalités P.C.F. confrontées à la légitime question de la gestion des finances communales ». C’est ainsi que le P.S. soutient son ralliement à la politique de répartition du P.C.F.

UNE RIPOSTE NÉCESSAIRE :

Action de commando donc de type fasciste, contre laquelle il était vital de se dresser. Entre Noël et le jour de l’an, nous faisons campagne sur les thèmes :

LE PCF EST RACISTE. Sa justification bourgeoise, c’est « la lutte contre les ghettos ». Un ghetto, c’est une communauté qui vit séparée. Le P.C.F. prétend qu’il s’attaque à une séparation organisée par la droite et acceptée par les immigrés. En fait, il est acteur de cette séparation : en combattant le mouvement Sonacotra qui s’attaque aux foyers-prisons, en distinguant les immigrés pour les « répartir ». En fait, il s’attaque à l’existence communautaire qu’il ne pénètre pas, qui fait force pour les immigrés, sans faire pour eux séparation d’avec les français. Il développe une vision corrompue du peuple, accrochée aux miettes des finances locales. Il attise les contradictions dans le peuple et il utilise ces tensions impuissantes pour organiser.

Le P.C.F. est un parti de l’impérialisme. Parti qui fait un camp politique dans le peuple et pas seulement une force électorale ou des municipalités. Face à la crise, il organise les « bons français » pour préserver les privilèges de l’impérialisme contre les exclus : les immigrés, les « cas sociaux », les jeunes … Le P.C.F. rivalise avec l’ancienne bourgeoisie sur ce terrain.

Contre lui, il faut s’organiser. Ce n’est pas vrai que tous les français sont racistes, que tous les immigrés se séparent du peuple et s’isolent. Les problèmes réels dans les cités, discutons-en dans le peuple en partant de la volonté d’unité et de se constituer en force indépendante. Organisons-nous pour cela dans les C.P.A.C. Travaillons dès maintenant à freiner cette aggravation des tensions dans le peuple, refusons l’embrigadement de type fasciste du P.C.F. Contre le coup de commando, l’indignation spontanée ne suffit pas. Il faut manifester qu’on existe contre eux et contre leur politique de répartition.

L’U.C.F.M.L., les C.P.A.C., les P.A.E. appelleront à une manifestation à Vitry pour le 3 Janvier. Un certain nombre d’organisations locales de Vitry y appelleront également de leur côté.

Ce Samedi matin, environ 400 personnes sillonneront ainsi les rues de la ville, les cités populaires en criant :

« CONTRE STOLÉRU ET LE P.C.F., UNITÉ AVEC LES RÉSIDENTS DU FOYER ! »

« COPERNIC, MARSEILLE, VITRY : A BAS TOUTES LES POLITIQUES RACISTES ! »

« DANS LES QUARTIERS, DANS LES ÉCOLES : VIVE L’UNITÉ FRANÇAIS-IMMIGRÉS ! »

« P.C.F. : RACISTE ! STOLÉRU : RACISTE ! VIVE L’UNITÉ FRANÇAIS IMMIGRÉS ! »

Bravant le P.C.F., ce tigre en papier, la manifestation fera la preuve de ce que tout le monde ne marche pas avec le P.C.F. ou Giscard, de ce que même pendant les fêtes, un camp antiraciste peut se former, oser affronter la politique du P.C.F. et travailler à son élargissement dans le peuple.

Le Samedi après-midi, le C.P.A.C. de Vitry appellera à une réunion de bilan et d’organisation sur Vitry même.

Riposte dès le 3 janvier : 400 personnes manifestent à Vitry contre le commando du P.C.F.

LA FEUILLE DES C.P.A.C.

Cette feuille inaugure la nouvelle dynamique qui doit, nous le souhaitons, animer les Comités Populaires Anti-Capitalistes. C’est la première d’une série de feuille portant sur des points essentiels de la conjoncture telle que nous l’analysons. Ces premiers points sont les suivants : les jeunes immigrés, les chômeurs (deux groupes sociaux issus de la crise), l’école et la santé (deux institutions transformées par la crise).

Aujourd’hui, la crise est partout. Pour les C.P.A.C., ce ne sont pas les taches qui manquent. Pour y faire face, les C.P.A.C. doivent acquérir une stature d’organisation nationale, ayant son organe central, sa politique définie à l’échelle nationale. Pour soutenir la progression des C.P.A.C. vers ce but, une Commission de rédaction d’un matériel central des C.P.A.C. a été créée. Son rôle est de proposer les premières formulations d’axes de travail commun aux différents C.P.A.C. et de leur procurer un premier matériel de propagande commun: ce sont les feuilles sur les points mentionnés ci-dessus.

POURQUOI TRAVAILLER SUR LES GROUPES SOCIAUX ISSUS DE LA CRISE ET POURQUOI SUR LES JEUNES IMMIGRÉS ?

Ce choix vient de l’expérience de plusieurs Comités. Il est confirme par l’analyse de la conjoncture d’ensemble.

La crise, c’est la « restructuration économique ». Cela, tout le monde le sait, c’est officiel. Fermeture d’usines, chômage-travail précaire, réduction de la prise en charge par les organismes d’État : déchirant les accords passés dans la période de « prospérité », le capital, sous la direction de M. Barre, remet brutalement les ouvriers à ce qui est, suivant sa loi, leur véritable place : celle de marchandises soumises aux règles du marché.

Dans l’étape actuelle, ce que provoque la crise, ce n’est pas encore la misère économique générale et massive des ouvriers et du peuple. Ce que la bourgeoisie vise directement, c’est l’identité sociale et politique des groupes et des individus : c’est leur capacité individuelle et surtout collective à réagir, à résister. Ce ne sont pas seulement les usines et les machines que la bourgeoisie détruit pour les transformer, c’est la classe ouvrière, c’est le peuple dont la réalité ancienne – celle qu’on a vu en Mai 68 et dans les années qui ont suivi – est détruite.

Mais une nouvelle réalité populaire et ouvrière est dès maintenant en train de se former.

De nouveaux groupes sociaux font leur apparition, dans la vie sociale, mais aussi, dans une certaine mesure, sur la scène politique : les chômeurs, les jeunes immigrés …

Les « jeunes immigrés » – ou encore « la deuxième génération », car, ayant pour la plupart toujours vécu en France, ils ne sont pas exactement des immigrés – ces jeunes qui sont dans certaines banlieues la majorité de la jeunesse ouvrière, pour le moment ont surtout existé comme cible de toutes les forces politiques bourgeoises : des fascistes au P.C.F., en passant par les flics de l’État giscardien. Leur identité, ils la ressentent, c’est naturel, de façon négative : ils sont des « exclus », des révoltés pessimistes.

Sur le cas de ces jeunes, la logique Étatique, répressive, ségrégative, des partis de la société impérialiste, surtout du P.C.F., dévoile toute son ignominie anti-populaire : voilà un terrain qui s’ouvre à nous, et sur lequel la logique des C.P.A.C., logique d’unité politique du peuple, d’unité révolutionnaire contre la société impérialiste, a de quoi faire ses preuves.

Faire de la résistance contre l’exclusion des jeunes immigrés un point de cristallisation d’une nouvelle conscience anti-capitaliste, pour cette résistance rallier aux C.P.A.C. une avant-garde populaire chez les jeunes eux-mêmes et chez les autres gens du peuple, voilà des tâches enthousiasmantes qui s’offrent aux C.P.A.C.

Pour soutenir ce travail, la feuille comprend plusieurs articles :

– une interpellation de tout le peuple sur à qui profite le courant de mépris, d’isolement et de répression des jeunes … un appel à se mobiliser quand ils sont attaqués

– un dialogue entre jeunes et membres d’un C.P.A.C., permettant de montrer les différents courants existant aujourd’hui chez les jeunes immigrés ; en particulier en montrant que les « durs » prônant l’isolement entre jeunes … sont souvent défaitistes.

– ce que les C.P.A.C. proposent concrètement comme première tâches aux jeunes.

– ce que sont les C.P.A.C. aujourd’hui.