Déclaration parue dans Al-Chab Al-Ifriki, organe de défense et de lutte des jeunes travailleurs nord-africains édité par la jeunesse communiste, 1927 ; suivi de « 11 septembre 1924 : les premiers martyrs de la lutte de classe en Tunisie » par Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri

Le Comité Exécutif de l’Etoile Nord-Africaine, dans son journal « L’Ikdam » de juillet 1927 publie son programme. Il déclare tout d’abord que ce programme ne pourra recevoir l’application que dans la mesure où les peuples d’Afrique du Nord, engageront la lutte contre l’impérialisme oppresseur.
ALGERIE
REVENDICATIONS MILITAIRES
- Egalité du temps de service pour les indigènes algériens comme pour les Français ; suppression des brutalités dans l’armée ; maintien des soldats indigènes algériens en Algerie.
- Retrait total des troupes françaises d’occupation.
- Constitution d’une armée nationale algérienne.
REVENDICATIONS POLITIQUES, SOCIALES ET CULTURELLES
- Création d’écoles en langues arabe.
- Instruction gratuite obligatoire et à tous les degrés en langue arabe.
- Elaboration de lois sociales par l’Etat algérien.
TUNISIE
REVENDICATIONS MILITAIRES
- Les soldats tunisiens uniquement affectés à la défense du sol tunisien, servant sous le drapeau tunisien et dans des cadres tunisiens pour une durée maximum de un an. En conséquence, il faudra obtenir le rapatriement immédiat des troupes tunisiennes actuellement hors du territoire tunisien.
- Le retrait des troupes françaises d’occupation.
- L’organisation d’une armée nationale.

REVENDICATIONS POLITIQUES, SOCIALES ET CULTURELLES
- Suffrage universel pour tous les tunisiens, à partir de 18 ans.
- Journée de 8 heures pour les adultes et de 6 heures avec éducation professionnelle pour tout travailleurs de moins de 18 ans.
- Instruction obligatoire et gratuite en langue arabe.
Avant tout, nous voulons faire une première remarque. Le programme pour l’Algérie ne comporte ni le droit de vote à partir de 18 ans, ni la journée de 6 heures et l’éducation professionnelle pour les travailleurs de moins de 18 ans, alors que ces deux revendications existent dans le programme de la Tunisie.
Avec cette première réserve concernant l’Algérie, nous déclarons que nous sommes prêts à soutenir et à engager la Jeunesse indigène d’Algérie et de Tunisie à combattre pour l’ensemble du programme, spécialement pour les revendications qui intéressent directement la Jeunesses et que nous venons d’énumérer.
Cependant, si nous soutenons ce programme et si nous sommes prêts à engager la jeunesse indigène à lutter pour sa réalisation, et cela parce que dans cette lutte l’impérialisme français s’affaiblit et que cette lutte ouvre des larges possibilités de développement à la Révolution prolétarienne mondiale, nous ne confondons pas ce programme national avec nos objectifs socialistes.
En particulier nous sommes pour l’élargissement de la formule de constitution d’une armée nationale populaire, c’est-à-dire pour l’armement des ouvriers et des paysans, les droits politiques aux soldats, l’organisation et l’éducation politique à l’intérieur de l’armée nationale populaire, y compris le droit pour les communistes de s’organiser spécialement.
Nous voulons le droit de vote et de représentation dans tous les organes législatifs et délibératifs, à partir de 18 ans.
Nous voulons un code de protection du travail de la Jeunesse établi et contrôlé par les organisations ouvrières, la création de tout un système d’apprentissage payé, la journée de six heures y compris les heures d’éducation professionnelle et cela pour tous les jeunes au-dessous de 18 ans. Le tout, basé sur un plan d’ensemble en vue de la réorganisation socialiste du travail de la Jeunesse.
Enfin, nous réclamons pour les communistes dans le mouvement national révolutionnaire, le droit de critique, de s’organiser et de défendre leurs idées en toute liberté.
Nous pensons que la lutte nationale révolutionnaire ne peut atteindre ces objectifs essentiels, sans une alliance ferme avec les prolétaires des pays des métropoles, alliance dont nous sommes des partisans résolus.
Mais, dès maintenant et sans perdre de vue nos propres objectifs, nous nous rangeons aux côtes de « L’Ikdam » et nous appelons toute la jeunesse indigène à s’unir à nous et à tous les jeunes prolétaires pour le combat.
Le Comité Central des J.C.F.

Les premiers martyrs de la lutte de classe en Tunisie
11 SEPTEMBRE 1924
11 Septembre 1927, 3e anniversaire de la tragédie de Bizerte.
Elle ne s’est pas effacee de la mémoire des travailleurs et les martyrs ouvriers qui tombèrent sous les balles du chef de la Sureté Campana et de ses brutes, resteront dans l’histoire du mouvement ouvrier colonial le symbole du premier et sanglant épisode de la lutte de classe en Tunisie.
Les noms de El Arbi El Koumi, vieillard de 60 ans, et du jeune gréviste Youcef Ben Ali, assassinés par le capitalisme colonial, pour avoir revendiqué pour eux et leurs frères de meilleures conditions de vie. les droits élémentaires de la liberté syndicale, seront gravés dans le cœur de chaque travailleur.
La commémoration de leur mort ne doit pas être un deuil sentimental ; dans ce cas leur sang aurait coule en vain. On doit se rappeler qu’ils furent les pionniers de l’organisation syndicale, qu’ils furent parmi ceux qui, par leur dévouement, bâtirent les fondations de la Confédération Générale du Travail Tunisienne. Ils furent tués pour cette noble cause et le Comité Exécutif de la C. G. T. T. reste toujours banni pour 45 années.
Mais, malgré la répression féroce de l’impérialisme français, le Syndicat des Dockers, par la volonté des militants de cette trempe, n’a pu être détruit. Il existe encore, et ceci démontre qu’on ne peut malgré tous les Campana assassins, malgré tous les Saint colonialistes, étouffer la voix revendicative des ouvriers, surtout quand on les exploite aussi honteusement, qu’on leur dénie tous les droits et libertés sociales, qu’on les jette dans les tueries impérialistes, comme on le fait sans ménagement avec des êtres opprimés.
Après les mouvements de grèves de 1924, si férocement réprimés, et que le capitalisme et ses alliés réformistes ont qualifié de politiques, la situation des ouvriers et paysans tunisiens s’est aggravée. Aujourd’hui la famine, le typhus et la peste déciment les tunisiens. Les salaires diminuent, les journées de travail s’allongent, le chômage s’accentue, le coût de la vie et les impôts deviennent accablants. Des libertés : de presse, de réunions, de parole, il n’en existe plus.
Les décrets scélérats subsistent et, avec eux, la terreur gouvernementale redouble d’intensité.
Les jeunes sont particulièrement les plus frappés. Dans la dernière grève du Monopole des Tabacs les solutions se sont faites sur leurs dos. Demain, dans la guerre qu’il prépare contre l’amie des peuples opprimés : la Russie soviétique, l’impérialisme les jettera dans un nouveau carnage.
Mais tout a une fin. Les travailleurs tunisiens ne peuvent endurer plus longtemps ce martyre. Leurs illusions doivent être dissipées. La trahison des syndicats réformistes, allies à l’impérialisme, la politique passive des dirigeants du Destour leur indiquent qu’ils ne doivent compter que sur la lutte à outrance.
Ils doivent réformer les syndicats, les rendre puissants.
Ils doivent rejoindre le Parti Communiste, le seul qui ait défendu leurs intérêts sans défaillance malgré tous les coups de l’Administration coloniale.
Les jeunes travailleurs tunisiens, plus exploités que leurs aînés, doivent avec toute l’ardeur qui caractérise leur âge, combattre dans les organisations révolutionnaires :
1° Pour l’augmentation des salaires :
2° Pour l’application de la journée de huit heures ;
3° Pour le droit syndical ;
4° Pour reconquérir le droit d’écrire, de parler et de se réunir librement ;
5° Pour que les affamés mangent à leur faim et soient secourus aux frais des colons ;
6° Pour que les colons et les grandes sociétés rendent gorge ;
7° Pour sortir de prison et de l’internement les otages de l’impérialisme ;
8° Pour la défense de la Révolution chinoise et de l’U.R.S.S. ;
9° Pour préparer la bataille pour la libération de la Tunisie, pour leur libération sociale.
Et ainsi, ils se montreront dignes des deux héros, El Arbi El Koumi et Youcef Ben Ali, qui le 11 septembre 1924, tombèrent assassinés par le capitalisme français pour avoir lutté pour le bien-être et l’émancipation de leurs frères.
El Djazaïri.


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