Article paru dans Al-Raïat Al-Hamra, n° 5, juillet-août 1927 ; suivi de « Socialistes, loyalistes et droits politiques »

Dans mon programme je m’étais fixé d’assurer la défense de l’Algérie en la mettant aussi bien à l’abri des atteintes « de l’ennemi de l’intérieur » que de l’ennemi de l’extérieur a dit le satrape VIOLLETTE à la dernière session des délégations financières. C’est pour exécuter cette partie de son programme qu’il proposait le vote de 9 millions de dépenses nouvelles, dépenses acceptées par tous les délégués financiers indigènes qui, une fois de plus, se montrèrent comme des valets de l’impérialisme, comme des traîtres à la cause des paysans et des ouvriers d’Algérie.
Pas d’argent pour les secours aux victimes des mauvaises récoltes et aux chômeurs, mais 9 millions de dépenses ! pour permettre à toute la canaille galonnée d’aller gratuitement en France tous les ans ; pour donner à toutes ces gueules de vache des logements ; pour leur assurer pendant leurs vacances en France un supplément de solde leur permettant d’y continuer les noces crapuleuses dont ils sont coutumiers. Qu’en pensez-vous Algériens qui vivez sans abris et misérablement sur les territoires militaires, qui payez les amendes et faites de la prison hors de propos selon les fantaisies des officiers des bureaux arabes ? Qu’en pensez-vous tirailleurs, brutalisés, martyrisés par les gueules de vache de vos régiments, qui bien souvent faute d’argent ne pouvez pas profiter de vos permission pour aller voir vos familles ?
9 millions de dépense ! pour renforcer le militarisme français et permettre en outre de louches combinaisons du gouvernement général avec des sociétés financières grâce à la création d’une cartoucherie d’Alger ! C’est ce qu’ont voté tous les délégués financiers indigènes, traîtres une fois de plus à la cause de la population laborieuse d’Algérie, car toutes ces mesures sont destinées, VIOLLETTE ne l’a pas caché, à permettre à l’impérialisme d’avoir mieux en mains les officiers et les sous-officiers pour la lutte contre les « ennemis de l’intérieur » c’est-à-dire contre les Algériens voulant l’indépendance de leur pays, contre les communistes.
Les délégués financiers indigènes ont donc aidé le gouvernement dans sa lutte contre les travailleurs algériens.
Voici les noms des complices de l’impérialisme : Zerouk Mahieddine, Moulay Mustapha, Saïah, Ben Siam, Benbadis, Sisbane, Ben Chenane, Reguieg, Latreche, Gloulamalah, Ben Abdallah, Ghorab, Kolli, Ben Yacoub, Hacène, Cherfa, Si Salah, Smaïl, Ben Ali Cherif, Ourabah.
Accablez-les de sarcasmes, dénoncez-les partout comme alliés de l’impérialisme, crachez sur leur passage en signe de mépris, exigez leur démission.
Socialistes, loyalistes et droits politiques
Apres avoir délibérément écarté la représentation des indigènes au parlement français, les députés, socialistes en tête, ont décidé que les citoyens français d’Algérie (c’est-à-dire les Français et les naturalisés) auraient dorénavant neuf représentants au lieu de six. Voici démontrée une fois de plus la double attitude des chefs socialistes. Ils ont mené ces dernières années une campagne démagogique pour la représentation des indigènes au parlement, mais dès qu’ils ont eu la possibilité de faire un geste pour aboutir, ils se sont esquivés, se joignant aux colonialistes forcenés et montrant ainsi toute la tromperie de leurs déclarations.
Bentami a eu beau télégraphier, amis socialistes et gouvernementaux l’ont pas écouté. C’est là aussi une preuve de l’impuissance des méthodes de toute cette tourbe de « loyalistes ».
Nous avons dit et nous maintenons que l’impérialisme n’apportera des améliorations à la situation des indigènes que contraint et forcé. Les protestations platoniques des « loyalistes » ne sont écoutées que dans la mesure où elles servent la politique de nos ennemis, si non elles sont jetées au panier. Seule l’action des masses algériennes fera aboutir leurs revendications.
Ceci dit, nous dénonçons à nouveau l’attitude des socialistes et des loyalistes indigènes dans la question des droits politiques. Ils tentent de créer des illusions chez les ouvriers et paysans algériens, ils essaient de les diviser pour les détourner de la lutte efficace et ainsi ils se font les agents de l’impérialisme. Ni Bentami et ses amis, ni les socialistes ne demandent le droit de vote pour tous, ils pleurnichent auprès du gouvernement seulement pour que quelques privilégiés puissent les envoyer se vautrer dans l’antre de corruption qu’est la Chambre des députés. Ces députés indigènes au parlement français n’apporteraient aucune amélioration au sort des Algériens ; les impôts continueraient à être votés par les délégations financières composées en majorité de colons et à être payés en plus grande partie par les indigènes ; les lois continueraient à être éditées par les députés français cent fois plus nombreux que les députés algériens ; comme les autres députés des autres colonies, ceux d’Algérie deviendront d’autant plus vite les valets des financiers qui pillent l’Algérie, qu’ils ne représenteront qu’une couche infime de la population algérienne, la couche à qui l’impérialisme aura accordé le droit de vote, c’est-à-dire la couche la plus liée à lui, la plus disposée à trahir les intérêts de l’ensemble des Algériens au profit de ses intérêts particuliers. Cette représentation ne portera atteinte sur aucun point à la domination de l’impérialisme français, mais bien au contraire lui facilitera sa tâche en donnant l’illusion aux Algériens qu’ils dirigent leurs affaires.
Nous soutenons donc les Algériens conscients de leurs véritables intérêts, qui réclament non pas l’illusoire représentation au parlement français mais une assemblée algérienne élue au suffrage universel et votant les lois et les impôts sans intervention aucune du gouvernement ou du parlement français.
Aux Algériens de toutes les couches sociales de se préparer à la lutte pour arracher cette légitime revendication, les communistes seront à leur avant-garde dans cet épisode de la bataille contre l’impérialisme.


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