Article paru dans Le Populaire, 11 mai 1936 ; suivi de « Une conférence internationale pour la défense de l’Ethiopie« , paru dans L’Œuvre, 12 mai 1936 et de l’article « Une conférence internationale d’Arabes et de Noirs pour la défense du peuple éthiopien et contre les fascismes provocateurs de guerres », paru dans La Correspondance internationale, 16e année, n° 22, 16 mai 1936

A l’Hôtel de ville de Boulogne-sur-Seine s’est ouverte hier la Conférence internationale des Organisations noires et arabes en défense du peuple éthiopien.
Cette conférence, à laquelle ont adhéré de nombreuses organisations antifascistes et pacifistes, était présidée par MM. Morizet, sénateur maire de Boulogne et M. Paul Perrin, président de la Fédération des officiers de réserve républicains.
Etaient représentés : L’Etoile Nord-Africaine, l’Union des travailleurs nègres, la Ligue de défense de la race nègre, l’Association syrienne arabe, la Ligue de défense des Musulmans, le Comité de défense et d’action coloniales, la Fédération de la Somalie, les Femmes de la Jamaïque, Bond van Surinaamse den Arbeiders in Nederland, Abyssinia Association London, la Jeune République, J.E.U.N.E.S., la Fédération de la Seine des jeunesses laïques et républicaines, le Parti socialiste italien, F.O.P. des mutilés et anciens combattants, Comité de défense du peuple éthiopien à Philippeville, Comité de défense du peuple éthiopien à Constantine, etc., etc …
Apres avoir manifesté sa chaleureuse sympathie à l’héroïque peuple éthiopien, la Conférence s’est dressée contre toute politique tendant à accepter le fait accompli de la conquête fasciste, car le problème de l’agression qui s’est posé, en octobre, devant la S. D. N. et l’opinion mondiale n’est pas changé avec la défaite des armées éthiopiennes.
La Conférence affirme qu’accepter le fait accompli serait donner raison à l’agresseur et encourager les agresseurs de demain.
La Conférence a applaudi un rapport du professeur Cenac Thaly : les répercussions du conflit italo-éthiopien sur le problème colonial.
La Conférence continuera demain.

Une conférence internationale pour la défense de l’Ethiopie
La Conférence internationale des Noirs et des Arabes a continué ses travaux à l’Hôtel de Ville de Boulogne, aimablement mis à sa disposition par le sénateur Morizet.
Paul Perrin, Jean Guéhenno, le professeur Beton ont présidé tour à tour. Une centaine de délégués ont acclamé MM. Pierre Cot, Bossoutrot, Marcel Griaule.

Une conférence internationale d’Arabes et de Noirs pour la défense du peuple éthiopien et contre les fascismes provocateurs de guerres
par ADAMI
La conférence internationale, réunissant les Arabes et les Noirs, qui a eu lieu à Paris le 9 et le 10 mai, sous le patronage du Comité international pour la défense du peuple éthiopien, a revêtu une importance politique qui dépasse sûrement celle que lui attribuèrent ses promoteurs. Pour la première fois se sont trouvés réunis les représentants des nombreuses associations d’Arabes et de Noirs qui vivent dans les principaux centres d’Europe, et des délégués de groupes et d’associations de nombreux pays africains de tendances diverses et de différentes idéologies, mais tous unis sur les points essentiels qui faisaient l’objet de leur conférence : la défense du peuple éthiopien, de l’unique peuple africain qui avait réussi à conserver son indépendance nationale.
Parmi les problèmes d’ordre international qu’a soulevés le conflit italo-éthiopien, et les complications qu’il a provoquées, la dernière et non la moins grave est celle d’avoir accentué les risques de guerre mondiale. Il a fixé l’intérêt et préoccupé l’opinion publique de tous les pays. Il est facile d’imaginer combien l’agression fasciste a inquiété et ému plus encore les peuples noirs et arabes qui, non encore résignés à l’oppression impérialiste, ressentent d’une manière plus dramatique ce que représente pour leur cause la perte de la liberté nationale du dernier peuple indépendant de l’Afrique. La conférence a reflété le souci de ces préoccupations et ces émotions, ainsi que les aspirations vivaces des peuples opprimés. La conférence a révélé en outre cette réalité qui prit corps durant les premiers mois de la guerre fasciste contre le petit peuple éthiopien : la formation, dès le début des hostilités, d’un front arabo-noir, qui aurait pu rendre d’immenses services à la cause des libertés nationales, et par conséquent à la cause même de la paix.
La composition des délégations qui participèrent à la conférence était également du plus haut intérêt : outre les comités nationaux pour la défense de l’Ethiopie, toutes les associations des Arabes et des Noirs de Paris étaient présentes ; les délégués égyptiens, de Constantine, de Philippeville, d’Alger : le comité « Negro Workers », du Danemark ; le « Surinamer in Nederland », la Fédération musulmane de Londres, l’Abyssinia Association d’Angleterre ; les étudiants iraquiens; la Ligue pacifiste d’Alexandrie (Egypte) ; l’association syrienne-arabe et diverses associations des pays arabes et noirs qui avaient délégué à la conférence leurs compatriotes résidant en Europe ; le comité de défense du peuple tripolitain, dont le siège est au Caire, etc., etc. Et à leurs côtés, fraternellement solidaires, diverses organisations politiques, culturelles, pacifistes, antifascistes de Paris et d’Europe, parmi lesquelles les associations pour la S.d.N. ; le comité de vigilance des intellectuels de France ; la section coloniale du P.C.F. ; la Ligue française des droits de l’homme ; la Jeune République française ; le Parti communiste d’Italie ; le Comité italien d’Amsterdam-Pleyel ; le Parti socialiste italien et d’autres nombreuses associations luttant contre la guerre, pour la paix, ainsi que de nombreuses personnalités : Racamond, Cot, Paul Perrin, Victor Basch, Guéhenno, Cohen, etc., etc. qui témoignaient de la fraternisation entre les races et des idéaux communs de liberté et d’émancipation des hommes et des peuples.
Naturellement la conférence a discuté principalement de l’action à mener – dans la phase actuelle du drame abyssin – pour la défense de l’indépendance de ce peuple qui, malgré les extraordinaires preuves d’héroïsme qu’il a données, n’est pas parvenu à arrêter l’avance de l’agresseur qui a vaincu sur le terrain militaire par la supériorité des moyens et grâce à l’encouragement qu’il a trouve dans la faiblesse de la S. d. N.
Tous les autres problèmes – les revendications propres à chaque groupement, comme la lutte pour l’indépendance, la lutte contre les risques de guerre mondiale – ont été examinés avec autant d’attention et placés au premier plan des préoccupations de la conférence. Particulièrement les revendications concernant les Arabes et les Noirs, la lutte contre les principaux fauteurs de guerre mondiale : l’hitlérisme qui appuie sa politique guerrière sur la supériorité de la race ; la lutte contre le militarisme japonais qui veut soumettre les peuples indépendants de la Chine pour venir aux frontières de l’U.R.S.S. La conférence a salué d’applaudissements chaleureux le rapport du professeur Cohen qui a souligné la façon parfaite dont l’Union soviétique, en sa qualité de nation socialiste et anti-impérialiste, a résolu le problème des nationalités et demeure par cela même le signal de ralliement des peuples opprimés.
Les Arabes et les Noirs, quelles que puissent être les conclusions diplomatiques du conflit et quelles que soient les manœuvres intéressées des impérialismes aux dépens des plus faibles, veulent continuer la lutte en faveur de l’Abyssinie. La conférence a apprécié à sa juste valeur et avec gratitude l’action menée par le Parti communiste italien qui dresse le drapeau de lutte pour la délivrance du peuple italien du joug fasciste, pour la libération de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque, du Dodécanèse et des minorités nationales – et qui a soutenu, dans l’intérêt même du peuple italien, et soutiendra sans défaillance la cause de l’indépendance abyssine.
Comme conclusion de ses travaux, la conférence qui a décidé de maintenir le comité de coordination des Arabes et des Noirs pour la défense du peuple éthiopien, a voté un ordre du jour qu’elle a adressé à la S. d. N. où elle déclare :
Se dressent avec force contre toute politique tendant à l’acceptation du fait accompli de l’agression fasciste et déclarent que la lutte pour l’indépendance de l’Ethiopie doit continuer plus énergique que jamais jusqu’à ce que le fruit de son agression soit enlevé à l’agresseur.
La conférence internationale en appelle aux peuples et aux masses pour qu’ils fassent pression sur la S. d. N. afin qu’elle refuse de reconnaître l’annexion proclamée par Mussolini ; que les sanctions soient maintenues jusqu’à la conclusion du traité de paix dans le cadre de la S. d. N., et que soit refusée toute aide financière à l’agresseur.
Ainsi les Arabes et les Noirs, de même que les masses populaires de tous les pays renouvellent l’assurance de leur solidarité active au malheureux peuple éthiopien ; ils s’engagent à l’aider à chasser l’envahisseur comme ils s’engagent à aider le peuple italien à se libérer de Mussolini, fondateur de l’empire de la faim. Cette lutte vient au premier plan du combat général pour la défense de la paix.
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Nedjib SIDI MOUSSA
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