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La résistible ascension des théocrates

Éditorial paru dans La Lettre d’Article.31, n° 11, avril 1995, p. 1

PARIS, FRANCE – MARCH 25: Demonstration Against Visas Imposed To Algerian People, Paris, March 25, 1995. (Photo by Alain LE BOT/Gamma-Rapho via Getty Images)

Pour justifier les lois du 24 août 1993 sur la « maîtrise de l’immigration » et du 27 décembre 1994 punissant l’aide aux étrangers en situation irrégulière, Charles Pasqua a déclaré en substance que si les Français avaient fui les nazis comme beaucoup d’Algériens tentent de fuir la guerre civile, la France serait encore occupée…

S’il se réfère de la sorte à son passé de résistant, le ministre de l’Intérieur ne veut apparemment pas se souvenir que c’est à Londres que commença la résistance d’un certain général, que s’organisèrent les Forces Françaises Libres, et que les « résistants de l’intérieur » allèrent parfois chercher aide et refuge hors des frontières. Il oublie également que la France, avant d’être vaincue et occupée, avait été terre d’asile, notamment pour les Juifs d’Europe, dont 6 millions furent exterminés parce que juifs !

Il en a va de façon comparable en Algérie où toute la société est visée et toute la population prise en otage par la guerre civile, mais où ce sont tout particulièrement les femmes qui en sont les victimes annoncées. Comme le souligne le comité des femmes de la Confédération Européenne des Syndicats (CES) et de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), « c’est sans doute la première fois dans l’histoire que les femmes sont désignées comme cibles, parce qu’elles sont femmes, et qu’elles souhaitent étudier, travailler, être libres de leurs choix. »

Les assassinats auxquels se livrent quotidiennement les fondamentalistes en Algérie, tout comme leurs projets politiques ou leurs déclarations, les dressent clairement en adversaires de toute vie démocratique, même s’ils ont été frustrés du pouvoir auquel leur donnaient droit des élections démocratiques. C’est aussi en conspuant la démocratie qu’Hitler a remporté des élections et conquis le pouvoir…

Doit-on alors parler de « fascisme » en Algérie, comme n’hésitent pas à le faire des réfugiés et des persécutés ? Il faut au moins parler de nouvelle « extrême droite théocratique », pour qui le fondamentalisme religieux, islamiste en l’occurrence, est le prétexte – par la terreur –, à la soumission totale et définitive des femmes et à des visées politiques dictatoriales.

L’ancienne extrême droite, celle des « fachos » « bien de chez nous », paraît même s’y retrouver, comme certains militants nationalistes algériens s’étaient eux-mêmes retrouvés dans une collaboration active avec les nazis. Les néo-païens du GRECE ont longtemps courtisé les ayatollahs d’Iran, dirigeants du FN et mercenaires néo-nazis fréquentent Bagdad, le groupuscule Nouvelle Résistance envoie des émissaires à Tripoli… et Jean-Marie Le Pen a livré le 4 avril une lecture éclairante de la situation algérienne, en comparant sur RTL les militants du FIS à des « résistants » luttant contre « le pouvoir dictatorial du FLN », et le directeur du quotidien El Moudjahid assassiné le 27 mars à l’équivalent d’un « directeur du journal d’un parti nazi » !

Contre cette ancienne extrême droite « modèle occidental » comme contre la nouvelle extrême droite « modèle islamiste », contre tous les fascistes et tous les théocrates, vigilance et solidarité avec celles et ceux qui leur résistent, fût-ce au prix de notre propre tranquillité…

ARTICLE.31

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