Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dans Al-Lioua Al-Ahmar, n° 4, 20 janvier 1927

Mahmoud ben Lekhal est interné pour deux ans à Djelfa. Un siècle d’occupation a abouti à ce résultat ; 97 années de « civilisation » et il n’est pas encore permis à un indigène d’avoir une opinion politique. Car, en somme, Ben Lekhal a été arrêté dans son propre pays sans aucun motif. Mahmoud s’est rendu chez lui pour se reposer, pour voir sa vieille mère qui avait imploré sa visite. Aucun de ses actes ne légitimait son emprisonnement et son internement en Algérie.
Mais existe-t-il une liberté quelconque pour les indigènes de l’Afrique du Nord ?
Aucune ! L’indigénat, ce code abominable, ne fait que s’apesantir sur eux et son caractère réactionnaire se manifeste clairement lorsqu’il s’acharne surtout, sur l’élite d’une masse avide d’évolution.
Chaque année, pour l’Algérie, les statistiques officielles, d’ailleurs si avares de renseignements à ce sujet, publient des vingtaines de cas « d’internement ».
Les geôles coloniales se remplissent : chaque bled de l’Algérie et de Tunisie détient un interné.
Youbi à Medjanah, Khelifi à Sidi Aïssa, Djelloul Ammar à Djebel Nador, Abderrahman Yaalaoui à Bône, Cheikh Nadjar à El Alia, El Arbi El Karoui à Kairouan, Cheikh Chatti à Msaken, etc.


Aujourd’hui Mahmoud ben Lekhal à Djelfa.
Mahmoud ben Lekhal est un internationaliste éprouvé.
C’est un communiste courageux qui s’est dépensé sans répit pour la classe ouvrière et pour les opprimés des colonies. Au mépris de sa vie, de sa liberté, il a mis en application la politique révolutionnaire de son parti. Il a été déjà emprisonné en Rhénanie et en Tunisie.
Face aux baïonnettes du général Degoutte, il appela les soldats Nord-Africains à fraterniser avec les prolétaires allemands affamés.
Sous la dictature du Résident Saint, il s’occupa en Tunisie du sort d’un peuple martyr.
Il combattit sans cesse la colonisation dans toutes ses formes d’exploitation et de domination. Armé du léninisme, il était convaincu que ce régime ne pouvait cesser que par l’indépendance politique et économique des peuples opprimés. Cette indépendance ne pouvait s’arracher que par l’organisation de ces peuples dans des partis liés au mouvement révolutionnaire du prolétariat européen.
Mahmoud personnifia cette solidarité effective entre le mouvement social et le mouvement national révolutionnaire. Symbole de la fraternisation, symbole de la lutte pour l’indépendance des peuples opprimés, il est victime de ce même odieux indigénat qu’il combattit avec tant de force. Mais l’idée est en marche, en voie de réalisation. Les indigènes Nord-Africains s’organisent.
Et cette organisation est le fruit del’activité inlassable des militants d’un parti vraiment révolutionnaire : le Parti Communiste.
Mahmoud ben Lekhal vient d’être livré aux soudards du Sud-Algérien pour le seul crime d’avoir appelé les masses à l’organisation.
Mais il sera libéré par le prolétariat comme il le fut en 1924. Tous ses frères indigènes doivent se joindre aux ouvriers français pour exiger sa libération et celle des autres victimes du colonialisme.
Ils combattront ainsi l’indigénat et cette lutte sera déjà une phase de celle qu’ils doivent mener pour leur émancipation totale.
EL DJAZAIRI


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