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La marmite bout, l’eau risque de déborder

Articles parus dans Travailleurs immigrés en lutte, n° 2, juillet-août 1976, p. 1-4

Ouvriers dans une usine métallurgique à Annaba le 1er mars 1976, Algérie. (Photo by Alain MINGAM/Gamma-Rapho via Getty Images)

La Charte a été “votée”, “adoptée”. Est-ce-que l’Algérie de la Charte est différente de celle d’avant ? Est-ce que la nature de l’Etat bourgeois a changé ?

– Le capital en crise.

Plus que jamais, aujourd’hui, la bourgeoisie algérienne exploite. De tous les côtés, le pouvoir d’achat, le niveau de vie des masses est attaqué. L’inflation est estimée à 20 % par la presse à la solde du régime. Le temps hebdomadaire de travail est passé de 40 à 44 heures. Le manque de produits alimentaires de base mis sur le marché est chronique. Deux millions de travailleurs sont contraints au chômage. De fait, le capitalisme est en crise en Algérie.

– Remontée des luttes ouvrières.

Malgré l’absence des libertés les plus élémentaires, malgré la répression féroce du régime militaro-policier de Boumediène, les travailleurs ripostent. Divers faits attestent du réveil incontestable de la classe ouvrière. Plus de 70 entreprises se sont mises en grève depuis janvier 1975. Des luttes ont été menées à la Société nationale de sidérurgie (SNS), à Alger avec les dockers du port, à la Sonacome (construction mécanique), et à la Sonitex (textile). D’une façon générale, les travailleurs luttaient contre les salaires trop bas et les licenciements.

Dans bien des cas, les exploiteurs avides ont dû reculer. Les signes avants-coureurs de tempêtes en Algérie ne manquent pas.

Fin mai, à Ain Beïda dans les Aurès, ont eu lieu de véritables émeutes populaires. Au court d’un match de football, les spectateurs, mécontents de l’arbitrage, contestent. La police intervient pour mettre de ”l’ordre”, et deux spectateurs sont abattus de sang froid. La foule déchaînée envahit le terrain, et, à coup de pierres et de bâtons, se bat avec les forces de répression. Les combats se poursuivent dans la rue. La mairie, le commissariat sont saccagés, puis incendiés. On fait la chasse à l’uniforme. Tard dans la nuit du dimanche 23 mai, la foule tenait encore tête aux forces de répression, police, gendarmerie, militaires venus de Batna. Le lendemain régnait dans la ville une atmosphère de grève générale spontanément déclenchée. Des slogans hostiles au pouvoir sont scandés.

– Exploitation et démagogie.

L’eau de la marmite bout, et ça risque de déborder. Le régime “socialiste” et “révolutionnaire” a eu besoin d’une grande campagne d’endoctrinement idéologique. Il a pondu la Charte. Il a commencé par nous présenter l’étatisation de l’économie comme une mesure socialiste. En réalité, ce n’est qu’une solution de survie pour le capital. Elle se réalise par une intervention plus ou moins despotique de l’Etat qui se fait le représentant de l’intérêt général pour le capital national, au détriment de certains intérêts particuliers.

Ensuite, ça a été la gestion “socialiste” des entreprises, la “révolution agraire” ; il s’agit de faire gérer leur propre exploitation aux travailleurs et aux paysans pauvres. Et maintenant, avec la Charte, le pouvoir est dit aux travailleurs. D’abord, un débat a été organisé. Soulignons qu’il a dépassé dans une certaine mesure le cadre fixé par le pouvoir.

On a vu El Moudjahid (journal à la solde des capitalistes), regretter la violence de certains débats. L’UGTA (syndicat du même pouvoir), a dénoncé l’ouvriérisme et le gauchisme. Ce débat devait permettre officiellement la discussion et la modification de l’avant-projet. Qu’en est-il ?

Comme dit le dicton populaire : “il te demande ton avis pour mieux passer outre”. L’Islam est passé religion d’Etat. On a légalement le droit (entre autre), d’ “acheter” quatre femmes. On a joué la “démocratie”, mais pour ceux qui se sont exprimés, un peu trop franchement, les geôles. Des témoignages attestent de la disparition de bon nombre de travailleurs, et de licenciements (à Oran et à Constantine notamment).

Et pour clore, le vote. Dans des régions entières, les mystificateurs n’ont distribué que des bulletins verts (oui). Dans d’autres, on a fait voter les militaires plus de cinq fois. Il parait même que dans certains cas, les morts ont été ressuscités pour voter oui. Pour le vote, on peut résumer en disant : pression + répression + falsification = 98,5 %.

Il reste que l’on ne peut s’émanciper du joug du capital que par la révolution, et la dictature du prolétariat, voie unique de passage au socialisme. Il faut que les travailleurs apprennent à se battre avec leurs propres armes pour leurs propres objectifs.

Des propos clairs sur ce que nous proposent les organisateurs de la misère générale, la Charte en est farcie : les “travailleurs ont un rôle décisif à jouer dans le développement de la révolution, car ils contribuent d’une manière déterminante à la consolidation des assises économiques du socialisme”. Et encore : “chaque travailleur apportera sa contribution au progrès de la révolution. Son engagement révolutionnaire se traduira d’abord par le renforcement de la productivité.” En peu de mots, produisez, et taisez-vous.

Camarades travailleurs, prenons conscience que nous n’avons rien à attendre de la clique bourgeoise au pouvoir. Organisons-nous afin de la combattre.


A propos des 98,5 % de OUI à la Charte

Dans les consulats et les locaux de l’Amicale des Algériens en Europe ont été organisés, pendant la semaine du 20 au 27 juin, des bureaux de vote pour le référendum sur le projet de Charte.

Le travailleur qui, pendant cette période, se rend au consulat pour refaire des papiers périmés ou pour une quelconque raison administrative, se voit à l’entrée “invité” à voter : “Votez d’abord, on fera vos papiers ensuite.”

Comprenant qu’il ne pourrait avoir ses papiers s’il ne votait, le travailleur se résout à accomplir, pour reprendre l’expression des bureaucrates, “son devoir civique”.

On lui remet ensuite deux bulletins : un bulletin “oui”, un bulletin “non”. Ah ! on lui laisse quand même le choix. Il peut donc refuser cette farce que Boumediène et ses bureaucrates ont appelée Charte Nationale !

Eh bien non ! Non seulement un “comité d’accueil” l’attend dans les “isoloirs”, – on n’hésitera pas à lui suggérer de choisir le bulletin vert (oui) -, mais il doit également mettre le bulletin qu’il est censé avoir choisi dans une enveloppe, sur laquelle est mentionné tout son état civil.

On comprend aisément comment 98,5 % de oui à la Charte ont été obtenus, quand on sait que le pouvoir bureaucratique n’hésite devant aucune mesure d’intimidation… comme il n’hésite pas même à faire voter les morts.

Une réponse sur « La marmite bout, l’eau risque de déborder »

La transition dans un paysage troublé
Par une drôle de coïncidence- certains appelleront cela de la prémonition-, quelques mois avant les évènements d’octobre 1988, j’avais lu les six volumes de l’histoire socialiste (1789-1900) de Jean Jaurès, que j’avais hérités de feu mon père (cheminot délégué syndicaliste C.G.T de 1925-1952 au niveau du territoire militaire colonial de la ville colombe-Bechar au sud-ouest jusqu’à la ville de Mascara au nord du pays, ainsi pour son militantisme syndical il fût expulser de son pays l’Algérie).
Ce n’est sans doute pas, tant s’en faut, le meilleur ouvrage qui ait été écrit sur le sujet. D’autres plus qualifiés que moi pourraient même y relever un certain nombre d’erreurs historiques, et le style de Jaurès n’a pas la subtilité de celui de Michelet. Ce qui me séduisit néanmoins dans ces livres, c’est d’une part l’évolution de l’élan révolutionnaire, que Jaurès, en socialiste, sait particulièrement bien rendre, et d’autre part, la description des différentes phases de la révolution, avec les personnalités que chacune d’entre elles a mises en relief. Cette analyse demeure sans doute par trop marxiste, en ce qu’elle sous-estime l’importance du hasard et le rôle des grandes individualités dans l’histoire. Cependant, elle possède bien quelque pertinence. Car dans tous ces processus d’accouchement d’un ordre nouveau à partir d’un ancien que sont les révolutions, il y a le temps de la rupture violente, qui est celui des rebelles et des « romantiques », puis celui du détachement progressif de l’ordre ancien et de l’émergence de personnalités un peu doubles, à mi-chemin des deux régimes ; enfin, l’instauration confuse du nouvel ordre, avec toutes les tensions contradictoire que cela suppose- réformatrices d’un coté, restauratrices de l’autre-, et la formation d’une classe politique. Je n’aurais pas le ridicule de chercher à tracer des parallèles avec la situation Algérienne. Les situations sont incomparables, mais il me semble tout de même que tous processus de passage d’un ordre ancien à un ordre nouveau partagent des mécanismes et des problèmes communs. A la base, la question est ailleurs, dans tous les cas, identique, et pourrait se résumer ainsi : comment faire surgir une nouvelle organisation à partir d’une ancienne. Ce problème, connu sous le nom de « transition » n’est plus aujourd’hui le simple sujet de motions théoriques et absconses pour congrès politiques. Il est devenu l’un des plus concrets et réel qui soient depuis que le globe terrestre c’est transformé en un petit village par la fantastique révolution technologique numérique, dans le cadre d’action progressiste démocratique et sociale. Le premier grand problème auquel, dés les premiers instants, ce processus s’est heurté en Algérie tient à la question de la représentativité de l’organisme chargé de préparer la première transition, en l’occurrence le régime en place, il fallait instauré l’assemblée constituante, celle qui aurait dressée une constitution sur les bases et les données de la plate forme du congrès de Soummam avec un gouvernement provisoire d’unité nationale dans lequel seraient entrées toutes les forces politiques Algériennes. Notre nation Algérienne subi les plus atroces difficultés par l’inconscience des gens au pouvoir ; mais je regrette encore que nous ne soyons pas arrivés à les surmonter. Car par là nous eussions sans doute gagné au moins deux décennies, ou plus, de processus démocratique, et épargné pas mal de déséquilibres et de convulsions à notre pays, telles ces quatre mandats présidentielles qui ont fait tant de mal à l’image de l’Algérie et à son économie. Ce n’étaient pas là, bien entendu, les meilleurs conditions pour attirer ces capitaux étrangers dont nous avons tant besoin. On peut bien sûr accuser tel ou tel leader politique de cette situation, se livrer au jeu coutumier de savoir à qui incombe la faute de ces incidents regrettables. L’exercice me semble, là aussi, assez vain. Je voudrais prendre plus de hauteur. Je crois en effet que ce qui se passe en Algérie n’est que la conséquence de cet héritage très lourd laissé par plus d’une cinquantaine d’années de dictature négative de la pensée unique. La paranoïa répressive du système de la pensée unique tel que le parti « Baath Irakien » avait installé une espèce de vide politique absolu au sein de la société Algérienne. Depuis longtemps, les anciens partis n’existaient plus que dans la mémoire de leurs loaders vieillis ou bannis. Les syndicats et les organisations professionnelles et la société civile sont totalement embrigadés réprimés muselés, le personnel de l’Etat et du parti de plus en plus médiocre et corrompu, Il n’y a pas de dissidence organisée, seulement quelques sursauts d’honneur individuels et ponctuels de-ci de-là, et aucune grande conscience nationale morale incontestable comme notre regretté feu Hocine Aït Ahmed. Tout le monde, en Algérie, faisait et il fait le gros dos en attendant des jours meilleurs, se défendant avec la seule arme que lui avait laissée le système et qui est toujours la revanche de l’impuissance et du désespoir : l’humour… Je qualifié ce système de « pervers ». L’épithète est faible : la dictature de la pensée unique est un système profondément destructeur, qui a anéanti en nous toute volonté et même tout repère. Nous nous trouvions en permanence plongée dans une sorte d’irréalité politique, sociale et culturelle. C’en était au point que nous avons même perdu la signification des mots les plus simples, tels que « jeu démocratique » « accord », « le droit de savoir et le devoir d’informer », « le respect de l’échelle des valeurs civique et spirituelle », « le débat contradictoire avec le respect d’autrui ». Nous étions- et nous sommes encore partiellement- perclus de préjugé remontant à des temps révolus, qui n’ont même vraisemblablement jamais existé ailleurs que dans l’imagination de nos idéologues…. Un adversaire politique n’est pas forcément un ennemi, mais quelqu’un qui entretien tout simplement une autre vision de l’avenir du pays que la mienne, vision qui peut s’avérer tout aussi possible et légitime, et donc on peut donc discuter. Il ne pouvait y avoir au fond qu’une seule et indivisible « vérité », puisqu’elle est « scientifique ». Penser que cette vérité pût être chose relative ou, du moins, sur pas mal d’aspects, non définitive, donc sujette à négociations, ne fait pas partie de nos réflexes naturels. Dans le climat de paranoïa et d’autarcie dans lequel nous évoluions, c’est tout le contraire.
Le consensus à tout prix mène à une vision de la lutte politique en termes d’affrontements, en fin de compte il y aura soit le blanc ou le noir. L’idéologie de la pensée unique, qui, même si nous la refusons consciemment, nous a profondément contaminés, en procédant sans cesse à une sorte de
« militarisation » de nos comportements et de nos affects. C’est en aval, dans nos âmes, qu’elle a
voulu régner. Et elle y est parvenue. Ce n’était pas la meilleure préparation pour la démocratie….
Toute l’histoire perturbée de la première transition Algérienne, avec ses nombreux dérapages, apparaît au fond comme la résultante de cette situation culturelle. Dans ce système sans plus de référents fixes, il n’a que la force, et les manœuvres politiciennes. Chacun pouvant prétendre dans ce cas détenir à lui seul la vérité. Bref c’est non seulement le vocabulaire, mais aussi le terrain même. Certains ont même pu dire cyniquement qu’il faudrait sans doute plus d’une génération pour que les choses redeviennent normales chez nous, tant nous avons oublié la différence entre le « normal » et l’ « anormal ». La société que le parti unique et sa pensée nous a laissée en partage évoque une sorte de théâtre d’ombres, sur la scène duquel nous nous affrontions à coups d’images passées et tellement « idéologisées » qu’elles en devenaient totalement irréelles et fausses. Ce qui nous manque actuellement, c’est l’essentiel, l’indispensable, et presque le plus simple : un terrain sur lequel puisse se déployer un débat qui ne soit pas seulement imaginaire. L’objectif, est tout simplement de faire naître un espace des idées et débats constructives pour en finir avec ces querelles vaines et dépassées, entre l’ancien et le nouveau, pour affronter enfin les vrais problèmes qui posaient à l’Algérie : comment restaurer la compétitivité si basse, presque inexistante, de l’économie Algérienne sur le marché international ? Comment assurer notre développement Agricole, industriel et financier en assurant l’autosuffisance alimentaire du peuple ? Comment rejoindre le club des pays émergents ? Et ainsi de suite, il s’agit d’assainir, de déblayer le terrain des vestiges idéologiques qui l’encombrant et le fasse de toutes part, de le concrétiser, de remplacer, comme on dit parfois, notre société entièrement politique par une véritable société civile, avec un Etat dirigé par des forces politiques soumises au suffrage universel (sans triche, ni fraude électorale, ni bourrage des urnes, ni jonction administrative)- autrement dit, tout ce que l’on appelle la « démocratie réelle ».
Impérativement, en somme d’initier une espèce de « mécanisme autoproduit » qui, de proche en proche, devrez « désidéologisé » de fond en comble notre société pour la ramener à la réalité et l’urgence des vrais problèmes. Donc, il faudrait en effet casser à tout prix cette structure d’ensemble paranoïaque et schizophrène qui ne cessait de se cacher à elle-même les vrais enjeux pour sombrer dans des combats idéologiques mensongers et superflus. Pareille en stratégie économique s’appuie sur un mécanisme neutre et incontestable, celui du marché, d’ailleurs le couple démocratie/économie du marché est inséparable. Le marché parce qu’il traduit un strict mécanisme rationnel d’allocation de ressources, n’a pas en soi de couleur politique (Maurice Allais prix Nobel d’économie), l’économie du marché elle n’est, par nature, ni de droite ni de gauche, alors que le dirigisme économique, lui, suscite toujours la constitution ou, du moins le renforcement des régimes autoritaires. Lorsque les critères d’allocation de ressources dans un pays sont politiques et non strictement économiques, cela fait forcément naître, ou ne peut que la renforcer si elle existe déjà, une caste bureaucratique qui cherchera à « verrouiller » son pouvoir au niveau politique, à traduire en termes de hiérarchie ses prérogatives décisionnelle dans l’économie. Ainsi se met progressivement en place cette confusion, qu’ont connue tous les régimes totalitaires.
Bien sûr, le recours au marché entraîne parfois, en des moments déterminés, des injustices et des déséquilibres passagers qui peuvent néanmoins s’avérer fort douloureux et dangereux. Il appartient à l’Etat d’en réduire, autant que faire se peut, les conséquences concrètes. Il doit ajouter aux lois du marché ce qui s’appelle une « composante sociale », intervenant quand ces lois menacent par trop le bien national ou les conditions d’existence de telle ou telle partie de la population. Mais, pour le reste, en temps normal, il doit se contenter de faire en sorte que le marché puisse fonctionner au mieux de sa rationalité naturelle.
En l’Algérie, il s’agit certainement de son « libéralisme », « néo », ou « ultra » et aussi « sauvage », qui avalise les enrichissements rapides et sans travail, par pure spéculation ou système « D ». Ceux-ci en produit des phénomènes de la petite mafia urbaine des changeurs d’argent au noir et de la grande, dont on parle moins parce qu’elle est moins voyante, mais dont le poids économique est infiniment plus important. Si l’on veut s’attaquer sérieusement à ces problèmes et pas seulement de façon démagogique-populiste, qu’on ne le fera pas au moyen d’une limitation des lois du marché mais, au contraire, par leur libre exercice généralisé. L’affairisme profite toujours du climat de clair-obscur qui existe entre deux ordres sociaux, quand, du neuf n’ayant pas encore pris totalement la place de l’ancien, les règles de fonctionnement demeurent floues, instables, contradictoires, voir doubles. En d’autres termes, plus rapides nous serons à imposer un jeu clair des lois du marché, plus vite nous ferons disparaître ces situations abusives. La chose est particulièrement évidente en ce qui concerne le problème des changes monétaires. Car c’est tout de même la non convertibilité du Dinar et l’existence de deux marchés l’un intérieur, l’autre extérieur, aux taux profondément divergents, qui avaient fait naître le marché noir. Pour toute notre économie, il n’y a pas mille alternatives en la matière : soit nous restons de façon autoritaire, donc politique, l’économie, et nous assumons l’autarcie, les doubles marchés, la bureaucratie, le renforcement de l’Etat et, l’absence de liberté, c’est-à-dire le cautionnement de la mafia politico financière ; soit nous sommes capables d’instaurer les réelles lois du marché, et alors nous pourrons conquérir la démocratie. Reste, bien sûr, l’épineux problème des structures en place du régime actuel, qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, totalement démantelé. C’est tout le problème, gigantesque, de l’épuration de la société Algérienne de la pensée unique et de l’idée d’un Etat providentiel. Mais nous acceptons le pardon, mais non pour l’oubli ; pour la punition, mais contre toute revanche et tout lynchage. Felipe Gonzalez, en chef de gouvernement donc, donc, dans sa province natale d’Andalousie pour une visite officielle, il avait été accueil à sa descente d’avion par l’ancien commissaire qui sous le régime franquiste, alors qu’il n’était encore qu’un jeune avocat progressiste démocrate dans l’opposition, l’avait arrêté et interrogé à plusieurs reprises. Celui-ci n’en menait pas large, comme on peut le comprendre. « Ne t’inquiète pas, lui dit alors Gonzalez, tout cela est une époque révolue…. J’espère seulement que tu mettras autant de loyauté, sinon plus, à servir la démocratie que tu en mettais jadis à exécuter les ordres du pouvoir franquiste…. » Ainsi qu’il faut se comporter de même en Algérie ; laisser leur chance, aux fonctionnaires de l’ancien régime qui n’ont fait qu’accomplir leurs charges administratives, de se racheter en mettant leurs compétences au service du nouveau régime démocratique – tout en poursuivant bien sûr, impitoyablement mais justement, ceux qui auraient profité de leurs pouvoirs à des fins personnelles. Et la polémique, à propos de la responsabilité de certains hauts membres publics au service de ce régime en place ; est là pour le rappeler – que le partage n’est pas toujours facile à effectuer dans la réalité. Où finit la responsabilité collective ? Où commence l’individuelle ? Est-il normal et juste de bénéficier encore de l’impunité de l’exécutant quand on a appliqué des ordres infâmes ? Un fonctionnaire n’a-t-il pas, en tant que citoyen, un devoir à la conscience ? Long et douloureux débat. C’est à la justice d’en décider en son âme et conscience.
Il faut de toute façon éviter ces procès d’intentions et ces soupçons où l’Algérie a tout à perdre, et d’abord sa cohésion si fragile encore. L’urgence aujourd’hui, est de redonner confiance en elle-même à l’Algérie, de lui faire retrouver ses marques. La replonger de nouveau dans un climat de suspicion généralisé où elle n’a que trop macéré par le passé n’en saurait constituer le meilleur moyen. C’est pourquoi qu’il est rationnel d’être en faveur d’une épuration circonstanciée et légale, soumise à la justice ; et non généralisée et sauvage, au nom d’un introuvable « peuple ». Car la tâche qui nous attend est des plus exaltantes, mais aussi des plus périlleuses : elle consiste tout simplement à réintroduire l’Algérie dans le monde moderne. Ce processus ne pourra être que long, lent et difficile sûr tout dans le domaine économique. Et s’ouvre devant nous un véritable « désert » à traverser, qui est l’exact situé entre les deux régimes. Cela représente un défi et une épreuve redoutables ; et pour la surmonter tous deux, il nous faut partir armés d’un consensus profond et de longue haleine, qui demande une mobilisation de toutes les forces de progrès de la société Algérienne. Pour ce faire, nous devons avoir en Algérie des partis forts et représentatifs de la population. Car il faut à tout prix remplir le vide politique instauré cyniquement par la pensée unique du régime en place, sous peine qu’il ne devienne la proie de toutes les tentatives populistes et démagogiques.
Au contraire aujourd’hui, c’est que le jeu politique est collectif, qu’il est, pour reprendre un terme de mathématique, un jeu à somme non nulle, productif, où tous les partenaires peuvent accroître leur gain ; bref, que plus nous aurons des partis puissants et solidement ancrés dans la population, mieux nous serons à même de bâtir une démocratie forte et d’éloigner le danger hélas ! Toujours présent dans notre pays et d’un prolongement autoritaire. A ce danger, toujours possible, il faut que les hommes politiques Algériens, sachions opposer la force d’une idée collective, qui représente le meilleur antidote à la résurgence de toutes dictatures, et à la réalisation de laquelle tout notre pays doit participer, car elle concerne non seulement son avenir lointain, mais aussi son présent. Bref, la question du qui gouvernera doit s’effacer devant celle du pourquoi, que les partis politiques Algériens abandonnera leurs positions purement vindicatives et idéologiques pour se doter, en véritable opposition, d’un programme de transformation de la société. Telle est la responsabilité qui incombe aujourd’hui, tous les hommes politiques Algériens. Elle est grande, écrasante même. Et il faut savoir que si, pour une raison ou pour une autre, vous vous dérobiez, nos descendants ne le comprendront pas et vous renverrez dans les oubliettes de l’histoire. Le consensus « arcboute » sur le mot clé de « réforme ». Il s’agit là en effet d’une des rares notions – peut-être même la seule – à n’avoir pas été accaparée dans le passé par l’un des deux systèmes concurrents, pensée unique et capitaliste. Ce n’est pas pour autant une notion neutre, incolore et indolore. Elle signifie seulement la volonté de traiter, les vrais problèmes sans a priori, sans solutions toutes faites, mais, au contraire, grâce à un examen lucide et raisonné des enjeux entre des forces responsables prêtes à travailler ensemble, sans oublier pour autant ce qui les sépare. Bref, la réforme équivaut à la démocratie vivante, en acte, en marche, et l’exact inverse de cette utopie désastreuse qui a pris pendant soixante ans le nom trompeur de « pensée unique avec une vision totalitaire ».

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