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Contre toutes les formes de racisme, travailleurs français, travailleurs immigrés même combat !

Déclaration du Parti communiste révolutionnaire marxiste-léniniste parue dans Pour le socialisme, n° 25, semaine du 8 au 14 janvier 1981

LA veille de Noël, le maire PCF de Vitry, avec Marcel Rosette, sénateur, président de l’association nationale des élus communistes et républicains et le secrétaire fédéral du Val-de-Marne prennent la tête d’une sorte de cortège et se rendent à un foyer, où venaient d’être relogés trois cents travailleurs maliens. Pendant que les élus expliquent à ces ouvriers immigrés que la municipalité a décrété inhabitable leur foyer, le gros du cortège passe à l’action pour appliquer l’arrêté municipal : saccageant les installations, on coupe eau, gaz, électricité, téléphone, on rend impraticable les accès, on met le chauffage hors d’usage. Un bulldozer participe activement au saccage.

Cette action de commando a suscité l’indignation, y compris bien sûr, parmi de nombreux membres ou sympathisants du PCF. A présent, officiellement, le PCF cherche à minimiser les faits, et contre toute évidence, à les présenter comme un débordement de colère spontanée, où ses élus et responsables n’auraient aucune part.

Une politique voulue par la direction du PCF

TOUT prouve le contraire. Tout prouve même que cette exaction, loin d’être un accident, une « bavure », s’inscrit logiquement dans une politique décidée et voulue par la direction du PCF, dans une campagne d’ensemble consciemment organisée. Dès le mois d’octobre, les maires PCF d’Aulnay-sous-Bois, de Garges, de la Courneuve, d’Aubervilliers, de Gennevilliers et d’autres villes encore décident publiquement qu’ils refuseraient désormais aux familles immigrées de s’installer dans leur commune et qu’ils limiteraient l’aide sociale accordée aux immigrés « pour ne pas léser les familles françaises ». A la suite de cela, le 5 novembre, le Bureau Politique du PCF, dans une déclaration, approuve pleinement ces mesures et les justifie à partir de deux prises de position, principales : premièrement, il faut arrêter effectivement et efficacement l’immigration, génératrice de chômage ; deuxièmement, les communes ne peuvent, au-delà d’un certain seuil, accepter d’héberger des immigrés. Dans son meeting du 15 novembre au Bourget, Georges Marchais réaffirmera encore ces points.

Deux manières opposées de comprendre la communauté d’intérêt et de lutte

CE faisant, le PCF prétend toujours pourtant œuvrer « au nom de la communauté d’intérêts des travailleurs français et des travailleurs immigrés », et lutter contre le pouvoir et le patronat. Mais il y a bien deux manières fondamentalement opposées de comprendre cette communauté d’intérêts et cette lutte.

Assurément, plus que jamais en ces temps de crise, le pouvoir et le patronat s’efforcent, pour leur politique d’immigration, de diviser les travailleurs : en décrétant l’arrêt de l’immigration, en la soumettant avec les lois et mesures de Barre-Bonnet-Stoléru, encore plus directement à l’arbitraire policier, ils cherchent à intimider la partie immigrée de la classe ouvrière, à la priver des moyens de lutter, que ces travailleurs soient en « règle » ou qu’à plus forte raison., ils soient clandestins. Or, comment combattre cette politique de division ? En déclarant, comme le Bureau Politique du PCF : « Oui, il faut arrêter l’immigration sous peine de jeter de nouveaux travailleurs français et immigrés au chômage » ? C’est reprendre à son compte cette idée, démentie par les faits, mais largement entretenue par la droite, sur fond de racisme, que les immigrés prennent l’emploi des Français, que moins il y aura d’immigrés, moins il y aura de chômage. En reprochant à Giscard et à Stoléru qu’ils « ne font pas ce qu’ils disent » ? Donc en réclamant que les contrôles d’identité soient plus stricts, les expulsions plus sévères et expéditives. C’est se plier à un certain état d’esprit raciste et accepter, encourager l’aggravation des moyens de division.

Pour les combattre, pour forger une solidarité de classe indispensable, il faut au contraire lutter pour l’égalité des droits entre travailleurs français et travailleurs immigrés, exiger la suppression des lois et mesures racistes et se battre, à l’exemple des ouvriers turcs de la confection, pour la régularisation des travailleurs dits « clandestins ».

Les cités-dortoirs

EN ce qui concerne le logement, le PCF considère que la concentration des immigrés dans certaines villes « crée un climat tendu, parfois des heurts entre les différentes nationalités ou ethnies et entre elles et les familles françaises ». Cette proportion excessive d’immigrés provoquerait des retards scolaires pour les enfants, alourdirait les charges municipales d’aide sociale et médicale, aggraverait la crise du logement « pour de nombreuses familles françaises … écartées des attributions HLM ».

Mais en quoi, la concentration des travailleurs immigrés est-elle différente, comme phénomène de la concentration des travailleurs tout court, contraints la plupart à se loger dans des HLM, des cités-dortoirs où les loyers sont moins chers ? Pourquoi les immigrés, au-delà d’une certaine proportion, deviendraient-ils responsables des conditions de vie imposées à ces cités populaires : entassement, manque d’espace et d’équipements collectifs, de crèches, d’écoles et de maîtres, défaut d’entretien, poids de la misère et du chômage ? Le véritable problème, c’est la condition faite, en dehors même de l’entreprise dans un contexte de chômage et d’austérité, aux travailleurs et notamment aux plus exploités dont font partie très souvent les immigrés. Proposer comme le fait le Bureau Politique du PCF. d’imposer un quota maximum d’immigrés aux communes, par conséquent de les disperser en les assignant à résidence, c’est une fausse solution, d’autant plus dangereuse que cédant à un racisme ambiant, elle en vient à désigner, en réalité, les immigrés comme responsables du mal-vivre dans les cités populaires.

Au-delà de 1981 …

QUE la direction du PCF ait ses raisons propres, qu’elle cherche, au-delà même du vote de 1981, à se reconstituer des bases d’appui, notamment dans ses municipalités, parmi des couches plus perméables aux idées racistes, c’est probable.

Mais c’est une question grave, lourde de conséquences pour l’avenir qui est posée à tous ceux qui sont partie prenante du combat ouvrier et populaire, qu’ils soient ou non militants du PCF. Il serait très dangereux de laisser la direction du PCF, au nom des travailleurs mener cette politique et cette campagne qui, dans leur fond, ne se démarquent pas des comportements et des points de vue racistes largement entretenus par la bourgeoisie. Il faut s’opposer avec netteté à cette politique.

Une autre voie est possible

PARCE qu’une autre voie est nécessaire et possible : il faut prendre hardiment l’initiative d’organiser côte à côte, Français et immigrés, la lutte pour exiger de nouveaux logements, des crédits pour leur entretien et leur amélioration, des équipements collectifs. Sur le terrain, les objectifs concrets de lutte ne manquent pas, ils requièrent, à chaque fois, d’inventer les moyens de lutte et les formes d’organisation les mieux appropriés. Cela exige de rejeter sans ambiguïté toute passivité qui reviendrait à accepter une certaine logique raciste, de sortir d’une attitude de simple protestation, il s’agit, sur chaque objectif, de proposer et de se battre pour mettre en œuvre des solutions nouvelles, selon une logique de classe. Par exemple, dans le domaine scolaire, il est possible, il est nécessaire que parents, français et immigrés, et enseignants se mobilisent, que soient définis – et ils existent – les moyens pédagogiques à mettre en place pour compenser les différents handicaps et qu’on se batte pour qu’ils entrent dans la vie.

Dans cette période de crise, pour surmonter les divisions, pour préserver et renforcer les capacités de luttes ouvrières et populaires, plus que jamais, il faut s’exprimer et rendre concrète, efficace dans de multiples formes l’unité des travailleurs français et immigrés dans le même combat de classe, contre le racisme, contre le système capitaliste.

Le Comité central du PCRml