Texte paru dans La Voix des travailleurs algériens, n° 11, juin 1979

Depuis le 13 mars une cinquantaine de femmes mènent une lutte exemplaire contre les conditions de travail digne des vieux temps de l’esclavagisme. Elles sont femmes, elles sont immigrées, elles sont analphabètes. Bref, Hamelin le directeur de l’INSA, a cru avoir trouvé là, par l’intermédiaire de la S.I.N., la bonne marchandise docile, ne connaissant ni grève, ni manifestations, ni syndicats. Nos camarades lui apporte un sévère démenti.
Elles sont embauchées par la S.I.N (société industrielle de nettoyage) société de sous-traitance travaillant pour le compte de l’INSA. C’est une pratique qui a tendance à se multiplier comme dirait l’autre. Comme les boîtes d’intérim, la sous-traitance n’est rien d’autre qu’une forme d’esclavagisme des temps modernes permettant sur le plan juridique de maintenir les ouvriers et les ouvrières avec des salaires excessivement bas, des conditions de travail inhumaines, et enfin isolés du reste des travailleurs avec qui ils sont employés. Mais il est des terrains dont celui de la lutte des classes qui balayent d’un seul coup tous les remparts juridiques qui protègent momentanément tous les patrons, directeurs, et autres rapaces de cette société.
LEURS CONDITIONS DE TRAVAIL
Elles sont femmes de ménage et ne travaillent que huit mois sur douze avec un salaire de 11,60 F de l’heure. Alors que leurs camarades embauchées directement par l’INSA sont payées à 14,00 F. Elles sont donc sans travail pendant quatre mois dans l’année sans aucune indemnité de chômage ou autre pour la grande majorité d’entre elles. Le même repas, elles le payent deux fois plus cher que leurs camarades embauchées par l’INSA qui, par ailleurs, touchent un salaire toute l’année.
Ceci ne sont que les injustice les plus flagrantes et elles ont fermement décidé de poursuivre la lutte qui dure maintenant depuis plus de deux mois, jusqu’à la satisfaction de leurs légitimes revendications :
– Du travail toute l’année y compris pendant les vacances scolaires ;
– 14 F de l’heure comme leurs camarades ;
– Refus de faire du travail en heures supplémentaires, et demande de remplacement du personnel malade ;
– Travail adapté à leur force : refus du lavage complet des murs à la fin de l’année scolaire ;
– Des produits non toxiques et en quantité suffisante pour le nettoyage, des cours de formation continue :
– Accès au restaurant de l’INSA au même prix que celui réclamé au personnel de l’INSA ;
– Le respect de la loi sur la représentation des travailleurs, comité d’établissement, hygiène et sécurité.
Hamelin reculera comme d’autres ont reculé. La détermination des travailleurs l’y obligera. Mais dans une situation comme celle que nous vivons, il faut à tout prix élargir le mouvement, le porter à un niveau de masse beaucoup plus large, car tout recul d’Hamelin sera un recul de tous les capitalistes. Si nous arrivons à faire reculer le patron de l’INSA, et pour notre part nous jetterons toutes nos forces pour cela, ça signifiera l’amélioration des conditions de travail et des salaires pour des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses qui sont dans le même cas.
C’est en ce sens qu’à l’appel de la CFDT commerce et services et de l’inter-syndicale des personnels de l’INSA CGT, CFDT, SNESUP, la fête de soutien organisé le 10 mai a rassemblé plusieurs milliers de personnes à la bourse du travail. Fête qui a permis de collecter plus de 8 000 F en soutien aux femmes de ménage.
C’est toujours en ce sens que les étudiants de l’INSA se sont engagés dans une grève pour soutenir leurs camarades travailleuses. Des étudiants, à la demande des femmes de ménage, soutiennent leurs justes revendications et leurs moyens d’actions.
Cinq d’entre eux ont été inculpés de « violence avec préméditation » pour avoir retenu le directeur de l’INSA le jeudi 3 mai entre 12 h 30 et 13 h 30 à la suite de ses refus de prendre en compte les problèmes de ce personnel.
Il leur est aussi reproché d’avoir volé ! … volé … deux bouteilles de bière. Et Hamelin pourquoi n’est-il pas inculpé d’avoir volé la santé et les salaires des travailleuses ? Parce que la justice c’est la sienne, elle est à son service !
Nous ne répétons pas que la gravité des inculpations et sans commune mesure avec le fait reproché.
Pour la levée des inculpations, un groupe composé d’étudiants et de travailleurs a engagé une grève de la faim pour exiger la levée des plaintes et des inculpations ainsi que la libération immédiate des inculpés.
Déjà la détermination des femmes de ménage et le soutien des étudiants et grévistes de la faim ont permis un premier recul d’Hamelin.
Lors d’une réunion avec l’inter-syndicale il a promis la levée des plaintes à condition de la cessation de la grève de la faim, l’arrêt de la grève des étudiants et le nettoyage des lieux par les femmes de ménage.
Notons d’une part que l’inter-syndicale n’a pu au nom des grévistes de la faim, puisque ceux-ci ne sont pas représentés dans l’inter-syndicale, et que d’autre part les femmes de ménage ont jeté à juste titre les propositions de diversion du patron. En effet, il leur propose de déposer les armes pour mieux les écraser. Elles acceptent les négociations sur la base de leurs revendications, non sur l’arrêt de la bataille.
NON A LA DIVERSION !
NON A LA DIVISION !
Les femmes de ménage sont décidées à arracher leurs revendications et l’ont crié bien fort lors de la manifestation du 17 mai où plusieurs cortèges les ont rejoint à l’INSA. Comme le CTA l’a déjà affirmé à l’assemblée générale, la lutte est dans une phase où son issue dépend pour une grande part de son élargissement. Nous regrettons à cet égard le refus tacite de certaines sections syndicales et syndicats d’entreprises d’informer de cette lutte, d’appeler à la solidarité active et d’apporter un soutien financier d’une importance capitale pour nos camarades en lutte, qui ont à leur charge des familles entières pour la plupart d’entre elles.
VIVE LA LUTTE DE NOS CAMARADES DE L’INSA
SOUTIEN TOTAL ET INCONDITIONNEL
LUTTE JUSQU’A LA VICTOIRE
Le pouvoir veut nous expulser comme des citrons bien pressés, les femmes de ménage immigrées de l’INSA nous montre la voie.
Travailleurs de tous les pays unissons-nous !
LE C.T.A. LYON

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