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Marceau Pivert : Assez de crimes !

Article de Marceau Pivert paru dans Correspondance Socialiste Internationale, n° 78, novembre 1957, p. 4-5

L’assassinat d’Ahmed Bekhat, secrétaire général de l’Union des Syndicats des Travailleurs Algériens, à Colombes, le 27 octobre, venant après celui de Ahmed Semmache, le 20 septembre, de Mellouli Saïd, le 24 septembre, de Hocine Maroc, le même jour, tous dirigeants de l’U.S.T.A., les quatre balles tirées dans le dos de Filali Abdallah, rue d’Enghien, le 7 octobre, et bien d’autres « règlements de comptes » révoltants entre nationalistes algériens nous obligent, en tant que militants socialistes, donc anticolonialistes, à poser ouvertement la question aux responsables du F.L.N. : PRENNENT-ILS OUI OU NON LA RESPONSABILITE DE CES CRIMES FRATRICIDES ? ILS DOIVENT LES CONDAMNER ! Le M.N.A., lui, par la voix de son représentant le plus qualifié, Messali Hadi, a lancé un appel émouvant pour que les nationalistes algériens cessent immédiatement ce genre de compétition à coups de mitraillettes. Nous l’en félicitons ! Nous avons déjà déploré que l’épouvantable massacre de Melouza n’ait pas été l’objet d’une ENQUÊTE INTERNATIONALE IMMEDIATE, qui aurait rencontré une sympathie unanime de tous les milieux socialistes et démocratiques du monde, afin de tirer au clair l’origine du drame, et d’en découvrir les auteurs et les mobiles.

Maintenant, un tort irréparable est en train de dégrader dans l’opinion OUVRIERE française l’instinct de solidarité déjà si difficile à maintenir contre les mensonges et les intrigues de la presse colonialiste française et contre les préjuges racistes d’une petite-bourgeoisie chauvine.

Nous connaissions Filali, compagnon de Messali depuis 1933, condamné aux travaux forcés par Pétain, condamné à mort en 1945. Nous l’avons vu, aux côtés de Ahmed Bekhat, organiser le premier congrès de l’U.S.T.A. à Paris, assemblée ouvrière authentique, d’une dignité et d’une ferveur impressionnantes : CES HOMMES SONT LES ALLIÉS NATURELS DU MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE FRANÇAIS – ET INVERSEMENT. Les décimer, les détruire ne peut que servir les forces de la contre-révolution. Nous disons cela en évitant d’entrer dans le détail des polémiques de tendances que seules les méthodes démocratiques de libre discussion, dont le peuple algérien est arbitrairement privé, pourraient permettre de régler d’une manière civilisée. Nous le disons à l’adresse des syndicalistes de la C.I.S.L., qui doivent réviser leur jugement et contribuer inlassablement à l’unification démocratique des forces syndicalistes africaines et internationales. Nous le disons enfin à ceux des dirigeants F.L.N. que nous connaissons, en qui nous plaçons encore notre confiance pour avoir recherché avec eux, à plusieurs reprises, les moyens de juguler, par un effort commun, notre réaction colonialiste et fasciste : il est temps de dénoncer les insensés qui recommencent ce que les staliniens ont fait en Espagne contre l’avant-garde révolutionnaire du P.O.U.M. et de la C.N.T. Il est temps de désavouer solennellement, comme l’a fait Messali Hadj, ces assassinats entre frères d’une même cause.

Trop de sang généreux, français et algérien, déjà, a coulé à cause de l’aveuglement des colonialistes français : les nationalistes algériens, s’ils veulent démontrer au monde que leur cause est juste et que leur idéal est bien celui de la libération de leur peuple, doivent se désolidariser franchement des gangsters sans culture politique qui, en ce moment, compromettent leur cause.

M. P.

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