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Saïda Menebhi (intervention meeting 1978)

Texte unitaire lu à l’occasion du meeting de soutien aux prisonnières politiques du Maroc organisé le 4 janvier 1978, publié dans Coordination des femmes noires, n° 1, juillet 1978 et Le temps des femmes, n° 1, mars 1978

SAIDA, militante de l’organisation Marxiste-Léniniste « ILLAL AMAM », a été assassinée pour avoir participé directement à la lutte du peuple marocain contre le régime réactionnaire de Hassan II.

A partir de la tribune où le pouvoir prétendait la juger, Saïda a osé exprimer son soutien militant à la lutte du peuple sahraoui pour son légitime droit à l’autodétermination.

Le régime du Maroc n’a pas hésité à tuer une femme, alors que pour lui jusqu’à présent, une femme qui lutte n’était rien.

En tuant Saïda, le régime marocain a montré la volonté d’empêcher l’organisation et la mobilisation des femmes marocaines. Contre tous ses espoirs les femmes – mères, sœurs, épouses des détenus – ont répondu à l’assassinat en occupant une mosquée et en entamant une grève de la faim.

Les femmes du Maghreb, d’Afrique Noire, des Antilles, de France, pour ne pas rester enfermées par les nations, les frontières, ni par les intérêts des gouvernements qu’elles combattent, ont décidé de briser l’isolement, de coordonner et de multiplier leurs efforts.

Les femmes du Maghreb, d’Afrique Noire, des Antilles, de France, pour ne pas rester enfermées par les nations, les frontières, ni par les intérêts des gouvernements qu’elles combattent, ont décide de briser l’isolement, de coordonner et de multiplier leurs efforts.

Saïda a été assassinée par un régime valet des impérialismes américain, allemand, et précisément français. C’est cet impérialisme-là qui soutient le régime de Hassan, ce n’est pas nouveau.

Tirant profit d’une indépendance volée au peuple marocain par la classe au pouvoir, il a continué, comme au beau temps de la colonisation, à pomper les matières premières, à maintenir un marché privilégié, à exploiter non seulement les richesses mais aussi les hommes (c’est-à-dire les hommes et les femmes) : réserve de matières premières, mais aussi nouveau marché aux esclaves, sous le nom « immigration ».

Ce qui est nouveau c’est le rôle que l’impérialisme dévolue au régime menacé par les luttes de libération victorieuses en Afrique ; il faut à cet impérialisme trouver des gendarmes locaux. Il lui faut non seulement stabiliser les régimes réactionnaires par les moyens habituels (fourniture d’armes, aide économique et politique), mais encore, devant l’aggravation du danger de libération des peuples du Tiers-Monde, passer à l’intervention militaire directe ou indirecte, par des régimes à sa solde – Zaïre, Bénin et aussi au Sahara. Dans ces trois pays, c’est Hassan qui, exécutant les ordres de l’impérialisme, a été chargé de rétablir l’ordre. Ainsi, il sert les intérêts de l’impérialisme et ses propres intérêts de classe.

A l’heure où nous parlons, les jaguars et l’armée du gouvernement français continuent à massacrer les populations sahraouies.

Briser l’isolement c’est se donner les moyens de mettre un terme à toutes les oppressions sur les peuples et les femmes en particulier.

Les régimes d’oppression tolèrent les femmes-prétextes au sein d’associations issues de leurs palais.

C’est ensemble que nous empêcherons Hassan de tuer Rabea, Fatima et tous les détenus politiques !

Lutter ensemble c’est briser le poids de toutes les aliénations qui nous étouffent, répriment, bâillonnent !

Notre vie en France est le lieu de convergence de toutes nos oppressions et exploitations.

Quant aux femmes immigrées leur condition est encore plus dure que dans leur propre pays ; confrontées à un travail harassant à l’extérieur humiliées et surexploitées dans un travail de domesticité, arrachées à leur milieu culturel, elles doivent faire face à une agression quotidienne en tant que femmes, en tant qu’immigrées et en tant que travailleuses, sans pouvoir se donner les moyens de lutter contre une telle situation.

En effet, en tant que domestiques elles sont isolées, dispersées et ne peuvent lutter pour améliorer leur condition.

Travail au noir, vexations, sont leur lot quotidien dans leur travail ; chez elles, elles continuent de subir la loi du mari.

Dans nos pays respectifs se pose le problème du colonialisme qui crée l’immigration où nous nous retrouvons déracinées, et si notre lutte se passe actuellement ici, nous sommes à l’écoute et solidaires tous les pays qui luttent pour leur indépendance.

Nous assistons à des restrictions chaque jour plus fortes sur l’immigration ; les lois Stoléru, après avoir dit : « non à l’immigration familiale » ont été modifiées dans leurs termes et tolèrent maintenant l’immigration des femmes. Il ne s agit évidemment pas d’une faveur puisqu’elles n’auront pas le droit de travailler ; ces femmes seront ainsi totalement dépendantes de leur mari. Nous nous élevons contre ces mesures ambigües qui veulent se donner l’apparence de faveurs et se servent des femmes pour pallier au « célibat » des travailleurs immigrés.

Si le gouvernement français est prêt a accepter l’immigration familiale, c’est non seulement pour désensibiliser l’opinion progressiste vis-à-vis des conditions de vie intolérables des travailleurs immigrés en France, mais surtout parce qu’il presse la nécessité d’une soupape de sécurité s’il veut maintenir une main-d’œuvre bon marché ; il essaie d’établir une pseudo-viabilité dans le ghetto grâce à l’apparence d’une vie de famille « normale » pour les travailleurs immigrés.

Ces familles n’auront pourtant une fois de plus que le droit de survivre, en marge des droits politiques et syndicaux.

Face à cette situation, qu’il soit clair que ce meeting n’est pas une action ponctuelle et sans lendemain après la mort de Saïda Menebhi.

Ce meeting marque notre volonté de lutter ensemble, non pas seulement pour empêcher la répression, mais pour conquérir notre libération : celle de nos peuples ; celle de toutes les femmes.

Il marque la première étape d’une coordination des femmes en lutte vivant de gré ou de force en France.

Pour définir nos axes, nos moyens d’action, nous appelons a une assemblée générale, non seulement aux femmes présentes à ce meeting, mais au plus grand nombre de femmes possible.

Pour que cette assemblée générale soit préparée par nous toutes dans les meilleures conditions, un délai de 3 semaines nous semble nécessaire.

MOBILISONS NOUS ! NOUS APPELONS A UN REGROUPEMENT DE TOUTES LES FEMMES !

CE MEETING N’EST QU’UN DEBUT, SOLIDARITE AVEC LA LUTTE DES FEMMES MAROCAINES !

VIVE LA LUTTE DES PEUPLES CONTRE L’IMPERIALISME ET LES REACTIONS !

VIVE LA LUTTE DES FEMMES POUR LEUR LIBERATION !


De nombreux messages de soutien sont parvenus à ce meeting dont celui des femmes sahraouies :

« Des campements de réfugiés où sévit le froid, la faim, la mort, l’exil, nous vous envoyons ce cri d’espoir ;

Des vallées, des montagnes, des dunes où coule le sang de nos martyrs.

Des villes où règnent la terreur de l’occupation, où souffrent des milliers de nos sœurs et de nos frères, nous vous envoyons ce cri d’espoir ;

Au nom de notre peuple tout entier, victime du même bourreau que le peuple marocain, nous voulons ici dire notre infinie solidarité avec la lutte que vous menez contre le régime sanguinaire de Hassan et contre tous ceux qui l’arment et le soutiennent, contre l’impérialisme français.

Avec vous, nous voulons saluer la mémoire de Saïda, assassinée dans l’enfer carcéral, après tant d’autres qui ont osé lutter. Est-ce une coïncidence si cette répression qui s’abat sur toi, sœur marocaine, est la même que celle que nous vivons ?

Elle vient du même roi, de la même réaction.

Elle n’épargne ni les enfants, ni les femmes, ni les hommes sahraouis : des centaines des nôtres ont disparu, enlevés, torturés dans les villes du Sud-Maroc et au Sahara occupé, comme des centaines de Marocains et de Marocaines.

Parmi eux, il y avait Fatma el Ghalia, disparue depuis deux ans, militante de la première heure et pour cela la première arrêtée. Saïda et Fatma Ghalia : deux femmes unies par la lutte, par la détermination, fortes des capacités de leurs deux peuples.

Le peuple marocain vit l’épreuve de la répression. Le nôtre, celle de la terreur, de l’extermination, du génocide.

Quel meilleur soutien peut-on vous offrir, ô nos sœurs marocaines que celui de notre lutte.

Nous avons le même ennemi, nous mènerons le même combat, pour le triomphe de nos peuples, de notre liberté ».

le 13 janvier 1978
Union Nationale des Femmes sahraouies


La troupe Kahina a ensuite représenté (en français, arabe et kabyle) la situation des femmes en Algérie :

« Elles aussi ont donné leur sang dans la lutte, qu’en reste-t-il ? Des noms sur des boulevards …

Où sont les femmes, que disent-elles, que sont-elles devenues ?

Il faut souvent attendre la mort pour que le visage des femmes entre dans le visage de l’histoire … »

Débats sur les luttes des femmes marocaines. Comment combattre comme femme et comme militante ? Sur leur oppression spécifique, sur la situation actuelle des prisonniers et prisonnières politiques au Maroc mais aussi sur le recul du gouvernement face à la mobilisation de son peuple.

Meeting important car il est l’expression de la solidarité internationale de toutes les femmes en lutte.

Mais depuis, il y a eu la sanglante répression de la grève générale en Tunisie le 26 janvier.