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Les Davidées. Un chancre clérical dans l’Enseignement public

Article d’Henry Siriez paru dans La Vie Socialiste, 6e année, n° 203, 20 septembre 1930, p. 8-11

Marceau Pivert (1932)
cc Agence Meurisse (source)

Si les hommes de la Révolution poussent jusqu’au bout le principe révolutionnaire et si les chrétiens poussent jusqu’au bout le principe de l’Église, c’est dans une société unie en apparence, le plus prodigieux conflit qui se puisse imaginer.

(Jean Jaurès, J.O., janvier 1910)

Il est de bon ton dans le Parti, de médire des « bouffeurs de curés ». Les moins sévères leur accordent un regard de compassion et de miséricorde. Car le « bouffeur de curés » sent l’hérésie. L’anticléricalisme ? Fi ! Laissons cette chose grossière aux petits bourgeois cléricaux et libres penseurs : les exigences de la lutte de classe veulent que nous nous cantonnions strictement sur le plan économique. Et les querelles philosophiques de la bourgeoisie ne sont-elles point qu’amusettes faites pour détourner le prolétariat militant de l’action spécifiquement socialiste ?

« La religion est affaire privée ». La tactique bergeracoise aussi. Et la formule qui, en soi reste excellente, devient détestable si l’on s’en sert pour justifier la tactique. Aussi bien, n’abusons point des formules et sachons rester dans les strictes limites de la déférence qu’elles méritent.

Regrettons seulement que, sans doute, par un souci de purisme trop orthodoxe, notre Parti laisse à d’autres organisations le soin d’accomplir l’indispensable besogne de recherches et de documentation, et de mener la bataille — non seulement défense, mais attaque — contre le retour offensif et le travail de sape, obscur et sournois, du cléricalisme. Et félicitons ceux de nos camarades qui, discernant le danger, ne craignent pas de relever les manches, de mettre la main à la pâte, d’apporter à ces organisations extérieures au Parti — petites bourgeoises peut-être, mais suppléant heureusement à notre manque d’action, — le meilleur de leur foi et de leur allant socialistes, et de collaborer sans arrière-pensée avec les démocrates et les républicains encore dignes de ce nom, à cette œuvre de salut public.

Marceau Pivert est de ceux-là. Tous nos camarades devraient lire la substantielle brochure contenant son rapport et son intervention au Congrès de la Ligue de l’Enseignement à Clermont-Ferrand, et que vient de publier le Groupe Fraternel de l’Enseignement.

« Le noyautage de l’Enseignement public par les Davidées », tel est l’objet de cette intéressante étude.

L’organisation des Davidées

Davidée Birot, fille d’un franc-maçon et institutrice publique, n’en n’est pas moins une cléricale militante. « Point d’éducation sans foi catholique » telle est la règle de sa pédagogie. I.e mal ne serait pas grand si Mademoiselle Davidée Birot n’était restée qu’une création purement fictive née des cogitations inoffensives d’un académicien réactionnaire.

Mais l’héroïne du roman de M. René Bazin a fait des petits, si j’ose dire, ou si les petits existaient déjà, elle aura au moins servi à donner un nom à leur association.

L’organisation est relativement récente. Créé en 1916-17, nous dit Marceau Pivert, le groupe a pris naissance dans les Basses-Alpes. Mais, véritable « entreprise d’annexion », il n’a pas tardé à étendre des rameaux sur tous les départements. Les Davidées forment en quelque sorte une « société secrète », avec ses « appelées », ses « élues », une cérémonie d’initiation religieuse lors de l’admission, et, à côté du Bulletin des Davidées, publication courante et que quiconque peut facilement se procurer, une « publication spéciale », à tirage limité, réservée aux seules initiées. L’isolement dans un poste perdu et déshérité, un chagrin intime, tout est bon pour trouver une occasion d’apprivoiser une « profane ».

« Au moment de l’initiation, la nouvelle Davidée souscrit 4 abonnements dont trois sont destinés à des profanes susceptibles d’être gagnées par la même propagande opiniâtre et méthodique ».

A combien se chiffre le nombre des Davidées ? Il est assez difficile de le savoir. Les enquêtes faites auprès de nos camarades des syndicats de l’Enseignement n’apportent que des éléments de valeur relative, et souvent erronés. On dit souvent d’une institutrice qui va à la messe le dimanche, mais qui tout de même ne combat pas la laïcité dans sa classe ou en dehors que c’est « une davidée ». La vérité est que les authentiques Davidées, cotisant à l’association, faisant contre la laïcité, où que ce soit et jusque dans leur classe, actes de militantes, sont beaucoup moins nombreuses. Il semble que leurs effectifs puissent être actuellement évaluée à 8.000. Mais, souligne avec raison Marceau Pivert,

« c’est le potentiel d’influence plus encore que la valeur absolue de ces effectifs qu’il convient d’examiner ».

Et précisément, ce qui rend inquiétants, l’action et l’activité de cette minorité, pourtant peu importante, c’est que la méthode qui est à la base de leur organisation est celle du « noyautage des cadres ». Parmi les nombreux exemples recueillis par Marceau Pivert, je n’en veux retenir qu’un :

« … Des Davidées ont été introduites en 1928-29 et 1929-30 à Fontenay dans la section même des Élèves-Directrices d’École Normale (3e année préparant l’inspection). Et cependant, les désignations des élèves-directrices sont faites sur titres, d’après l’examen des dossiers des professeurs en exercice et non pas au concours. »

Et voilà mis en même temps à jour un autre aspect et non des moins inquiétants du problème : La complicité des pouvoirs publics.

Le rapport de Marceau Pivert étudie ensuite, pour compléter cet examen de l’organisation cléricale dans l’enseignement, quelques autres associations du genre « Davidées » ; leurs publications constituent un guide précieux pour cette étude :

« Le Bulletin National des Instituteurs et Institutrices publics, créé en 1925, est l’organe mensuel des Cercles d’Études, des Journées sociales, des Retraites, fondés pour les Instituteurs et les Institutrices… — Le Bulletin Joseph Lotte, d’inspiration plus élevée, de rédaction plus soignée, créé aux Journées Universitaires de Caen, en 1929… tend à assurer la liaison aussi étroite que possible entre tous les catholiques de tous les ordres de l’Enseignement public. »

Ainsi, « à côté et au-dessus des Davidées, une organisation plus complète des catholiques de l’enseignement rassemble donc toutes les activités cléricales qui sapent l’édifice universitaire à tous les étages ».

L’activité des Davidées

Réunions périodiques, retraites, publications diverses, conférences, journées universitaires, telles sont les principales manifestations de l’activité extérieure de ces organisations cléricales.

Mais pense-t-on que cette activité reste précisément « extérieure », qu’elle s’arrête à la porte de l’école ?

« S’il ne s’agissait que de l’exercice régulier d’un système de croyance, écrit Marceau Pivert, si nous n’étions en présence que d’un lien spirituel sans rapport avec l’enseignement que ces éducateurs doivent assurer, certes nos inquiétudes seraient d’un autre ordre. Mais nous avons des preuves multiples de l’antinomie fondamentale qui dresse les Davidées et les catholiques membres de l’Enseignement public contre leur devoir professionnel. »

D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? Le catholicisme a sa propre logique à laquelle une Davidée, « consciente et organisée » ne saurait se soustraire.

« Humblement prosternés aux pieds de Sa Sainteté Pie XI, les Catholiques Universitaires de l’Enseignement public de tous les ordres de l’Enseignement… prient Sa Sainteté de vouloir bien agréer l’hommage de leur totale soumission à toutes ses directives et de leur très filial dévouement. »

Ce télégramme adressé des Journées Universitaires de Caen, en 1929, en dit plus long que les plus savantes démonstrations. Mais s’il faut être encore plus précis, en ce qui concerne l’action cléricale contre l’École laïque à l’intérieur même de cette École, qu’on jette un coup d’œil sur les objectifs que s’assignent les Davidées et qu’elles définissent dans leur propre bulletin :

« Réintroduire à l’École publique l’enseignement religieux confessionnel, à l’occasion des leçons de morale principalement et à la faveur des programmes officiels de 1887 eux-mêmes, ceux de C.-M. se terminant par l’étude des devoirs envers Dieu (1).

« Discréditer l’œuvre politique et sociale de la révolution française en montrant dans les leçons d’histoire de France l’excellence de l’ancien régime : condition heureuse du paysan, existence d’un enseignement primaire bien organisé par les religieux. Rendre sensible aux élèves le rôle important joué par l’Église dans la formation de notre unité nationale ». (Bulletin 92, p. 61).

Préparer « la réconciliation de l’Église et de l’État », participer à « cette action organisée, hiérarchisée qui s’appelle l’action catholique », être les « collaborateurs du prêtre », « rayonner le parfum du Christ autour de nous, dans notre classe » voilà quelques-uns des mots d’ordre et des directives empruntés au Bulletin.

Passons aux « conseils pédagogiques ». Voici un passage topique (bulletin des Davidées de juillet 1927) :

« On ne fait pas la prière du matin ni celle du soir, mais il y a de magnifiques poésies chrétiennes mises en musique. Vous les connaissez toutes. On peut les choisir, suivant le milieu où l’on se trouve… Au point de vue historique, il y a un moyen d’apostolat magnifique en redressant toutes les erreurs officielles répandues. Mais là, il faut bien dire que les membres de l’enseignement public sont eux-mêmes bien trompés et leur premier devoir est de s’instruire. Signalez leur donc les livres de Guiraud que nulle institutrice catholique ne devrait ignorer, ceux de Louis Dimier, de Pierre Lasserre. Après cela, il vous sera beaucoup plus facile d’enseigner la vérité… Au point de vue scientifique, pourquoi ne pas agrémenter chaque leçon par un passage intéressant d’un savant catholique (l’abbé Moreux, par exemple) ; ou des passages de livres catholiques destinés à la vulgarisation scientifique ? Il en est que vous pourriez signaler les unes aux autres… Travaux de couture ou de broderie. Donner à ces travaux un but pratique ; indiquer les buts en laissant le choix, mais parmi les buts indiqués, ne pas oublier un dessous de vase pour l’autel de l’église, par exemple, ou que sais-je encore ? Mais en tout cas, quelque chose qui dirige l’esprit vers la pensée de Dieu… Mais là, il ne faut pas être intransigeant, mais plutôt insinuant. »

Résultats pratiques ? Un seul exemple encore parmi tant d’autres :

« A Tarascon, en 1926, Mlle Marie P… fait une tette propagande en faveur de l’école libre qu’elle réussit à vider complètement sa propre classe au bénéfice de l’École concurrente ! »

Des sanctions !

Marceau Pivert aborde maintenant une question délicate, mais qu’il faut avoir le courage d’examiner et de résoudre, si l’on a véritablement le souci de sauver l’École laïque de ses ennemis du dedans. C’est la question des « sanctions ».

S’agit-il d’une « violation flagrante du principe de la neutralité professionnelle » (usage de manuels interdits, pression sur la conscience des enfants, devoirs tendancieux) ?

« …Tout cela tombe dans le domaine du contrôle professionnel et n’exige aucune discussion ».

S’agit-il de « manifester, hors de l’école, une activité politique et sociale contradictoire avec la conception laïque de l’enseignement ? » Là, au contraire, il ne saurait être question de sanction. Liberté de conscience pour le citoyen ; liberté d’opinion pour l’instituteur catholique comme pour l’instituteur socialiste.

« Mais voici, continue Marceau Pivert, que se pose la question d’avancement : va-t-on leur accorder, sans tenir compte des « contingences » extra-professionnelles, les postes essentiels, les responsabilités ?… Si sur le plan de la vie civique nous n’acceptons pas d’être des citoyens diminués, pouvons-nous exiger, peuvent-elles exiger, sur le plan professionnel la conservation de l’intégrité professionnelle ? Cela n’est pas possible. Cela n’existe pas en fait. Sous un régime de réaction, le militant laïque est plus ou moins « diminué » professionnellement, frappé même parfois dans son avancement… Sous un régime vraiment laïque, il faut admettre que les instituteurs publics soumis docilement aux directives du Pape soient également « diminués » dans leurs chances d’avancement. C’est là une loi de la lutte, c’est la règle du jeu…

« L’ensemble de l’activité, l’ensemble de la personnalité, l’unité totale de l’existence qui doivent constituer le critérium pour apprécier un bon éducateur laïque. Et cette conception interdirait naturellement de nommer inspecteur primaire tel clérical notoire, ou directrice d’École normale, une catholique combative, prête à obéir aux directives de son évêque plus qu’à celles de son inspecteur d’Académie… »

Eglise, Etat, laïcité, neutralité

I.a seconde partie de la brochure, aussi riche de documents que la première est bourrée de faits, complète l’exposé objectif par quelques considérations plus doctrinales. Marceau Pivert étudie la doctrine de l’Église en matière d’éducation, telle qu’on peut la trouver exposée dans la Documentation catholique, dans les discours prononcés à l’occasion des accords du Latran, ou encore dans la récente Encyclique à propos de laquelle La Vie Socialiste a déjà publié quelques commentaires d’Emile Glay (2). Là encore, le Bulletin des Davidées apporte une contribution de premier ordre. Cette définition de la liberté de conscience est savoureuse :

« La liberté de conscience, c’est le droit d’adopter et de propager l’erreur, de préconiser et de pratiquer l’injustice et le mal. A quel excès n’aboutit pas liberté de presse, la liberté des manifestations publiques, la liberté d’opinion chez les instituteurs communistes, par exemple ?

« L’Eglise a toujours proclamé que nul ne peut être contraint d’adhérer à la vérité. Mais l’erreur ne mérite point le respect ; ce qui doit être respecté, c’est l’aptitude à atteindre la vérité ».

(Davidées, juillet 1928.)

Non moins délicieux, ce passage :

« L’étude des dégradations successives qu’a subies l’enseignement de la morale à l’école publique depuis 50 ans est suggestive… Parallèlement à la baisse de la morale enseignée, augmentant dans des proportions terribles la criminalité de l’adolescence et même de l’enfance, la dépopulation, la proportion des divorces des avortements et aussi celle des cellules communistes. »

Marceau Pivert rappelle également les affirmations pontificales déterminant le rôle de l’Eglise dans la lutte de classes, et prenant, de Léon XIII à Pie XI, en passant par Benoît XV, position de combat implacable contre le Socialisme.

Une belle définition de la laïcité est empruntée à Jaurès :

« Le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme, cette idée que ce qu’il y a de plus grand dans le monde c’est la liberté souveraine de l’esprit… Si Dieu lui-mérite se dressait, visible, sur les multitudes, le premier devoir de l’homme serait de lui refuser l’obéissance et de le traiter comme l’égal avec qui l’on discute, mais non pas comme le maître que l’on subit… Voilà qui est le sens, et la grandeur et la beauté de notre enseignement laïque dans son principe ».

(J.O., 12 février 1895.)

Mais il s’agit encore de comparer, de préciser, et de vider de toutes les équivoques les notions de laïcité et de neutralité. Le souvenir du Jules Ferry est opportunément évoqué :

« L’instituteur de la République, disait-il, doit enseigner la République ».

Mais Marceau Pivert, jette, et non sans raisons, un cri d’alarme :

« A l’heure présente, l’État est-il encore laïque au sens plein du terme ? »

En face du formidable travail accompli par l’Église, que fait-on pour armer les jeunes normaliens pour les luttes futures, quelle nourriture intellectuelle leur sert-on ? L’enseignement général ouvre-t-il suffisamment les esprits sur les grandes luttes économiques et sociales de l’histoire, « les leçons de philosophie scientifiques visent-elles toujours, au-delà des techniques, le système général d’explication de l’Univers » ? Jaurès, bien entendu, reste à la porte de la littérature et des bibliothèques. Mais ne pourrait-on pas citer telle École Normale où même Zola et France sont « frappés d’interdit » ?

Voilà pour la damnation des jeunes générations. Et dans les cadres ? On préfère un bon « bureaucrate » à un « militant ». Marceau Pivert précise :

« Je dis plus : on craint les « militants ». Une expérience déjà longue m’a permis d’apprécier en diverses circonstances le « caractère » de certains chefs ! Ce militant laïque est pour eux bien embarrassant… Ce qui est important, c’est la tranquillité administrative : Pas d’histoires ! »

L’École laïque est en péril ? Le Temps ne nous rassure-t-il pas ? Et puis, « l’État est neutre ».

L’État est neutre, et Millerand au lendemain de la guerre écide de renouer nos relations avec le Vatican.

L’État est neutre, et M. Marraud décore un curé de Seine-et-Oise qui crée un patronage et une école libres.

L’État est neutre, et le sieur Corfec, qu’Herriot fit condamner comme insulteur de l’école laïque, reçoit le ruban violet du successeur d’Herriot au ministère de l’Instruction publique.

L’État est neutre, mais il patronne le Congrès Eucharistique de Tunis !

Marceau Pivert multiplie les exemples. Je ne puis ni ne veux les reproduire tous. Lisez le texte intégral de sa brochure.

La réplique des militants laïques

Pour une véritable formation laïque du personnel ; pour la réforme générale de l’enseignement, et pour l’école Unique nationalisée ; pour une organisation solide et un ample réseau d’oeuvres post-scolaires laïques (Patronages laïques, Caisses des écoles, Universités populaires, Cercles d’études sociales, Amicales laïques) pécuniairement fortifiées et étayées par les pouvoirs municipaux, là où nous avons des municipalités laïques, tels doivent être la tâche et les objectifs immédiats de la laïcité militante. Et voici la conclusion de cet important et si utile travail :

« Dans l’hypothèse où l’État perdrait définitivement ses dernières traces de contenu laïque (ce qui n’est pas improbable lorsqu’on observe ses collusions avec l’Église à l’heure présente), je dis qu’il ne faudrait pas désespérer de la laïcité.

« Même dans ce cas, les forces vivantes et déterminantes, en faveur de la laïcité, sont une garantie de son triomphe nécessaire…

« Ce sont les quatre-vingt mille instituteurs syndiqués. C’est la jeune et prestigieuse Fédération Générale de l’Enseignement, c’est la puissante Confédération Générale du Travail et, avec elle, toute la classe ouvrière impatiente de se libérer des servitudes économiques et sociales.

« Leur presse syndicale, leur culture philosophique, leurs congrès départementaux, nationaux et internationaux, leur discipline, leur cohésion, leur foi laïque et syndicaliste, opposeront à l’attaque cléricale un mur d’airain. Dans le conflit social qui déferle jusqu’aux portes de l’école, nous protégerons de toutes nos forces contre les passions qu’il provoque les jeunes plantes fragiles, les enfants de six à douze ans que l’Église veut embrigader.

« Mais devant l’adolescence et la jeunesse, nous n’hésiterons pas à prendre, pour notre contre-attaque, les armes mêmes de nos adversaires. A ces jeunes gens des cours complémentaires, des E. P. S., des Écoles techniques, des Écoles Normales qui nous seront confiés, nous ouvrirons les yeux sur toute la réalité, sur toutes les grandes questions qui passionnent les foules. Nous apporterons à leur éducation le respect scrupuleux des faits, mais de tous les faits ; nous interpréterons, nous aussi, les phénomènes sociaux ; au système théologique d’explication, nous opposeront le système matérialiste, à la foi aveugle, la Science lumineuse ; à la guerre des fanatismes, la fraternité des peuples dans la misère et dans l’espérance, au paradis illusoire et hypothétique, la Cité de justice, à conquérir, dans notre monde et, si possible, à notre époque…

« Les Davidées se préparent à l’action extra-professionnelle ? Nous aussi !

« Elles veulent établir des liens étroits entre les familles par le moyen de la religion ?

« Nous établirons ces liens par notre communauté d’action avec le prolétariat ; les parents de nos élèves seront nos camarades de combat dans la bataille sociale.

« … Tout leur enseignement s’imprègne de prosélytisme religieux ?

« Le nôtre sera simplement objectif, c’est-à-dire qu’il aura une vertu révolutionnaire inattaquable.

« Les vieilles circulaires réactionnaires justifient leurs audaces ?

« Nous irons puiser notre inspiration dans les directives jacobines ou, par exemple, dans ce fameux catéchisme républicain de Renouvier (qui provoqua, en 1849, la chute d’Hippolyte Carnot).

« Et pendant que les catholiques de l’Enseignement public exprimeront leur humble et totale soumission à toutes les directives du pape, nous qui n’admettons la totale soumission devant personne, nous adresserons à nos organisations internationales d’éducateur, notre volonté de discipline et d’action commune par-dessus les frontières.

« Puis nous irons aux adolescents, aux jeunes travailleurs happés par l’apprentissage et livrés au servage moderne… Nous les organiserons, nous les éduquerons dans les jeunesses syndicalistes et socialistes. Nous développerons sur tout le territoire, pour remplacer les œuvres que l’État laisse mourir, des organismes de culture prolétarienne comme nos camarades de l’Europe centrale nous en donnent le magnifique exemple…

« Non ! la laïcité ne périra pas ! Porté comme une torche ardente et lumineuse par la Révolution de 93, repris par tous les grands mouvements de libération, son idéal passe de génération en génération sur le front mouvant de la bataille de classes. Sa destinée est aujourd’hui celle du prolétariat révolutionnaire lui-même… »

Tous nos camarades voudront consulter cette excellente brochure (3) pour y puiser des arguments de propagande contre les empiètements de l’Église et les assauts du cléricalisme militant.

Henri SIREZ.


.(1) Les Davidées feignent d’ignorer que ce paragraphe a été supprimé des instructions ministérielles de 1923, dues à Lapie.

(2) L’Église catholique et l’éducation, par Émile Glay (La Vie Socialiste du 10 mai 1930, no 189).

(3) En vente au prix de deux francs à la Librairie Populaire, 12, rue Feydeau, Paris (2e).

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