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Errico Malatesta : Socialisme et parlementarisme

Article d’Errico Malatesta paru dans Le Réveil communiste-anarchiste, n° 677, 17 octobre 1925

Meeting of the Socialist German Workers Youth in Hamburg in August 1925 (Photo by ADN-Bildarchiv/ullstein bild via Getty Images)

Comment peut-on élire des socialistes au parlement ? La majorité des électeurs n’est pas socialiste, même dans un arrondissement électoral qui serait créé expressément, car si elle l’était, elle n’aurait pas besoin de nommer des députés et pourrait, en admettant même que tous les autres arrondissements fussent réactionnaires, devenir un centre de rayonnement socialiste et attaquer le régime bourgeois de mille façons bien plus efficaces. Pour se former une majorité, il faut donc transiger, s’allier avec celui-ci ou bien celui-là, mystifier le programme, promettre des réformes immédiates, faire accroire aux uns une chose, aux autres le contraire, tâcher que la bourgeoisie vous tolère et que le gouvernement ne vous attaque pas trop violemment. La propagande socialiste que devient-elle alors ?

D’autre part, comme tout homme se croit honnête et presque tous se croient capables, il arrive que tout individu sachant dire deux mots se considère, en son for intérieur, comme digne d’être élu, ni plus ni moins qu’un autre. C’est ainsi qu’à la noble ambition de faire le bien et d’être le premier dans les dangers et les sacrifices, se substitue peu à peu la basse ambition des honneurs et des privilèges, et que les rivalités, la jalousie et les soupçons naissent entre camarades. La propagande des principes fait place à la propagande pour les individus, la réussite des candidatures devient le grand, parfois le seul intérêt du parti ; et une tourbe de politiciens qui voient dans le socialisme un moyen comme un autre de faire son chemin, se jettent au milieu du peuple pour corrompre et mystifier le programme et le parti.

Que dire, enfin, de l’espoir d’obtenir, grâce aux députés socialistes, des réformes qui, en attendant mieux, puissent diminuer les souffrances du peuple et les obstacles qu’il rencontre sur sa route ? Les privilégiés ne cèdent qu’à la force et à la crainte. Si une amélioration quelconque est possible dans le régime actuel, la seule façon de l’obtenir est l’agitation en dehors et contre les autorités constituées, en témoignant la ferme décision de l’obtenir à tout prix. Confier aux députés la défense des intérêts populaires, c’est fournir au gouvernement le moyen de tromper la foule en la leurrant de vains espoirs.

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