Textes parus dans Saïda. Les femmes marocaines luttent, brochure du Groupe femmes marocaines, n° 2, 1982

Le mouvement des femmes en France (coordination des groupes de femmes de quartiers et d’entreprises, M.L.A.C., etc.) mène depuis plus d’un an une campagne pour le droit au travail des femmes, contre les discriminations à l’égard des femmes dans le travail
Les assises de novembre lui ont permis de s’adresser à des femmes du mouvement venues de toutes la France (700 au total) pour exprimer collectivement les positions des femmes sur les problèmes du travail.
Invité à ces assises, le groupe femmes marocaines, en coordination avec le groupe femmes algériennes, a saisi cette occasion pour exprimer les revendications des femmes immigrées pour le droit au travail (carte de travail), pour la formation professionnelle pour toutes, et l’accès aux crèches pour qu’elles puissent suivre une formation ou travailler.
A la même période, nous luttions avec les femmes immigrées « sans papiers » pour leur régularisation, c’est pourquoi nous avons centré notre intervention aux assises sur ce problème, et nous avons adressé le texte d’une pétition adoptée aux assises, au ministère de la solidarité nationale.
Ces assises nous ont aussi permis de profiter de l’expérience des femmes françaises qui, à l’issue des assises, ont posé les positions communes des femmes à appeler les partis et les syndicats aux « états généraux » sur le travail des femmes qui ont eu lieu les 24 et 25 Avril avec la C.F.D.T. et des militantes de la C.G.T.
LE SENS DE NOTRE PARTICIPATION COMME FEMMES MAGHREBINES IMMIGREES AUX ASSISES NATIONALES SUR L’EMPLOI DES FEMMES
Le groupe femmes marocaines, le groupe femmes algériennes, les femmes tunisiennes sont partie prenante des campagnes du mouvement des femmes françaises : nous sommes des femmes dans l’immigration en France. Notre participation aux assises s’inscrit dans ce cadre pour contribuer aux débats du mouvement sur les problèmes des femmes et le travail, et pour apporter des éléments en ce qui concerne plus particulièrement les femmes immigrées et le travail.
Mais notre spécificité en tant que femmes immigrées, et en tant que femmes arabes, ne nous permet pas de nous faire entendre ici en France, aussi nous attendons de ces assises, et du mouvement des femmes françaises, dans ses batailles quotidiennes, qu’elles intègrent dans leurs revendications, les mots d’ordre des femmes immigrées.
Encore une fois, à cause de notre oppression même, à cause des limites que même le gouvernement actuel met à notre droit de vivre, de circuler, de travailler, de nous exprimer en France, il est difficile pour nous d’établir un rapport de force qui nous permette d’imposer nos mots d’ordre. C’est donc plus qu’un appel au soutien du mouvement des femmes. A la lutte des immigrées, c’est un appel à vous battre toutes, à nos côtés. Ainsi la régularisation sans conditions (pour l’obtention des cartes de séjour et de travail) des immigrées « sans papiers » entre dans la campagne sur l’emploi des femmes.
Nous espérons, comme l’ensemble du mouvement, sortir de ces assises avec des perspectives concrètes, de façon à démarrer une véritable campagne sur l’emploi des femmes, qui continuent, même sous le gouvernement actuel, à être les dernières embauchées, les premières licenciées, sous-qualifiées, sous-payées, etc.
Pour les femmes immigrées, tous ces problèmes se posent mais de manière encore plus cru.
LES FEMMES IMMIGREES ET LE TRAVAIL.
Nous ne sommes plus sous Giscard : les femmes peuvent venir en France rejoindre leurs familles. Mais seules les femmes qui viennent dans le cadre de ce fameux « regroupement familial » ; ont le droit de venir vivre en France : l’immigration est arrêtée depuis 1974, et le Gouvernement actuel renforce encore le contrôle aux frontières : corvéables à merci, nous sommes aussi renvoyables à merci. Cela veut dire que, par exemple, si une femme seule veut travailler en France pour sortir de sa famille, elle n’a pas le droit au séjour en France. Et on refuse en fait à une femme d’immigré divorcée ce même droit au séjour. Même chose pour toute démarche administrative : on nous demande les papiers du mari ou du père, et on refuse de nous en accorder !!!
Le droit au travail pour les femmes immigrées, ça signifie donc :
– le droit d’abord de pouvoir vivre en France ; le droit à la carte de séjour.
– le droit de travailler : le droit à la carte de travail, pour pouvoir bénéficier des garanties sociales accordées aux autres travailleurs …
– le droit à la formation professionnelle : axée à tous les types de formation, et garanties d’emploi à la fin.
– Le droit d’accéder aux équipements collectifs sans conditions, et d’abord les crèches, sans quoi les femmes immigrées qui veulent « en sortir » ne peuvent ni aller apprendre la langue française, ni apprendre un métier, ni travailler.
En lui refusant de fait tout cela, en lui refusant le droit au séjour et au travail, on la renvoie à sa situation d’opprimée, au sein de la famille immigrée où elle est toujours considérée comme une éternelle mineure.
Elle s’est battue pour venir en France travailler, pour se prendre en charge et souvent en contrepartie, elles doivent prendre en charge leur famille.
Cela veut dire que :
Soit elles continuent ici à dépendre d’un homme, mari ou père.
Soit elles se retrouvent sans papiers dans la clandestinité ; cette bataille pour l’indépendance économique reste sans issue.
Sans papiers, cela veut dire sans garanties sociales ni protection des droits : elles sont sur-sur-exploitées : dans leur travail, les patrons se permettent de leur faire faire plus de 15 heures pour moins que le SMIC.
Dans le cas des femmes qui font du travail domestique, le « logées et nourries », signifie être sur place 24 H. sur 24. Et pour celles qui veulent gagner de quoi vivre décemment, ou de quoi se dédouaner, comme elles disent, vis-à-vis de leur famille, c’est la prostitution.
Elles en arrivent à accepter de plus en plus de choses, et pour combler les fins de mois, souvent c’est la semi-prostitution !
Pour une fois, ce n’est pas seulement la culture d’origine (arabo-islamique) qui est en cause, mais bien notre situation de non-droit en tant que femmes immigrées en France.
Notre bataille actuelle en tant que Groupe de Femmes Immigrées, à travers les possibilités ouvertes par ce que le nouveau Gouvernement a appelé « la régulation des « sans-papiers », est d’exiger un véritable droit au travail pour les femmes immigrées « clandestines » :
– c’est ces « possibilités » qui sont limitées : pour avoir la carte de travail, il faut prouver l’entrée en France avant Janvier 1982, et détenir un contrat de travail : « possibilités ségrégatives » : – c’est depuis 1974, et non pas depuis Janvier 1981 que les immigrées ne peuvent plus venir en France, qu’ils viennent « clandestinement ».
Très peu remplissent cette condition.
– Même chose pour le contrat : la plupart des femmes immigrées, parce qu’elles travaillent au noir, n’ont jamais eu de contrat. Et aujourd’hui les patrons, pour leur faire « la faveur » de leur en signer un, multiplient les chantages : au salaire, aux horaires, et même chantage sexuel. Ils en profitent pour leur imposer des horaires illégaux, des conditions de travail plus dures … sans compter les manifestations de racisme.
Ou bien, si elles refusent, pas de contrat. Ils ne veulent pas « s’engager » à les faire travailler, alors qu’elles travaillent chez eux depuis des années, ils ne veulent pas payer les cotisations sociales et les 600 F. pour l’office national de l’immigration, où ils exigent qu’elles les paient elles-mêmes. ET ELLES ACCEPTENT. Elles acceptent tout pour avoir la carte de travail. Et quand on, leur signe ce contrat, on leur fait bien comprendre que si c’est 20 heures par semaine (minimum), sur le contrat, elles continueront bien sur à faire leurs 10 à 15 heures/Jour, AU MEME PRIX QU’AVANT.
Si elles refusent, pas de contrat, pas de « régularisation » et la date limite de régularisation approche : fin décembre !!!
C’est donc et dans l’immédiat une bataille pour une bataille minima, droit de vivre en France, droit de travailler que nous menons. Après décembre, notre bataille continue :
– L’ensemble des femmes immigrées « sans papiers » ne pourront pas être régularisées vu ces conditions draconiennes.
– L’immigration sera toujours arrêtée, les frontières fermées et nous devrons nous battre pour ne pas continuer, comme sous GISCARD à venir en France seulement pour rejoindre notre père, notre mari, qui d’ailleurs préfèrent, pour que nous soyons bien gardées, que nous restions ou que nous repartions au pays.
Pour les jeunes immigrés, c’est la meme chose
Les filles de la « deuxième génération » n’obtiennent pas toujours un travail à la fin de leurs études, et le type de formation professionnelle à laquelle elles ont accès, quand elles y ont accès, ne leur permettent pas de travailler.
Pour elles aussi, c’est la carte de travail qu’il faut exiger. Les étudiantes immigrées n’ont pas non plus le droit à la carte de travail. Elles ont aussi le « droit » de travailler au noir.
Notre sur-exploitation ne cessera pas du jour au lendemain et nous aurons besoin de toutes nos forces, de toutes les forces des femmes qui se battent en France.
FEMMES FRANCAISES, FEMMES IMMIGREES, C’EST TOUTES ENSEMBLE QU’IL FAUT LUTTER !
TEMOIGNAGE D’UNE FEMME DE MENAGE « SANS PAPIERS »
La situation de la femme immigrée est insupportable et des plus précaires.
En effet, les femmes immigrées, le plus souvent, arrivent en France dans le cadre du regroupement familial et donc n’ont pas le droit au travail. Elles sont acculées à travailler au noir comme toutes les femmes immigrées sans papiers.
Cette situation de sans droit nous oblige à accepter les travaux les plus pénibles et les plus ingrats sans aucune garantie aux couvertures sociales avec des salaires dérisoires et des horaires de travail illégaux.
En tant que travailleuse immigrée, je voudrai me permettre ici de parler au nom des femmes de ménage. Notre situation se résume comme suit :
– Nous travaillons en général chez plusieurs patrons à la fois.
– Nous travaillons au maximum 10 Heures par semaine chez chaque patron. Etant donné notre situation de sans papiers, nous sommes soumises par nos patrons à une exploitation atroce et à des conditions de travail intolérables car notre travail ne se limite pas à l’entretien de la maison mais aussi à la cuisine et tout ce qui s’en suit ; à la prise en charge des enfants, courses, etc.
Voilà en résumé nos conditions de travail. Quant à nos revendications nous les posons comme suit :
– Egalité de droits avec les hommes ;
– Egalité des droits travailleurs Français-Immigrés ;
– Le droit au regroupement familial sans aucune condition ;
– Carte de travail et de Séjour pour toutes les Femmes Immigrées : Femmes de ménage : sans aucune condition ;
– Droit à la régularisation sans condition de contrat de travail ;
– Droit à la régularisation sans la condition de l’engagement de versement à l’ONI (600 F)
Enfin, nous remercions encore tout les amis qui nous soutiennent.
– Vive l’Unité des Travailleurs Immigrés Hommes et Femmes.
– Vive la Solidarité Français Immigrés.
Femme de ménage « sans papiers »
PETITION POUR LA REGULARISATION SANS CONDITIONS DES FEMMES IMMIGREES « SANS PARIERS », ET LE RENOUVELLEMENT AUTOMATIQUE DES CARTES DE SEJOUR ET DE TRAVAIL
Les femmes immigrées, comme l’ensemble des travailleurs immigrés, sont actuellement l’objet de mesures exceptionnelles de « régularisation » des « sans papiers », de la part du nouveau gouvernement. Mais la « régularisation » se fait à condition :
– d’avoir un contrat de travail de un an
– d’être entré en France avant janvier 1981.
Ces mesures sont restrictives : pourquoi ? Pour les femmes immigrées « sans papiers », les conditions sont presque irréalisables. La plupart d’entre elles sont femmes de ménage, au noir et les patrons REFUSENT le plus souvent de leur signer ce contrat, alors qu’elles travaillent chez eux depuis des ANNEES !
Ou ils acceptent de leur faire cette « faveur » de signer ; c’est après de multiples chantages aux horaires, aux salaires, et même le chantage sexuel … sans compter les manifestations de racisme. S’ils se permettent tout cela, c’est parce qu’ils savent qu’elles ne peuvent pas ne pas accepter : avoir ce contrat, c’est la condition pour elles du droit au séjour (légal) en France.
– La 2ème condition (entrée en France avant janvier 81) exclut un grand nombre d’entre elles.
– Et la date LIMITE de régularisation APPROCHE : LE 31 DECEMBRE. Cela veut dire qu’à partir du 1er janvier, ce seront les EXPULSIONS MASSIVES, C’EST POURQUOI, nous signataires exigeons du gouvernement :
– LA REGULARISATION SANS CONDITIONS DE CONTRAT NI DE DELAI DE TOUS ET TOUTES LES « SANS PAPIERS »
– LE RENOUVELLEMENT AUTOMATIQUE DES CARTES DE TRAVAIL ET DE SEJOUR
– LA REOUVERTURE DES FRONTIERES. LES IMMIGRES NE SONT PAS RESPONSABLES DU CHOMAGE !!!
| Nom et prenom | ville | signature |

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